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LEON /WIEGER S.J.
:FOLK-LORE
CHINOIS
MODERNE
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INPHIMÉRIE DE LA MISSION CATHOLIQUE
1909
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”De soperfors regufaris Missfonis licentfà.
LS 县 Sienhsien, 15* Augusti 1908.
Æmilius Becker, S.J.
Tous droits réservés.
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PRÉFACE.
多
Ce Kvre eonlient ua nombre de pièces suffisant pour faire bien eonnattre
k Folk-lore chinois moderne, c'est-à-dire postérieur à la période Ff JT k’äi-
quan 143-741 (empereur Ÿ 宗 Huän-tsoung des Æ T'äng). J'ai réservé
le Folk-lore ancien et médiéval (9° siècle avant J.C.,, au Te siècle après J.C.),
pour un autre ouvrage, dans lequel j'exposerai l’évolution des idées chinoi-
ses. — Le système contenu dans le Folk-lore moderne, est le résultat de l'a-
malgame du Néo-bouddhisme d'Amogha (719), avec le Néo-laoïsme de lem-
pereur À Tchénn-tsoung des ÆR Séng (1043), le Néo-confucianisme
de 朱 À Tchôu-hi (1200), et Jes superstilions des Ouigours, Arabes, Ton-
gouses, Mongols, Alaias, et autres races, lesquelles conquirent la Chine pour
un lemps, ou doat les soldats mercenaires séjournérent dans la capitale de
la Chine, par milliers et par myriades, comme gardes de l'empereur, du 8e au
te siècle. Ajoutez ce que les marchands étrangers de toute nation, purent
importer d'idées, durant le même temps. £a résultante finale du mélange de
ces éléments hétérogènes, devenue stalionnaire, forme la croyance popu-
laire chisoise moderne. — Le système est plein d'incohérences et de con-
tradictions, bien entendu, comme tout système erroné. J'en ai exposé les
traits généraux, dans une courte Introduction, pour n'avoir pas à me redire :
trop souvent. Les points spéciaux sont éclaircis dans une brève note, ajoutée
à presque chaque pièce. — Tous les textes sont originaux, et reproduits sans
aucune retouche. Les ouvrages dont ils sont tirés, sont indiqués entre ( ),
au bout d’un chacua. La table bibliographique intitulée Sources, qui suit
celle préface, donne les dates certaines ou approximatives de la composition
ou compilation de ces ouvrages. 一 Je me suis efforcé de conserver, dans la
traduction, le style toujours naïf, parfois maladroit, du narré chinois. — Les
mœurs et la morale qu’expose ce livre, sont les mœurs et la morale païen-
nes, que St Paul a résumées dans le chapitre premier de son Epître aux
| Romains. Ce n'est, le plus souvent, ni beau, ni bon, ni honnête, ni chaste.
ARt17:
>
4
Cependant les manifestations de la conscience naturellement chrétienne, ne
font pas absolument défaut. — J'ai parfois conservé, dans ma traduction, un
terme chinois expliqué ensuite en note. Cela, pour ne pas influencer par
l'emploi d’un terme imparfaitement équivalent. Car il est essentiel dans cette
malière complexe et délicate, de s'abstenir de préjuger, de substituer, de
confondre, d'introduire dans les interprétations de fausses valeurs. — Je ren-
voie par les lettres TP à mes Textes Philosophiques, et par les lettres TH
à mes Textes Historiques, en attendant l'ouvrage beaucoup plus considéra-
ble, qui remplacera ces résumés.
EX H$ Sienhsien, le 15 Août 1908.
Léon Wieger SE.
SOURCES.
Toutes les sections 志 de l'histoi-
re dynastique officielle DA He, et
les officiels des préfectures et
sous-préfectures de tout l'empire,
‘souvent cités en celte matière. Ces
Æ couvrent tous les siècles de l'ère
chrétienne.
De plus, les ouvrages spéciaux
suivants :
3e siècle.
3) fl
5 +
博 物 志
4e siècle.
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5e siècle.
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INTRODUCTION.
Grandes lignes du systéme.
Le monde est gouverné par un Être
Suprême, lequel est désigné, soit par les
appellatits primitifs et classiques X T'iên
Ciel ou 上 ff Chang-t{ Sublime Souve-
rain, soit par le titre Æ À U-hoang Pur
Auguste, lequel désigne le méme Être,
par décret de l’empereur 57 Tchèan-
isoung, en l’an 1015.
ht
天 沉 Koäa-ti ou 天 公 Koän-koung,
de son nom 6 74 Koäa-u, général mal-
heureux du troisième siècle, est le man-
dataire sur la terre, une sorte de minis-
(re plénipotentiaire, du Sublime Souve:
rain, depuis l’an 1594. Il est souvent
appelé #7 Chéng-ti le Sage Empereur,
ou À # Où-ti l'Empereur Guerrier.
Le Ciel, Sublime Souverain, Pur
Auguste, sait par lui-même tout ce qui
se passe sur la terre. Mais, en règle
flénérale, il fait comme s’il ne savait pas,
attend qu’il soit informé par voie admi-
. blstrative, et répond par la même voie,
eXactement comme fait l'empereur de la
Chine. Ses ministres et officiers sont, de
haut en bas, Koän-tl ministre général;
puis les mandarins, gouverneurs prélets
ou sous-prélets des villes, appelés 城 隐
tch'éng-hoang, génies des villes; puis le
maire de chaque tiilage, appelé k
l'où-ti, génie du lieu; enfin, dans chaque
lamille, le Æ À tsûo-kiuon, génie du
loy&. Organisation hiérarchique du
monde inférieur ÉÈ yiînn, absolument
identique à celle du monde supérieur
D yäng. Les tch'éng-hoang, et proba-
blement aussi tous les autres officiers du
monde inférieur, sont des hotnines dé-
funts. Ils sont promus, cassés, sujets à
toutes les vicissitudes de leurs congénè-
res du monde supérieur, On parle partois
de leurs épouses. Le temple du tch'éog-
hoang est pour les défunts de chaque
district, ce que le prétoire du mandarin
est pour Îles tivants du même district. Ces
fonctionnaires infernanx ont à leur ser-
vice des salellites, lesquels ne valeut pas
plus cher que ceux du monde supérieur,
Etc.
LV
Dans le cas de crimes énormes, dont
la sanction doit être connue des vivants
pour les effrayer, le Ciel fait exécuter
le criminel par & À Léi-koung le génie
de la foudre. On représente ce génte
avec une bouche en bec de perroquet. H
a des ailes aux épaules, ou des roues aux
pieds, D'une main il tient un marteau, de
l'autre une sorte de gros clou, le car-
reau, qu’il lance d'un coup de son mar-
teau. La plupart des textes ne parlent que
d’un seul génie de la foudre, pour ie
monde entier, et expliquent aiosi pour-
quoi la justice d'en haut est parlois st
tardive. Il faut au génie de ia foudre,
qui fait sa tournée, le temps d'arriver.
S'il ve trouve plus ie criminel en vie, it
foudroie son tombeau. D'autres textes
mettent de petits génies de la foudre à la
disposition des tch'éng-hoang de haut
grade, vice-rols et gouverneurs. ‘Tout
comme les bourreaux oftigiels du gou-
vernement chinois,
vY
Le juge des enfers F] Æ Yèn-wang,
vu les juges des enfers, lancent, par leurs
satellites les #% ff chü-cheun, les man-
dats d'amener les âmes, à l'heure écrite
sur le livre du destin, Le destin est Île
décret du Sublime Souverain, basé sur
le bilan des existences précédentes. Les
âmes sont jugées, punies, réincarnées.
11 y a, sur ce point capital, de nombreu-.
ses et importantes divergences. Les idées
bouddhiques prédominent. Cela se com-
prend, les Contuciänistes ne disant rien
sur l'’outre-tombe, et les Taoïstes pas .
grand'chose. À noter, que ies juges in-
fernaux traitent avec grand respect Îles
défunts nobles ou lettrés. ‘Tous les man-
darins du monde intérieur défèrent aux
avis et aux ordres que leur donnent ceux
du monde supérieur. Il y a communion
et coopération entre les fonctionnaires
des vivants el ceux des morts, les uns et
les autres se rattachant au même Sublime
Souverain, de qui vient toute juridiction
sur les hommes.
NI
A l'heure de ia mort, un ou deux sa-
tellites infernaux exhibent au mourant
leur mandat d'amener, el l'appréhendent.
On les représente parfois armés d’un croc,
qui leur sert à extraire l'âme. 一 Sur la
descente aux enfers, il y a deux versions
principales. — Ou bien l’âme est con-
duite à l'Ouest, vers le Séu-tch'oan, ap-
pelé dans l'antiquité par mépris % 国
koëèl-kouo pays des barbares, terme dont
la légende a fait depuis le pays des morts,
Là se trouve la ville de ÉR #f Fong-touw,
vestibule des enfers. — Ou bien l'âme
traversant une tempête de poussière
jaune qui l'aveugle (la couche tte iimon
jaune qui constitue le sol de la Chine),
arrive dans une région inférieure, abso-
lument semblable au monde des vi-
Vants. — Le trépas se passe sans peine ni
douleur, si bien que souvent l'âme ne
s'en aperçoil pas.
vil
T'ous ceux qui se suicident ou qui pé-
rissent de malemort, n'ayant pas été
cités et n'étant pas conduits, ne peuvent
pas trouver le chemin des enfers, et doi-
vent errer provisoirement. Les céré-
monfes bouddhiques pour faire arriver
les âmes errantes à ia réincarnation,
sont, le système étant admis, assez rai-
sonnabies. Mais, dans le Lore moderne,
les idées les pius incohérentes et les plus
fantastiques règuent sur ce point. — Une
chose est admise comme certaine par
tous, sans qu'on puisse l'expliquer par
aucune théorie, C'est que l'âme de tout
suicidé, cherche à tuer ou à induire au
suicide un autre homme. Si elle réussit,
elle sera réincarnée, et l'autre âme er-
rera à sa place. De ji la croyance géné-
raie que tout lieu où quelqu'un s’est pen-
du ou noyé, est hanté et dangereux. 一
L'état des À koëèi âmes errantes, est à
peu près celui des prêtas bouddhiques
(TP page 363). Les âmes de ceux qui
ont été tués, dites Æ yuän-koei, dé-
noncent leurs meurtriers aux juges, ou
se vengent elles-mêmes sur eux, Ces
âmes sont aussi parfois appelées 供
tch'äug.
Vi
Une catégorie spéciale d'êtres mal-
faisants, sont les 姑 性 yao-koai spectres
plus puissants et plus adroits que les
autres. de peuse qu’ils sont la forme
chinoise des asuras bouddhiques (TP
page 351). Les 14 D'A ie-tch'a, yakchas
bouddhiques (TP page 865), jouent
aussi un assez grand rôle dans la légen-
de. — Les génies des monts, des fleuves,
des forêts, sont appelés chénn, ou koëi,
ou koûi, Le foik-lore moderne paraît les
|
classer plutôt dans cette dernière caté:
gôrle.
1x
L'homme a deux àmes. Après la mott;
l'âme supérieure ä% hoûan ou 种 chéan
se dissipe, disent les Néo-tontfucianistes ;
se réincarne, disent les Bouddhistes;
s'en va Vivre dans le monde intérieur;
disént les Taoïstés. Pratiquement, la
réinéaf*nation, la mélempsycose, est
admisé par tous, quoi qu'il en soit de
leurs théories, et le peuple ne connaît
que cela. Elle se fait, ou bien daus le
f@tus à terme d’une lemme enceinte, le:
quel n’est informé, avant l'accouchement,
que par une âme inférieure; ou bien
* dansun cadavre encore frais d'homme ou
de bête. L'âme peul aussi revenir à son
_ propre cadavre, tant que celui-ci n’est
pas décomposé, De sorte que la résur-
rection d’un mort, est, pour ies Chinois,
une chose assez naturelle, et qui ne
prouve pas grand’chose, — Une âme
supérieure peut aussi se loger à temps
dans le corps d’un homme vivant, possé»
der cet homme, parler par sa bouche,
agir par ses mains, etc. — Quand l'âme
supérieure a quitté le corps, l'âme inté-
rieure É$ p'âl peut conserver celui-ci,
durant un temps qui varie selon le degré
de sa force, de sou énergie; puis elle
s'éteint, et le corps tombe en poussière:
Quand l’âme intérieure, laquelle est dé=
raisounable, est très forte, elle couserve
le corps très longtemps, et s’en sert à
Ses fins. Ces corps informés seulement
par uue âme fnuférieure, qu’on appelle
# F kiäog-cheu, sont d'afireux vampi=
res, stupides et féroces, qui tuent el dé-
vorent les hoinmes, violent les femmes,
elc. Pour éviter ces inalheuts, tout cokps
quine se décompose pas normalement
après la mort, doit être incinêrêé. — Un
#uelette décharné, un crâne, ut os quel-
conque, peuvent, du fait de l’Âtmeé iuté-
| rieure qui y adhère encore, commettre,
9
après de longs siècles, ioute sorte de
méchancetès. De là vient que les osse-
ments sont redoutés, et éloignés des
habitations. — Outre les deux âmes prin-
cipales, il y a de petites âmes des divers
viscères. Etc,
x
Durant le rève, hane supérieure sort
du corps par la grande fontanelle au
haut du crâne, et va fiâner. Les choses
révées, sont ce qu'elle rencontre et
éprouve durant sa flänerie, des réalités
objectives vraies. Il est très difficile de
persuader les Chinois de la subjectivité
des songes, = ‘Tandis qu'elle fane de-
hors, l’âme supérieure peut être captu-
rée, ou tellement effrayée qu'elle ne re-
trouve pas son corps. Dans ce cas, ou
blen iane inférieure continue à faire
vivre le corps, et l'homme reste dément;
ou bien l'âme intérieure s'éteint, et le
corps se décompose. — Certains indivi=
dus peuvent aussi envoyer leur âme au
loin, à volonté, dans l'état de veille, pour
explorer, s'informer, etc:
XI
Presque toujours l'âme supérieuté
sortie du Corps, est représentée comme
gardaut la tigure du corps, costume
compris. L'ùme intérieure déraisonnablie
restée dans le corps, est parfois repré:
sentée comme raisonnable. De IA les cas
‘ de doubles plus ou moins partaîits, 18
même individu dédoublè biloquait,
agissant en deux lleux, conversant avec
soi-même, etc. Ces histoires extraor-
dinalres, sont au fond contraires à la
thèorié de toutes les sectes, — Parfois
l'âme supèrieure sortie du corps, appa:
raît sous une autre formé; mouche, gril-
lon, etc.
10
XIL
Les morts conservent leurs amours
et leurs haines. Iis se livrent aux occu-
pations qu'ils añinafent de leur vivant,
musique, danse, jeu, chasse. Les armées
de jadis, se font encore la guerre. Aucune
théorie n'explique ces choses. Rien de
plus fantastique, que les scènes macabres
du folk-lore chinois. Le tra le plus
hideux, le plus éxploité, le plus rebattu,
ee sont les rapporis sexuels entre morts
et vivants.
XHH
Minuñt est l'heure des spectres. Le
ehaut du coq et l’aube du jour les chas-
sent tous. La présence d’honnêles gens
suffit aussi parfois pour ies iaire déguer:-
pir. La tisane de gingembre fait revenir
à eux les vivants qu'ils ont épouvantés.
MIV
Be même qu'une âme peut passer
d'un corps dans un autre, de même une
partie matérielle dun corps peut être
substiiluée à la partie correspondanie
d'un autre corps, une tête à une têle, un
eœæur à un cœur. Gette croyance taoiïste
est praliquement admise par tous.
XV
La géomaneie,sous tontes ses formes,
et avec toutes ses conséquences, est crue
et pratiquée par tous. L'influx heureux
d'un terrain faste,-est dérivésurles meim-
bres d'une famille, par ies éssements de
leurs ancêtres enterrés dans ce terrain,
ces ossements servant comm# de conduc-
teurs. L'influx peut être capté à son pro-
Hi, par celui qui enterre secrètément
dans le cimetière un os de l'un des
siens. — L'astrologie est moins cultivée
que jadis, mais elle a encore ses adeptes,
AVE
On peut se procurer des renseigne:
ments sur les choses d'outre-tombe, et,
dans de certaines limiles, sur l'avenir,
par le 扶 此 fôu-loan, pratique spirite
qui consiste à suspendre un pinceau sous
un crible, au-dessus d'une teuille de pa-
plier ou d’une couche de cendre fine.
L'évocateur pose la question. Le pinceau
se inetl et écril la réponse, sur le papier
ou sur la cemdre,.
XVI
Un pouvoir transcendant, mais li:
mité, est reconnu indistinctemnent par
tous, aux bonzes, t4o-cheu, et lettrés ver
tueux; spécialement au % X É Tchäng-
tien~cheu Maitre céleste ‘Tchang, le
patriarche .des taoïstes (voyez TH page
1845). 一 Les tâo-cheu ont ia spécialité
des fôu charmes protecteurs, et de in
capture des koëi et des yäo-koai. Is les
euterment daus des bouteilles, qu'ils
seelient duu seeau, et enterment dans
une cave souterraine. — Le texte du livre
des Mutations est très efficace contre les
reveunan{s et ies maléHices. — L'aspersion
pi le sang de clien, rompt tous les char“
mes; el Ôte leur pouvoir aux magiciens.
AVIH
kes magiciens #K A, yäo-jenn, sont
censés pouvoir faire, pur leurs formules,
les choses les plus fantastiques. En ce
geure, les Ehinois ne doutent absolument
de rien. Fout est possible, disent-fls, à
qui a le mot. 一 Ea particulier, les magi-
ciens peuvent extraire l'âine supérieure
des vivants, se l’asservir, en abuser.— Els
enlèvent ou changent, à volonté, des
parties du corps. — Ils pratiquent toutes
les formes de i’envoûütlement, dessinent le
portrait d’une personne qu'ils font eu-
suite souffrir ou mourir en y enfouçant
des épingles, fabriquent des figures ou
des objets en papier qu'ils lancent contre
leurs victimes et qui se changent en
agresseurs réels, elec. — Les histoires de
‘ ce geure, innombrables, fuimaginables,
crues par tous, ont causé lindifféreu-
tisme absolu du peuple chinois, pour
tous les faits d'ordre surnaturel. Dé-
pourvu qu’il est de critique, à tout récit
merveilleux il «x tôt fuit de répoudre,
dans nos légendes nous ayous plus fort
que cela.
XIX
Tout objel antique, devient, avec le
temps, trausceuduut, iutelliyeut, animé,
parfois bienfaisanut, ordinairement mal-
laisant. Par exemple, les stèles, les tions
el Les tortues de pierre, s'aulment Ju nuit,
revêéleut d’autres formes, et font des
choses inimaginabies. Jtem tous les
objets reufermés daus les tombeaux..….
Mais ilu'enu faut pas tant que cela. Une
vieille corde, un vieux balal, un vieux
soulier, un snorceau de bois pourri, tout :
vieil objet, peut devenir uv 魅 méi, être
l'anscoudant, féroce et homicide. Pour
ue pas parler des figuriues des pagodes,
des sculptures des pouls, des pièces d’un
jeu d'échecs, etc. Li faut absolument bri-
ser et brülez ces objets néfastes, Jls ré-
pandent alors du sang, el une odeur
jufecte. — Leur influx pernicieux s'ap-
pelle À soéi, ou 售 chèug. — Les démous
des cauchemars s'appellent £ yèu.
11
XX
Certains animaux peuvent à volonté
apparaîire sous forme humalue, se con-
duire en hommes, et avoir commerce
avec les hommes. Cela est surtout le cas
pour ies renards. Ils se trausformeut en
ÿarÇous ou eu filles, et jouent le rôle des
fucubes et des sucecubes des légendes
médiévales. Des chiens, des loups, des
ânes, des porcs, et autres uuiimaux, en
funt parlois autaut. Cecl est d’origine
bouddhique. Pour ies Bouddhistes, au-
‘ cuue difiérence esseutielle entre l’hom-
me et les anjmaux (TP page 859). 一
Les tigres réduisent en esclavage les
änes des hommes qu'ils ont dévorés. Ces
âmes marchent devaut eux, pour leur
iudiquer les pièges, pour teur servir de
rubatteurs, etc. — Tous les animaux qui
creusenl des terriers, qui vivent dans
des trous, sont uu peu jf chéun traus-
ceuduuts, Parce que, duruut le sileuce
des nuits, ils euteudent quelque chose
de ce qui se passe dans le monde infé-
rieur, dit la théorie, 一 Les reuards reiè-
veut d'une juridiction spéclale, dont le
seutre est au mont sacré 4 j] T'âi-chan.
XXI
A uoter que l'impudicité, la prostlilu-
tiou, même la sodomie, quoique décla-
rées être choses moins raisonnables, sont
jugées très béniguemeunt daus les coansul-
tativus spirites et par les tributiaux in-
fernaux. C'est que, disent toutes les sec-
tes, après tout, ÿE #E M JE 9, À EX
相 受 不 过 天 地 生物 之 心 esttatre
ce que fout continuellement le ciel et la
terre, dont l'embrassement produüft tous
les êtres.
12
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TEXTES. Lois e 21148
«Numéro. :. .:.
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Tchao-cheu raconte que, au temps
où il était étudiant, un condisciple
dormant profondément dans une cellule
relirée du collège, ses camarades vou-
lant se divertir, disposèrent devant son
lil des parfums, des bougies, des fleurs,
des fruits, du papier-monpaie, tout ce
qu'on dispose devant les morts. Puis
ils se mirent à l'affût, pour voir ce qui
arriverait. A la fin, le dormeur s'éveil-
la, considéra cet appareil, et dit: il
parait que je suis mort. Sur ce, il se
recoucha, poussa quelques soupirs, et
parut se rendormir. Comme il restait
toujours étendu, ses condisciples l’exa-
minérent. 11 était vraiment mort. Ils
enlevérent prestement les parfums et je
reste, et se promirent mutuellement le
secret. — Evidemment l’âme supérieure
de ce jeune homme, partie durant son
sommeil, se trouvant à son retour en
présence de cet appareil funèbre, avait
cru ne plus devoir rentrer dans son
corps, et s'était dissipée.
‘Voyez Introduction IX et X. — Texte du treizième
siècle. .
2
Durant le second niois de l'an 1738,
la foudre tua un soldat. Cet homme
avait bonne réputation. Aussi fut-on
très étonné de le voir mourir foudroyé.
Alors un vieux soldat du même corps,
révéla ce qui suit. — Sans doute, dit-il,
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É2:]
2, —
depuis bien des années, cet homme se
conduisait bien. Mais, il y a de cela
vingt ans, durant une expédition, il
commit une faute, que je sais, pour
avoir été alors son compagnon. Comme
notre général chassait au pied du mont
Käo-t'ing, mon camarade dressa notre
tente au bord d’un chemin. Sur le soir,
une jeune bonzesse passa par là. Prof-
tant de ce que le lieu était désert, mon
camarade la saisit, l’entraîna dans la
tente, et voulut lui faire violence. La
bonzesse résista énergiquement, et réus-
sit à s'échapper, sans son pantalon,
qu'il lui avait arraché. Comme il lui
donnait la chasse, elle se réfugia dans
une ferme. Mon camarade revint fort
désappointé. — Dans la ferme où la
bonzesse avait cherché asile, il n'y avait
qu’une jeune femme avec son petit en-
fant, le mari travaillant au dehors. La
jeune femme ne voulut d’abord pas re-
cevoir la bonzesse. Mais, quand celle-
ci lui eut raconté son aventure, et l’eut
Suppliée de la garder pour la nuit, la
femme touchée de compassion y con-
sentit, et lui prêta son pantalon de re-
Change, que la bonzesse promit de rap-
porter au plus tard le surlendemain.
Avant l'aube, la bonzesse partit. — Ce:
jour-là, le fermier étant rentré crotté,
demanda à sa femme son pantalon de
rechange. Celle-ci ayant ouvert le coffre
aux habits, n’y trouva que son propre
pantalon; celui de son mari manquait.
Elle comprit alors que, par inadvertan-
ce, elle avait donné à la bonzesse le
pantalon de son mari au lieu du
sien. — Avant qu'elle eût imaginé que
dire pour s’excuser, le petit enfant
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— 2. 一 15
s'écria: c'est le bonze, qui a passé la
puit, qui l'a emporté. — Le fermier
dressa l'oreille. Que dis-tu 1à? deman-
da-t-il à l'enfant. — Hier soir, dit celui-
ci, un bonze est venu. A sa prière,
maman l'a gardé pour la nuit, et lui a
donné un pantalon. 1 est parti avant
le jour. — Ce n'était pas un bonze,
- c'était une bonzesse, protesta la fem-
me. 一 Le mari ne la crut pas. Il lui
dit les pires injures. la battit cruclle-
ment, puis alla conter sa disgrâce à tous
ses voisins. La chose étant arrivée du-
rant la nuit, ceux-ci ne purent rien dire
pour la défense de la femme. — Outrée
de l'affront qui lui était fait, celle-ci se
-pendit, Le mart mit son cadavre en
bière. 一 Le lendemain, au moment où
ii ouvrit sa porte, la bonzesse se pré-
senta, pour remercier du service rendu,
avec le pantalon emprunté, et un pa-
nier de gâteaux. Dés qu'il la vit, l'en-
fant s'écria: papa, voilà que le bonze,
qui a passé la nuit ici, est revenu. 一
Le fermier comprit alors son erreur.
Fou de deuleur, il assomma sorenfart
devant le cercueil de sa mère, puis se
pendit. — Pour s'éviter les tracas et
les frais d'une déclaration au mandarin,
les villageois ensevelirent toute eette
famille, le père, la mère et l'enfant, et
aucune recherche ne fut faite. Cepen-
dant, un an après, notre général étant
de nouveau allé chasser dans les mêmes
parages, ils lui parlérent du malheur
causé par l'un des siens. Seul à savoir
qui était le coupable, je ne le dénoncai
pas, mais l'exhortai fortement, el il°
changea de vie. Je pensais que sa bon-
ne conduite aurait couvert son méfaik,
1 — 9,3 一
Et voilà que, après vingt ans, le Ciel
l'a frappé. On ne lui échappe pas.
Voyez Introduction IV. — Bonzes et bonzesses ont
la têle rasée, et portent des vêtements presque identi-
ques. Un pelit enfant peut les confondre facilement.
Voyez TP pages 446 et 448. 一 L'ameublement d’un
paysan chinois comprend, une caisse pour les sapèques,
un coffre pour les habits, quelques jarres et paniers
pour les provisions.
|
|
o
En 1673, durant l'hiver, un mar
chaud venant du midi, allait pour ses
affaires au Chän-tong. Îl avait dépassé
Sü-tcheou-fou, et approchait de Fôu-li.
La nuit vint. A la deuxième veille, le
vent du nord se mit à souffler avec
violence. Le marchand vit alors, au
bord de la route, la lanterne d’une
auberge. Il entra, demanda du vin à
boire, et un gîte pour la nuit. Les gens
de l’auberge parurent contrariés. Ce-
pendant un vieillard, le voyant harassé,
cut pitié de lui et lui dit: Nous venons
de préparer leur souper à des soldats
qui reviennent de loin. Il ne nous reste
pas de vin à vous donner. Mais, à
droite, il y a un cabinet, où vous pour-
rez passer la nuit... Cela dit, il condui-
sit le marchand au lieu indiqué. —
Celui-ci souffrant de la faim et de la
soif, ne put pas s'endormir. Bientôt il
entendit, dans la cour, uu bruit confus
d'hommes et de chevaux. Piqué de
curiosité, il se leva, et regardant par
une fente de la porte, il vit la cour de
l'auberge et les alentours remplis
d'hommes d'armes, qui, assis à terre,
buvaient, mangealent, el parlaient de ,
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3. 一 17
choses mililaires, aüuxquelles il ne
comprit rien. Soudain tous crièrent: le
général arrive; et, comme on enten-
dait déjà les appels de son escorte, les
soldats qui remplissaient la cour sorti-
rent tous à sa rencohtre. Bientôt, pré-
cédé par plusieurs dizaines de lanternes -
en papier, un homme à l'air robuste et
martial, . à la longue barbe, arriva à la
porte de l'auberge, desceñdit de cheval,
entra, et s’assit à la place d'honneur
dans la grande salle, Tandis que ses
officiers se tenaient à la porte de de-
vant, les gens de l’auberge lui servirent
son repas, du vin el des mets. 1 man-
gea et but bruyamment. Quand il eut
fini, il appela ses officicrs en sa pfé-
sence, et leur dit: Volci lohgtemps que
vous êtes sortis. Retournez chacun à
sa section. Je vais prendre un peu de
repos. Quand l'ordre en sera venu,
nous nous temeltrons en campaghe
sans retard, 一 Les officiers répondirent
par l'acclamation atcoutuinée, et sor-
tirent. Alors le général appela A-ts'il
Aussitôt un tout jeune officier sortit
de Fappartement latéral de gauche.
Les gens de l'auberge-fermérent la
porte de devant, et se retirèrent. —
A-ts'i introduisit le général barbu dans
l'appartemeht de gauche. Les rayons
d'une lampe filtraient à travers les fen-
tes. Intrigué, le marchand sortit de
son cabinet à droite, et vint épier ce
qui se passait dans l’appartement. Îl
n’y vit qu'un lit de camp en rotin, sans
literie. Une lampe était placée sur le
sol. 一 Alors le général barbu prit sa
tête à deux mains, l'enleva de dessus
ses épaules, et la déposa sur le lit de
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8 —
camp. Puis A-ts'i lui enleva les deux
bras, et les déposa sur le lit, l'un à
droite, l’autre à gauche. Ensuite, le
corps élant étendu, A-ts'i défit et dis-
posa de même les membres inférieurs
droit et gauche. A ce moment la lampe
s'éteignit. — Epouvanté, le marchand
s'enfuit dans son cabinet, se coucha, se
couvrit les yeux avec ses manches, et ne
dormit pas de la nuît. Entre le premier
et le second chant du coq, il se sentit de
plus en plus pénétré par un froid très
vif. Il S’enhardit enfin à découvrir ses
yeux. L'’aube blanchissait. 11 était cou-
ehé dans un hallter sauvage, en pleine
lande. Pas trace, ni d'une habitation,
ni d'une tombe. TFransi de froid, il
marcha l’espace de troïs stades, et arri-
va à une auberge, dont on ouvrait jus-
tement les portes. Etonné de voir un
hôle arriver à une heure aussi matinale,
l’'aubergiste lui demanda d'où il venait.
Le marchand lui raconta sen histoire,
Vous avez dermi, lui dit l'aubergiste,
sur un ancien champ de bataille.
Voyez Introduction XI. 一 St-tchlieou-fou, l'an-
eienne 5 城 P'éng-tch'eng, fut une place forte
importante à toutes les périodes de l'histoire de Chine.
Son territoire vit de fréquentes et immenses boucheries |
humaines. Voyez par exemple, TH page 316, le récit
d'une journée, qui y coula la vie à près de 300 mille
hommes, en 205 avant 3.C. — Il s'agit probablement,
dans cette histoire, d'un ancien général, lequel, tombé
sur le champ de bataille, fut démembré par les soldats
avides de toucher la prime promise à qui le tuerait.
Voyez les circonstanees de la mort de 项 籍 Hidng-tsie,
TH page 380. — Ce fut toujours l'usage des officiers
chinois, de se faire servir par de très jeunes gens, pres
que des enfants. Voyez TH page 984 en note,
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% et 5.
4. Dans les deux provinces Yünn-
nan et Koëéi-tcheou, les sciences occul-
tes sont très cultivées. Le grand-juge
du Koëi-tcheou, Féi-yuanloung, se
rendait au Yünn-nan. Soudain un cer-
tain Tchäng, cavalier de son escorte,
poussa un cri et tomba de cheval. Sa
jambe gauche avait disparu. Péi com-
prit qu'un magicien avait fait ce coup.
Il fit afficher une proclamation, promet-
tant grosse récompense à celui qui
rendrait sa jambe au Tchäng. Un vieil-
lard se présenta. C'est moi, dit-il, qui
ai puni ainsi ce Tchäng, des excès qu'il
a commis sous le couvert de son mai-
tre... Le Tchäng demanda pardon, et
le supplia de lui rendre sa jambe...
Alors le vieillard tira d'une bourse qui
pendait à sa ceinture, une toute petite
jambe, grosse à peine comme la patte
d'une grenouille. Il souffla dessus,
récita une formule, et la jeta au
Tchäng, lequel se retrouva instantané-
ment avec deux jambes pareilles, com-
me devant. Le vieillard toucha la ré-
compense promise, et s'en alla. —
Mais, me direz-vous, pourquoi le grand-
juge Péi-yuanloung ne le fit-il pas ap-
préhender et punir?.. C’est qu'il n'était
pas sûr d’en avoir raison. Voici, en
effet, ce qu'il avait vu jadis, au Koéi-
_tcheou. 一 5. Un jeune vaurien avait
人 commis tant de crimes, que ses dossiers
+ judiciaires formaient une montagne de
| papier. Des mandarins. l'avaient fait, à
diverses reprises, battre à mort, déca-
| piter, jeter à la riviére. Chaque fois,
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le troisième jour, il était ressuscité, et
avait recommencé, dès le cinquième
jour, à commettre de nouveaux crimes.
Enfin le gouverneur de la province
exaspéré, le fit de nouveau décapiter.
On jeta sa tête et son corps en des
lieux distants l’un de l'autre. Trois
jours après, la tete avait rejoint le
corps, et notre homme était encore res-
suscité. Il ne lui restait, de ses diverses
décapitations, qu'un filet rouge autour
du cou. Il se remit aussitôt à perpétrer
de nouveaux crimes. — Un jour 让 battit
sa mère. Mal lui en prit. La vieille alla
trouver ie mandarin, lui remit un bocal,
et lui dit: Dans ce vase est contenue
l'âme supérieure de mon méchant fils.
Quand il se prépare à faire un mauvais
coup, il commence par la retirer de
son corps, la réconforte, et l’enferme
dans ce vase. Ce que le mandarin châtie
ensuite, ce n’est que son corps (informé
par l’âme inférieure). Après le suppli-
ce, son âme supérieure réconfortée,
ranime son corps, et le troisième jour
il ressuscite. Maintenant qu'il m'a bat-
lue, il a comblé la mesure de ses for-
faits. Prenez ce vase, brisez-le, mettez-
le dans un tarare. Quand son âme
aura été dissipée par le souffle de la
machine, exécutez son corps, et c'en
sera fait de lui. — Le mandarin fit
comme la vieille venait de dire. Il dis-
sipa l’âme, et fit assommer le corps...
Le vaurien ne ressuscita pas, et, avant
dix jours révolus, son cadavre fut en
pleine décomposition.
Voyez Introduction IX, et TP page 184, — L'âme
est sustentée, réconfortée, par certains aliments ( sang ),
ou certaines drogues (cinabre). — Une âme supérieure
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forte, peut guérir Le corps, même d’une blessure mortel-
le. Une ame faible, ne peut rien pour lui.
G
Le bachelier Mä-chealinn de
Tch'äng-tcheou (Kiäng-sou) raconte
que, dans sa jeunesse, étudiant dans
la maison de son père, il habitait à
l'étage une chambre, dont la fenêtre
donnait sur la terrasse d’un certain
Wäng, marchand de chrysanthèmés
(terrasse élevée, donnant du jour aux
plantes cultivées en pots, et les mettant
à l'abri des indiscrets). Un jour, de très
bonne heure, alors que l’aube blanchis-
sail à peine, le jeune Mà s'étant levé
et aygproché de la fenêtre, pour voir le
temps qu'il faisait, vit le Wâng sur sa
terrasse, occupé à arroser ses fleurs.
Celui-ci finissait et allait descendre,
quand un homme portant deux seaux
de purin, vint à passer. Il s'arrêta
d’abord, puis, sans déposer sa charge,
gravit la rampe qui conduisait à la ter-
rasse, soi-disant pour aider le Wang à
arroser. Mécontent, le Wang rebuffa
cet intrus malpropre. Celui-ci s'obstina.
Les deux hommes se heurtérent. Com-
me il avait plu peu auparavant, la
rampe était glissante. L'’envahisseur
perdit pied, et tomba du haut en bas.
Ses deux seaux lui tombérent sur la
poitrine, et le tuerent net. Le Wâng
épouvanté, eut la présence d'esprit de
ne pas jeter un cri. Il ouvrit la porte
de derrière de son habitation, prit le
cadavre par les pieds, et le traina au
bord de la rivière. Puis il alla prendre
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les deux seaux, les porta près du ca-
. davre, rentra, ferma sa porte, et se.
mit au lit. — Quoiqu'il fût encore fort
jeune, Mà-cheulinn comprit qu'il valait
mieux ne rien dire d’une si grave af-
faire. Quand le jour fut venu, il enten-
dit crier qu’on avait trouvé un-cadavre
au bord de la rivière. On prévint le
mandarin, lequel arriva, en grande
pompe, vers midi. L'expert n'ayant
trouvé sur le cadavre aucune blessure, |
conclut qu'il n’y avait pas eu meurtre,
mais mort par chute accidentelle. Le
mandarin interrogea encore les villa-
geois. Tous dirent qu'ils ne savaient
rien. Alors le mandarin fit mettre le
cadavre dans une bière qu'il scella,
ordonna de rechercher les parents du
mort, et s'en alla. — Neuf ans plus
tard, Mà-cheulinn âgé de 21 ans, fut
reçu bachelier. Son père étant mort
laissant la famille dans la gêne, Mà-
cheulinn continua à habiter sa cham-
brette à l'étage, et vécut de leçons don-
aées à quelques élèves. L'époque de
l'examen triennal des bacheliers appro-
chant, il se levait avant le jour, pour
repasser ses classiques. Un matin, com-
me il ouvrait sa fenêtre, il vil au loin,
dans la rue, un homme qui Portait
deux seaux, et s’approchait lentement.
Il reconnut le porteur de purin. Très
effrayé, le Mà peusa que ce koëi venait
évidemment se venger du vieux Wang.
Mais non; le koëi passa devant la porte
du Wang, enfla une ruelle, fil encore
quelques dizaines de pas, et entra dans
la cour d’une famille Li, famille aisée
et amie du Mà. Inquiet, celui-ci alla
aux informations. A la porte des Li, il
>
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ENS AIM S PNR H AU NÉ ANENLENTEN
BAllHNAENrSÉMNNRABR-ABNENUNIUER
ÉNRASSRINANO | RÉTNÉNRMPIOÉRS EE
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EDEN ÉMAENNRSmE S SR TL ok nf ON QE
dt œ Il l'ÉLMNÉSERSSSNDEE | MAÉ HR D ak
2 OR 22 VHS 2 2 OR ES D SH NE OH I EE SES D LE
一 6. 一 2
rencontra un serviteur de ja maiso
qui sortait... Qu'y a-t-il? demanda
Ma... Il y a, répondit le domestiqu
que notre maîtresse est prise des do:
leurs de l’enfantement; je vais quér
l’accoucheuse... Est-il entré chez vo
un homme portant deux seaux? d
manda le Mà... Du tout, répondit
domestique... Au même instant, u
servante rappelait le domestique,
disant: inutile de chercher l’acco
cheuse; notre matlresse vient de me
tre au monde un beau garçon... Le 1
comprit alors, que le porteur de pur
était venu, non pour se venger, mé
pour se réincarner. Cependant, se di
il, c'est étrange! Pourquoi ce pauy
diable est-il venu se réinearner da
cette riche famille? — Depuis lors, sa
rien dire, le Mà observa les Li du co
de l'œil, pour voir ce qui arrivera
Sept ans plos tard, le petit Li grandi
sant, montra une profonde aversi
pour l'étude, et un goût prononcé po
l'élevage des ofseaux. Le vieux Wan
alors âgé de plus de 80 ans, raffolait ,
ses chrysanthémes plus que jamais.
Un jour, de grand matin, le Ma éta
de nouveau à sa fenêtre, et le Wa:
arrosant encore ses fleurs sur sa tk
rasse, le petit Li ouvrit la lucarne
son pigeonnier. Une dizaine de pigeo
s’envolèrent, et allërent se percher s
la balustrade de la terrasse du Wäàr
Craignant qu'ils ne prissent le larg
_ F'enfant les rappela. Comme ils ne re
traient pas, il prit un caillou et le le
jeta. Le caillou frappa le Wäng, q
s'apprélait à descendre de sa terrass
Saisi, le vicillard perdit l'équilib
24
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ÉSNATMNNRNBIMEONSÉSSSHR NES + EU mn
tomba du haut en bas, et se tua net.
Le petit Li ne cria pas, ferma la Jucarne
du pigeonnier, et se relira. 一 Quand
le jour fut venu, les enfants et petits-
enfants du Wang ramassèrent son ca-
davre. [l s’est tué par accident, dirent-
ils; et ils l’enterrérent, après les pleurs
d'usage.
Cas de mélempsycose et de rétribution. Voyez Intro-
duction IX et XI. — Koëëi, ici l’Ame sapérieure du défunt,
ayant conservé sa forme, essentiel et accessoires. 一 Les
âmes qui ne veulent pas pardonner, restent koëi, êt se
vengent dans cet état sciemment. Celles qui ont par-
donné, sont parfois réincarnées, par ordre des juges
infernaux, de manière à venger elles-mêmes leur an-
tienne injure inconsciemment. C’est le cas dans l’histoire
ci-dessus,
7
Jadis, à Häng-ttheou:tou (Tchée-
kiang), de jeunes vauriens s'étaient
réunis eu bande. Ils avaient tous bu
du vin mele de leur sang, s'étaient
juré une fidélité inviolable, et s'étaient
fait tatouer sur le dos l’image d’un
dragon noir. Cette bande du dragon
noir désolait bourgs et villages par ses
brigandages. En 1735, le grand-juge
Fân-kouosuan la traqua. La plupart de
ses membres furent mis à mort, mais
le chef Tèng-toh'ao parvint à Sechap-
per. Un peu plus tard, j'ai oublié
en quelle année, durant l'hiver, ceux
de sa bande qui avaient été décapités,
lui apparurent en songe et lui dirent :
Vous étiez notre chef. Jusqu'ici vous
avez réussi à échapper à votre châti-
ment. Mais, l'an prochain, le Ciel vous
frappera. — Très effrayé, le Tèng leur
HÉRFAHSONUELEX
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ok aù VE 108 (Ne SEA SERA RO] ME OS EE AS AD DDR et RON M RS à
一 fl), 25
demanda s'il n'y avall plus pour lui
aucun moyen de salut. — Ses anciens
camarades répondirent: Adressez-vous
au bone qui habite une paillote près
de la pagode Pào-chou-t'a, altachez-
vous à lui comme disciple, observez
bien la régle, et vous serez peut-être
sauvé. 一 Quand il se fut réveillé, le
Tong alla à l'endroit indiqué. H y
trouva de fait un vieux bouze, assis
dans une petite paillole, et récitant ses
prières. Le Tdng se prosterna à ses
pleds, pleurant, confessant ses péchés,
et le prlant de vouloir blen le sauver
en l'acceplant pour son disciple. Le
bonze chercha d'abord à l’éconduire,
en protestant humblement de son inca-
pacilé. Mais comme le Tbng persistait,
touché de la sincérité de son repentir,
le bonze lut coupa les cheveux et le
reçut comme novice. IH lui imposa de
réciler des prières durant le jour, et
de battre le tambour de bols durant la
puit, en Implorant la pit de boud>
dha. — Durant le reste de l'hiver et
tout le printemps, le novice se donna
beaucoup de mal. Au quatrième mois,
un jour qu’il revenait de quêter sur le
marché, il entra pour se reposer dans
le temple du génie du lieu, et s'y en>
dormit. Ses anciens compagnons lui
apparurent de nouveau en songe, et lui
dirent: Rentre vite! rentre vite! Ce
soir le génie de la foudre passera par
ici. = La frayeur éveilla le Tong, qui
rentre vite à la pagode. Le jour bais-
sait. On entendit bientôt au loin le
roulement du tonnerre. Le novice conta
son rêve au vieux bonze. Celui-ci le fit
mettre à genoux devant lui, placa su
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tête sur ses genoux, la couvrit de ses
longues manches, et se mit à réciter
des prières. Bientôt l'orage se déchatna.
La foudre tomba coup sur coup, sept
ou huit fuis de suite, tout autour de Ja
paillote. Puis la tempête et le tonnerre
se turent, le ciel se découvrit et la lune
brilla. — Le danger est passé, dit le
vieux bonze, en relevant le novice;
désormais tu n'as plus rien à crain-
dre. 一 Rassuré, le Tong remercia et
sorlit de la paillote. Au même instant,
ab éclair éblouissant jaillit, accompa-
gné d'un coup de tonnerre formidable.
Le Tong tomba foudroyé sur le pavé.
Voyez Introduction IV et XVI.
8
À Hôa-tcheou-fou (Tchée-kiang),
l’assesseur Chènn-pingtchenn faisait la,
sieste dans son cabinet de travail. Sou-
dain un satellile se présenta devant
lui, et l’invita à le suivre. ll le con-
duisit à travers une cour ombragée par
d'épais bosquets de bambou, à une sal-
le où se dressait sur un piédestal un
miroir haut de plus d’une toise. Le
satellite lui dit: Voyez ce que vous avez
été, dans votre dernière existence. —
Chènn regarda dans le miroir, et vit
un personnage coiffé d’un bonnet car-
ré, chaussé de souliers rouges, costume
des lettrés sous la dynastie Ming. —
Voyez maintenant, dit le satellite, ce
que vous avez été, dans votre avant-
dernière existence. 一 Chènn regarda
de nouveau dans le miroir, et vit un
_ 8. —
officier supérieur en costut
dynastie Ming, chapeau n
rouge, ceinture à boucle de ja
noires. — À ce moment, un di
entra, se prosterna devant !
lui dit: Me reconnaissez-vou
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De 8 1 où nt
过 Is votre serviteur à Té-t'oung-:
-ZE DAS ZA de cela deux cents ans... C
= remit à Chènn un écrit. Qu
WW RS 人 demanda Chènn. 一 Voici, di
KA st 1e teur. Durant la période
h DS Wf] (1522-1566 ) de la dynastie M
RAIHPDMNNMERESE
Se ÆS | OX Effet IN | LD
ÉSRRSHÉNMERS DE
vous appeliez Wâng-siou, et
siez les fonctions d’intendant
du district de Tâ-t'oung-fou (
Vous avez été cité aujourd't
une affaire de ce temps-là. Ci
koëi ont porté plainte au juge
Wénn-sinn-wang. Vous allez é
rogé, à cause de leur mort.
votre serviteur d'alors, je me
que ces 500 hommes ont été tu
votre avis. C'est le général X
fait égorger. C'étaient des reb
s'élant soumis après la défaite
ts’'i, avaient ensuite repris le
Le général X les fit massac:
les empêcher de recommencer.
lui aviez écrit une lettre, por
suader d'agir ainsi. C'est cet
que je viens de vous remell
vous fera acquitter. — En e
ce récit, Chènn se souvint aus:
sément de ces choses loint:
remercia son ancien domesti
Voulez-vous continuer votre <
pied ou en litière? demanda
lite. 一 Comment un haut fonct
irail-il à pied? s'exclama je (
que. — Alors une jolie lilière
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porteurs enleva Ghènn. Après un trajet ,
de plusieurs stades, il arriva à un pa-
lais. Dans la grande salle siégeait un
personnage à barbe blanche, vêtu d’un
costume royal. Un huissier en robe
vivlelte et bonnet noir, lenant un re-
gistre, appela l'intendant Wâng-siou. 一 |
Veuillez appeler d'abord le général X,
dit Chènn, car c'est de son affaire qu'il
s'agit. 一 L'huissier appela le général
X. Aussilôt un homme de haute stature,
en uniforme el cuirasse, sortit d’un
appartement latéral. Chènn le reconnut
pour son ancien collèsue. Le juge l'in-
Lerrogea longuement, puis appela dere-
chef Wâng-siou. Chènn Savanca, salua
des mains, et se Lint debout. 一 Le juge.
jui dil: Le général X vient d'avouer
que c'est lui qui a fait mettre à mort
500 hommes de la bande de Lidu-ts'i.
Vous prétendez que vous êles absolu-
ment ionocent, parce que vous lui aviez
écrit de ne pas le faire Mais les statuts
des Ming vous donnaient sur lui plus
de pouvoir que cela. Or vous n'avez
pas fait davantage. Vous avez donc été
au moins faible! — Chènnen convint. —
Alors le général reprit la parole. Il m'a
fallu tuer ces 500 hommes, dit-il, C'é-
{ail nécessaire. Is avaient déjà manqué
une fois à leur parole. Si je les avais
lächés, ils y auraient manqué une se-
conile fais. Comme général, ie les ai
punis de mort, en vertu de mon man-
dat, pour le bien du pays, et non par
baine personnelle, — À ce moment,
un tourbillon noir comme de l'encre,
s'éleva devant le tribunal, accompagné
de sifflements, et d'une insupportable
odeur de sang. Puis, dans le tourbillon,
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29
500 crânes roulérent comme des billes,
suivis de 500 squelettes. Les crânes
ouvraient leurs mâchoires, et cher-
chaient à happer de leurs dents le gé-
néral X... Chènn était terrifié. 一 Frap-
pant sur sa table, le juge cria: Miséra-
bles! n’avez-vous pas été décapités, pour
vous être révollés de nouveau après une
première soumission? — C'est vrai,
répondirent les koëi. — Alors le général
vous à fait décapiter justement, dit le
juge. — Non pas, répondirent les koëi;
il l’a fait pour plaire à l'empereur,
pas pour le bien du pays et du peu-
ple. — Pas pour votre bien, peut-être,
ricana le juge; mais certainement
pour le bien du pays. D'ailleurs voilà
deux siècles que la chose est faite. Elle
est périmée pour ma juridiction. J'en
référerai au tribunal suprême du Pur
Auguste. En attendant je décide:
1° que, un soupçon planant SUrSa con-
duile passée, l'ex-général X ne sera
provisoirement pas promu chénn;
2 que, comme vous ne voulez pas
renoncer à votre ressenliment, vous ne
serez pas encore réincarnés en hommes;
3° que, en punition de sa faiblesse, l'ex-
intendant Wang-siou renaitra fille,
dans sa prochaine existence. — Les
500 koëi, tenant chacun sa tête, se pros-
ternèrent en disant : Qu'il soit fait com-
me vous diles! — Le juge ordonna au
satellile de reconduire Chènn..il repas-
sa par la cour ombragée de bambous,
el par la salle au miroir. Son ancien
serviteur le félicilta de son acquitte-
ment. — Venez ici, dit le satellite;
voyez ce que vous avez élé durant celte
existence. 一 Chènn regarda dans le
Co
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miroir, et s'y vit en coslume. d'asses-
seur de la dynastie Ts'ing. — Regardez
maintenant ce que vous allez devenir, |
dit le satellite. — A ces mots, Chènn
fut tellement saisi, qu'il s'éveilla, suant ,
à grosses gouttes. Il était étendu dans
Son Cabinet de travail, Toute sa famille
pleurait aulour de lui. On lui dit qu’il
était resté sans connaissance, durant
un jour et une nuit, la région du cœur
seule restant légèrement chaude. 一
Chènn avait vu, appendues autour du
tribunal du juge infernal, quantité de
sentences horizontales et verticales. I
ne put se rappeler que les suivantes:
Le t'ibunai infernal ne fait pas accep-
tion des personnes. Tout est compté.
sur l’abaque céleste. Quand l’eau bais-
se, les cailloux paraissent; ainsi toute |
faute est révélée, en son temps.
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Voyez Introduction V. II. I. 一 Koëi, âmes non |
réincarnées, souffrantes ou méchanies. Chénn, âmes non
réincarnées, qni occupent les charges du monde infé-
rieur. 一 Notez comme les grands de ce monde, sont
traités aux enfers avec déférence. — Sur le miroir révé-
lateur des consciences, ou des formes passées et futures,
voyez TP pages 367, 340 et 342. — Nous retrouverons
souvent l'appel en dernière instance au Sublime Souve-
rain, au Pur Augusle.
9
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HORS
A Nân-tck’ang-hien du Kiäng-si, au
Pèi-lan-seu, deux jeuues gens étudiaient
ensemble. Is s'aimaient beaucoup, et
élaient très inlimes. L'aîné des deux
étant allé voir sa famille, mourut subi-
tement. Le plus jeune n'en savait rien
encore. Un soir qu'il venait de se cou-
cher, son grand camarade ouvrit La
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porte, eutra, s’assit sur le bord du lit,
lui caressa le dos et lui dit: IH n'y a
pas dix jours que je t'ai quitté, el me
voilà mort. Je suis uu koëi. Mais l’ami-
tié que j'ai eue pour toi subsiste. Aussi
n'ai-je pas voulu partir, sans venir
auparavant prendre congé de toi. 一 La
frayeur empêchant le petit de répondre,
le grand lui dit doucement; Si j'étais
venu pour te nuire, Le pailerais-je aussi
amicalement? Ne crains rien. Je suis
venu pour te confier mes derniers sou-
hailts. — Que souhaites-tu? demanda
le pelit, un peu rassuré. — Voici, dit
le grand. Ma vieille mére a plus de
70 aus, ma femme n'en a pas 30. Quel-
ques boisseaux de grain chaque année,
suffraient pour leur permettre de vivre.
Je te prie-de te charger d'elles... Je
laisse de bons manuscrits. Je te prie
de les faire éditer, afin qu'il reste quel-
que chose de moi...
ligatures au marchand de pinceaux à
écrire. Je Le prie d'acquitter cette det-
te. 一 Je ferai tout cela, dit le petit, 一
Merci, dit ie koëi. Alors il ne me reste
qu'à meg aller... Cela dit, il sortit. 一
Cependant le petit s'étant remis de sa
première frayeur, son affection pour
son ami s'était réveillée. Il le rappelu.
Ce.ui-ci rentra, et s’assit de nouveau
sur le bord du lit. Mais, quand le petit
le regarda, c’élait un être tout autre,
aux yeux fixes, aux traits détigurés, et ,
puant le cadavre. — Va-t-en, dit le
pelit très effrayé... Le mort ne bougea
pas. — Va-l-en, cria le petit, en frap-
paut sur son lit... Le mortse leva, iDais
ne partit pas. — Terrilié, le petit sauta
du lit, et prit la fuite... Le mort courut
Je dois quelques
32
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après lui. — 由 eut beau détaler de tou:
tes ses forces, le mort était toujours
sur ses talons. ~ Aprés avoir couru
ainsi l'espace de plusieurs stades, à
bout de forces, l'enfant sauta par-
dessus un mur, et tomba épuisé de
l'autre côté... Le mort ne put pas sau-
ter le mur, mais chercha encore à lan-
cer sa bave au visage de l'enfant. 一
Cependant, le jour étant venu, des pas-
sants trouvérent l'enfant gisant sur le
sol, et le rappelèrent à lui en lui fai-
sant boire de l’infusion de gingem-
bre. On avertit la famille du mort,
qui cherchait son corps disparu.
Elle l’emporta et l’enterra. 一 Voici
comment il faut expliquer ce fait sin-
- gulier. L'âme supérieure est bonne,
l'âme inférieure est méchante; l'âme
supérieure est humaine, l'âme infé-
rieure est brutale. L'enfant dont nous
venons de raconter l'histoire, fut d'’a-
bord visité par l'âme supérieure bonne
de son ancien ami. Mais l’âme infé-
rieure (corporelle, cadavérique) avait
suivi l’âme supérieure. Quand l'enfant
rappela l'âme supérieure partie, ce fut
l'âme inférieure qui se présenta. Or
c'est l'âme supérieure qui fait l’homme,
avec ses bons senlimeuts et ses affec-
tions. L'âme inférieure est un tout
autre être, stupide et bestial. L'âme
supérieure du défunt traita l'enfant en
ami; son âme inférieure faillit le détrui-
re. Tous les cadavres errants, tous les
vampires, sont des âmes inférieures
(corporelles). Il faut qu'un homme soit
arrivé à l’apogée de la perfeclion, pour
que son âme inférieure elle aussi se boni-
fie.quelque peu. C'est rarement le cas,
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Voyez Introduction IX. — L'haleine st la bave des
mofts tuent. — En Chine, loute veuve jeune encore et
pauvre, cherche à se remarier. Si la veuve du défunt
s'était remariée, ga Yieille mère rerait restée sans res-
sources. De là sa sollicitude, filiale plutôt que conjugale,
10
À Hoäi-nan (Kiäng:sou), un certain
Li et sa femme vivaient dans la meil。
leure futelligence. Le mari n'avait pas
quarante ans, quand il mourut. Aprés
qu'on l’eut mis en bière, sa veuve in»
consolable be permit pas de clouer le
cercucil Matin ct soir, quand elle avait
tiuf de pleurer devant le cercueil selon
l'usage, elle soulcvait le couvercle et
contemplait le cadavre de son mari. 一
La croyance populaire à Hoëi-nan étant
que, la septième nuit après la mort, le
satellfle infernal ramène l'âme, person:
ne ne voulut rester dans la maison
imortuaire cette nuit-là. La veuve mit
ses enfants en sûreté dans une autre
chambre, et veilla près du cercueil,
assise derrière le rideau de l'alcôve.
Vers minuit, un souffle glacial remplit
l'appartement, et la lumière des lampes
devint blafarde. Bientôt entra, par la
fenêtre, un grand diable haut de plus
d'une toise, aux cheveux roux, aux
yeux ronds. Il tenait d’une main une
fourche en fer, et de l’autre une corde -
par laquelle il tratuait l'âme du mail
défunt. Dès qu'il eut vu les mets dis-
posés sur la crédencc devant le cercueil,
il déposa sa fourche, lâcha la corde,
Sassit et se mit à manger et à boire
goulûment. Cependant le mari -palpait
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一 10. 一
en pleurant l'ameublement de son an-
cienne chambre, puis, s'étant approché
de l'alcôve, il entr’ouvrit les rideaux.
Sa femme tout en larmes le saisit-à bras
le corps. Il était froid comme glace.
Vile elle le roula dans une couverture,
pour le cacher au diable roux. Celui-ci
ayant fini de inanger et de boire, se
mit en devoir de chercher son caplif.
La femme appela à grands cris ses
enfants, qui accoururent dans la
chambre. Le diable roux s'éloigna tout
décontenancé, oubliant même sa four-
che. Alors la femme, aidée de ses
enfants, introduisit dans le cercueil la
couverture dans laquelle elle avait rou-
lé l'âme de son mari. Bientôt le cadavre
commença à respirer. Alors la femme
el les enfants le lirérent du cercueil,
le déposérent sur le lit, lui ingurgité-
rent de l’eau de riz. Quand l'aube blau-
chil, le défunt revint à Ia vie et reprit
ses sens. — On examina la fourche
oubliée par le diable roux. C'était une
_ de ces fourchettes, sur lesquelles on
brûle le papier-monnaie offert aux
morts. — Mari el femme vécurent enco-
re ensemble durant plus de vingt ans.
La femme avait près de soixante ans,
quand elle alla un jour faire sa prière
au temple du génie de la ville. Soudain
elle vil deux archers, qui amenaient
un diable chargé d'une cangue. C'était
son diable roux. Il la reconnut et lui
dit: Ma gourmandise a fait que tu as
pu jadis Le jouer de moi. Voilà vingt
ans que je porte la cangue pour cet-
te faute. Maïs aujourd’hui le jour
est venu pour moi de compler avec
toi. — La femme retourna à son logis.
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Elle mourut le jour même.
Voyez Introduction VI, IX et XIII. Ame rentrée
dans son corps. — Le terme archers prouve qne cette
histoire est du qualorzième siècle, époque mongole. La
théorie du séjour de l'âme durant sept jours, ou du retour
de l'âme après sept jours, avant son départ définitif,
n'est pas chinoise, mais arabe-tnrque.
11
Ua vicillard originaire de la ville
de Yäng-sinn au Chän-tong, s'était éta-
bli dans le village de Ts'âi-tien, à cinq
ou six stades de la ville. Il y tenait,
avec ses fils, une auberge pour les mar-
chands de passage, piétons et voitures.
Un soir, à la nuit tombante, quatre
voyageurs descendirent chez lui. Tou-
tes les chambres de l'auherge étaient
déjà occupées. Les quatre hommes fa-
tigués priérent l'aubergiste de leur
lrouver à tout prix un gite quelconque
pour la nuit. L'hôle grommela, puis
dil: J'ai bien ua local, mais pas sûr
qu'il vous convienne. — Pourvu que
nous puissions nous élendre sur une
balte sous un foit, dirent les qualre
hôles, le Yesle nous importe peu. 一
Alors venez, dit l’aubergiste. 一 Or une
des belles-filles de l'aubergiste venait
de mourir. Son cadavre, non encore
ensevel, avait été placé provisoirement
dans une dépendance de l'auberge,
située de l'autre côté de la rue. Son
mari était allé acheter un cercueil. —
L'aubergiste conduisit les quatre hom-
mes dans cette dépendance. Dans une
grande salle, une lampe bràlait sur
une tablo, devant un rideau. Derrière
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= fl, —
le rideau, Île corps de la morte habillé,
gisait sur un lit. [l était couvert de la
grande feuille de papier usuelle en
‘ pareil cas. Dans la salle, il y avait
quatre lits. 一 Exténués de fatigue, les
quatre hommes prirent leur parti de
celle mise en scène macabre. lis se
couchérent, et trois d'entre eux ron-
flèrent bientôt brayamment. — Le
quatrième n'était pas encore complèle-
ment endormi. Soudain il entendit cra-
quer le lit sur lequel reposait le ca-
davre. [ ouvrit lss yeux, et vit, à la
lueur de la lampe, que le cadavre re-
poussait la couverture de papier, et se
mettait sur son séant. Puis il se leva,
et sortant de derrière le rideau, a
morte s'avança vers les lits. Elle essu-
yait avec un chiffon de soie écrue, la
sucur jaunâtre et visqueuse qui suintait ,
de san visage. S'approchant des trois
homes endormie, elle souffla succes-
sivement trois fois sur chacun d'eux.
Epouvanté, le quatrième se glissa sous
sa couverlure, et retint son haleine.
La morte soufna {rois fois sur sa cou-
verlure, puis se relira. Un instant après,
le papier bruissait, le lil craquait.
Notre homme s’enhardit à sortir la tâte
de dessous sa couverture. Le cadavre
élail recouché, immobile, comme il
avait été d'abord. — 11 poussa alors du
pied ses trois compagnons. Aucun ne
bougeant, il comprit qu'ils étaient
morts. — Le vampire avait paraît-il
entendu ses mouvements, car il sc re-
leva, revint souffler piusieurs fois sur
Sa couverture, puis se retira et se re-
coucha. — Cette fois, passant en hâte
son pantalon, notre homme se précipita ,
— 11. 一 37
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dehors. Il n'osa pas frapper à la porte
de l'auberge, craignant de la trouver
fermée et d'être pris dans l'impasse. Il
prit donc sa course, à travers la rue
du village, droit vers la ville, en pous-
sant des cris de terreur. Le vampire
courait derrière lui. Arrivé au faubourg
oriental de la ville, il entendit des
bonzes qui chantaient leur office de la
nuit, en s'accompagnant du tambour
de bois. Il appela, leur demandant
asile; maïs eux, effrayés de son air,
refusérent de lui ouvrir la porte. Il se
retourna, et vit que le vampire allait
l'atteindre Devant la pagode se dressait
un grand peuplier. tl se réfugia derrière
l'arbre, lournant autour, sautant à
droile et à gauche, pour éviter l'étrein-
te du vampire. Soudain Celui-ci fit un
bond suprême. L'homme s'effaça, mais
tomba épuisé sur le sol. Un grand si-
lence se fit. 一 N'entendant plus de
bruit, les bonzes ouvrirent la porte, et
sorlirent avec des lauternes. Is trouvé-
rent le marchand étendu, et paraissant
mort. Le vampire debout et immobile,
étreignait à deux.bras le tronc du peu-
plier, qu'il avait saisi dans son élan,
croyant saisir l’homme. Les bonzes
ranimérent le marchand, et donnérent
avis au mandarin. Celui-ci étant arrivé,
ordonna à ses satellites de détacher
le vampire de l'arbre. Ils n'y réussirent
pas. Après examen, ils constatérent que
quatre doigts de chaque main étaient
enfoncés dans le tronc de l'arbre, de
toute leur longueur. On les arracha,
en Lirant en nombre el avec force. Cha-
que doigt avait fait dans le bois un
trou semblable à une mortaise taillée
38
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— 1, 12. 一
berge de Ts'âi-tien. Ils trouvérent l'au-
au ciseau. 一 Sur ces entrefaites, ke
marchand ayant recouvré l'usage de la
parole, avait raconté son histoire. Le
mandarin envoya ses satellites à l’au-
bergiste stupéfait de la disparilion de
sa belle-fille, et de la mort de ses troi
hôles. Les satellites Jui dirent ce qu
était arrivé. 11 alla avec eux au fau
bourg, pour chercher le cadavre. Quan
au marchand, il dit en pleurant a
mandarin: Je suis parti de chez mu
avec trois associés. Que penseront me
compatrioles, quund ils me verron
revenir seul? 一 Le mandarin lui fi
remeltre une pièce contenant le réci
authentique de l'événement, et quelque
argent pour la route.
Introduction IX. — Tout cadavre non encore enter-
ré, est un danger pour tout le monde. Les âmes inférieures
des meilleures gens, sont, après leur mort, des êtres
féroces, qui tuent pour tuer on pour dévorer.
42 et 13
12, Le lrait suivant est raconté das
la biographie officielle de Koän-lou, le
fameux devin du troisième siècle. À
Ki-tcheou (Tchéu-li), les femmes r
les filles de la famille du préfet, éprou:
vaient d'étranges frayeurs. aoclurnes,
et élaient affligées de singulières mala-
dies. Le préfet consulla Koân-lou. Suus
les fondements de votre hôtel, lui dit
celui-ci, à l’ouest, sont enterrés les
squeletles de deux hommes. L'an des
deux tient une pique, l’autre un arc et
des flèches. Leur tâle est en-dedans
du mur, leurs pieds sont en-dehors.
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— 19, 13. 一 39
Les coups du piquier causent les cé-
phalalgies de vos femmes, les flèches de
archer sont cause de leurs cardialgies.
Durant le jour ils vont fläner dehors,
la nuit ils tourmentent vos gens. —
Le préfet fit creuser la terre à l'endroit
indiqué. Les deux squelettes furent
découverts et exhumés. Aussitôt les
habitants de l'hôtel recouvrèrent la
paix et la santé.
Introduction IX. — Que les ohjets enterrés avec
les morts leur servent, c'est chose admise par tous.
13. À Häng-tcheou (Tchée-kiang),
un certain Minn-maokia aimait à jouer
aux échecs. Son préc2pteur, un certain
Soünn, jouait volontiers avec lui. Au
sixième mois de l'an 1727, alors qu'il
faisait très chaud, Minn invila quatre
de ses amis et son précepteur. Qn joua
aux échecs. Comme une partie venait
de finir, le précepteur dit: Je me sens
fatigué; je vais faire une petite sieste
dans le bâtiment latéral oriental. — Peu
après, on entendit des cris venant de
l'appartement, où le précepteur s'était
retiré. Minn y courut avec ses quatre
amis. jlis trouvèrent le précepteur gisant
à terre, bavant etrâlant. Quand ils Feu-
rent ranioé en lui instillaut de Ja tisane
de gingembre, ils lui demaudèrent ce
qui lui était arrivé, — Je sommeillais
sur le lit, dit-il, quand je sentis qu’un
point de mon dos, grand comme une
noix, devenait froid. Bientôt le point
s'élendit, et alteiguit les dimensiuns
d’une assielte, le froid devenant de
plus en plus intense. Je palpai la natte
sur laquelle j'étais couché, et fa trouvai
glacée. Je cherchais en moi la raison
de ce phénomène, quaud j'entendis,
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sous le ÎÎt, comme un bruit de souffle,
Je regardai, et vis un crâne, qui souf-
flait vers la naite. de fus si épouvanté,
que je tombai par terre. Le crâne bon:
dil, et me porta des coups de tête. Je
criai. Votre arrivée le fit disparattre. 一
Les quatre invités dirent tous qu'il fal-
lait creuser la terre sous le lit, pour
exhumner le crâne autgur de cet atten-
tat. Mais la famille Minn, craignant
qu'il n’arrivât pis, préiéra condamner
l'appartement, dont la porte fut cade-
nassée.
Introduction IX. — Le coutact des morts est froid,
Leur souffle est glacial. Un eoup de vent froid précède
leur arrivée.
14
C'est la croyance commune, que le
monde des vivants et celui des morts,
communiquent à Fông-tou, ville de la
province du Séu-tch'oan. Près de cette
ville se trouve uu puits, à l'orifice du-
quel le peuple brûlait, bon an mal an,
pour trente millions de sapèques de
papier-monnaie et de papier-habits
pour les morts. Les gens du peuple ap-
pelalent cela payer l'impôt infernal.
Ceux qui ne le payaient pas, seraient
punis par des maladies et autres fléaux,
disait-on. = Vers l'an 1650, un nou-
veau sous-préfet nommé Liôu-kang
ayant pris le gouvernement de la ville,
entendit parler de celle coutume el
l'interdit. Les gens du peuple réclamé:
rent. Le sous-préfet maintint sa défen-
se. Le peuple dit: quand vous vous
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serez entendu avec les habitants du
monde inférieur, nous vous obéirons. 一
Où les trouver? demanda le sous-
préfet. — Au fond du puits, répondit:
le peuple. — Qui descendra? — Persun。
ne ne s'offrit. — Or le sous-préfet Liôu-
kang était brave. C'esl mon devoir, dit-
il, d'exposer ma vie pour le bien de
mon peuple. J'irai moi-même. — Le
peuple eut beau protester. Le sous-
préfet fit apporter de longues cordes,
s’y altacha, et ordonna qu'on le des-
cendit dans le puits. Son secrétaire
Li-sien ayant demaudé à -l'xccompa-
gner, satlacha aussi à une corde, On
les descendit Lous deux dans le puits. 一
Jusqu'à cinq toises de profondeur,
l'obscurité devint de plus en plus com-
plète. Plus bas, une nouvelle lumiére
les éclaira peu à peu, et ils entrérent
dans un monde inférieur, avec des vil-
les et des édifices, lout pareils à ceux
du.monde supérieur. Seulement Îles
corps des habitants ne projetaient pas
d'ombres, et pouvaient à volonté s’éle-
ver dans l'air. — Bientôt un officier de
rang iuférieur aborda Liôu-kang et lui
dit: Vous eles mandarin dans le monde
supérieur. Que venez-vous fuire ici? —
Je viens, dit Liôu-kang, pour demander
qu'on remelle à mon peuple l'impôt
infernal. — C'est un bon mandarin
celui-là, chuchota l'entourage du petit
officier. — Pour cela, dit celui-ci à
Liôu-kang, il faut vous adresser au juge
Pao, qui siège actuellement à son tri-
bunal. — Cela dit, il conduisit Liôu-
kang dans un grand prétoire, et le fit
monter à une salle haute, où siégeait
un vieillard majestueux, vêtu comme
6
— 14. 一
un roi. Les appariteurs criérent: le
sous-préfet de F6ng-tou arrive. Le juge
s'avança à sa rencontre, le salua, le fit
asseoir à la place d'honneur, puis lui
dit: Les mondes supérieur et inférieur
sont séparés. Pour quelle affaire êtes-
vous venu ici? — Liôu-kang se leva,
salua, puis dit : Depuis bien des années,
dans le district de Fông-tou, les récol-
tes ont été mauvaises; le peuple est
épuisé, et le gouvernement gêné Jui
aussi, ne veut pas lui remettre les taxes;
comment mon peuple pourrait-il encore
payer l'impôt infernal? J'ai exposé ma
vie, pour venir ici intercéder pour mon
peuple. 一 Le juge Pio dit en riant:
Cet impôt infernal, c’est encore une
. invention de ces stupides bonzes et tào-
cheu. Que d'argent ces gens-là souti-
rent au peuple, sous prétexte de faire
du bien aux morts. Et les morts ne
peuvent pas averlir les vivants que tout
. cela ne leur profite pas! Vous êtes un
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mandarin intelligent, qui savez prendre
à cœur le bien de votre peuple. Votre
. requêle est parfaitement juste. 一 À ce
moment un trait de lumière rouge des-
cendit du ciel. Le juge Pao se leva et
dit: Le Vainqueur des démons (Koän-
ti) arrive. Veuillez vous retirer pour un
instant. 一 Liôu-kang et son secrétaire
se retirérent dans un cabinet attenant
à la salle. Soudain Koän-ti descendit
‘d'en haut majestueusement. Il était
vêtu d’une robe verte, et portait une
longue barbe. 11 salua le juge Päo, et
lui parla longtemps de choses auxquel-
les Liôu-kang ne comprit rien. Puis,
tout à coup : Je sens ici l’odeur d hom-
mes vivants, dit-il. — Le juge expliqua
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— 14. 一 , 43
ce qui en était. — Voilà un bon man-
darin, dit Koän-ti; je veux le voir. 一
Liôu-kang et son secrétaire furent
introduits et saluëérent. 一 Koän-ti les
fit asseoir, leur parla trés amicalement,
et leur dit que, si les affaires du monde
supérieur élaient compliquées, celles
du monde inférieur l’étaient bien da-
vantage. 一 Or le secrétaire Li-sien
était un homme bardi et iucivil. Sou-
dain il'demanda à Koän-ti: Et Huan-
tei, qu'est-il devenu? — Koän-ti ne
répondit pas, mais son visage exprima
la colère, et ses cheveux se hérissérent.
Il se leva et prit congé. — Après que
le juge l’eut reconduit: Malheureux!
dit-il au secrétaire, tu périras certaine-
ment frappé par la foudre; il n'est pas
en mon pouvoir de te sauver. Est-il
possible que tu.aies osé demander pa-
reille chose, et parler à un ministre de
son prince en désignant celui-ci par
son nom personnel? — Liôu-kang de-
manda grâce pour son secrétaire. —
Tout ce que je puis faire pour lui, dit
le juge, c'est de le faire mourir de mort
naturelle avant que la foudre ne Île
frappe, et d'empêcher que son corps
ae soit réduit en cendres... Et tirant
de sa boîte un sceau en jade d'un pied
carré de superficie, il ordonna à Li-sien
de se découvrir, et le lui appliqua sur
le dos... Puis Liôu-kang et Li-sien
prirent congé, retournèrent au puits,
et se firent remonter dans le monde
supérieur. 一 Js n'étaient pas arrivés
à la porte méridionale de Fôüng-tou,
que Li-sien tomba mort, frappé dapo-
plexie. On le mit en bière. Peu aprés
un orage épouvantable se déchaîna. La
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foudre tomba sur le cercueil, le con-
suma avec les habits et le reste; mais
le corps marqué du sceau du juge in-|
fernal, ne fut pas détruit.
Voyez Introduction VI. I. — Cette page est d'un
Confucianiste plutôt sceptique. Nous enlen'trons la note
contraire. — Ÿ 德 Hudn-tei est le nom personnel de
&] ft Lidu-pei empereur 4 烈 党 Tchäo-lie-ti de
la petite dynastie des #} 江 Hdn de Chôu, pour lequel
Koän-u lutta et périt ( TH pages 975 et 970 ). Koän-u
étant maintenant, dans le monde infernal, au-dessus de
san ancien maitre, il ne fallait pas lui parler de ce mai-
tre. Il fallait cneore moins appeler familièrement par
son nom, celui pour qui Aoän-u s'était dévoué jusqu'à
la mort. Péchés mortels contre les rits. — L'âme infé-,
rieure est censée résider dans la région lombaire. 一
Etre lué par la foudre, est infamant. 一 Quand un corps
est incinéré, l’âme inférieure péril avec lui certainement.
De là vient qu’on hrûle les êtres qu'on veut détruire
entièrement, vampires el autres.
45
Sous la dynastie mongole Yuäân, à
Ming-tcheou (Ning-p'ouo du Tchée-
kiang), durant les cinq premiers jours
de la première lune, et le quinze de la
même lune, le soir on illuminait les
rues. À celte occasion, la liberté était
grande. Jeunes gens et jeunes. filles
sorlaient, pour voir l'illumination. — En
l'année këng-tzeu de la période tchéu-
tcheng (1360), la nuit du quinze, un
jeune lettré nommé K'iâo, qui venait de
perdre sa femme, regardait l'illumina-
tion du seuil de sa porte. Il était minuit
passé, et la foule diminuait. Soudain
le jeune homme vit une bonne, portant
une lanterne sur laquelle étaient pein-
tes deux pivoines, qui éclairait les td
d'une jeune fille de.17 à 18 ans, vêtu
一 15. 一 45
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d'un surtout rouge sur une robe bleue.
La jeune fille se dirigeait vers l'Ouest.
Au clair de la lune, le jeune homme
vit qu’elle était fort jolie, et son cœur
prit feu. Il la suivit d’abord par der-
riére, puis avança pour Ja considérer
par devant. La jeune fille remarqua ce
manège. Tournant la tele et souriant
au jeune homme, elle lui dit: Que,
saus nous l'être promis, nous nous
rencoutrions ainsi au clair de la lune,
cela n’est pas fortuit .. Le jeune homme
la salua et dit: Feriez-vous bien à ma
chaumière l'honneur de la visiler?..
Sans répondre, la jeune fille rappela la
bonne qui marchait devant. Revenez,
Kinn-lien, lui dit-elle; éclairez-nous…
Le jeune homme donna la main à la
jeune fille, et la conduisit chez lui, très
conlent de sa bonne fortune. 11 lui de-
manda d'où elle était, comment elle
s'appelait. Je m'appelle Pôu-lik'ing, dit-
elle. Mon père était juge à Hoä-tcheou
(Koäng-tong). Mes parents sont morts.
Je n'ai pas de frères. Je demeure seule,
avec ma bonne Kinn-lien, dans le quar-
tier Hôu-si... Le jeune homme la retint
pour la nuit... Elle partit avant l’aube,
puis revint le soir, quand la nuit fut
tombée... Et ainsi de suile, durant une
quiuzaine environ. — Cependant un
voisin qui avait remarqué ces allées et
venues, épia ce qui se passait, par une
fente. A la tueur de la lampe, il vit que la
personne qui élait assise à causer avec
le K'iâo, avait une lête de mort fardée
et poudrée... Très inquiet, dès le len-
demain il alla trouver le jeune hom-
me, et lui dit: Si vous continuez, il
vous arrivera certainement malheur.
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一 15. -一
L'homme vivant est ying, les morts sont |
yinn. Vous passez les nuits avec une
morte, sans crainte de vous souiller à
Son contact. Elle épuisera votre esprit
vital, et vous fnirez misérablement, à
la leur de vos années... Le jeune hom-
me effrayé lui dit les références que la
ieunue fille lui avait données... Allez les
vérifier dès aujourd'hui, lui dit le voi-
sin. — Le jeune homme alla donc aux
reuseignements dans le quartier Hôu-
si. 1] eut beau chercher et interroger,
personne ne connaissait Mademoiselle
Fôu... Faligué, il entra dans la pagode
Hôu-sinn-seu, pour se reposer. Etant
allé jusqu'au bout de la galerie latérale
. occidentale, il arriva à une chambre
isolée. La chambre contenait un cer-
cueil, avec cette inscription : Fôu-lik'ing
fille du juge Fôu de Hoä-tcheou. Devant
le cercueil rendait une lanterne, ornée
de deux pivoines. À côlé du cercueil
se tenait debout l’image en papier d’une
bonne, avec les deux lettres Kinn-lien.…
A cetle vue, les cheveux du jeune
homme se dressérent sur sa tête, et
une sueur froide inenda tout son corps.
Il s'enfuit à toutes jambes, sans regar-
der en arriére. — N'osant pas passer la
nuit chez lui, de peur d'être visité par
le spectre, il demanda asile au voisin,
Celui-ci lui dit: Les charmes du tao-
cheu Wêéi, de la pagode Yuân-miao-
Allez le
koan, sont très puissants.
trouver au plus tôt, pour lui demander
secours. — Le lendemain, dés le matin,
le jeunc homme alla trouver le tao-
cheu. Avant qu'il eût ouvert la bouche,
celui-ci lui dil: Des effluves de malheur
s'échappent de tous vos pores. Que
一 15. 一 47
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venez-vous faire ici?.. Le jeune homme
se prosterna devant le täo-cheu, et lui
raconta son histoire, en le priant de le
sauver... Le téo-cheu trempa son pin-
ceau dans le vermillon, et traça deux
charmes qu'il lui remit, avec ordre de
coller l’un sur la porte de sa chambre,
el l’autre dans l’alcôve de son lit. De
plus il lui interdit absolument d'appro-
cher même du Hôu-sinn-seu. — Le
jeune homme revint avec les deux
charmes, et fit comme le téo-cheu lui
avait dit. Durant plus d'un mois, il ne
reçut aucune visite nocturne. — Un
soir il sortit pour visiter un ami, avec
lequel il but jusqu'à une heure avancée
de la nuit. L'ivresse lui fit oublier les
ordres du tâo-cheu. En revenant, il
passa devant le Hôu-sinn-seu. Kinn-
lien l’attendait à la porte. Voilà bien
longtemps que Mademoiselle vous dési-
re, dit-elle. Comment avez-vous pu
l'oublier ainsi? Venez! 一 Hébété, le
jeune homme la suivit machinalement.
Elle le conduisit, par la galerie oceiden-
tale, jusqu'à la petite chambre. Made-
moiselle était assise sur le cercueil.
hes qu'elle le vit, elle le tanca, en ces
termes: Nous nous sommes rencontrés.
Je vous ai plu. J'ai mis à votre disposi-
tion toute ma personne. Nous étions si
bien ensemble, Faut-il que vous ayez
cru les mensonges d'un méchant tio-
cheu, et ayez essayé de rompre avec
moi ?! Vous avez mal agi, ingrat! Aussi,
maiutenant que je vous liens, je ne
vous lâcherai plus. — En disant ces
mots, elle se leva et saisit le jeune
homme. Le cercueil s'ouvrit de lui-
même. Elle y entra, l’entrainant à sa
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suite. Le lourd couvercle se referma
sur eux. Peu d'instants après, le jeune
homme élait mort étouffé. — Ne le
voyant pas rentrer, le voisin conçut
des inquiétudes, et se mit à sa recher-
che. Ne l'ayant trouvé nulle part, il finit
par aller voir au Hôu-sinn-seu. Ayant
constalé que le pan d’un habit d'hon-
me élait pris entre le cercueil et so
couvercle, il avertit les bonzes. O0
ouvrit le cercueil. 11 contenait le ca
davre d'une jeune fille en parfait éla
de conservation, qui étreignait le ca
davre tout frais du jeune homme. 一
Est-il possible, dirent les bonzes, qu
celte personne se conduise ainsi! C'est
la fille du juge Fôu de Hoä-tcheou.
Elle mourut à l'âge de 17 ans, il y a de
cela treize ans révolus. Sa famille
changeant de séjour, déposa son cer-
cueil ici provisoirement, et n’a plus,
depuis lors, donné de ses nouvelles.
Quoi qu'il en soit, ce vampire ne res-
tera pas plus longtemps ici. — Sur ce,
on enterra le cercueil contenant la
jeune fille et le jeune homme, hors la
porte occidentale de la ville. — Depuis
lors, durant les nuits sombres et ora-
geuses, on voit parfois le jeune homme
et la jeune fille, qui se tiennent par la
main, et. se promènent précédés par
une bonne, qui porle une Janterne
ornée de deux pivoines. Ceux qui ren-
contrent ce trio, sont atlaqués de 人 tt-
vres chaudes. Us doivent leur faire des
offrandes et des libations, sous peine
de ne pas guérir.
Voÿez Introduction NII. — La coutume de remiser
provisuirement dans les pagodes, les cercueils de ceux
qui sont morts au loin, en attendant une occasion de les
lramsporter au cimetière de la famille, est coulume
SR JS QU EP EE St SEM EE M at Er RE LB be PM CON SE
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HÉDÉSÉHENNELNESMAELNÉS ERE IN AMI
FISH NBÉSUNESAUBM)>- YÉMEN AIN
一 16. 一 49
géuérale en Chine. 一 Yinn et Yérig, les deux principes.
Yang le monde supérieur des vivants, yinn le monde
liférieur des Morts. Voyez TP table, deux principes. |
46
Durant la période K'âi-yüan (713-
7141), an jüur le préfet de Hoä-tcheou
(Heûe-nan) nommé Wi-sioutchoang
prenait l'air sur uve tour, d'où la
vue s’étendait- sur le cours du Fleuve
Jaune. Séudain un personnage vêtu
d'une robe violette, et coiffé d’un bon-
net rouge, parut devant lui. Se doutant
qu'il n'avait pas affaire à ud homme,
le préfet lui demanda qui il était. —
Je suis le génie de votre ville; dit le
personnage. — Que désirez-vous? de-
manda le préfet. — Le génie du Fleuve
Jaune veut emporter cette tille, dit le
personnage, pour rectifier son cours.
Je m'y oppose. Dans cinq jours, je me
mesurerai avec lui au bord du Fleuve.
. Craignant d'avoir le dessous, je suis
venu vous demander du secours. Failes-
moi soutenir par deux mille ärchers et
arbalétriers, et je vainctai à coùp sûr,
et votre ville sera sauvée. — Je voüs le
promets, dit le préfet. 一 Aussitôt le
génie disparut. 一 Quand le jour fixé
fat venu, le préfet monta sur le rem-
part, à la tele de deux mille braves
soldats. Soudain une colonne de vapeur
blanche, haute de dix toises, se dressa
dans la brame qui couvrait le fleuve.
Une colonne de vapeur noire, sortant
_ de la lour, s’ayvança à sa rencontre. Les
deux colonnes engagèrent la lutte. A ce
moment, le préfet ordonna à ses soldats
7
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— 16, 17. —
de tirer salve sur salve contre la colon-
ne blanche. Bientôt celle-ci diminua
de hauteur, tandis que la colonne noire
s'élevait de plus en plus. La vapeur
blanche finit par disparaitre. Alors la
vapeur noire se retira dans la tour. 一
Avant cette lutle, le Fleuve Jaune,
avançant toujours, était arrivé jusqu'au
pied des remparts de la ville. A partir
de ce jour, il recula de cinq à six
stades.
Voyez Introduction Ill. —- La croyance aux génies
dés monts et des fleuves, est aussi ancienne que la
Chine. TH page #1. TP page 44 一 Maintenant le Fleuve
Jaune passe assez loin de Hod-tcheou, qui n’est plus
qu’une sous-préfecture.
47
Au Séu-tch'oan, un certain Tién-
k'ienliou, gros richard, restail sans en-
fants. 11 lui en était né plusieurs, mais
ils étaient tous morts en bas âge. Un
astrologue lui dit: Durant deux géné-
rations, des constellations femelles ré-
gneront sur votre famille; vos descen-
dants mâles mourront donc tous; à
moins que vous ne les fassiez passer
pour des filles; essayez! — Donc, un
enfant mâle étant encore né à Ti6n-
k'ienliou, celui-ci lui fit aussitôt percer
les lobes des oreilles, mettre un peigne,
bander les pieds, et défendit de l'appe-
ler autrement que la petite Septième. |
Les constellations s’y laissérent pren-
dre. L'enfant vécut. Quand le temps
fut venu, Tién-k'ienliou maria son
garçon-fille, avec une fille-garçon coif-
fée en homme et les pieds non bandés.
Ce couple travesti cut d’abord deux
|
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— 17, 18. — 51
petits garçons. Oubliant la prédiction
de l’astrologue, que la fatalité durerait
deux générations, on leur donna des
noms de garçon. [ls mourgurent tous
deux en bas âge. Alors on fit pour les
suivants, comme on avait fait pour leur
père; on les travestit en fausses filles,
qu'on maria à de faux garçons. Les
constellations n’y virent derechef que
du feu. Cette famille fut ainsi sauvée
de l'extinction,
Voyez Introduction XV.
18
Un certain Séng-tao, bachelier
émérite, tomba un jour matade et dut
s'aliter. Un satellite lui apparut, tenant
d'une main son mandat, et conduisant
de l’autre un cheval blanc. Venez avec
moi, pour être examiné, dit le satel-
lite. — Mais ce n’est pas le temps des
examens, dit Séng-tao. — Venez tout
de même, dit le satellite. — Séng-tao
se leva avec peine, monta à cheval, et
suivit le satellite. La route par laquelle
celui-ci le mena, lui était absolument
inconnue. Enfin il arriva à Une ville
grandiose comme une capitale, et, dans
la ville, à un magnifique palais. Dans
la grande salle, une dizaine de person-
nages siégeaient, parmi lesquels il ne
reconnut que Koäân-ti qui présidait.
Devant ces juges étaient préparées deux
tables et deux sièges, du papier, de
l'encre et des pinceaux. A l’une des
deux tables était déjà assis un autre
bachelier. Des que Séng-tao eut pris
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— 18. —
place à sa table, le thème de la com-
position à faire fut donné. C'était un
thème en huit caractères, ainsi conçu:
« l’un, l’autre, intentionnellement, in-
délibérément ». Quand les deux bache-
liers eurent développé ce sujet, ils
_remirent leurs copies. Le développe-
ment de Séng-tao revenail à ceci: « La
sanclion doit dépendre de l'intention
d'un chacun. Le bien fait par intérêt
ne mérite pas de récompense, le ma
fait sans intention ne doit pas être
puni». Le jury trouva que sa copie
élait la meilleure, et Séng-tao fut ap-
pelé en présence des juges. L'un d’eux
prit la parole, et lui dit: Dans la pro-
vince du Heüe-nan, une place de
tch'éng-hoang est vacante. Vous avez
tout ce qu'il faut pour bien remplir ce
poste, 一 Alors seulement Séng-tao
comprit de quoi il S'agissait, Il inclina
_ la têle en pleurant, et répondit: Je
suis sans doute très honoré de la faveur
que vous voulez me faire. Comment
oserais-je me permettre de refuser?
Cependant j'ai encore ma vieille mére
âgée de plus de 70 ans, qui n’a pas
d'autre appui que moi. Si vous daigniez
me permettre d'attendre qu'elle ait fini
de vivre les années que le Ciel lui a
accordées? — Qu'on cherche le décret
du destin sur cette femme, dit le prési-
dent Koän-ti. — Uu scribe à longue
barbe prit un livre, le feuilleta, et dit :
Elle a encore neuf ans à vivre. — Le
jury était perplexe. — Cela peut s’ar-
ranger, dit Koän-ti. Que le bachelier
Tchäng, ici présent, tienne la place du-
rant neuf ans comme intérimaire, puis
le bacheliér Song l'occupera comme
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— 18. — 53
titulaire. Vu sa piété filiale louable,
nous octroyons à Séng-tao un congé
de neuf ans, au bout desquels il sera
appelé... Puis Koän-ti adressa quel-
ques paroles d'encouragement au ba-
chelier Tchäng. — Les deux examinés
saluérent et se retirérent. Ils sortirent
ensemble de la ville, en se tenant par
la main. Le bachelier; Tcbhäng dit à
Séng-tao qu'il était de Tch'âäng-chan
(Tchée-kiang). Enfin ils prirent congé
l'un de l'autre, Séng-tao remonta à
cheval, et reprit le chemin par lequel
il était venu. Soudain il se réveilla
comme d’un songe, à son domicile,
‘ dans un cercueil. Sa mère qui veillait
dans la chambre, l’entendit gémir. On
le retira vite du cercueil, et on lui
donna des soins. Au bout de douze
heures seulement, il recouvra l'usage
de l’ouie et de la parole. On lui apprit
qu'il était mort subitement trois jours
auparavant. li fit alors prendre des in-
formations à Tch'äng-chan. De fait un
bachelier nomimé ‘Tchäng venail d'y
mourir. — Neuf ans plus tard, la mère
de Séng-tao irépassa, Dès que ses
funérailles furent terminées, Séng-tao
se lava, s’habilla, se retira dans sa
chambre et expira. — Les parents de
sa femme demeuraient en ville. Soudain
un grand cortège s'arrêta à leur porte.
Séng-tao, en grand costume de man-
darin, entra, les salua sans rien dire,
et disparut avec son cortège. — Très
intrigués, ils envoyérent prendre des
nouvelles à son domicile. Il était mort.
Alors ils comprirent qu'étant devenu
chénn, il leur avait fait ses adieux
avant de partir.
— 18, 19. —
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>
Voyez Introduction ILE, I}, V. — Monde inférieur
analogue au monde supérieur, avec capitale, tribunaux,
elc, 一 Chénn, âmes non réincarnées, nobles et puissan-
tes, fonctionnaires du monde inférieur. |
19
Quand Waäng-yent'ing élait sous-
préfet de Ling-pi (Nän-boei), dans u
village une femme Li âgée de 30 auf
mourut. Son mari alla acheter un cer-
cueil à la ville. Quand il fut revenu,
au moment où on allait ja mettre eu
bière. la femme ressuscita. Tout joyeut.
son mari s'approcha d'elle. Mais elle le
repoussa, et dit en pleurant: Je suis
Mademoiselle Wang de tel village. Mes
parents ne m'ont pas encore mariée.
Comment suis-je venue ici? — Trés
effrayé, le Li avertit les Wang du vil-
lage indiqué. Ils venaicnt d'’enterrer
leur demoiselle, morte de maladie. Ils
accoururent. Dès qu'elle les vit, la
femme ressuscitée les embrassa en pleu-
rant, et leur dit une foule de choses
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qui ne laissérent aucun doute sut
l'identité de son âme. 一 La famille au
fils de laquelle la demoiselle Waäng
avait élé fiancée, accourut aussi. A leut
vue, la ressuscitée rougit. — Alors le
Li, et la famille du fiancé, se disputé-
rent cette persoune. Le cas fut porté
au maudarin. Wang-yent'ing l'adjugea
au Li. L'affaire arriva en l'an 1756.
Voyez Introduction IX, XIV. — Ame supérieure
d'une défunte ( non suicidée), entrée dans le corps en-
core frais d'une autre. — Une fille ne dait connaitre,
ni son flancé, ni aucun membre de sa famille, avant son
mariage. De là la honte de la ressuscitée..
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20
Alors que Sù-cheulinn était préfet
de Nan-k'ing (Nän-hoei), un soir com-
me il montait à son tribunal, il vit, au
clair de la lune, une femme agenouillée
devant le portail d'honneur, en position
de suppliante. Un voile noir cachait son
visage. Le préfet Sû se douta que c'était
une âme qui venait lui demander jus-
tice. Quand il eut pris place sur son
siège, il envoya un huissier muni d’une
fiche d'appel, lequel cria à la porte,
que, si quelque âme en peine voulait
obtenir justice, elle pouvait entrer et
porter plainte. Aussitôt la femme entra
modestement, et s'agenouilla devant le
tribunal. Seul le préfet la vit. Les satel-
lites entendirent seulement sa voix, fai-
ble comme la voix d'un enfant. Je m'ap-
pelle T'ién, dit-elle. Mon mari étant
mort, je résolus de rester veuve. Mais le
frère aîné de mon mari, qui contoitait
ses biens, me fit tant de misères, que
je me pendis de désespoir. — Le préfet
Sa fit quérir cet homme. D'abord il ne
voulut rien avouer. Mais soudain, ayant
vu l’âme de sa belle-sæur, au comble
de l’effroi il confessa tout, et fut puni
selon la loi. — Le peuple admira son
préfet, et éleva un monument à la
veuve, pour perpétuer la mémoire de
ce fait extraordinaire. |
Voyez Introduction VIT, 一 La plupart des manda-
rins siègent la nuit. — Dans l'exercice de leurs fonctions,
les huissiers tiepnent en main une fiche, ou un carré de
bois muni d'un manche, portant un ou plusieurs caractè-
res, signe de leur mission,
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— 91. 一
21
Le troisième jour du huitième mois
de l'an 1751, des objets antiques ayant
été mis au jour à Pékin par suite d’un
nivellement, les terrassiers furent soup-
connés d'eh avoir détourné une par-
tie, et le conseil des affaires domesti-
ques ordonna une enquête. Au moment
où une bande de policiers examinaienf
les prévetus, l'un d'entre eux s’age-
nouilla soudain, et débita ce qui suit:
«Je suis Tch'äng-keue de la bannière
jiune. J'ai douze ans. Etant allé au
marché pour acheter quelque chose, le
portefaix Tchäo-eull me fit des proposi-
tions déshonnêètes. Je refüsai. ll me tua
d'un coup de sabre, et enterra mon
cadavre hors la porte Heéu-tsai, dans
un terrain qui sert d'entrepôl pour la
bouille. Mes parents ignorent encore
que je suis mort. Veuillez exhumer
mon cadavre, el punir le crime dont j'ai
été victime». Cela dit. il se prosterna
le visage contre terre. Puis soudain, se
relevant d’un bond; il cria: « C’est moi
Tchâo-eull, le meurtrier de Tch'äng-
keuer. — Compreñant qu'ils avaient
affaire à un cas de vengeance d'’outre-
tombe, les officiers du conseil des af-
faires domestiques livrérent le terras-
sier au tribunal des crimes. On creusa
à l'endroit indiqué, et l'on trouva le
cadavre d’un jeune garçon, égorgé avec
on sabre. — Puis on alla interroger les
parents de Tch'ang-keue. Voilà un
mois que notre fils a disparu, dirent-
ils; nous ne savons pas ce qu'il
est devenu, — Alors on examina
他
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juridiquement Tchâo-eull, lequel fit les
aveux les plus complets. 一 Le tribunal
des crimes adressa au trône le placet
suivant: « Tchäo-eull ayant avoué lui-
même son meurtre, d’après les statuts,
sa peine devrait être abaissée d'un de-
gré. Mais comme il n'a avoué, qu'y
étant contraint par l'âme de sa victime,
pous pensons qu'il n’y a pas lieu de
lui accorder cette faveur, et qu’il doit
être décapité sans sursis ». — La sen-
tence impériale fut: «Qu'il -soit fait
aiusi ».
Voyez Introduction VI. — Les Mandchoux sont
divisés par bannières. +— Quand elles dénoncent leurs
meurtriers, les âmes des victimes apparaissent sous leur
ancienne forme, comme dans l'histoire précédente ; ou
bien elles possèdent momentanément leur meurtrier, et
l'obligent à parler, comme dans l’histoire présente; ou
elles possèdent une sorcière, comme däns l'histoire sui-
vante; ou une personne quelconque. Le médium ne sait
ce qu'il dit, ni pendant, ni après.
22
L'académicien Hioûng-titéhai m'a
raconté ce qui suit. Dans sa jeunesse,
vers l’an 1700, étant venu à Pékin, il
alla se divertir au Pào-kouo-seu, avec
deux de ses amis aussi légers que lui.
Egayés par le vin, ils envoyérent quérir
une chanteuse, qui les excitât à boire.
Leur envoyé amena une espèce de sor-
cière. Celle-ci chanta, puis, prise d’un
besoin pressant, elle sortit et alla se
soulager au pied d'au mur. Peu après
eile rentra, les yeux hagards, se pros-
terna devant les trois buveurs, et dit:
Je suis Wäng-eull, le Chantonais qui
a été tué, volé, et enterré au pied du
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mur, ici-mêéme, par l’aubergiste Tchao-
sap, tel jour, de {el mois, de telle an-
née. de vous prie, Messieurs, de me
faire justice. — Les trois buveurs se
regardèrent en silence. Enfin Hioûng-
titchai répondit: Cette affaire regarde
la police. Nous ne pouvons pas nous
en charger. 一 de sais, dit Wäng-eull,
que Monsieur U, le chef actuel de la
police, est au mieux avec vous Mon-
sieur Hioûng. Veuillez lui demand
de ma part, de faire creuser ici, au
pivd du mur. Le reste s'ensuivra. 一
C'est là une grosse affaire, répondit
Hioëng-titchai. Si Monsieur U ne veut
pas me croire, quelle preuve lui don-
nerai-je? — Dites-lui seulement que,
mon corps élant réduit à l'état de
squelette, je ne puis pas aller le trouver
moi-même. Je le prie de venir ici, où
je lui parlerai par un médium. — Cela
dit, la sorcière s'affaissa sur je sol.
Quand elle eut repris ses sens, elle
iguorait absolument tout ce qui venait
de se passer. — Les trois buveurs se
dirent ; Ce n'est pas à nous de prendre
en main la cause de cetle âme en peine.
Mais nous pourrions inviter Monsieur
U à venir demain boire ici avec nous.
Le médium pourra lui parler, et nous
verrous la suite. — Le lendemain ils
invilérent donc Monsieur 了 T à venir
boire au Pào-kouo-seu, lui dirent ce
qui était arrivé, puis firent appeler la
sorcière. Intimidée, celle-ci refusa
d’abord de venir. Monsieur U la fit
amener de force, par ses satellites. Dès
qu'elle fut arrivée en sa présence, la
scène du jour précédent se renouvela
de point en point. 一 Le chef de la
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一 92, 93. 一 59
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police prévint aussitôt le directeur des
enquêtes dans la capitale. Ou creusa
au pied du mur. Bientôt ou découvrit
un squelette, dont les vertèbres cervi-
cales élaient brisées. On interrogea
ensuite les habitants du liéu, qui di-
rent: Jadis ce mur faisait partie d’une
auberge, où le Chantonais Tchâo-san
de Tsf-nan-fou logeait pour la nuit des
marchands de passage. Il a fermé son
auberge en telle année, et est retourné
au Chän-tong. 一 La police de Pékin
enYoya aussitôt à celle de Tsf-nan-fou
l'ordre d'arrêter Tchäo-san. | fut
bientôt découvert. Au moment où on
l'arrêta, il poussa un cri et expira.
Voyez la nole du numéro précédent. — Les âmes
en peine sort l’âme supérieure non encore réjncarnée.
23
Fân-wenntcheng avait un fils afné
nommé Kiénpou. Tout jeune, cet enfant
se montra singulièrement éveillé et
extraordinairement pénétrant. Il de-
vinait tous les projets de son père. Il
pouvait aussi envoyer son esprit au
loin. Durant la campagne que son père
fit sur la frontière de l'Ouest, contre
Lôu-ts'ing, il était toujours parfaite-
ment renseigné sur les moindres affai-
res de ce chef, par son fils, qui envoyait
son espril prendre ces renseignements
au quartier général même du chef.
C'est à son fils que Fân dut tous ses
succés. Un jour que l'esprit de Kiën-
pou fanait au dehors, quelqu'un lui
causa une grande frayeur. De ce jour,
(NES) MESSE NEFSERRNNORS
SES Po BB EN NS OU RE SR Rp RS CU A BG St ht (NS BE ER
À a AE PF AS NS SE al D ER IN NE SE noi ai NE ce
Robin | MUORHESERD>É | MUR EHMEMECRDE »
一 93, 24. 一
il perdit beaucoup de son don de se-
conde vue, et mourut peu après, encore
fort jeune.
Voyez Introduction X. — Ame supérieure sortant
du corps à volonté.
24
Liôu-paiwenn nous a transmis (
souvenir, du temps où il était jeune
étudiant. Dans une cellule d'un couvent
bouddhique, vivait un homme extraor-
dinaire, lequel fermait parfois sa porte
durant quinze jours ou un mois, son
corps restant dans sa cellule, son esprit
flânant au dehors. Un jour que son
esprit était ainsi absent, un courrier
officiel venant du Nord, passa par là.
Ne trouvant pas où se loger pour là
puit, il avisa la cellule fermée, l’ouvrit,
vit le corps gisant, et dit: Enlevez ce
cadavre et brülez-le; je réquisitionne
cette cellule... Les bonzes durent obéir.
Ils brûlèrent le corps... Cette nuit-là-
même, l'esprit revint. Son corps étant
détruit, il n’y put pas rentrer. Depuis
lors, chaque nuit, il criait dans le cou-
vent: Où me reposerai-je ?.. Les autres
bonzes, ouvrant leur fenêtre, répon-
daient à l'envi: Chez moi! Aussitôl
l'esprit s’attachait pour la nuit à l’un
d’entre eux, doublant son intelligence
durant le temps qu'il restait attaché à
Jui. |
(SEE ) SR
Voyez Introduction IX et X. — Ame supérieure
sortant du corps à volonté, logée à temps dans un corps
vivant. 一 Les bonzes incinèrent leurs morts. — Intel-
ligence doublée, parce que deux âmes.
ET
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一 95, 96. 一 61
RN9
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25
Durant la période K'äi-yuan (713-
741), le préfet de Leäng-tcheou (Kän-
sou ) Koüo-tcheuyunn étant en tournce,
mourut subitement au relais de poste,
à cent stades environ de la préfecture.
Son âme supérieure sorlit de la chambre
où il venait d’expirer, la ferma à clef,
défendit au chef du relais de l'ouvrir
sous quelque prélexte que ce fût, et
retourna en ville, avec tout son cortè-
ge, qui ne se douta de rien. Durant
quarante jours, l'âme mit ordre à ses
affaires, puis envoya quérir son corps.
Quand on l’eut apporté, l'âme surveilla
encore l'habillement et la mise en bie-
re; puis, avant qu'on fermât le cercueil,
elle prit congé de la famille, pénétra
dans le corps, ef disparut.
HÉÉSMEESENES
将
Voyez Introduction XI. 一 Ame supérieure sous
forme corporelle, agissant comme un homme complet.
26
11 y avait à Hoäi-yang (Nän-hoei)
un pauvre étudiant nommé Îe, extré-
mement habile dans tous les genres de
composilion. Malheureusement, le des-
lin ne lui étant pas propice, il n'arrivait
pas à se faire recevoir bachelier. Un
nouveau sous-préfet nommé Ting,
originaire de Mandchourie, étant venu
administrer Hoäi-yang, vit des com-
positions du Îe, et les trouva si belles,
qu'il voulut connaitre leur auteur. Il
le prit en affection, lui donna des
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‘Son chagrin. Bientôt il fut atteint d'un,
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secours à lui et à sa famille, le recom-
manda aux examinateurs, et arriva aie
faire recevoir bachelier. Puis le nou-
veau bachelier se présenta à la licence. :
Maigré l'excellence de ses compositions,
il échoua complètement. 11 reviut chez
lui, la mort dans l'âme, Le sous-préfet
Ting essaya en vain de le remonter. Le
ie se coufina, ferma sa porte, et couva
mal, contre lequel tous les remèdes se”
trouverent impuissants. Sur ces entre-
failes le sous-préfet: Ting ayant eu un
conflil avec un supérieur, donna sa
démission el se retira dans la vie privée.
1 ecrivit au Îe, pour lui annoncer son
prochain départ, et lui faire savoir qu'il
désirait l'emmener avec lui, comme
précepteur de son fils. La lettre fut
remise au malade, qui pleura, se décla- ,
ra trop souffrant, et fit prier Monsieur
Ting de ne pas l’attendre. Celui-ci at-
tendit quand même. Quelques jours
plus tard, le bachelier te se présenta
chez lui, et lui dit: Je vous ai causé
des retards et des soucis. Veuillez me
le pardonner. Maïinlenant je suis prêt
à partir avec vous. — Quand ils furent
arrivés au village de Monsieur Ting,
celui-ci confia son fils au bachelier. Le ,
jeune homme, âgé de seize ans, très
bien doué, n'avait pas encore appris la
composition. Sous la direclion de son
précepteur, il fit des progrès si rapides,
qu’au premier examen il fut reçu bache-
lier. Puis son maitre lui fit étudier envi-
rontrois millé compositions, sur des thé-
mes supérieurs, qu'il avail jadis faites
lui-même. Quand le jeune homme se
présenta à la licence, sur les sept sujets
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一 96. 一 63
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proposés, il avait dans sa mémoire sept
composilions toutes failes. Aussi fut-il
reçu d'emblée, et second de la promo-
lion. — Monsieur Ting voulut prouver
sa reconnaissance au précepteur de son
fils, et lui offril de faire les frais d'un
voyage à la capitale de sa province,
pour lui permettre de s'y faire recevoir
licencié. Monsieur Îe refusa. J'ai trouvé
un appréciateur de mon talent, dit-il:
cela suffit à mon ambition. 一 Cepen-
dant le fils de Monsieur Ting ayant été
altaché comme mandarin à l’un des
grands tribunaux de Pékin, emmena
son précepteur. Il lui procura la per-
mission de concourir pour la licence à
la capitale. Pour faire plaisir à son
élève, monsieur fe se présenta et fut
reçu. Puis Monsieur Ting fils ayant été
envoyé en mission à Nân-heue, dit à
son précepteur: Nous allons passer tout
prés de votre patrie Hoäi-yang. Je veux
absolument que vous alliez, en passant.
faire une visite à votre famille. — Quand’
ils furent arrivés dans le pays, l'élève
envoya son précepleur à son village,
en bel appareil, et bien escorté. 一
Quand Mousieur te arriva à son domici-
le, il vil une pauvre masure fort déla-
brée. Il entra et rencontra sa femme
qui tenait un panier. A sa vue, elle le
laissa tomber d’'épouvante, et voulut:
fuir. — Pourquoi me fuis-tu? lui de-
manda Monsieur le ; je suis maintenant.
un homme distingué. — Un homme:
distingué! dil sa femme. Un koëi, veux-
tu dire. Voilà quatre ans que tu es
mort. Ton cercueil, que ma pauvreté
“et la jeunesse de ton fils m'ont empé-:
ché d'enterrer, est encore déposé ici,
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一 96, 27. 一
De grâce ne reviens pas nous effrayer
ou nous nuire! — Monsieur te fut at-
terré. Il pénétra dans son ancienne
chambre, vit son cercueil, et comprit
qu'il était mort. Au méme instant il
s’écroula sur Je sol. 一 Sa femme épou-
vantée vint voir. Pas trace de corps.
Ses habits, ses souliers et son chapeau
seuls, gisaient à terre. — La veuve
pleura. Un instant après, son fils qui
revenait de l’école, entra, et lui demari-
da ce que siguifiait le be] équipage
arrêté devant la porte. Elle lui raconta
ce qui venait d'arriver. 一 On avertit
Monsieur Ting, le fils. 1 pleura son
précépteur, paya les frais de ses funé-
railles, et se chargea de l'éducation de
son fils, qui devint avec le temps un
lettré distingué.
Voyez Introduction IX, X et XI. — Le bacheliet Je
était mort de sa maladie, C’est son âme qui suivit le
mandarin Ting, fit l'éducation de son fils, concoürut
pour la licence. Ame supérieure sortie du corps, vivant
el agissant comme une personne complète. Le saibis-
sement d'apprendre qu'elle était morte, la fait se dissiper,
s'éteindre. 一 Le détachement de l'âme du corps, est
presque toujours représenté comme se passant sans pelne
ni douleur, si doucement que l'âme ignore souvent
qu'elle est morte, ou plulôt que le composé est dissuus.
27
Sous les premiers Séng (cinquième
siècle), vivait un homine dont l’histoire ,
n’a pas conservé le nom. 1} avait dormi
la nuit avec sa femme. Au point du
jour, la femme se leva et sortit. Un peu
plus tard, l’homme se leva et sortit
aussi. 一 La femme étaut rentrée, vit
son mari encore couché et dormant.
Un instant après, l’esclave de la maison
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27, 28: _— 65
entra, et dit à la femme: le maître de-
mande ses lunettes... La femme crut
que l'esclave plaisantait. Vois, lui dit-
elle, le maître ne dort-il pas sur ce
lit?.. L'esclave regarda et dit: pourtant
je viens de le voir dehors. et il courut
dire la chose au mari. 一 Gelui-ci fut
trés effrayé. 11 entra, et vit, comme sa
femme et l'esclave, son double qui
dormait paisiblement, roulé dabs les
couvertures. L'identité était parfaite,
absolue. — Comprenant que c’élait
l'âme supérleuré du mari, l’homme et
la femme voulurent éviter de l'effra-
yer. Sans rien dire, ils tapotèrent dou-
cement les couvertures. L'âme s’enfonça
peu à peu dans les nattes, et finit par
disparaitre. Les deux époux furent
épouvantés (de ce que l'âme n'était
pas rentrée dans le corps du mari). De
fait, peu après, le mari commença à
donner des signes de démence. II ne
guérit jamais.
Voyez Introduction IX et X. — Apparition sensible
de l'âme supérieure. Démence causée par la perte de
cette âme, l'âme inférieure continuant seule à animer le
torps, durant le reste de la vie. — Une àme effragée
fuit, puis ne peut plus revenir parce qu’elle a perdu son
chemin, ou ne veut plus revenir parce qu'elle a peur. 一 。
L'âme supérieure du mari ne rentra pas dans son corps,
parce qu'on omit de l’appelét. Au lieu de tapoter, les
deux époux auraient du crier son nom à tue-tête. Par
leur tapotage, ils dissipèrent l'âme.
28
Au päÿs de Kién-nan (Fôu-kien),
le bachelier Li-mingtchoung habitait
dans les montagnes. Un jour qu'il s'était
rendu à un village éloigné, à l'occasion
d'uu marché, if revint ivre, alors qu'il
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prenant le bachelier par Ja main, le
de lui. Le vieillard avait disparu. La
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一 28. 一
faisait déjà sombre, et sans être accom-
pagné. 由 était à mi-chemin, quand un
koëi de montagne le jeta dans un ravin,
Son corps y resla endormi. Son esprit,
continuant sa route, arriva au logis.
Sa mére et sa femme étaient assises,
lampe allumée, attendant son retour.
]1 salua sa mére, mais celle-ci ne l’en-
tendit pas. Îl poussa du coude sa fem-
me, qui ne le sentit pas. Alors un vieil-
lard à barbe grise sortit de Fl'atriu
central, le salua et lui dit: Un koëi de
montagne a causé du dommage à votre
corps. Si nous n'’allons pas vite à son
secours, il ne pourra plus revivre... Et
vieillard i'entraîna hors de la maison.
Quand ils eurent marché l’espace d’en-
viron dix stades, ils trouvèrent le corps
gisant dans le ravin. Poussant de tou-
tes ses forces, le vieillard enfonca l’es-
pril dans le dos du corps, en appelant
à grands cris Li-mingtchoung! Li-
mingtchoung!. Ces appels lirèrent je
bachelier de son profond sommeil. Il
s'assit sur son séant, et regarda autour
lune brillait au firmament. Li-ming-
tchoung courut d'une traite jusqu’à la
maison. Minuit était passé depuis
longtemps, quand il arriva. Il raconta
” son aventure à sa mére et à sa femme.
Quand le jour fut venu, ils firent des
libations et des offrandes aux Pénates,
pour les remercier de cette signalée
protection.
® Voyez Introduetion IX. 一 Que les montagnes soient
hantées par des koëi grands et petits, parfois bons, plus
souvent malins; cette croyance est aussi vieille que la
Chine. Voyes TH page 48. 一 L'âme supérieure, sous ,
forme corporelle, mais éthérée, puisqu'on ne l'entend ni ,
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一 928, 29. 一 67
ne ja sent. 一 L'atrium central ett un des sièges des
Pénates ; voyez TP page 74. Le vieillard est l'âme d'un
ancêtre. — C'est par un trou fait dans le dos des idoles,
qu'on prélend y introduire l'efficace, la vertu. — C'est
en criant son nom, qu'on FL À retient l'âme prète à
s'échapper, qu'on la rappelle quand elle est pariie, qu'on
cherche à ranimer les évanvuis, lrs mourants, les morts.
Voyez TP page 78.
29
Liôu-chaoyou était un devin fort
habile, trés célèbre dans .ja capitale.
Vers le milieu de la période T'iën-pao.
(environ 750), un client se présenta
chez lui, offrant une pièce de taffetas
comme honoraires. Que désirez-vous?
lui demanda Chaoyou... Je désire savoir
combien de lemps il me reste à vivre,
dit le client... Cbâoyou consulta les
Mutations. Quaud l'opération fut ter-
minée, il dit en soupirant: Le pronos-
tic n’est pas favorable; vous mourrez
ce soir-même... Le client parut trés
affligé, et demanda à boire. Le petit
domestique qui apporta la boisson de-
maudée, vit deux Châoyou absolument
pareils, et dut demander qui il devait
servir. Celui-là, dit le Chao-you qui
venait de consulter les Mutations, en
désignant le client. Quand il eut bu,
le client prit congé, après les saluta-
tions d'usage. Le petit domestique l’ac-
compagna jusqu'à la porte. Le client
sortil, fit quelques pas, et disparut,
tandis qu’un gémissement douloureux
relentissait dans l'air. Le petit do-
mestique rentra et demanda à son mat-
tre: Eliez-vous si intime avec celle
personne? elle m'a dit votre passé.
Alors Chaoyou comprit que le client
一 29, 80. 一
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était sa propre âme supérieure. Il exa-
mina le taffetas offert. C'était du papier
simulant du taffetas, ce qu'on offre
aux morts pour leur vestiaire. Cen est
fait de moi, dit Chäoyou; mon âme
m'a quitté; je vais mourir. Il mourut
de fait le soir de ce jour. |
Voyez Introduction XI. 一 Dédoublement parfait.
L'âme supérieure, sous forme corporelle, se dissipe.
L'âme inférieure, raisonnable elle aussi dans cette his-
toire, ne conserve la vie du corps que pru de temps. —
Les Mutations, livre contenant les diagrämmes divinatoi-
res et leurs commentaires. Voyez TP page 46.
30
Vers l'an 748, vivait à Tch'äng-nan,
(Si-nan-fou au Chän-si) une certaine
Mà-eullniang, très habile évocatrice.
Le préfet de Yèn-tcheou ( Chän-tong)
nommé Sôu-sien, était très bien avec
elle. Ce Sôüu-sien désirait marier son
fils Lâi, à une fille de la famille Lôu.
Il dit à la Mà; Je n'ai que ce fils unique.
Je veux qu'il épouse une femme, qui
soit et belle et vertueuse. Les Lôu
ont trois filles. Je ne sais pas laquelle
des trois est la plus parfaite. Veuillez
les évoquer chez moi, pour les faire
voir à ma femme, laquelle choisira
l'une des trois... La Ma dressa un autel
dans l'oratoire bouddhique de la famil-
le, et récila ses formules. Bientôt les
âmes supérieures des trois demoiselles
Lôu arrivèrent. La mère de Lai les
examina. L’ainée est bien, dit la Ma :
mais la puinée est mieux ; de plus, son
destin est de devenir femme d'un pré-
fet. 一 Sôüu-sien maria donc son fils
Lâi à la deuxième des demoiselles Lôu.
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Ce
一 30, 51. 一 69
En 355, Sôu-lai alors sous-préfet de
Yoùng-ning, périt victime du rebelle
Nän-lou-chan. Sa famille pensa que la
Ma avait mal prophétisé. Mais quand
ensuite les deux capitales eurent été
reconquises, et que la dynastie Tang
eut élé restaurée, Sôu-lai mort pour la
dynastie, reeut le titre posthume de
préfet de Hoâi-tcheou. La propbétie
élait réalisée de point en point.
Voyez Introductiun XVJH. — Pour les faits histori-
ques auxquels jj est fait allusion, voyez TH pages 1677
et 1690.
31
T'äng-paoheng ayant rencontré
quelque part le magicien Tchäng-
taoling, avait recu de lui un charme,
au moyen duquel il se faisait obéir des
koëi et des chêénn. Un jour Päoheng
dit à un sien ami: En passant près de
la station de la poste, j ai vu descendre
d'un char des femmes, qui vont y pas-
ser la nuit. Elles n'étaient pas voilées.
La seconde à descendre, m'a paru fort
jolie. Ce doit être l'épouse d’un fonc-
tionnaire, qui va le rejoindre à la ca-
pitale. J'irai chez vous ce soir; nous
boirons, et je l'appellerai, pour que
nous ayo0s le plaisir de l’entretenir. 一
Comment, dit l'ami, vous prétendez
appeler chez moi une femme de grande
famille, cela ne me portera-t-il pas
malheur? 一 Ce n'est pas la personne
que j'appellerai, dit Pàoheng, mais son
âme; nous aurons du plaisir sans ris-
que. Mais il faut attendre la nuit, car
je ne pourrai l’évoquer que quand elle
— 81. 一
dormira. Quand elle sera venue, gar-
dez-vous de la toucher, car le trouble
pourrait l'empêcher de retrouver son
corps; alors elle serait morte. — Le
soir venu, Pâoheng et son ami passe-
rent devant la station de la poste. Ils
entendirent à l'intérieur des voix de
femme. Pâoheng aspira el avala son
souffle, et se lia un fil rouge au medium
de la main. Puis il se rendit au logis
de son ami, s’assit avec lui dans so
cabinet de travail, fil apporter le vin,
et envoya les serviteurs dormir. Îl but
d'abord avec son ami, puis, quaud ia
nuit fut bien obscure, il alla ouvrir ja
porte. Aussilôl la femme évoquée entra.
Cetatt bien une figure humaine réelle,
seulement un peu diaphane, comme
les objets qu'on voit dans les airs. Sa
voix était faible et douce, comme celle
d’un enfant. Elle salua hutnblement
Paoheng... Qui êtes-vous? lui demanda
celui-ci... Je suis Madame X, dit-elle.
Mon mari ayant cessé d'être mandarin
en province, je le rejoins à Ja capitale.
Mais où suis-je ici? Je me souviens que
je me suis mise au lit. Est ce que je
rêve? Est-ce que je suis morte? Serais-
je descendue aux eufers? — Non, dit
Pâobeng, vous êtes encore de ce mon-
de. Ne craignez rien. Tout à l'heure je
vous renverrai. Votre destin n’est pas
qu'il vous arrive rien de facheux. — Il
causa avec elle jusqu’au malin, puis la
congédia.
Voyez Introduction XVIH. 一 Tchäng-taoling, le
grand magicien, patron de la magie taoïste; voyez TH
table. — Sur les routes impériales, les voitures passent
la nuit à des élapes déterminées, gros hourgs pleins
d'auberges. — Aspirer et avaler son souffle, faire des
nœuds de fil aux personnes et aux choses, pratiques
des incantaleurs.
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En l'an 755, un certain Tchéng-
cheng allait à la capitale (alors Lâo-
yang), où il devait être investi d’une
charge. Arrivé à Tchéng (pays de
K'äi-fong-fou ) sur le soir, il demanda
à passer la nuit dans une maison du
faubourg occidental. Le maitre de la
maison lui demanda qui il était. Dès
qu'il se ful rommé, une fille de service
sortant des apparlements intérieurs,
vint dire au maitre « Mademoiselle
est arrivée ; elle est avec Madame »…
Bientôt une matrone âgée se présenta.
Tchéng la salua. On s'assit et on causa.
Tchéng lui parla de sa famille. Elle
dit: J'ai avec moi uve fille de ma fille.
Son nom de famille est Liou. Son pére
est actuellement sous-préfet de 了 oai-
yinn (maintenant Hoâi-nan-fou au
Kiäng-sou). Ce serait un parti sortable
pour vous. de désire que vous l'épou-
siez. Qu'en pensez-vous? — Tchéng
n’osa pas refuser. Cette. nuit-là-même,
les cérémonies du mariage élant ac-
complies,. Tchéng et sa femme se réjoui-
rent, comme on fail dans le monde des
hommes. = Plusieurs mois après son
mariage, a matrone dit à Tchéng:
Reconduisez maintenant votre épouse
dans sa famille Liou. Tehéng obéit, et
conduisit sa femme à Hoâi-yinn. Quand
il fut près d'arriver, il fit d’abord pré-
veuir Ja famille Lidu. Celle-ci fut dans
la eonsternalion. Monsieur Liou n'y
comprit rien. Madame Liou soüpconna
que son mari avait eu quelque part
une coneubine qu'elle ignorait, et que
一 32, 33. 一
c'était la fille de cette concubine qui.
arrivait. Quelle ne fut pas sa stupéfac-
tion, quand elle vit descendre de char,
à sa porte, sa propre fille. Pourtant
celle-ci n'avait jamais quitté la maison.
On l’appela. Elle vint, souriante, au-
devant de la nouvelle venue. Un ins-
tant les deux doubles, absolument pa-
reils, restèrent en présence, puis se
fondirent soudain en une seule et
même personne. 一 Le mandarin Liou
ayant examiné le cas, conclut que la
feue mère de sa femme, avait soustrait
l'âme supérieure de sa fille, pour la
maiier elle-même au gendre de son
choix. Revenue mariée par sa grand'-
mére, l'âme était rentrée dans son
corps. Tchéng-cheng retourna à
Tchéng pour examiner. Il n'y trouva
pas trace de la maison où il -s'était
marié.
Voyez Introduction XI. 一 Ame supérieure corporel-
le, puisque vie conjugale durant plusieurs mois. Ame
inférieure intelligente, puisque les parents ne s'aperçu-
rent pas qu'il manquait quelque chose à leur fille. 一
Les koëi construisent des bâtiments, ont des trains de
maison, etc Tout cet appareil se dissipe, au moment
foulu. 一 Qüand deux doubles se fondent en un, le per-
sonnage final porte sur lui tous les habits que portaient
les deux doubles. Ce détail n’est pas mentionné dans le
texte ci-dessus. — Les richards qui se déplacent, mar-
chands, fonctionnaires, et autres, ont souvent diverses
femmes en divers lieax, à l'insu de l'épouse en titre.
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33
Duraut la périvde K'äi-yuan ( 713-
141), Tchéng-ts'iÿing vice-président
du tribunal des fonctionnaires, fut
eñhvoyé en mission au Heûe-nan. Il
devait examiner la conduite des officiers
de celle. province, Sa tournée était
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— 33. — 73
presque achevée, quand il passa à Hoû-
tcheou. Ja cinq personnes lui apparu-
rent, habillées des cinq couleurs fon-
damentales. Elles entrèrent dans la
salle de réceplion, et saluérent con-
formément aux rits. Ts'lying leur ayant
demandé ce qu'elles voulaient, elles
répondirent: Nous sommes les esprits
de vos cinq viscéres, — Ts'iying dit:
Alors vous devriez étre cachés dans
mon intérieur; pourquoi êtes-vous
sortis et m'apparaissez-vous ainsi? 一
Les esprits répondirent: Notre office
était de conserver votre souffle vital.
Ce souffle vital étant à bout, nous vous
quittons. — Alors, dit Ts'iying, je vais
mourir. 一 Oui, dirent les esprits, vous
allez inourir. 一 Accordez-moi, dit
Ts'iying, Île temps nécessaire pour
achever mon rapport et rédiger mon
testament. — Soit, dirent les esprits,
si vous promettez de vous rendre ensui-
te dans votre appartement. — Ts'iying
servit une collation aux esprits. Ceux-
ci saluërent et acceptèrent. — Quand
il eut achevé ses écritures, Ts'iying se
lava, revêtit des habits neufs, Se coucha
dans son appartement sur un lit adossé:
au mur de l’Ouest, et expira.
Voyea Introduction IX. 一 Ames des cinq gros
Yiscères, petites âmes inférieures, de même nature que
la grande âme inférieure ER p'éi. Elles sont d'invention
telalivement moderne. C'est le système quinaire qui les
fit invetiter, probablement ; voyez TP page 28. Elles
jouent un très grand rele dans la pathologie chinoise,
naturellement. Elles apparaissent sous forme humaine.
Dans les traités de médecine, on les figure sous des
formes animales. ‘
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一 94. —.
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34
Le sous-préfet Tchôu-chao de
P'ing-yang (Chän-si) ayant terminé le
temps de son mandat, fut transféré au
Chän-tong. Îl se rendaît, avec toute sa
famille, à son nouveau poste. Un soir
il descendit dans une auberge, pour ÿ
passer la nuit. 1 vit qu'un bâtiment à
étage était fermé à clef. Pourquoi cela?
demanda-t-if à l'aabergiste. — Parce
que, dit celui-ci, depuis des années
un yâo-koai y fait le sabbat. 一 Je vais
t'en débarrasser, dit Tchôa-chao. 一 Sa
femme eut beau le supplier de ne pas
tenter l'aventure. If la fit coucher, avec
ses concubiries et ses enfants, dans un
autre bâtiment. Pour lui, l'épée au
poing, il s'assit, lumières allumées,
dans l'appartement hanté. — Vers
miouit, quelqu'un frappa et entra. C'é-
tait un vieillard à barbe blanche, coiffé
d'une toque écarlate. Il salua Tchôo-
chao, qui l’apostropha rudement, en
l'appelant yäo-koai. Je ne suis pas ce
que vous pensez, dit le vieillard. Je suis.
te génie du lieu. Votre arrivée a suffi
pour faire déguerpir les yäo-koai qui
infestaient ce lieu. Je suis venu pour
tous remercier. Vous m'avez rendu ser-
tice.. Cependant, ajouta-t-il, s'ils re-
tenaient, jouez de l'épée! 一 Tchüu-
chao le salua et le reconduisit. 一
Bientôt entrerent des êtres au visage
noir. Tchôu-chao leur abattit la tête.
D'autres êtres au visage blanc qui sui-
virent, eurent le même sort. Enfin parut
un monstre à la gueule noire et aux lon-
gues dents. Tchôu-chao le dépécha de
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même. — À ce moment les coqs chan-
térent. Tchôu-chao triomphant appela
les gens de l’auberge, qui entrérent
avec des lanternes. L'appartement était
jonché de corps décapités, gisant dans
une mare de sang. C'élaient la femme,
les concubines, les fils et les filles de
Tchôu-chao, tués par lui. — À ce spec-
tacle, il poussa un cri terrible «j'ai
été joué par un yâo-koail» et tomba
mort.
Voyez Introductjon VHL 一 Le vieillard qui se dou-
na faussement pour de génie du lieu, était le vrai yäo-
koai. Ï poussa les membres de la famille du mandarin,
à aller le voir l’un après l’autre, changea leurs physiono-
Jnies ou hallucina Fchôu-chao, &j les fit ainsi égorger.
Les tours de cette sorte, sont le passe-temps des ydo-
koai, êtres fourbes et féroces. 一 L'épée chinoise est à
deux franchants, très semblable au glaive romain.
39
Au Kpäng-si, un certaia Li, asses-
seur du gouverneur, était extrêmement
riche. Il entretenait sept femmes. Il
mourut à l'âge de 27 ans. Son vieux et
fidéle majordome s'occupa, avec les
femmes, des préparatifs ordinaires en
cas de deuil et de funéraiMes. 一 Com-
me ils étaient tous trés affairés, un
téo-cheu se présenta, demandant qu’on
lui fit l'aumône. — Notre maitre vient
de mourir, dit le majordome; je n'ai
pas le temps de m'occuper de toi. —
Et si j'avais le pouvoir de rappeler son
âme”? dit le téo-cheu en souriant. 一
Trés ému, le majordome entra pour
avertir ies femmes, puis sortit pour
inviter le tâo-cheu. Celui-ci était
parti. — Hélas! dirent les femmes, c'é-
tait un chénn, nous l'avons offensé. 一
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Le majordome courut aprés lui. Il le
retrouva sur la place du marché, lui
demanda pardon de sa brusquerie, et
le supplia de prendre pilié de leur
malheur. — Ce n’est pas, dit le t4o-
cheu, que je refuse de faire revivre
votre maître. Maïs c’est la loi, aux en-
fers, que, pour obtenir qu'un mort re-
vive, un vivant meure à sa place. J'ai
pensé que personne de votre familte ne
consentirait à donner sa vie, voilà
pourquoi je suis parti. — Veuillez re-
venir, dit le majordome; nous délibé-
rerons. — Le tao-cheu le suivit. 一
Quaud ils furent revenus à la maison
mortuaire, le majordome communiqua
aux femmes ce que le tâo-cheu venait
de lui dire. La proposilion ne leur plut
pas. Elles s'entre-regardérent sans dire
mot. — Alors le majordome leur dit:
Je comprends’ pourquoi vous hésitez.
Vous êtes toutes fort jeunes. Moi je suis
vieux. Je ne tiens pas à la vie. — Cela
dit, il sortit, et demanda au téo-cheu:
Ferais-je l'affaire? — Oui, dit celui-ci,
si tu te dévoues de ton plein gré,
joyeusement et sans regret. 一 Ces
dit, fit le majordome. 一 Alors, dit |
tâo-cheu, fais tes adieux à tes proches
et a tes anis. il me faut trois jours
pour faire mes incantalions. Avant le
septième jour, elles auront leur effet. —
Le majordome établit le téo-cheu dans
la maison mortuaire, et le servit avec
le plus grand respect. Puis il fit le tour
de ses proches et amis, pour leur faire
ses adieux. Parmi ceux-ci, les uns
l’admirérent, d’autres le plaignirent,
d'autres se moquèrent de lui. — Quand
il eul fini sa tournée, le bon vieux alla
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— 35, — 77
au temple de Koän-ti où il avait ac-
coutumé de faire ses dévotions. Il se
prosterna et pria en ces termes: Je
veux mourir pour mon maître; daignez
aider le tâo-cheu à faire revenir son
âme! — Il] avait à peine achevé cette
priére, qu'un bonze aux pieds nus ap-
parut devant l'autel aux parfums, et
lui dit: Prends garde! Des effluves né-
fastes s’échappent par tous tes pores.
Un grand malheur te menace. Je te
Sauverai, mais garde-toi de souffler
motf.. Celä dit, le bonzé lui donna un
petit paquet enveloppé de papier, en
lui disant: Tire ceci de ton sein, au
moment crilique... et il disparut aus-
Sitôt. — Rentré à la maison, le major-
dome ouvrit le paquet. Il contenait
cinq ongles et une corde. Il le referma
et le mit dans son sein. — Quand le
troisième jour fut venu, le tâo-cheu
ordonna au inajordome de transporter
son jit dans la chambre mortuaire, à
côté du cercueil de son maitre. Puis il
ferma ja porte de celté chambre avec
une chaîne de fer, ne laissant. ouvert
qu'un trou, par lequel on passerait au
reclus aliments ét boisson. Ensuite il
s'installa près du gynécée, dressa un
pelit autel, et marmotta ses formules. 一
Soudain le majordome sentit comme
un coup de vent sortir de dessous son
lit. Puis deux nains surgirent de terre.
Ils étaient poilus par tout le corps,
avaient de grosses lêles, et des yeux
verts étiucelants. . Ils firent ‘plusieurs
fois le tour du cercueil, puis se mirent
à ronger avec leurs dents les arêtes. du
bout antérieur. La planche qui formait
ce bout, finit par tomber. Alors les .
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— 85. —
deux diablolins tirerent du cercueil le
corps du défunt, encore en parfait état
de conservation, et se mirent à lui
masser le ventre. Bientôt le défunt re-
couvra l'usage de la parole. Mais, chose
étrange, le majordome remarqua que,
si le corps était bien celui de son maitre,
_ la voix était celle du tâo-cheu. — Ef-
frayé, il se dit: Voilà le moment criti-
que! et il tira de son sein le paquet
reçu au temple. Aussilôt les cinq ongles
se changéreat en un dragon à cinq
griffes, qui saisit le vieux majordome,
l'enleva de son lit, le déposa sur une
des poutres du plafond, et l’y attacha
avec la corde. — Cependant les deux
diablotins atderent Je ressuscité à aller
au lil du majordome. Quand il constata
que ce lit elait vide, le ressuscité s'é-
eria: l'affaire est manquée! — Vite les
deux diablotins cherchérent par tout
l'appartement, .oû le majordome pouvait
s'être caché, tandis que le ressuscité
furieux déchirait les rideaux et les
couvertures de son lit. Enfin un des
diablotins aperçut le majordome juché
sur sa poutre. Il l’indiqua au ressusci-
té, qui s’éleva dans l'air pour le saisir.
Au moment au il allait l'atteindre, un
eoup de foudre formidable éclata. Le
majordome tomba à terre. Le ressuscité
et les deux diablotins disparurent. Le
cercueil se trouva fermé comme aupa-
ravant. — Je bruit du tonnerre auira
les femmes. Elles ouvrirent la chambre.
Le vieux majordome leur dit ce qu'il
. avait vu. Vite on alla voir ce qu'était
devenu le tao-cheu. On le trouva mort
foudroyé devant l’autel où il faisait ses
incantations. Sur son corps était tracée,
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— 35, 36. 一 79
en 17 caractères, au soufre, sa sentence
dont voici la traduction: Magicien cupi-
deet libertin, exécuté par ordre du Ciel.
Voyez Introduction Jl el XVHI 一 Désirant s’ap-
proprier la fortune et les femmes du défunt, le tdo-cheu
fit passer sa propre âme dans son cadavre. Pour se dé-
faire du majordoue, il l'aurait renfermé dans le cercueil.
Koän-ti sauva son serviteur. — Cette pièce parait âtre
un conte bouddhisle, adapté par les Taoïstes, qui subs-
tituèrent Koûn-fi à Bouddha. Koän-(i n’est pas servi
par des bonzes, mais par des tdo-cheu. Quand Bouddha
apparaît, il est vêtu en bonre, mais ses pieds sont nus,
tomme sur ses images. Les bonzes chinois portent des
chaussures. — Dans les cas de réincarnation, la voix
est toujours celle de l’âme. Car c'est l'âme qui parle,
disent les Chinois. Le mécanisme de la phonativa leur
est inconnu.
36
Il fut un temps où, quand les ba-
teaux de voyageurs éprouvalient un
coup de vent sur le lac P’'oûo-yang
(Kiäng-si), an câble noir ressemblant
à un grand serpent, les heurtait et leur
causait du dommage Pour se le rendre
favorable, les mariniers da lac avaient
donné à cet être mystérieux le. nom
honorable de Général Cäble, et lui
faisaient des offrandes cliaque année.
En lan 1732, la sécheresse fut telle,
que le lac P'oûo-yang fut en grande
partie asséché. On découvrit alors,
étendu sur le sable du fond, une vieil-
ke amarre à demi pourrie. Les paysans
la hachèrent en morceaux, qui répan-
dirent du sang. Alors ils les brûlèrent.
Depuis lors le Général Câble n'a plus
apparu, ni fait de tort à personne. Les
pilotes du lac ont aussi gessé de lui
faire des offrandes.
Voyez Introduction XIX. — Vieil objet, devenu un
méi malfajsant. :
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37
En l'an 967, Liôu-wei préfet de
Lôu-tcheou (Nän-hoei) fut transféré
dans la province du Kiang-si. Dés qu'il
eut quitté Lôu-tcheou, des incendies
éclatérent de toute part dans cette pré:
fecture. On voyait, la nuit, des êtres
myslérieux courir deci delà avec des
torches. On n'arriva à en saisir aucun,
mais on réussit à en abattre quelques-
uns à coups de flèches. Il se trouva
que cetaient des planches de cercueils,
des poteaux pourris, de vieux balais,
et autres objets analogues. Cette consta:
talion redoubla les alarmes du peuple.
La panique dura plusieurs mois. Eafin,
quand Tchäng-tsoung eut été nommé
préfet de Lôu-tcheou, le calme se ré-
tablit. | |
Voyez Introduction XIX. 一 Le .tafent des bons
mandarins effraie les malfaiteurs, et leur vertu intimide
les koëi et les méi, disent les légendes. |
38
Sous les premiers Sông (5° siècle),
un certain Liôu-huan originaire de
Tchoüng-chan (Tchêu-li), séjournant
à Ue-tch'eng (Tchée-kiang), fut assail-
li, dans l'obscurité, par un être tout
de noir vêtu. Il alluma une lampe, et
vit une forme humaine, sans yeux, ni
oreilles, nl nez, ni bouche, qui errait
à tâtons, se heurtant à tous les obstla-
cles. il consulta un devin sur cette ap-
parition. L'êlre que vous avez vu, dil
le devin, est un objet ancien, datant
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— 38, 39. 一 sf
de vos ancetres. Îl est déjà animé, mais
n'a pas encore d’yeux. Quand il en
aura, ce sera un méi féroce. Dépêchez-
vous de le détruire. — Liôu-huan prit
et lia l'objet, puis le hacha à coups de
sabre. Il reprit alors sa vraie forme.
C'était le vieux traversin noir de son
aïeul défunt.
Voyes Introduction XIX. — Tant qu'un être trans-
cendant n'a pas d’yeux, 6a transcendance n’est pas par-
faite. Tant qu'une idole n'a pas de pupilles, elle est une
faïence, pas un dieu. On la rend transcendante, en lui
introduisant un charme dans le corps pa un trou prati-
qué dans le dos, et en lui. peignant les pupilles en noir;
ea lui ouvrant les yeux, disent les palens.
59 et 40
39. En l'an piag ou tfng de la pé-
fiode Tohéu-yuan (1336 ou 1337),
Yinn-kanglouo et quelques autres, de
Lôu-ling (Nän-hoei), étalent allés se
promener le soir près de l'étang Si-
kia-hou. Ils s'assirent pour manger des
prunes marinées, et trouvérent plaisant
d'introduire les noyaux, un à un, daus
la bouche wuaa crâve qui gisait là par
hasard, en lui demandant s'ils étaient
salés. Leur pique-nique terminé, ils
prirent le chemiu du retour. Elant ar-
rivés à un long chemin creux, soudain,
au clair de la lune, ils virent comme
une boule noire, qui roulait et bondis-
sait derrière eux, en criant: salés!
salési.. Saisis d’une terreur panique,
nos hommes coururent d'une traite
l'espace de dix stades, le crâne toujours
sur leurs talons. Arrivés à Joûng-
ts’ounn, ils passèrent un canal en bac.
De ce moment ils ne virent el n’enten-
dirent plus rien. -
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40. Soinn-kiunncheou de Tch'äng-
chou (Kiäng-sou),se faisait un jeu d'ou-
trager, à toule occasion, les chènn et les
koëi. Un jour qu'il se promenait avec
des amis dans la montagne, pris d'un
besoin pressant, il s'écarta. Un crâne
gisait là. Notre homme trouva plaisant
de lui faire tomber ses excréments dans
la bouche. Est-ce bon? Jui demanda-t-
ïl... Bon! répondit le crâne, en ouvrant
ses mâchoires toutes grandes; bon!
bon!.. Pour le coup Kiänncheou puit
ses jambes à son cou. Le crâne le
poursuivit en roulant. Arrivé à un pont
(en dos d'âne), Kiûnncheou passa. Le
crâne ne put pas monter la rampe. De
loin, Kiûnncheou le vit retourner, en
roulant, à son ancienne place... Il ren-
tra chez lui, pâle et défait, et s’alita
malade. Bientôt, pris de frénésie, il prit
ses excréments avec les mains, et les
dévora, au fur et à mesure, en criant
sans cesse, bon! bon! Au bout de trois
jours, il mourut.
Voyez Introduction IX. — De toutes les parties du
corps, l'âme inférieare s'attache de préférence au crâne,
qui est toujours considéré comme un objet extrêmement
uéfaste et dangereux. 一 Les ponts chinois sont généra-
lement élevés et à rampe raide. — En règle générale,
les fantômes sont censés ne pas pouvoir franchir les
obstacles, murs, canaux, fossés, etc. Il y a pourtant des
exceptions à cette règle. 一 La mâchoire inférieure se
détachant du crâne décharné, je me demande comment
on peut mettre quelque chose dans la bouche d'un crâne.
Mais folk-lore et anatomie sont deux choses différentes.
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Un certain Tcheôu originaire de
Hâng-tcheou (Tchée-kiang), et son
ami Tch'énn, en excursion dans le
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一 41. 一 8ÿ
pays de Yâng-tcheon-fou (Kiäng-sou ),
s'étaient logés dans la propriété d’un
nolable. C'était le commencement de
l'automne, mais le temps était encore
chaud. Manquant d'air dans l'apparte-
ment qu'ils occupaient, les deux jeunes
gens avisérent, au fond des jardins, à
l'Ouest, une pelite maison isolée, don-
- bant sur les montagnes et proche d'un
élang. IIS y transportérent leurs lits,
et passérent plusieurs nuits trés agré-
ables. Un soir qu'ils s'étaient promenés,
au Clair de la lune, jusqu'à la deuxième
veille, ils rentrèérent dant la maison et
venaient de s'étendre sur leurs lits,
quand ils enlendirent, sous la véranda,
ut bruit de pas, puis une voix qui fre-
donnait 4ne strophe sur les fleurs du
printemps et la lune d'automne. Les
deux amis pensérent d'abord que c'élait
le propriétaire qui se promenait. Mais
ils constatèrent ‘bientôt que la voix
n'était pas uke voix d'homme. Ils re-
garderent par des fentes, el virent
une femme adossée à la balustrade de
la véranda. $erait-ce une personne de
_ la famille, que nous ne connaissons
pas ? se demandérent-ils tout bas. 一
Ils regardèrent encore. La femme était
vêlue de robes antiques. — C'est un
revenant, dit le Tcheôu. — Elle est
jolie, dit le Tch’énn; et élevant la voix,
il demanda: Pourquoi n'entrez-vous
pas? 一 Pourquoi ne sortez-vous pas°
répondit la femme. 一 Entraîpant le
Tcheôu, le Tch'ênn ouvrit la porte et
sortit. La femme avait disparu. [ls Pab-
pelérent. Elle répondit. [ls Ja cherché-
rent parmi les arbres. Soudain ils vireut
une lete :de femme, qui pendalt à un
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— 41, 49. 一
saul2. Ils jetèrent tous deux un cri de
terreur. La tête se laissa choir, et vint
vers eux en bondissant. Ils s’enfuirent
à toutes jambes, se réfugiérent dans la
maison, et fermèrent la porte. La tête
arriva, et heurta contre la porte. Ils
appuyèrent de toutes leurs forces, pour
la tenir fermée. Alors la tête attaqua
le seuil à belles dents. Le bois craquait
et s'émiettait sous ses morsures. Enfin
les coqs chantérent. Alors elle partit
en roulant et en sautant, et alla se jete
dans l'étang. — Quand il fit grand jour,
les deux amis sortirent, et s'empressé-
rent de changer de logis. Tous deux
furent malades de peur durant plus
d'un mois.
Voyez Introduction IX. — Ame d’une pendue, dont
les ossements avaient été jetés dans l'élang.
A2 et 43
42. Mon cousin Tchäng-houng-ie
séjournait à Ts'inn-hoai, dans une
maison appartenant à la famille P'an,
et bâtie au bo‘d d'un canal. C’élai
l'été. Durant la ouit, il sortit de. |
maison, vers minuit, pour aller au
cabinets. Tout était silencieux, et la
clair de lune splendide. Tchäng s'ap-
puya sur la balustrade, au bord dt
canal, et admira ce paysage nocturne.
Tout à cuup il eutendit ua clapotis.. Il
regarda, et vit une tele humaine qui
émergeait de l'eau. Ce ne peut pas être
un baigneur, à cette heure, se dit-il;
el il regarda p'us attentivement. Bientôl
il constata que l'être, qui émergeail de
BUS >-HMNPCODMD SR LIRNESEREDSRA+MEZ>I
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一 42 ,43. 一
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OMS DSNENX
85.
plus en plus, avait des yeux sans pupil-
les, et la nuque raide. Tchäng lui jeta
un caillou. Il s'enfonça dans l’eau et
disparut. Le lendemain, après midi, un
garçon se noya dans le canal, à l'endroit
même où l'être mystérieux avait dis-
paru. Tchäng comprit alors qu’il avait
vu le koèi d’un noyé, en quête d'un
remplaçant. — 43. Quand ji raconta
cette histoire aux autres locatäires de
la maison, un d'entre eux, un mar-
chand de riz, lui dit: Moi aussi j ai eu
jadis affaire à un koei aquatique en
quête d'une victime. J'étais encore jeu-
ne, et allais à Kiä-hing (Tchée-kiang)
pour mon commerce. Je dus passer un
guë très vaseux. J'étais monté sur un
buftle. Quand je fus arrivé au milieu
du guë, une main noire sortit de l'eau,
et chercha à *aisir mon pied. Je relevai
prestement les jambes. Alors la main
noire saisit un des pieds du buffle, qui
ne put plus avancer. Très effrayé, j'ap-
pelai au secours. De la rive, les passants
tirérent le buffle, sans arriver à le faire
mouvoir. Alors l'un d’eux lui brüla la
queue. Dans un suprême effort, l'animal
se dégagea et sortit de l'eau. On vit
alors qu'un vieux balai horriblement
puant, était fortement atlaché à son
ventre, On le détacha à coups de bâton.
Le balai gémit et saigna. On le hacha
meuu à coups de sabre, et on le brûla
sur un bücher. 11 fallut un mois, pour
que l'infection qu'il répandit disparüût
entièrement. Depuis lors personne ne
se noya plus dans ce gué, ce qui arri-
vait souvent auparavant.
Voyez Introduction VIT et XIX. — Eu Chine, les
cabinets sont séparés des habitations. — Tordre la queue
86
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BR On ct at PE CR te À 70 | Din IL HE N ER
HD ER
a
— 43, 44. —
d'un hœuf, ou la brûler avec le fourneau d'une pipe, |
est le dernier argument chinois jour décider l'animal À
faire effort. 一 Dans la première histoire, âme d'un noyé
qui cherche un remplaçant, Le manque d'yeux est uns
incohérence. — Dans la seconde histoire, il s'agit d’un
méi, vieil objet devenu malfaisant, non d’un koëi.
4%
- Le fail suivant est consigné dans les
annales de la ville de Sông-kiang
(Kiäng-sou). Durant la période Wan-li
(1573-1020), un pêcheur habitait au
bout da faubourg Ouest, près du dock
des jonques, au bord de l'eau. — Une
nuil il entendit l'âämo d'un noyé qui
disait: Voilà un an que je souffre ici.
Je pourrais noyer cette femme. Mais
elle est enceinte. Je ne veux pas dé-
truire deux vies à la fois. J’attendrai
encore... Le lendemain matin une fem-
me tomba à l’eau à cel endroit. Elle
était enceinte, et fut repêchée. 一 Quel-
que temps aprés, le péeheur entendit
de nouveau l'âme qui disait: Je pour-
rais noyer cet homme. Mais il est
pauvre et l'appui d'une nombreuse fa-
mille, laquelle .devra se disperser s'il
vient à mourir, J'attendrai encore... Le
lendemain matin un homme tomba à
l'eau du haut du pont, mais fut heu-
reusement repêché. — La nuit suivante
l'âme du noyé demanda au pècheur
quelque nourrilure. Je n'en ai plus
pour longlemps, dit-elle. Deux fois j'ai
_fait acte de désintéressement. Les
Chénn du district. l'ont fait savoir au
Sublime Souverain, qui me dispensera
bientôt, j'espère, de mendier ina nour-
riture ici, 一 Je l'espère pour vous, dit
BRNENUNES RSS HSE SES RQ EN ES AN AT Er
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NES ie EE et HEUMNNEMMESSÉ HN RÉSMAUX
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一 44, 45. 一 87 .
le pêcheur. 一 La nuit suivante l'âme
lui apparut encore, pour le remercier
et prendre congé. J'ai élé nommé, lui
dit-elle, génie du licu, à Mào-k'iao.
Voyez Introduction Vfl et II 一 Preta fimélique
mendiant. — Les Chénn du district, sont les génies du
lieu et de la ville ; la hiérarchie locale.
45
Tch'énn-koungp'eng, un lettré sans
emploi, était ami d'un certain Li-fou
qui habitait le même village. Un soir
d'automne, par un beau clair de lune,
il alla le trouver pour faire la causet-
te. Li-fou était très pauvre. Il lui fallut
traiter son hôle..…. dJ'allais justement
acheter du vin, pour boire avec ma
femme, dit-il au Tch'énn (fiction rituel-
le). Veuillez vous asseoir dans la cour.
Je reviens à l'instant, et nous boirons
uu coup en l'honneur de la lune. 一
Le Tch'énn s'assit, et se mit à feuilleter
le cahier de vers qui ne le quittait
- pas. — Soudain une femme, vêtue
d'une robe bleue et les cheveux défails,
entra dans la cour, mais s'arrêta dès
qu'elle eut vu le Tch'êénn. Celui-ci
pensa que c'était une amie de la femme
de Li-fou, et s'écarta pour la laisser
passer. Cependant la femme en bleu
avait glissé un objet sous le seuil de la
porte d'entrée. Quand le Ich'enn se
fut écarté, ette traversa la cour et entra
dans la maison. — Qu'est-ce qu'elle a
caché 1? se demanda le Tch'énn; et il
alla voir. C'était une corde sanglante
el puante, une corde de pendue. Cette
femme serait-elle le koëi d’une suicidée?
(ASSN)MEÉHA
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‘ tête. Comme une vapeur légère, le
— 45, —
se demanda le Tch'énn; et il mit la
corde dans la tige de sa botte. 一 Quel-
ques instauts aprés, la ferme etl bleu
sortit de la maison, et vint chercher à
l'endroit où elle avait caché sa corde.
Ne la trouvant pas, elle marcha furieuse
droit au Tch'énn, et lui dit: Rends-moi
mon objet! — Quel objet? demanda
le Tch'énn. — La femme ne le nomma
pas, mais, se dressant de toute sa hau-
teur et ouvrant Ja bouche toute grande,
elle se mit à souffler sur le Tch'énn un
vent plus froid que glace, qui fit héris-
ser ses cheveux et claquer ses dents. —
Puisqu'elle souffle, se dit le Tch'énn,
pourquoi ne soufflerais-je pas ?.. Il souf- .
fa donc... Sa chaude haleine fit trouée
dans le spectre, partout où elle le tou-
cha. Une première bouffée lui perfora
le ventre, une seconde lui troua la
poitrine, une troisième lui emporta Ja
spectre s'évanouit. — A ce moment
Li-fou rentra avec un pot de vin. Etant
eultré dans la maison pour le faire
chauffer, il s'écria soudain, ma femme
est étendue morte sur le lit. — Elle ne
doit pas être morte, dit le Tch'ênn, car
j'ai la corde dans ma botte... Et il ra-
couta à Li-fou ce qui venail d'arriver. 一
Les deux hommes ranimèrent la femme,
avec de l’infusion de gingembre. Quand
elle fut revenue à elle, ils lui deman-
dérent ce qui s'élait passé. — Elle dit:
Nous sammes si pauvres, el mon mari
a si bon cœur. Un hôte lui étant venu,
comme il n’y avait aucun argent à la
maison, il me pit ma dernière épingle
à cheveux, pour aller acheter du vin.
L'hôle étant dans la cour, je ne pus
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pas me lamenter, et dus dévorer mon
chagrin. À ce moment une femme en
bleu et les cheveux épars entra. Je suis
votre voisine, me dit-elle. Votre indigne
mari est en train de jouer voire épingle
au tripot. Je vais vous consoler... Et
ramassant une corde, elle fit un nœud
coulaat et me dit: mettez votre telte là-
dedans; dans un instant vous verrez le
ciel de Bouddha et ses joiesinfinies. Puis
elle serra la corde, mais n'arriva pas à
m'étrangler… Attendez un instant, dit-
elle, que je cherche ma corde à moi.
Elle sortit et ne revint pas. Vous m'avez
rappelé à la vie. 一 Tch'ênn et Li ayant
pris des informations, apprirent qu'une
voisine s'était pendue quelques mois
auparavant. La famille avait fait croire
qu'elle était morte de mort naturelle.
Voyez Introduction VII. 一 Ame d’une pendue qui
cherche une remplaçante. — Ces âmes profitent des
accès de colère ou de désespoir des femmes, pour les
pousser à se pendre, et les aident. Plus rarement elles
emploient la violence ouverte, comme dans l'histoire
suivante. — Un hôte ne peut pas entrer dans la maison
d’un Chinois pauvre, à cause des femmes. Il reste dans
- Ja cour.
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Un certain Yinn-k'ien satellite à Kiû-
young (Nän-hoei), élait célèbre pour le
zèle et l'audace avec lesquels il prenait
Jes voleurs. Il passait les nuits à l'affût, .
dans les endroits les plus obscurs et
les moins fréquentés. Une nuit il rôdait
aux environs d'un village, quand sou-
dain un individu qui courait, tenant
en main une corde, le heurta dans
l'obscurité. Cet homme doit ëlre un
voleur, se dit Yinn-k'ien ; et il le fila. 一
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— 46. —
L'homme alla droit à une habitation,
et escalada le mur. 一 Bien deviné, se
dit Yinn-k'ien. Laissons-le faire son
coup. Je le cueillerai, à Ja sortie, avec
les piëces de conviction. Maïs soudain
il entendit les gémissements d'une
femme. Alors Yinn-k'ien sauta aussi le
mur, juste à temps pour voir l'inconnu
qui l'avait heurté, juché sur une pou-
tre, prendre avec un nœud coulant une
femme occupée à sa toilette, et la pen-
dre haut et court. Yinn-k'ien comprit
que son inconnu était l'âme d’un pendu,
qui cherchail un remplaçant. Il en-
fonça la fenêtre, et appela au secours.
Les voisins accoururent et dépendirent
la femme avant qu'elle n'expirât. Les
parents remercièrent Yinn-k'ien el le
firent boire. Puis il reprit son chemin
pour retourner chez lui. — La nuit
était encore noire. Soudain il enteudit
du bruit derrière lui. 11 <e retourna.
C'élait le spectre avec sa corde. Pour-
quoi m'as-tu ravi cette femme que je
tenais? cria-t-il. C'est notre droit, à
nous suicidés, de nous chercher un
. remplaçant. Pourquoi m'as-tu empêché
de lefaire?.. Ce disant, il se mit à
frapper Yinn-k'ien. Mais celui-ci était
intrépide. Îl rendit coup pour coup. Le
spectre était très froid, et sentait très
mauvais. — Enfin l'aube blanchit. Les
forces du spectre diminuérent. Yinn-
k'ien le saisit à bras le corps. A ce
moment quelqu'un vint à passer, et
vit Yinn-k'ien qui s’acharnait sur un
morceau de bois pourri. Qu'avez-vous?
lui demanda-t-il.. Ce que j'ai? Le
spectre doit être passé dans ce bois. Il
ne m'échappera pas... Et il cloua le
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bois pourri à un poteau, dans sa cour.
Depuis lors, chaque nuit, une voix se
lamenta piteusement. D'autres voix
murmuraient des paroles de consola-
tion. Si, au lieu de te clouer, il l'avait
cordé, dit l’une, tu souffrirais bien da-
vantage.,. Tais-toi, tais-toi! chuchoté-
rent les autres voix;-le bourreau pour-
rait l'entendre. — C'est bon, se dit
Yinn-k'ien. Quand le jour fut venu, il
remplaça les clous par une corde, et
serra comme il faut. La nuit suivante,
il n‘entendit plus aucune lamentation.
Au matin, il constala que le bois pourri
avait disparu.
Voyez Introduction VII et XIX. — Mélange de koëi
et desnéi. — Yinn-k'ien fut trempé par les spectres.
Son captif ne pouvait pas se déclouer, mais il pouvait se
délier. Les Koei sont tanjours représentés comme encore
plus faurbes que méchants.
47
Ea l'an 1744, à l'examen de licence
du Kiäng-sou, arriva ce qui suit. Un
bachelier nommé Tch'éng, de Tch'äng-
chou, âgé de quarante ans passés, avait
occupé la loge qui lui avait été assignée. ‘
. La première nuit qu'il y passa, il se
mit à pousser des cris de terreur. Ses
voisins accoururent et lui demandérent
ce qu’il avait. Il baissa la tête et ne
répondit pas. Le lendemain, avant midi,
il fit son paquet, remit au surveillant
un cahier blanc, et demanda qu'on le
Jaissât sortir. En vain ses amis firent-
ils tous les efforts pour le retenir. Je
ne puis pas concourir, leur dit-il. J'ai
un crime sur la conscience. Et il leur
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raconta l'histoire que voici: « Quand
j'avais trente ans environ, j'étais pré-
cepteur dans une famille distinguée.
Mes quatre élèves étaient tous fils ou
neveux du maître de la maison. L'un
d’entre eux élait trés bien fait. Je con-
çus pour lui une affection déshonnéte.
A la fête du ts’ing-ming, les autres al-
jerent aider aux travaux du cimetière;
celui-là seul resta à la maison. Je lui
écrivis une strophe de vers, pour le
tenter. Il la lut, rougit, mâcha le papier
et l’avala. Je pris cela pour un consen-
tement. Le soir je le fis boire. Quand
il fut ivre, j'abusai de lui. Le matin,
quand il se réveilla et sut ce qui lui
était arrivé, il manifesta un trés grand
chagrin. Je lui dis que ce n'était rien,
et me rendormis. Quand je me réveil-
Jai, je le trouvai mort pendu. La famil-
le n’y comprit rien. Je me tus et dé-
vorai mes larmes. — Or, cette nuit, ce
jeune homme m'est apparu dans ma
loge, avec un satellite infernal, qui
nous a conduits tous deux devant le
juge des enfers. Mon ancien élève
m'accusa. J'avouai mon crime. Abuser
de quelqu'un sans son consentement,
me dit le juge, mérite cent coups de
rotin. Comme tu étais le supérieur de
ta victime, il convient que ton chà-
liment soit aggravé. Tu devais réussir
aux examens et devenir mandarin. Je
supprime tout cela. — Mon ancien
élève trouvant ma peine trop légère
et demandant ma mort, le juge lui dit,
en se moquant: |l ne ba pas tué. C'est
toi qui as mis fin à tes jours, oubliant
ta vieille mère et le prix de la vie. Tu
as agi comme ces femmelettes, qui se
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一 47, 48. 一 93
suicident par colère ou par honte. Toi,
un homme! Le gouvernement fait par-
fois élever un monument à une fille
chaste; il n'en a jamais fait élever à
aucun garçon. Tu n'as rien compris
aux enseignements des Sages. — À ces
mots, mon ancien élève comprit son
erreur; et se mit à pleurer à chaudes
larmes, et à se tordre les bras: de dé-
sespoir. 一 Continuarit son persiflage,
le juge lui dit: Au Chän-si, dans la
famille Tsiäng, une veuve chaste vient
de mourir. Je vais te réincarner dans
son corps. Tu pourras pratiquer à ton
aise la vertu propre aux gynécées. Je
te promets même un monument après
la prochaine mort. — Puis le juge
ordonna de me donner la bastonnade.
Au vingtième coup je me réveillai dans
ma loge. Je suis si bouleversé et si
souffrant, que je ne saurais concourir.
D'ailleurs je ne réussirais pas, le juge
me l’a dilv. — Quand il eut fini de
conter cette histoire, il s'en alla,
éperdu et pleurant.
Voyez Introduction XXI. 一 L'enseignement des
Sages, c'est, en substance, l’imitation du ciel et de la
terre. 一 Les histoires dames en peine, victimes de
jeunes Leltrés, allant se venger sur eux au moment des
examens, ou oblenant du moins qu’ils échouent, sont
très nombreuses. 一 A la fête du {s’ing-ming, vers le 5
avril, chaque famille remet à neuf les tombes de ses
ancètres.
4 et 49
48. À Tch'énn-tcheou-fou (Heûe-
nan), à côté de l’hôtel de l'examinateur
des Lettrés de la préfecture, se trouvait
une maison à étage, contenant trois
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— 48, —
chambres, condamnée et fermée à clef.
On la disait hautée. — Vers le milieu
de la période K'äng-hi (1692), l'exa-
minateur d'alors Monsieur T'äng main-
tint la défense d'habiter ce local, sur
”le rapport que lui firent les vieux
employés du tribunal. Cependant l'épo-
que des examens étant venue, et le
temps étant trés chaud, les candidats
se trouvèrent à l’étroit. Deux d'entre
eux, les bacheliers Wang et King, de-
mandèrent la permission de se.loger
dans la maison condamaée. Elle est
hantée, leur dit l’examinateur. Ils ne
le crurent pas, enlevèrent la serrure,
et examiuérent l'ialérieur. Pas trace
de poussière. On a voulu se moquer de
nous, se dirent-ils; en temps ordinaire
cette maison est évidemment habitée.
Js transportèrent leur literie à l’étage,
et s'établirent chacun dans une des
chambres latérales, laissant vide la
ehambre du milieu où débouchait
l'escalier. — Un peu avant minuit, le
King se relira dans sa chambre. Le
Wäng se moquait encore des récils
des vieux satellites, quand un bruit se
fit entendre au bas de l'escalier. Qu'est-
ce? cria le King. Probablement, répon-
dit le Wäng, que des farceurs veulent
nous faire peur. Cependant bientôt tous
les deux eutendirent que quelqu'un,
montait l'escalier. Le King cria d’effroi.
Le Wang sortit de sa chambre avec sa
bougie, dout la flamme devint si petite,
qu'elle ne donnait pas plus de lumière
qu'un ver luisant. Ayant peur péür de
bon, nos deux hommes allumérent
d’autres bougies, lesquelles ne donne-
rent qu'une lueur blafarde. Alors, au
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— 48, 19, 一 95
haut de l'escalier, apparut un être velLu
de noir, haut de deux pieds, sans yeux,
- ni bouche, ni nez. Ses cheveux, longs
aussi de deux pieds, se dressaient rai-
des. Nos deux hommes appelérent au
secours. Entendant qu'on venait, l'être
mystérieux descendit l'escalier la tête
la première. On entendit des sifflements
autour de la maison, tandis qu’à Pin-
térieur tous les objets se mouvaient.
Le sabbat dura jusqu'au chant des
coqs. Nos deux braves faillirent mourir
de peur. 一 49. Le lendemain un vieux
satellite dit: J1 est déjà arrivé ici jadis
une autre histoire de spectre. Au temps
où Monsieur P'än était examinateur,
durant un examen, la veille du classe-
ment, vers minuit on enlendit résonner
le tambour avertisseur. Monsieur P'än
déjà couché, fit demander ce qu'il y
avait. Le portier dit: Une femme éche-
velée est sortie de Fenclos des examens, .
et a demandé à voir l’examinateur. Je
lui ai dit qu'il ne pouvait pas recevoir
une femme durant la nuit. Je ne suis
pas une femme, dit-elle; je suis un
koëi. J'ai une plainte à déposer entre
les mains du grand homme... Je restai
un moment trés effraÿé. Elle en profita
”pour battre elle-même le tambour. 一
Tous les officiers de la maison étaient
perplexes. Enfin un.certain Tchäng,
très brave de nature, alla demander au
koëi ce qu'il voulait. 一 L'examinateur
aurait bien pu me recevoir, dit le re-
venant; mais enfin, puisqu'il ne veut
pas, voici men cas, que je vous prie
de lui faire savoir. Je fus la femme du
domestique un tel, dans la maison du
letlré X de telle sous-préfecture. Le
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— 49, 50. —
lettré s'éprit de ma beauté, et me fit
des offres. Je refusai. {1 me battit. J'en
parlai à mon mari, qui proféra des
menaces. Mon maître je tua, puis tenta
de me faire violence. Je lui dis de tel-
les injures, qu'il me tua aussi, et enter-
ra mon cadavre dans sou jardin, à
l'ouest, sous une auge de pierre. Je
demande qu'on me venge de mon mai-
tre. — Est-il au nombre des candidats
de cette session ? demanda le Tchang .一
Oui, dit le spectre; c’est le treizième
de la seconde série. — Le Tchäng
entra, et dit tout cela à Monsieur P'än.
Celui-ci examina ses listes. Le numéro
et le nom indiqués par le revenant,
concordaient parfaitement. Alors l'exa-
mioateur envoya le Tchäng dire au re-
venant, qu’il se tint tranquille, qu’une
enquête judiciaire serait faite sur son
accusation. Le koëi leva les yeux au
ciel, poussa un sifflement, et disparut.—
Monsieur P'än avertit les tribunaur.
Le cadavre de la femme fut trouvé
à l'endroit indiqué sous l’auge de pier-
re. Le Lettré subit la peine légale de
son crime.
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Voyez Introduction VII et VII. 一 Dans la première
histoire, il s’agit d'un yäo-koai; dans la seconde, d'un
yuän-koei. — Un tambour est suspendu près de la
porte de tous les fonctionnaires chinois. Quand un .plai-
grant le bat, le fonctionnaire est tenu d'entendre ou de
faire entendre sa plainte aussitôt. Cet usage remonte à
l'origine de l'empire.
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Le licencié militaire U était passé
maitre dans tous les genres de boxe et
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d'escrime. Durant la période tch'oùng-
tchérig (1628-1644), il alla à Pékin
pour se présenter à l'examen du doc-
lorat. Son valet tomba gravement mala-
de. Le licencié en fut trés peiné. On
lui indiqua un devin fort habile. 1]
alla le trouver. Avant qu'il ‘eût ouvert |
la boucle, le devin lui dit: Vous venez
me consuller sur la maladie de votre
valet, n'est-ce pas? — Le licencié fut
fort surpris. 一 Le devin contitiüa: Le
danger que court votre valet n'est pas
grahd; vous-même êtes plus en danger
que lui. 一 Le licencié pria le devin
de consulter les sorts sur soi propre
Quand celui-ci eut fini son
opération, il dit, l'air attristé: Vous
n'avez plus que trois jours à vivre. —
Comme le licencié effrayé restait son-
geur, le devin lui dit d’un air insinuant:
J'ai un petit charme, qui peut vous
tirer d'affaire. C’est cent ligatures. —
Quand le destin a prononcé, les char-
mes n'y peuvent rleh, se dit le licencié:
et il refusa l'offre du devin. — Vous
ne. voulez pas faire cette pelile dépense,
dit celui-ci. Pourvu que vous n'ayez
pas à le regretter. — Inquiels, les amis
du licencié lui conseillérent de débour:
ser. Îl ne les écouta pas. — Le troisié-
me iout fut vite arrivé. Le licencié le
passa à son domicile. Aucun événement
ne marqua la journée. Le soir, il ferma
sa porte, alluma sa lampe, tira sen
épée, et attehdit prêt à tout. A ja
deuxième veille, comme il allait se
meltre au lit, il entendit comme un
frôlement dans une fissure du papier
qui garnissait la fenêtre.
bonhomme armé d’une lance se fraya
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Patlaqua à coups d’éjée. L'homme s'é-
passage, sauta à lerre, et devint aussitôt
grand comme un homme. Le licencié
leva en l'air, et voulut sortir par où il
élait entré. Maïs un coup d'épée le cou-
pa en deux. Le licencié prit la Jampe
pour l’examiner. C’élait un bonhomme
en papier. 一 Aprés cela le licencié se
garda de dormir. Bientôl nouveau 1
lement et nouvelle invasion par la fe
nêtre. Cette fois Fintrus avait l'air d'u
diablotin. Le licencié le coupa de nou
veau en deux. Comme les deux moili
bougeaient encore, il les hacha à cour
d'épée. Les eoups portaient sur u
corps assez dur, Quand rien ne bouged
plus, le licencié approcha la lampe. 所
avait haché en morceaux une poupée
en argile. 一 1} s'assit alors près de là
fenêtre, Fœil fixé sur la fente du papier:
Seudain il entendit dehors comme le
mugissement d'un bœuf. Un géant pres-
sait contre le treillage de la fenêlre, et
ébranlaït la maison. Je vais être écrasè
par Ja chute du toit, se dit le licencié;
mieux vaut sortir et l’attaquer. 由 ouvri
donc la porte, et se trouva en présent
d'un nègre gigantesque aux yeu
flamboyants, torse et pieds nus, arn
d'u arc el d'un carquois. Le géant lu
déeocha une flèche, que je licenci
para avec son épée. Jl évila, en se je
tant de côlé, une seconde flèche, qui
s'enfonca vibrante dans le mur. Alors
le nègre tira un coulelas de sa ceinture:
Le licencié se précipita dans la maison.
Le eoup fendit le seuil en pierre. âus-
stlôl, chargeant à son tour, ke licencié
passa entre les jambes du eelosse, €
lui entailla uue cheville. IE évita un
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nouveau coup de coutelas du géant, et
lui enfonça enfin son épée dans le corps,
au défaut des côtes. Le.monstre tomba
de son haut, et ne bougea plus. Par
précaution, le licencié le hacha à coups
d'épée. Ses coups résonnaient comme
sur du bois. Enfin fl chercha sa lampe,
et vit étendue dans la cour une figure
en bois, grande comme un homme,
avec un arc et un carquois. Le sang
coulait de toutes les entailles qu'il lui
avait faites. — Aucune nouvelle atta-
que ne se produisit plus jusqu'au
matin. — Le licencié se dil, que ce
devait être le devin, qui avait làché
contre lu ces figurines. 1} aura voulu
me faire mourir, se dit-il, pour falre
admirer ensuite combien exactement il
prédit l'avenir. 一 1} alla donc le trou-
ver, avec ses amis, pour lui demander
raison. 一 Quaad le devin les vit venir,
il devint invisible. — Le sang de chien
rompt tous les charmes, dit quel-
qu'un. 一 Oa Son procura, et'on en
‘ arrosa j'endroit où Le devin étalt assis
quelques instauts auparavant. Aussilôt
le devia. redevint visible. Son visage
était couvert de sang de chien, et ses
yeux brillaient de fureur. On le saisit
et on le Hvra au mandarin, qui le fit
mettre à mort.
Voyez Introduction XVHHet NVII. — Le code porte
peine de mort contre quiconque attente à la vie d'autrui
par des maléfices.
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Le préfet de Cheôu-tcheou (Nän-
hoei) Liôu-kiecheu était un adepte
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— 51. 一
convaincu du spiritisme, Voici ce qui
lui arriva, alors qu’il gouvernait T'äi-
tcheou (Kiäng-sou). Un jour qu’il iavi-
lait Îles esprits, son appareil s’agila
violemment. Le pinceau écrivit d’abord
« P'ân-p'an». Puis, après une pause,
il écrivit de nouveau «je vous suis des-
tinée pour votre existence future ». —
Liôu pensa qu’il avait affaire à la poé-
tesse Koän-p'anp'an. Il écrivit « pour-
rions-nous nous voir?» et brûla le bi
let... « Cotle nuit» répondit l'appareil.—
Quand le soir fut venu, Liôu tomba
dans une sorle d'état cataleptique. A la
auit close, une bouffée d’air froid
envahit l'appartement. Une femme trés.
belle entra. Elle était splendidement
vêtue, et tenait à la main une lanterne
entourée de gaze rose. Elle alla droit
au Liôu. — Celui-ci suait de frayeur. —
Vous avez peur de moi, dit la femme:
c'est que notre leinps n'est pas encore
venu. Cela dit, elle se retira. 一 Cepen-
dant, depuis lors, le Liôu la rappela
de temps en temps. Elle se rendit cha-
que fois à son désir. — Un jour que le.
Liôu, de passage à Yäng-tcheou ( Kiäng-
sou), élait logé à la pagode T'ién-
ning-seu, il Jui prit fantaisie de com-
muniquer avec son amie. Il. disposa
son appareil, écrivit l'invitation et la
brûüla. Aussitôt l'appareil s'anima et
écrivit à grands traits: «Je suis Wéi-
_t'ouo, le Protecteur. Je vous fais savoir
que vous êtes la dupe d’un fantôme.
Ignorez-vous à ce point les lois du
Ciel? Ne savez-vous pas que le Sibinnc
Souverain ne hait rien tant que les
communications entre les vivants et les
morts? Cette faute est pire que la pire
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— 51,59 — iii. LA
luxure. Cess6z 1inogctntx 'eperteze.
vous sinceretmbht…et ‘déliéz:vons dé- -
sormais de cette diablesse ». — Atterré,
le Liôu se prosterna et battit de la tête.
Puis il brula son appareil divinatoire,
et ses recueils de charmes. Les visites
nocturnes cessèrent du coup. 一 Quel-
ques années plus tard, en feuilletant les
annales de T'âi-tcheou, Liôu-kiecheu
tomba sur ke passage suivant: « Non
loin du prétoire de la ville, se trouve
une tombe datant de la dynastie Séng
(10e-12e sjécle). Là est enterrée la
sorcière Mà-p'anp'an. Elle fut trés ha-
bile dans son art, et fit bien les vers à
la manière de Süôu-tongp'ouo». —
Liôu-kiecheu comprit .alors à quel
spectre il avait eu affaire.
Voyez Introduction XVI. 一 Le crible auquel est -
suspendu le pinceau, repose ordinairement sur un pla-
leau qui porte le papier ou la cendre ; de là l'expression
« plateau divinatoire ». La question est posée oralement,
ou écrite puis brûlée. Ce dernier procédé est aussi
employé dans les pagodes, par les suppliants qui veulent
faire savoir leurs désirs aux chénn. Ils écrivent sur un
papier jaune, qu'ils expédient ensuite à destination en
le brûlant. 一 Sur Wéi-t'ouo le Protecteur, voyez TP
pages 324 et 327. Ce Boudilhiste athée parle au nom du
el et du Sublime Souverain ( TP page 339). Telle est
la confusion des dogmes des diverses sectes, dans la
résultante finale de la religion pratique. 一 Sôüu-cheu
{ tongp'ouo ) est le célèbre poèle du onzième siècle. 一
Ce texte esl du dix-huitième siècle.
02
Près de Häng-tcheou (Tchée-
kiang), à Wäng-sien-k'iao, vivait un
jeune Lettré du nom de Tcheôu. Il
avait encore sa mère, envers laquelle
il exerçait la piété filiale de la manière
la plus édifiante. Mais sa jeune épouse
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était une méchante femme, qui détes-
tait et mallraitait sa belle-iméère. Quand
il lui fallait la saluer, aux époques
riluelles, elle revêtait des habits de
deuil, pour lui donner à entendre
qu'elle désirait sa mort. — Le Tcheüu
avait fait en vain tout ce qui était en
son pouvoir pour corriger sa femme,
Désespéré, il porta plainte contre elle
au lemble du tch'éng-hoang de Häng-
tcheou. Faites-la mourir, dit-il, pour
que ma mère puisse vivre. — A ueuf
reprises diTérentes, il écrivit et brüla
sa requêle, toujours sans résultat.
Enfin ij Ss’impatienta, el traita le
tch'éng-hoang d'imbécile. 一 La nuit
suivaate, un satellite le cita. Quand il
fut arrivé au temple et prosterné devant
le tribunal, le tch'éng-hoang lui di 让
avec bienveillance: Crois-tu que j'igno-
re que ta femme se conduit mal? Son
insolence ne m'est que trop connue.
Tu veux que je la fasse mourir. Sache
que le destia ne ta alloué que celte
femme, de laquelle doivent te naître
deux fils. Tu sais que la piété filiale
interdit de ne pas laisser de postérité.
C'est par égard pour toi que j'ai épar-
gné ta femme jusqu'ici. As-tu com-
pris? 一 Cowment aurai-je des enfants
de cette femme, répondit le Tcheüu,
alors que je ne cohabile plus avec elle,
à cause de sa méchancelé? — Quia
fait ton mariage? demanda le tch'éng-
hoang. — Un certain Fân, el un certain
Tch'énn, dit le Tchemu. 一 Le tch'éng-
hoang les fit appeler. Vous avez fn#, ;:
leur dit-il, à ce pieux garçon, une fille
absolument impie. Vous allez recevoir
la bastonnade. — Ce n'est pas notre
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52. — 103
faute, crièrent les deux entremetteurs.
Elle vivait enfermée dans un gynécée,
Comment pouvions-nous nous rendre
compte de son caractère? 一 Le Tcheônu
ayant attesté que les deux entremet-
teurs avaïent agi par amilié, non par
intérèt, le tch'éng-hoang ne les fit pas
battre. = Alars le Tcheôu parla ainsi.
Quoique ma femme soit excessivement
Insolente, elle a pourtant une certaine
crainte des Chenn et quelque dévotion
au Bouddha. Si vous la citiez et lui
faisiez une belle peur? Elle s'amende-
raît peut-être. 一 Pas mal imaginé, dit
le tch'éng-hoang; et ïil envoya un
gramd diable au visage bleu, muni
d'une énorme chaîne, avec ordre d'a-
mener la femme. Puis il dit au Tcheôu
el aux entremetteurs: Comme vous êles
de braves gens, je vous ai parlé amica-
lement. Vous allez voir comme je vais
arranger cette pécore. Ce sera fort,
maïs n'ayez pas peur, cela finira bien.
E le tch'éng-hoang passa sa manche
sur son visage. Sa face devint noire,
ses cheveux devirrent écarlate. Sur un
appel, une bande de démons et de
yakchas, armés de sabres et de scies,
disposèrent la cuve d'huïle, ke moulin,
et le reste. 一 Ace memert le diable
bleu revint, trainart la femme pante-
hinte. Misérable impie, Lomna le tch'éng-
hoang, vois ce cahier, c'est la liste de Les
péchés. Yakchas, écorchez-la et faïtes-
la frire daus l'huile! 一 Gracel cria la
fenime ; je tte le ferai plus. - Le Tcheôu
et les deux entremetteurs s'étant pros-
termés, imereédérent pour elle. — Par
égard pour la piété filiale de lon mari,
dit le tch'éng-hoang, je veux bien te
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pardonner celle fols encore. Mais sot-
viens-toi que, à la première ineartade,
tu seras écorchée et frite sans merci. —
Cela dit, il les renvoya tous. — Le lende-
main matin! J'ai fait un rêve, dit le
mari... Et moi aussi, dit la femme. 一
Depuis lors elle fut pieuse au possible,
et donna, avec le lemps, deux fils à sou
mari. |
Voyez Introduction Ii, — Ce texte du dix-huitième.
siècle se passe de commentaire.
593
ATch'äng-ts’ing (Ghän-tong) vivait
un bonze plus qu'octogénaire. Strict
observateur de sa règle durant Loute
sa vie, il était encore plein de verdeur
à cet âge avancé. Un jour il tomba à
. Ja renverse. Les aulres bonzes accou-
rurent pour le relever. [ était mort si
doucemeut, que son âme ne s'était pas
aperçue de l'événement. Elle s'envola
vers la frontière du Heüe-nan. Là, le
fils unique d’une famille opulente, suivi
d’une dizaine de cavaliers, chassait le
lièvre au faucon. Soudain son cheval
se Cabra. Le jeune homme tomba, et
se tua dans sa chute. Son âme rencon-
tra celle du bonze. Les deux âmes se
fondirent en une, qui rentra dans le
corps. Le jeune bomme revint à la vie.
Il ouvrit les yeux, regarda autour de
lui tout étonné, et dit: Comment suis-
je venu ici? — On le porta à la maisc-,
où les femmes s'approchèrent de lui
pour lui donner leurs soins. Relirez-
vous, dit-il tout effaré, Je suis bonze.
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一 03. 一 105
Comment suïs-je venu ici? Et fermant
les yeux, il ne parla plus. — Depuis
lors, Il s’abstint de viande et de vin,
ne mangea que des grains vulgaires,
dormit seul, et refusa les services de
sa femme et des concubines. — Après
quelque temps, 人 commença à se pro-
meher, et ft quelques sorties. On le
crut guéri. Les Comptables lui présen-
térent leurs ltvres pour qu’il les vérifiât.
Laissez-moi tranquille, leur dit-il; je
suis maläde et las. — Un jour it deman-
da: Au Chän-tong il y a une sous-pré-
fecture appelée Tch'âng-ts'ing, n'est-ce
pas? — Oal, lui dit-oh. =- J'aimerais
tant aller là, fit-il. 一 Vous êtes encore
trop malade pour faire ce toyäge, lul
dit-on. = Cependant, comme il insistalt
sans trêve, on finit par le cohduire à
Tch'äng-ts'ing. I1 alla droit à la bon-
zerle. Les bonzes reçurent avec hon-
teur ce riche personnage. Où est je
vieux bonze? leur demahdast-il, 一
Notre ancien est allé se rélncarner all<
leurs, fut la réponse. — Montrez-mol
son tombeau, dit le jeune homme. 一
On le conduisit devant un petit tumulus
isolé, haut de trois pleds seulemetit,
que les hetbes n'avaient pas encore eu
le temps d'entahir. — J1 dit aux bonzes :
Gardez bieh les avis que votre ancien
vous a laissés. 一 lls le lui promirent. 一
Alors il retourna au Heüe-nan, s’en-
fonça dans une tnedilation profonde,
et ne s'occupa plus d’aucune affaire
sécultère. Au bout de quelques
mois, il quitta la maison, alla seul lout
droit au Chän-tong à son ancienne
pagode, et dit aux bonzes! Je suis la
nouvelle incarhation de volre ancien. 一
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Comme ils doutaient, il leur dit beau-
coup de choses intimes, et leur raconta
comment il avait été réincarné. — Les
bonzes se rendirent à l'évidence. ls
l’installérent dans son ancienne cellule,
et l'honorérent comme leur ancien. 一
La famille du Heûe-nati ne put jamais
le faire revenir. Quand ces gens lui
faisaient visite, il ne les regardait
même pas. Tandis qu'il recevait volon-
tiers les anciens amis du vieux bonze,
lesquels ne pouvaient tout de même
pas se défendre d’un eertain étonne-
ment, quand ce jeune homme leur
racontait des faits remontant à près de
80 ans.
Voÿez Introduction IX. 一 Sous son extérieur boud-
dhique, cette histoire du dix-huitième siècle est néc-
confucianiste.. Les &mes bouddhiques parfaitement indi-
vidualisées, peuvent posséder un cadavre, ou un corps
contenant sa propre âme, mais elles ne peuvent pas st
fondre avec une autre âme. Tandis que, d’après les Néo-
confucianistes Tchouhistes, les âmes séparées du corpi
se fondant avec la norme universelle, peuvent aussi se
fondre entre elles, élant parcelles similaires, ou plos
exactement terminaisons d'un même tout.
54
Dans la province du Chän-tong,
bachelier Lian-tch'angk’ang touchait
sa quarantième année. Tous ses effort
pour obtenir le grade de licencié
avaient été vains jusque là. H se dé:
couragea, et songeait à renoncer à
poursuite des grades, quand soudait
une voix lui dit: Ne vous découragez pa!
ainsi. — Qui étes-vous? demanda 1
bachelier effrayé. — Je suis un koëi, di
la voix. Depuis des années, je vous sui
partout, je vous aide et vous protège. -
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一 54. 一 107
POUPEE MMREMRMINRSAUNARRSISSS DEEE
. Pourrais-je vous voir? demanda le ba-
chelier. — Le koëi refusa d'abord, mais
se rendit enfin aux sollicitations réité-
rées du Linn, et apparut sous la forme
d'un homme suppliant, le visage triste
et ensanglanté. Je suis, dit-il, un mar-
chand de toile de Lân-tch'eng-hien.
J'ai été assassiné par un certain Tchäng
de Îe-hien, qui a enterré mon cadavre
prés de la porte de l'Est, et a roulé
sur l'emplacement une vieille meule
usée. II m'a été dit que vous deviendrez
sous-préfet de fe-hien, et qu'alors vous
me vengerez. Voilà pourquoi je vous
suis sans gesse. J'attends ma vengean-
ce. Vous serez reçu licencié en telle
année, et docteur en telle année... Cela
dit, le koëi cessa d'être visible. — A
l'époque dite, le bacheljer Linn fut
reçu licencié. il se présenta pour le.
doctorat avec confiance, maïs échoua.
Vexé, il dit tout haut: I paraît que les
koëi ne savent pas tout. — Aussitôt.la
‘yoix lui répondit : C'est votre faute. Sou-
yenez-vous de la veuve, à laquelle vous
avez fait outrage, tel mois, tel jour. Les
bommes n'en ont rien su. Mais aux en-
fers vous avez été jugé, et ditféré, pour _
votre faute, jusqu’à la session prochai-
ne, — Très saisi, le licencié s'amen-
da sérieusement. A ja session suivante,
il fut reçu docteur, et envoyé comme
sous-préfet à fe-hien. — Comme il se
promenait dans sa ville, il vit une vieil-
le meule qui gisait sur un terrain vague.
1! la fit enlever, et creuser à cette place.
On découvrit un squelette. Aussitôt le
sous-préfet ordonna d'arrêter le Tchäng,
lequel, examiné juridiquement, avoua
son crime et en reçut le châtiment.
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99. 一
.. Voyes Introduction VIL 一 Ce texte est tiré d’un
recueil du dix-huilième siècle; mais les noms de ville
employés dans le récit, le font remonter à une époque
beaucoup plus ancienre. 一 Les koëi ne lisent pas dans
l'avenir. Mais, pour les consoler, le juge infernal leur en
” découvre Parfuis ce qui les concerne.
99.
Jénn-kientcheu, de U-t'ai (Chän-
tong), vendait des pelleteries et des
fuutres. Comme il allait pour son com-
merce au Chân-si, il rencontra en route
un _ certain Chënn-tchout'ing, qui lui
plut tant, qu'il fit avec lui le serment
de fraternité. Pendant que tous les
deux faisaient leurs affaires au Chän-si,
le Jénn lomba gravement malade. Le
Chenn le soigna charitablement durant
une dizaine de jours. Se sentant mourir,
le Jénn lui dit: Ma famille est peu
fartunée. Elle compte huit personnes,
qui vivaient toutes de mon négoce.
Voici que je meurs en pays étranger.
Je n’ai que vous à qui je puisse confier
mes intérêls. Dans mon sac, vous trou-
verez deux cents taëls. Je vous en don-
ne cent, sur lesquels je vous prie de pré-
lever le prix de man ensevelissement.
Veuillez faire tenir les cent autres à
ma famille. Dites aux miens qu'ils
cherchent mon cercueil, et m’enterrent
dans mon pays. Cela dit, s'appuyant
sur son oreiller, il écrivit péniblement
quelques mots d’adieux aux siens. Le
soir il était mort. — Le Chénn dépensa
cinq à six taëls pour lui acheter un
méchant cercueil, qu'il confia aut
bonzes d'une pagode. Puis it prit l’ar-
gent et le reste, et.partit. I ne retourui
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一 5. 一 109
pas au Chän-tong. Un an plus tard
seulement, la famille de Jénn-kien-
tcheu apprit par hasard qu'il était mort
au Chân-si. Son fils Jénn-siou, qui
avait dix-sept aus, dat interrompre ses
études. Il demanda à la veuve sa mére,
la permission de rapatrier le cercueil
de son père. Craignant de le perdre Jui
aussi, la mêre n'y voulut d’abord pas
consentir; mais enfin elle céda, et le
Jaissa aller, en compagnie d’un vieux
serviteur fidèle. Six mois plus tard, le
jeune homme revint avec le cercueil.
de son pêre. Après les funérailles, la
famille se trouva dans la plus extrême
pauvrelé. Cependant, à l'expiration du
grand deuil, Jénn-siou fut reçu bache-
lier. Mais bientôt sa conduite laissa à
désirer. Il devint joueur. Sa mère, fem-
me de mœurs austères, en conçut le
plus profond chagrin. Ce fut bien pis,
quand, à l'examen triennal des bache:
Jiers, Jénn-sioa fut classé hors série,
à la queue. La veuve ne fit plus que
pleurer, et cessa de manger. Le fils
rentra en lui-même, fil amende hono-
rable, s’enferma, étudia avec acharne-
ment. A l'examen suivant, il fut classé
parmi les meilleurs. Sa mère lui con-
seilla alors d'enseigner des élèves,
Mais, à cause de sa conduite passée,
personne ne voulut lui en confier. Alors
son oncle maternel, un certain Tchäag,
qui faisait le commerce à Pékin, lui
offrit de l'emmener à la grande ville,
pour qu'il pût y chercher un emploi.
Jénn-siou accepta, et monta vers Pékin
avec son oncle, en barque, par le canal
impérial. Quand ils arrivérent au port
de’ Linn-ts'ing, une floite de jonques
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0 | 一 55. 一
chargées de sel obstruant le canal, ils
durent s'arrêter et passer la nuit. Le
clapotis de l'eau et le bruit des voix
empéchérent Jénn-siou de fermer l'œil.
Quand la nuit fut plus avancée, il en-
tendit que, sur la barque voisine, on
jouait aux dés. Aussitôt son ancienne
passion le reprit. IF tira uné ligature
de sa besace, el allait se lever, quand
il se souvint de la promesse faite à sa
mère. Il se recoucha. Les dés roulaient
toujours. Enfia il n'y tint plus, prit sa
ligature, se leva, et passa sur la barque
voisine. C'était de fait un tripot, où
deux joueurs jouaient gros jeu. fl s'of-
fril comme partenaire, et fut agréé.
Bientôt un quatrième survint, et le jeu
devint trés passiogné. Coup sur coup,
Jéna-siou raflait tous les enjeux. Les
trois joueurs achetaient leurs sapèques
au patron de la barque, avec des billets
de banque. Jénn-siou gaguait tout. 一
Son oncle Tchäng s'étant réveillé sur
sa barque, constata que son neveu avait
disparu. Ayant entendu, sur la barque
voisine, le bruit des dés et des sapé-
ques, il comprit où il fallait le cher-
cher. I y alla, bien résolu à le ramener
de force. Mais quand il le vil assis sur
un monceau de ligatures, il appela les
gens de sa harque, pour les faire porter
à son bord. Ils en transbordèrent plus
de dix mille. Eufin, les joueurs n'ayant
plus de billets, el le patron plus de
sapéques, le jeu cessa, el l’on se sépara.
Bientôt l'aube blanchit, et le moment
du départ des jonques arriva. Le pa-
tron examina à la lumière du jour les
billets qu'il avait encaissés durant la
- nuit. C'était de ce papier que l'on brûle
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pour les morts. Impossible de retrouver
les trois joueurs. Il alla demander des
explications à Jénn-siou, et commenca
par s'informer de son nom. Dès que
celui-ci se fut fait connaitre, le batelier
s'en alla Ja tète basse. A son tour
Jénn-siou prit des informations, et ap-
prit que le batelier s'appelait Chënn-
tchout'ing. C'élait l'homme dont il avait
entendu parler, quand il était allé au
Chän-si chercher le cercueil de son
père ; l’homme qui s'était approprié les
deux cents taëls laissés par Jénn-kièn-
tcheu. La lumière se fit dans son esprit.
Les joueurs de la nuit étaient des koëi,
qui avaient vendu à Chênn-tchout'ing
pour deux cents taëls de faux billets,
et lui avaient fait restituer en bonnes
sapèques, au fils de sa victime, l’équiva-
lent du tort qu'il lui avait fait jadis. 一
Jénn-siou confia son gaîn à son oncle,
qui le fit valoir dans son commerce. Dix
ans plus tard, Jénn-siou était un per-
sonnage notable et un gros richard.
Voyez Introduction VIT. — Quand des koëi Sem-
ploient ainsi pour le bon droit et la justice, ils le font
par ordre des juges infernaux. — Îl y a des ligatures de
diverses valeuts. Le cours de l'argent est aussi très |
variable. Jadis l'argent était très cher, et le cuivre bon
marché, En tout cas, actuellement on n'achète pas, pour
deux cents taëls d'argent, dix mille ligatutes, même des
plus petites.
56
Le fuettve Tch'ée, assez peu aisé,
élait un buveur émérite. Pour qu’il put
bien dormir, durant la nuit il lui fallait
encore vider trois gobelets. Aussi dé-
posait-il chaque soir un pot de vin à
Lun
一 66. 一
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la tête de son lit. 一 Une nuit, coifne
il venait de s'éveiller ët se retournait,
il s’'aperçut que quelqu'un était couché
à côté de lui. Au toucher, 让 sentit un
être poilu plus gros qu’un ctiat. I al:
luma sa lampe, et vit, couché dans la
couverture, ut renard ivre-mort. Il
examina alors son pot à vin, et le trouva
vide. 由 paraît qu’il a les mêmes goûts
que moi, se dit-Îl en riant. Puis il se
recoucha, sans rien faire pour réveiller
le reñard ; laissant seulement la lampe
allumée, pour voir comment il se
transformerait. 一 Vers minuit le renard
bâilla et s'élira.. Avez-vous bien dermi?
lui demanda le Tch'ée, en soulevant
la couverture... Un eharmant jeune
hoinme sauta du lit, lui fit la révérence,
et le remercia de ne l'avoir pas tué
durant son sommeil... Revenez quand
vous vottdrez, lui dit le Tch'6e, et ne
vous défiez jamais de moi... Puis il se
rendormit. Quand il s'éveilla, au matin,
"le renard avait disparu. — Le soir
veau, il prépara quantité double de
vin. La nuit, le renard vint je trou-
ver. — Vous n’êles pas riche, dit-il au
Tch'é&e; il convient que je vous aide À
payer notre vin. A sept stades d'ici,
vers le sud-est, vous trouverez sur le
chemin deux taëls d'argent perdus par
un passant; allez les ramasser, au petit
jour. Le Tch'ée trouva de fait l'argent
à l'endroit indiqué. Le soir il prépara
un petit extra pour son hôte. — Je n'ai.
me pas à Être en reste, lui dit le renard.
Aa fond de votre propriété, vous trou:
verez un trésor enfoui. Le lendemain,
le Tch'6e ayant creusé à l'endroit indi-
qué, déterra plus de cent ligatures. 一
HERO UÉARS HER NNENMNERNDCMMAEES
一 90, 57, 一 113
57 Un autre jour, le renard lui dit: Aujour-
d'hui on apportera au marché une
grande quantité de sarrasin; Achetez
tout. — Le Tch'ée fit ainsi. 1l y en
avait quarante piculs. Tout le monde
se moqua de lui. — Or cette année-là
il ne plut pas. On ne put scmer que
du sarrasin. Le Tch'ée revendit ses
quarante piculs, comme graine pour
les semailles, .plus de dix fois le prix
d'achat. 一 Bientôt il fut propriétaire
de deux cents acres de terre excellente.
Chaque année il demandait au renard
ce qu'il fallail semer, aussi récoltait-il
chaque année une pleine moisson, —
Le renard était l'intime et le protecteur
de la famille. Il appelait la femme du
Tch'ée sa belle-sœur, et ses enfants
ses fils et filles. Quand le lettré fut
mort, le renard disparut,
Voyez Introduction XX. — Les renarids, très liants,
se cherchent des amis parmi les hommes. Ils sont extré-
mement friands de vin. L'odenr du vin, ou des ivragnes,
les attire. — Le renard prend forme humaine, et la
côhserve, par un acte de sa volonté. Quand il a per-
du connaissance, par le sommeil ou par l'ivresse, sa
forme animale reparaît spontanément. — Les renards
ont connaissance des objets perdus, des trésors enfermés
ou enfouis. Ils peuvent à volonté se les appraprier, ou
les indiquer à leurs amis. — L'avenir météorologique, si
important en Chine, leur est aussi connu. — ‘La cullure
chinoise est toute différente, selon qu'il a plu ou non au
printemps. Le sarrasin, dont la croissance ne dure que
quelques semaines, peut être semé encore à l'arrière-
saison, quand les pluies du printemps ont fait défaut, et
que celles de l'été ont été peu abondantes. Dernière res-
source. Comme on n’en cultive que peu ou pas, les bon-
nes années, on ne se procure que difficilement la graine,
quand l'année est mauvaise.
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57
Un jeune lettré de Li-tch'eng
(Ghän-tong), Yinn-t'ienkoan, était fort
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pauvre et trés brave. Près de la ville
se trouvait une grande propriété, bäâ-
timents et jardins couvrant une super-
ficie de plusieurs dizaines d’acres. On
disait qu'il s'y passait des choses
extraordinaires, qu'elle était hantée.
Aussi étail-elle inhabitée depuis long-
temps. Même en plein jour, personne
n’osait s’y aventurer. Les armoises et
les ronces avaient tout envahi. — Un
jour que Yinn-t'ienkoan buvait avec
d'autres jeunes lettrés, ceux-ci le pro-
voquérent en ces termes: On te dit
brave. Si tu oses passer une nuit dans
la propriété hantée, nous nous cotise-
vons pour te payer un grand diner. 一
Tope ! dit le Yinn. — il roula aussitôt
sa natte, et s’achemina vers la propriété
abandounée, escorté par tous ses amis.
Arrivés à la porte, ceux-ci lui dirent
en plaisantant: Nous attendrons ici
quelque temps; quand tu auras peur,
tu n'auras qu'à crier, et nous viendrons
‘à ton secours. — Soyez sans crainte,
dit le Yinn; demain je vous dirai exacte-
ment, si ceux qui font le sabbat ici,
sont des revenants ou des renards. —
Cela dit, le Yinn s’engagea dans la
propriété déserte. Plus trace de sentier
ni davenue. Un inextricable fouillis de
hautes herbes couvrail tout. Le crois-
sant de la nouvelle lune, donnait une
faible lumière, juste assez pour permet-
tre au Yinn de se frayer un passage
jusqu'aux bâtiments, et de trouver la
porte. Il traversa les cours antérieures,
et poussa jusqu’au perron du bâtiment
principal, une grande maison à étage.
La lune descendait derrière les mouta-
gnes à. l'horizon, faisant se détacher
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57. — 115
sur le ciel la ligne ondulée de leurs
sommets. Le Yinn contempla longuc-
ment ce silencieux et beau spectacle.
Il n’est pas vrai que cette propriété soit
bantée, se dit-il. 11 étendit sa natte sur
le perron, disposi une pierre pour
oreiller, s'étendit, regarda longuement
les étoiles, et allait s'endormir, quand
il entendit un bruit de pas, comme
d'une lroupe nombreuse. Un homme
parut, vêlu de noir, qui portait une
Janterne. Quand il aperçut le Yïnn, il
s'arrêta, et dit à ceux qui venaient der-
rière: il y a ici un homme vivant. —
Qui? demanda une voix. — Je ne sais,
répondit l’homme à la lanterne. 一
Alors un vieillard s'avanca, et examina
le Yinn, qui feignit de dormir. C'est le
lettré Yinn, dit-il. Peu importe. Faisons
nos affaires. Il ne nous en voudra
pas. — La troupe entra dans le grand
bâliment à étage, qui resplendit bientôt
de lumières. Alors le Yinn fit semblant
de s’éveiller, Le vieillard s'approcha de
lui, se prosterna, et lui dil: Je marie
ma fille celte nuit. Je n'ai eu aucune
intention de vous déranger. Veuillez
ne pas m'en vouloir, — Le Yinn salua
el dit: Si je l’avais su, j'aurais apporté
ma contribution à la corbeille de
noce. — Trop heureux de votre pré-
sence, répondit le vieillard. Votre per-
sonne faste écartera d'ici tous les influx
néfastes. — Le vieillard appela sa fem-
me, une dame de quarante ans passé,
et la présenta au Yinn dans les formes.
À ce moment les accents d'une musi-
‘que se firent entendre, et un courrier
vint annoncer que le marié arrivait.
Bientôt le cortège déboucha. Le marié,
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57. 一
‘un beau jeune homme de dix-huit ans
environ, fit son entrée. Après les salu-
lations, dont le Yinn eut sa part, on
s'assit. Vin et mets furent servis dans
une vaisselle de jade et d’or. Puis la
mariée fut invitée à sortir. Elle se fit
attendre, selon l'usage. Enfin elle parut
avec ses servantes, en brillant appareil,
salua, puis s'assit à côté de sa mére.
Ou versa encore une fois le vin dans
les gobelets d'or. — Cet objet, se dit le
Yinn, pourra me servir de preuve,
quand demain je raconterai à mes amis
ce que j ai vu celle nuit... et il glissa
son gobelet dans sa manche, accota si
tête sur la table, et feignit de dormir. -
L'hôte est ivre, se dirent les gens de 14
noce; et ils ne s'occupérent plus du
Yinn. — La musique joua, le mari
partit, emmenant la mariée. Les ser-
vants desservirent les tables et rangé:
rent la vaisselle. 1s constatérent qu'il
manquait un gobelet en or. 一 C'esl
l'hôle qui l'aura pris, se dirent-ils. -
Tenez-vous tranquilles, dit le vieil
lard. — Un instant après, toutes le!
lumières s'éteignirent. Le Yinn leva À
tête. La propriété était déserte et silen
cieuse, comme elle était quand |
était entré. On sentait seulement enco
l'odeur du vin et des ragoûts. -
L'orient blanchissait. Le Yinn sorti
paisiblement, le gobelet dans sa man
che. Ses amis l’altendaient à la porté
En le voyant frais et dispos, ils pretel
dirent qu'il était sorti furtivement |
soir ct rentré le matin. Il leur cont
son aventure, et exhiba le gobelel
Sachant bien que, pauvre comme
. était, il ne possédait pas-un objet aus
— 07, DS. 一 117
<
er 2)
précieux, ils crurent son récit. — Plus
tard Yinn-t'ienkoan devint docteur, et
mandarin de FPéi-k'iou. Une famille
Tchôu fort riche de cette ville, l’invita
à diner. Pour lui faire honneur, le
maitre de la maison ordonna d'apporter
ses gobelets en or. Le domestique re-
vint, et lui dit un mot à l’oreille. Le
maître parut mécontent. Un instant
après, les gobelets furent servis. Le
Yinn constala qu'ils étaient absolument
pareils à celui qu'il s'était approprié.
Il y en avait sept. — Figurez-vous, lui
dit le maître de maison, que j'avais un
service de huit gobelets pareils. Depuis
dix ans la boîle qui-les contenait n’a
pas élé ouverte. Je l'ai fait ouvrir en
votre honneur. Voici qu'on m'annonce
qu’il manque un gobelet. Mon service
est dépareillé. — Je pourrai peut-être
le rappareiller, dit Yinn-t'ienkoan. 一
Quand il fut rentré chez lui, il envoya
son gobelet à Monsieur Tchôu. C'était
le huilième. — Monsieur Tchôu alla le
remercier. Le mandarin Yinn lui racou-
ta son histoire. — 1! est donc parfaite-
ment prouvé que les renards emprun-
tent des objets précieux, les transpor-
tent à mille stades de distance, mais
les restituent ensuite.
Voyez Introduction NX. 一 La croyance que les
renards empruntent ce qui est à leur convenance, puis
le rapportent, est générale dans le nord de la Chine.
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58
Sous le règne de l'empereur Où-ti
des Tsinn (265-289), à Heûe-kien
-(Tchéu-li), un jeune homme et une.
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— 58, 59. —
jeune fille s'aimaient et s'étaient promis
mariage. Le jeune homme fut pris pour
le service militaire, partit, et ne revint
pas durant plusieurs années. Les pa-
rents de la jeune fille la donnèrent à
un autre. Elle protesta. Ses parents la
livrérent quand même. Elle mourut de
chagrin. — Le jeune homme étant
revenu des frontières, demanda où était
sa promise. On lui dit ce qui élait ar-
rivé. Il alla pleurer sur sa tombe; puis,
ne pouvant résister au désir de la re-
voir, il démolit le tertre et ouvrit le
cercueil. Aussitôt la morte revint à la
vie. ]1 la prit sur son dos et la porta
chez lui. Au bout de peu de temps, elle
se trouva valide, — Alors celui à qui
les parents l'avaient donnée, la réclama
par devant le mandarin. Celui-ci n'osa
pas décider, et l'affaire fut déférée au
. grand-juge. Le verdict fut: «Ce cas
dans lequel une fidélité parfaite a tou-
ché le ciel et la terre au point qu'ils
ont fait revivre une morte, ne doit pas
êlre décidé d'après les lois ordinaires.
Que la fille soit donnée à celui qui
ouvrit son cercueil». .
Voyez Introduction IX.
59
Oû-t'ang était originaire de Lôu-
ling (Séu-tch'oan). Il était passionné
pour la chasse depuis son enfance, et
si habile tireur qu'il ne manquait ja-
mais son coup. Un jour de printemps,
qu'il était allé chasser accompagné de
son fils, il rencontra un chevreuil qui
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一 59, 60. 一 119
jouait avec son faon. Le chevreuil
flairant le chasseur, voulut faire fuir le
faon. Mais le pauvre petit, sans expé-
rience, courut au contraire droit à Où-
t'ang, qui le tua d’un coup d'arbalète.
Puis, posant le faon mort bien en évi-
dence, Où-t'ang Sembusqua dans les
broussailles, à portée de trait. Bientôt
le chevreuil revint, bramant piteuse-
ment.U s'approcha du faon, le lécha, se
coucha à côté de lui. Où-t'ang le tua
d'un nouveau coup d’arbalète.— Son fils
sorlil des broussailles et alla examiner
les deux bêtes mortes, tandis que lui-
même rebandait son arbalète. Soudain
la corde déclancha, le trait partit, et
perça l'enfant. Jelant sun arme, Où-
tang embrassa son fils en se lamen-
tant. — Alors une voix retentit, qui
dit: Où-t'ang, penses-tu que le che-
vreuil n’aimait pas son faon autant que
toi ton fils?.. Et tandis que Où-t'ang
épouvanté regardail de tous côtés, un
tigre s'élançant du hallier, lui arracha
un bras. ll se traina jusqu'à sa demeu-
re, ct mourut la nuit suivante.
Texte tiré d'un recucil du neuvième siècle. — Voix
du génie de la forèt, patron de ses habitants.
60
Une famille très riche n'avait qu'un
fils unique extraordinairement aimable.
Comme le jeune homme flänail sur le
marché, il vit une belle jeune fille, qui
vendait de la farine de lin. I s'éprit
d'elle, et, pour avoir un prétexte de
l'approcher, lui acheta un paquet de
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farine. Depuis lors, chaque jour il alla
au marché, et acheta chaque fois un
paquet de farine, sans rien dire d ail-
leurs. — A la Jongue, la fille se douta
de quelque chose. Elle parla la premiè-
re. Le jeune homme étant revenu, elle
ma farine? 一 Pour l'amour de la mar-
chande, répondit le jeune homme. —
La fille fit la moue, mais, au fond, elle
fut touchée. De fil en aiguille, les deux
jeunes geus convinrent d'une entrevue
nocturne. Le jeune homme disposa
tout. La jeune fille fat fidèle au rendez
vous. La joie du jeune-homme fut telle,
qu’il en tomba mort. La jeune fille ef-
frayée s'enfuit. Le lendemain elle étail
au marché à sa place habituelle. —
Quand l'heure du déjeuner fut venue,
les parents du jeune homme, étonnés
de ne pas le voir, allérent à sa chambre
et le trouvérent mort. Ils le mirent eu
bière, puis examinèrent ce qu'il y avail
dans ses coffres. Ils trouvèrent plus dé
cent paquets grands et petits, de fariné
de lin. 一 La mère dit: c'est cette farint
qui a tué notre fils. Ils allérent x
marché, découvrirent la jeune filk
parmi les marchands de farine de lin
et constatèrent qu’elle pliait les paquet
comme étaient pliés ceux trouvés dan!
les coffres de leur fils. — Alors ils K
saisirent et lui demandérent: pour que
motif as-tu tué notre fils? — Voyan
que son secret était découvert, la fill
leur dit l’exacte vérité. Ils ne la cruren
pas, et la livrérent au mandarin. — Ji
ne refuse pas de mourir, dit la-jeun
fille; Jaissez-moi seulement pleure
une fois devant le corps de moi
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amant. — Le mandarin lui ayant ac-
cordé sa requête, elle alla droit au
cercueil encore ouvert, caressa je corps,
et lui dit en pleurant : Vois à quelle
extrémilé je suis réduite ! Si les âmes
des morts entendent, je te demande
pourquoi tu me traites ainsi? — Aus-
sitôt le jeune homme revint à la vie et
raconta son histoire. 11 épousa la jeune
fille, et en eut de nombretx etifarits.
Voyez Introduction IX: = Ce lexte est tiré d'un
recueil remontant au cinquième sièrte.
61
L'officier Où-tsoùngsétt avait à son
service un ancien valet de son pére,
qui lui devait deux cents ligatures.
Chaque année cet homtne refusatt de
payer si dette, dont les intérêts s’ac-
eumulaient à perte de vue. Un jour,
impalienté, Où-tsoungseu l’appela en
sa présence et prononça l'imprécation
suivante: Je ne sache pas què je te
doive quelque chose du fait de mes
existences passées ; mais toi tu me dois
certainement deux cents ligatures, et
tu me tes rendras comme âne ou com-
me cheval! Ce disant, fl brûla la re-
connaissance de la delte, et renvdya le
débiteur. — Un an plas tard, Où-
isoungseu était assis seul dans son ap-
partement. Soudain le tfeux valet se
présenta devant lui, revôêtx d’une robe
blanche, et lui dit: Je viens acquitter
ma delte. — Qu'il n’ef soit plus ques-
tion, dit Où-tsoungseu; j'ai brûlé la
reconnaissance, — Le valet ne répondit
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BEDRAËÉ NAS EME NE 0 a CU Un
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pas, sortit de l'appartement, et alla
. droit à l'écurie. Un instant après les
palefreniers venaient annoncer, qu'une
jument venait de donner le jour à un
beau poulain blanc. — Où-tsoungseu
ft prendre des informalions au logis
du valet. I] venait de mourir. — Le
poulain devint un cheval. Où-tsoungser
le vendit, et en relira juste le montanl
de la dette.
Tiré d’un recueil du dixième siècle.
62
Un homme du district de Sông-yan
(Tchée-kiang) élant allé couper d
bois dans la montagne, s'altarda outr
mesure. Deux tigres l’atlaquérent. ]
grimpa sur un arbre. L'arbre n'étail
pas trés élevé. Cependant, malgré leur
bonds, les deux iigres n’arrivérent pa
à le happer. — Si Tchôu-toucheu ue
ici, dit l’un des deux tigres, cet homm
serait vite décroché. — Va le cherche
dit l’autre; je monterai la garde,
attendant. 一 Bientôt le premier tig
revint, en amenant un troisième, plu
long et plus svelte. La nuit était vt
nue, et la lune brillait. Le troisièm
tigre bondit, et frola les vèlements di
bûcheron. Celui-ci prépara sa hachette
Quand le tigre bondil de nouveau, d'ui
coup il lui trancha une patte de devan
Les trois tigres s’enfuirent, en pou
sant des rugissements formidables. -
Le bûcheron se garda bien de descen
dre de son arbre, avant qu'il fit gran
jeur. Il raconta dans son village ce qi
CEE) NRÈNENL RAGE CORNE NERR
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RSR USER EUR RE EE nn © 0 SD >= NI RS EN D ao Mt
ORAN MUNRERSMDMENIH-S | ME =
一 02, 63. 一 123
lui était arrivé. 一 Tchônu-toucheu, dit
un villageois; mais c’est le Doom d'un
homme de ce district, à l'Est; allons
voir! — Les villageois y allérent en
nombre. Quand ils demandérent à par-
ler à Tchôu-toucheu, on leur" dit: il
est alité; étaat sorli la nuit dernière,
il s'est blessé à la maMin, — Pas de
doute, cet homme pousail à volonté se
transformer en tigre. — Les villagevis
avertireat le maadanin. Celw-ci arma
ses satelKtes, cerna le logés de Tchôu-
toucheu, et y fit mettre le feu. Soudain
un Hgre se préoipila hors de la maison
en flammes, forea le cordon des satel-
les, et gagna le large. On ne revit
jamais Tchôn-toucheu.
Vayez Introduction ‘XX. 一 Extrait d'un retueil dy
dixiswe siècle.
63
À Sûnn-yang (Koäng-si) vivait un
Chasseur de tigres trés célèbre. Voioi
comment il s'y prenait. Quand il avait
déeouvert une piste, il y disposait une
arbaléte bandée. Le tigre, <en passant,
faisait partir le trait, qui le perçail. 一
Un jour il disposa son arbalète sur une
piste fréquentée. Le lendemain ik cons-
tata que l2 tigre avait passé à côté.
Cela arriva plusieurs fois de suite. —
Ce tigre serait-il accompagné d'une
âme qui lui indque moa piège? se de-
manda le chasseur. On dit cela. Tirons
la chose au clair. 一 La nuit suivante,
il était embusqué sur un arbre, prés
de son àrbalète. Vers minuit, il vit ua
DJ 2 FA DES A GR NS AE NE ADN D At RU DE
一 03, 67. 一
64 petit koëi, un enfant vêtu de noir, qui
s'avançait avec précaution en examinant
a piste. L'enfant découvrit l’arbalète,
enleva le trait, lâcha la détente, et
continua son chemin. Bientôt le tigre
arriva à son tour, s'avançant en toute
sécurilé, Il marcha sur l'arbalète dé-|
Bandée, et passa. — Le chasseur descen
dit de son arbre, et remit son piege en
état. Au retour, l'enfant enleva encor
le trait, iacba la détente, et continua sa
route. — Attends! dil le chasseur... el
sautant de l'arbre, il rajusta son piège,
et se remit vite en sûreté. — £e tigr
s'était mis en retard. -1l arriva enfin,
marcha sur l'arbalète, recut le trait e
plein flanc, et tomba mort. — Asse
longtemps après, l'enfant revint suf
ses pas, trouva le tigre tué, gesticula
et disparut. | |
Voyez Introduction XX. — Très rarement les âmes
asservies par les tigres, âmes de ceux qu’ils ont dévorés,
se vengent'd’eax en les faisant tuer par les hommes. Je
connais une histoire de ce genre, rapportée à l’an 755.—
Ordinairement elles les guident à la recherche des hom-
mes, avec zèle et dévougment; car, quand le tigrea
dévoré une nouvelle proie humaine, le nouveau koëi de-,
vient son guide, landis que t'ancien est réincarné. Mè
théorie que pour les pendus et les noyés. 一 Ordinai
ment, quand Île tigre est lué, son guide gesticule
douleur ; car, le tigre ne le nourrissant plus désormai
et l'espoir d’aveir yn successeur élant perdu, celle à
devient un prela sans ressources.
(RS )EH
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Tch'énn-tchai était un magicien dé
Tsfan-kiang dans le Ts'uân-tcheou-fot
(Fôu-kien). Il excellait à guérir le
maladies par ses incantations et prati
ques magiques. 一 L’aubergiste Süu:
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un fils atleint d’une folie que personne
ne pouvait guérir. 11 s’adressa au
Tch'ênn, qui alla visiter le malade.
Celui-ci le frappa et l'injuria. Le
Tch'énn dit au pére: le siège de cette
maladie est dans le cœur; donnez-moi
une chambre, et que personne ne vien-
ne observer ee que je ferai. — Quaud
la nuit fut venue, le magicien prit le
malade, lui ouvrit la poitrine, et le
suspeudit au mur de l’est, tandis qu'il
aérail son cœur sous la véranda du
nord. Îl seolra un instant dans la
chambre, pour réciter ses incantalions.
Ua chien profita de eelte absence, pour
dévorer Je cœur. Quand le Tch'enn
constata sa disparition, il fut très ému,
prit un sabre, le brandit et sortit de la
maison. — Le père du malade pensa
que celle sortie faisait partie des passes
magiques. 1 n'entra pas dans la
chambre où le corps de son fils était
suspendu. — Au bout du temps qu'il
faut pour prendre un repas, le magicien
revint, tenant en main un cœur. Il
entra dans la chambre, l'introduisit
dans Ja poitrine ouverte, souffla, et
l'ouverture se referma. Peu après le fils
de Sôu-mong revint à lui, et se mit à
crier «passez au relais! passez au re-
lais!».. Personne, daus la famille, ne
comprit ce qu'il voulait dire... Peu à
leu il se calma, et se trouva complète-
ment guéri. — Voici ce qui était arrivé.
En ce temps-là, sur la route impériale
du midi, les relais se succédaient de
vingt en vingt stades. Eutre deux relais, .
un courrier officiel tomba et se blessa
mortellement. Le dernier souci de
son cœur, fut de faire parvenir ses
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dépêches. Il Lira le paquet et cria «passez
au relais! passez. au relais!».. Ceci se
passait à dix stades environ de T'ân-
tcheou. Tch'énn-tchai qui cherchait
un cœur, pour remplacer celui dévoré
par le chien, prit le cœur du courrier,
et le plaça dans la poitrine de son
client. De là vint que les premiers cris
de celui-ci, furent l'expression des
dernières préoccupalions du courrier.
Voyez Introduction XIV. — Texte du dixième
siècle. — Le cœur est le siège de l'âme, disent les
Chinois. Is attribuent au cœur, toul ce que nous attri-
buons au cerveau.
65
En l'an 765, dans le district Tchéng-
p'ing du Kiäng-tcheou ( Chän-si), un
vieux paysan fut atteint d'une maladie
qui dura plusieurs mois. Après sa gué-
rison, il resta près de dix jours sans
manger, puis disparut une nuit, sans
qu'on sût où il était allé. Un soir, un
villageois qui était allé couper des
broussailles dans la montagne, fut as-
sailli par un grand loup. Il grimpa en
toute hâle sur un arbre. L'arbre n'était
pas assez élevé. Le loup se dressa et
alleignit le pantalon de l’homme. Celui-
ci lui donna un coup de sa bachette
en plein front. Le loup se coucha au
pied de l'arbre, et ne se retira qu'au
malin. Quand il fit grand jour, l'hom-
me descendit de l'arbre. I! suivit la
piste du loup Elle aboutissait à la
porte du vieux paysan. Il appela ses
fils, et leur raconta son aventure. Ceux-
ci inspectèrent le front de leur pére,
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et le trouvérent fendu d'un coup de
hachelte. Ils le tuerent aussitôt, de
peur qu'il n’attaquât d'autres hommes.
En mourant, le vieillard se changea en
loup. Les fils allérent eux-mêmes au
tribunal conter l'affaire au mandarin,
lequel les renvoya absous.
Voyez Introduction XX. 一 Comparez numéro 62.
6G
En l'an 765, dans un village du
Kiäng-tcheou (Chän-si), un garcon
d'une vinglaine d'années fit une grave
maladie, dépérit beaucoup, et acquit
la curieuse faculté de pouvoir extériori-
ser son âme sous la forme d’un loup.
Comme foup, il dévora nombre d'en-
fants du village. 一 Jadis, avant sa
maladie, il travaillait comme journalier :
pour les villageois. Un jour qu'il passait
devant la maison d'un paysan, dont
l'enfant venait d'être croqué, le paysan
l'interpella et lui dil: Viens chez nous
demain; il y a de l’ouvrage; on te
nourrira bieu. — Le garçou eclata de
rire. Pourquoi travaillerais-je? fit-il.
N'y a-t-il plus d'enfants dodus? — Le
paysan dressa l'oreile. Que dis-tu là ?
demanda-t-il. — Je dis, répondit le
garçon, que le Ciel m'a fait pour man-
ger des hommes. Hier encore, j'ai dé-
voré un garçon de cinq à six ans, qui
élait excellent. + Le pauvre pére
comprit qu'il s'agissait de son enfant,
Il saisit le garçon, conslata que sa bou-
che était encore ensanglantée, et tomba
sur fui à grands eoups de trique. En
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mourant, le gäreon se changea er un
loup.
Voyez Introduction X et XX.
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La mére du général. Wäng-han de
. T'âi-yuan (Chän-si), étaît d'extraction
tongouse. C'était une virago famée. A
cheval, l'arc au poing, le carquots en
travers des reins, elle côurait les forêts
et les halliers, abattant ours, cerfs,
renards et lièvres. — Quand elle eut
atteint l'âge de 70 ans, ses forces dimi-
nuérent. Alors elle se confina dans un
appartement, et défendit qu'on l’ap-
prochât. 11 lui prenait parfois des accès
de fureur, durant lesquels elle maltrai-
tait les gens de la maïson. 一 Une nuit
que tout le monde étail déjà couché,
les domestiques entendirent que la
porte de la viéille s'ouvrait. Ils épiè-
rent, et virent une louve sortir de la
chambre et quilter la maison. Avant
lFaube, la louve revint, entra dans la
chambre et ferma la porte. — Epouvan-
tés, les domestiques dirent à Wâng-han
ee qu'ils avaient vu. Quand la nuit fut
venue, il se mit en embuscade, et vit
exactement le même manège. La con-
Stalation que sa mère était une louve,
le consterna. — Il en eut bientôt d’au-
tres preuves. La vieille lui demanda
de lui faire servir un cerf. Wâng-han
en fit acheter un, et le lui fit servir
bien apprèlé. Je le veux cru, dit-elle.
On lui servit un cerf cru, qu’elle dévora
en une séance. 一 Wang-han ne savait
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à quoi se résoudre. — Un jour les
domestiques parlérent entre eux de la
découverte. La vicille les entendit, 一
Cette nuit, quand la louve voulut sortir,
elle trouva la porte fermée. Alors elle
enfonça le treillage d'une fenêtre, el se
fraya passage. Ou n'eut jamais plus de
ses nouvelles.
Lycanthropie. — Texte tiré d'un recueil du neuviè-
me siècle.
GS
Sous les Tang (7°-9e siècle), un
préfet de Ki-tcheou (Tchéu-li), dont
j'ai oublié le nom el le préuom, envoya
son fils à la capitale (alors Tch'äng-nan
ou Läo-yang), afin qu'il sollicität pour
son père un changement de poste. Le
jeune homme n'était pas encore sorti
du territoire de Kf-tcheou, quaud il fit
la rencontre d'un riche cortège, qui
escortait une très belle dame. I prit
des informations, et apprit que c'était
une jeune veuve, fille du censeur Lôu,
dont le mari venait de mourir en pro-
vince. Elle retournait à la capitale. 一
Le jeune homme fit des offres. — Vous
n'êtes rien, même pas petit officier, lui
répondit la duègne de confiance. — Je
suis le fils du préfet de Ki-tcheou, dit
le jeune homme. — Alors c'est diffé-
rent, fit la duegne, — On se vit donc,
on se plut, on s’épousa, et, au lieu
d'aller à la capitale, on revint à Ki-
tcheou. — Le préfet et sa femme
aimaient lant leur fils, qu'ils n'osérent
pas lui faire de reproches. D'ailleurs ia
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nouvelle bru leur fit bon effet. Son
riche cortège l'avait suivi. Tout alla
bien durant trente jours. — Une nuit
les chevaux du jeune ménage s'agité-
rent beaucoup. La bru envoya ses fem-
mes voir ce qu'ils avaient. Quand elles
furent toutes sorties, elle verrouilla la
porte. — Le lendemain malin les gens
du préfet constatérent l'absence 1
chevaux et des femmes. Averli par eu
le préfet se rendit, avec: son épouse,
au logis de son fils, qu'ils trouvérenl
bermétiquement clos. Ils appeléren!
‘leur fils. Pas de réponse. Alors le pré
. fet donna l'ordre d'enfoncer une fené-
tre. Au moment où la fenêtre céda
une grande louve blanche se jeta sut
les spectaleurs, força le passage el
s'enfuit. Le fils du préfet gisait sur So
Jit, à peu prés entièrement dévoré.
Les secondes noces se font à l'amiable, et sans cé-
rémonies. 一 Lycanthropie. Les gens du coriège étaient
aussi des loups. Is dévorèrent les chevaux et les fem-
mes, tandis que la louve dévorait son mari. — Tiré d'un
recueil du dixième siècle.
69
Sous les T'âng, à l'ouest de K'äà
fong-fou (Heüe-nan), il y avait u
auberge, appelée l'auberge de la pa
serelle. Elle était tenue par une fem
d’une trentaine d'années, venue, per
sonne ne savait d'où, qu'on appela
Madame la Troisième. On la croyai
veuve, sans enfants, sans parents. L'au:
berge était considérable. La proprié:
taire étail aisée. Elle avait surtout ut
troupeau d’ânes magnifiques. Elle étaë
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aussi avantageusement connue pour sa
libéralilé. Quand un voyageur se trou-
vail à court d'argent, elle l’hébergeait
à prix réduit ou gratis. Sa réputation
élant si bien établie, son auberge ne
désemplissait pas. — Durant la période
yuân-houo (806-820), un certain
Tchäo-kihouo de Hb-tcheou (Heûe-
nan) qui allait à la capitale (alors
Läâo-yang), descendit un soir à l’au-
berge de la passerelle, pour y passer
la nuit. 有 y avait déjà six ou sept
hôtes, qui avaient occupé chacun un
lit du dortoir commun. Tchäâo-kihouo
élant arrivé le dernier, eut le dernier
lit, dans le coin, coutre le mur de la
chambre de l’hôtelière. — La Troisiè-
me traita fort bien ses hôtes, à son
ordinaire. Quand l'heure du repos fat
venue, elle leur versa du vin, et but à
leur santé. Seul Tchäo-kihouo ne but
pas de vin, parce qu'il s'en abstenait
d'ordinaire. — À la seconde veille, les
hôtes s'étant tous couchés, la Troisième
rentra dans sa chambre, ferma sa porte,
et souffla sa chandelle. — Tandis que
tous les autres ronflaient, Tchäo-kihouo
ve put pas s'endormir. Vers le milieu
de la nuit, il entendit que da Troisième
disposait je ne sais quoi dans sa
chambre. 1! lépia par une fente du
mur... Elle alluma sa chandelle, puis
tira d’une boite, un bœuf, un bouvier,
et une charrue, figurines en bois hautes
de six ou sept pouces. Elle les posa
devant l'âtre, sur le sol battu de sa
chambre, prit un peu d'eau dans sa
bouche et la souffla sur les figurines.
Aussitôt celles-ci s’animérent. Le bou-
vier piqua le bœuf, qui lit avancer la
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. Les hôtes se levèrent et firent leurs
- ce tour magique, Un mois après, quand
O9. —
charrue. Aïllant et venant, sillon par
sillon, le singulier équipage laboura
environ la superficie d’une natte ‘ordi-
näire. Quand le terrain fut prét, la
Troisième donna au bouvier un petit
paquet de graines de sarrasin. Il les
sema. Les graines levérent aussitôt.
Les plantes grandirent à vue d'œil,
fleurirent, et donnérent des grains
mürs. Le bouvier fit la récolte, battit
le grain, el en remit à la Troisième sept
à huit litres, que celle-ci lui fit moudre
dans un pelit moulin. Quand l’opéra-
tion fut terminée, la Troisième remit
dans leur boîte le bouvior le bœuf et
la charrue, redevenus figurines inani-
mées el inertes. Puis, avec la farine de
sarrasin ainsi obtenue, elle fit des
galettes. — Bientôt les coqs chantérent.
préparatifs de départ. Vous pe partirez
pas à jeun, dit la Troisième; et elle
leur servit le plat de galettes. 一
Tchäo-kihouo très inquiet, remercia et
sorlil. Il épia du dehors ce qui allait
arriver: — Les hôtes s’attablérent au-
tour des galettes. A peine en eurent-ils
goûté, qu'ils tombèrent tous à terre,
se mirent à braire, puis se relevérent
devenus ânes superbes, que la Troisié-
me chassa aussitôt à l’écurie. Puis elle
s'empara de tous leurs bagages. 一
Tchâo-kihouo ne souffla mot de son
aventure. Il se promit de s'approprier
il eut terminé ses affaires à Läo-yang,
il revint, et descendit un soir à l'au-
berge de la passerelle. Il avait eu la
précaution de se munir de quelques
galeltes de sarrasin fraiches, de même
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69. 一 133
forme que celles de ‘la Troisième. —
Cette nuit, il fut le seul hôte de l’au-
berge. La Troisième le traila d'autant :
micux. Avant le coucher elle lui de-
manda ce qu'il désirait encore. — Je
désiresais, dit-il, prendre quelque
chose demain matin, avant de partir. 一
Vous serez'salisfait, dit la Troisième. 一
Durant la nuit, même manège que la
fois précédente. — Au jour, la Troisié-
me se présenta, mit sur la table un
plat de galeltes, puis s'absenta un
instant. Vite, Tchäo-kihouo prit une
des galettes ensorcelées, la remplaca
par l'une des siennes, puis'attendit que
la Troisième revint. — Quand elle fut
rentrée: Vous ne mangez pas, dit-
elle. — J'attends, répondit-il, que vous
me leniez compagnie. J'ai apporté quel-
ques galetles. Si vous ne goûtez pas
les miennes, je ne mangerai pas des
vôtres. — Donnez, dit la Troisième. —
Le Tchäo lui passa sa galette, qu'il
avail ôlée du plat. A peine y eut-elle
mordu, qu'elle lomba à terre, se mit
à braire, et se releva, ânesse ‘superbe.
Tchäo-kihouo la harnacha, la monta,
et continua son voyage. Il s'était aussi
emparé du bouvier, du bœuf et de la
charrue; mais, n'ayant pas la for-
mule, il ne put jamais les animer, ni
changer personne en âne. — Quant
à la Troisième, ce fut l’ânesse la plus
vaillante qu'on pût imaginer. Rien ne
l'arrêlait. Elle faisait cent stades par
jour. — Quatre ans après sa métamor-
phose, Tchäo-kihouo fit sur son dos le
voyage de Tch'äng-nan. Comme il pas-
sait près du temble du mont Hoà, sou-
dain un vieillard se mit à battre des
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mains, puis dit en rian£: Eh! la Troisié-
me de la passerelle, comme te voilà
faite!.. Puis, saisissant la bride de
l'ânesse, il dit à Tchâo-kihouo: Elle a
eu des lorts envers vous, c'est vrai;
mais la pénitence qu'elle en a faite est
suffisante ; permetlez que je la délivre!
Et saisissant à deux mains la bouche
de l’ânesse, il en déchira les commis-
sures. — Aussitôt la Troisième sortit
de ja peau de l’ânesse, sous son ancien-
ne forme humaine. Elle salua le vieil-
lard et disparut. On n'eut jamais plus
de ses nouvelles. |
Voyez Introduction XVIII. 一 Texte du neuvième
siècle. — Bon spécimen des légendes taoïstes. Le vicil-
lard de la fin, est un tdo-cheu doué de seconde vue.
10
Tout le monde dit que, quand un
homme trés violent est à l’agonie, si le
koëi chargé d'appréhender son âme ne
vient pas à bout de lui, il réquisitionne
d'autres koëi pour lui prêter main forte.
En pareil cas, les koëi réquisilionnent
aussi parfois des hommes. Témoin
l'histoire suivante. — A Yäng-tcheo
(Kiäng-sou), la femme d'un certain
T'äng, était une virago lerrible. Elle
avait fait périr je ne sais combien de
concubines et servantes de son mari.
Un jour elle tomba gravement malade.
Dans son délire, elle ne cessa de pro-
férer des injures, et de gesticuler com-
me si elle se baltait contre quel-
qu'un. — À côté des T'âng, habilait un
certain Sû, lequel était doué d’une
force prodigieuse. Soudain cet homme
— 70, 71. 一 135
perdit connaissance. jl criait et gesti-
culait, comme quelqu'un qui lutte avec
acharnement. Cela dura jusqu'au
troisième jour. Alors le Sû, revenu à
Jui, raconla ce qui suit... Les koëi
envoyés par le juge des eufers pour
appréhender la vieille T'âng, n'en sont
pas venus à bout. Ils m'ont réquisition-
né. J'ai do lutter contre cette vieille
durant trois jours. Enfin j'ai réussi à
lui nouer une corde au pied. Les koëi
l'ont saisie, et m’ont rendu la liberté. 一
On alla voir. La vieille Tang venait
d'expirer. Elle avait au pied gauche
une ecchymose bleue.
Parfvis même des vivants sont satellites attitrés du
juge des enfers. Voyez le numëto suitani.
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L'histoire suivante arriva, alors
qu'il élait encore jeune. étudiant, à
l'académicien Chènn-heouu de Tchôu-
tounn (Hôu-pei). 1} avait un condisci-
ple nommé Tchäng, qu'il aimait beau-
coup: Cet ami n'étant pas venu à l'école
durant plusieurs jours, Chènn s'infor-
ma, et apprit qu'il était gravement
malade. Il alla chez lui, pour iui faire
visile. Devant le temple des-ancelres
de la famille, il remarqua un person-
page à la haute stature, qui vérifiait
l'inscription placée au-dessus de la
porte. Le trouvant suspect, Chènn défit
sa ceinture, s'approcha par derrière, et
le fil prisonnier en lui liant les jambes.
Que faites-vous là ? lui demanda-t-il. 一
Le jeune Tchäng doit mourir, répondit
le prisonuier. J'ai ordre d'averlir les
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mânes de ses ancélres. — Sa mère est
veuve, dit le Chènn, et lui n’a pas en-
core d'enfants; ayez pitié et diles-moi
comment on pourrait le sauver. — Je
n'y puis rien, dit le graud personna-|
ge. — Le Chènn supplia encore. — Eh
bien, tenez! dit l’autre. C’est denfain à
midi juste, que ie jeune Tchäng duit
mourir. Cinq koëi viendront avec moi,
pour saisir son âme. Préparez un festin
pour six, sous le grand saule, devant
la maison. Lés koëi ont toujours faim
et soif. Un tourbillon de vent descen-
dant, vous avertira de leur arrivée.
Invitez et servez-les aussitôt. Si vous
arrivez à leur faire passer l'heure de
midi, le jeune Tchäng sera sauvé. —
Le Chènn dit tout cela à la famille du
Tchäng. On fit aussitôt les préparatifs
indiqués. Tout se passa comme le
grand personnage avait dit. La respira-
tion du jeune Tchäng baissa graduel-
lement jusqu'à midi, puis remonta
lentement. Les koei avaient laissé pas-
ser l'heure. Le jeune Tchäng guérit. 一
Un mois plus tard, le Chènn fit un
songe. Le grand personnage lui appa-
rut, l'air triste et dolent. J'ai payé cher,
dit-il, le service que j'ai rendu, l’autre
jour, au jeune Tchäng et à vous. Je ne
suis pas un koëi, mais un homme. Je
m'appelle Liôu, et suis de Hiâ-cheu-
tchenn, porleur de palanquins de mon
métier. Je faisais parfois du service
pour les enfers. Les koëi de l’aulre‘jour,
m'ont accusé d'être l’auteur de leur
mésaventure. J'ai reçu quarante coups
de rotin. Îls m'ont brisé les reins, et
rendu impropre à mon mélier. Or j'ai
encore lrois annces à vivre sur la terre.
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一 71,72. 一 . 137
Veuillez prier Mousieur Tchäng de
vouloir bien se charger de moi. Faites-
lui savoir qu'il deviendra bachelier,
puis licencié en telle année, et qu'il
aura deux fils. — Le Chènn fit la com-
mission. Le Tchäng prit une somme
d'argent, et se rendit à Hiä-cheu-
tohenn. Il trouva le Liôu, incurable-
ment paralysé des deux jambes. Para-
plégie subite, disaient ceux qui ne sa-
vaient pas. 一 Le Tchäng lui fil une pen-
sion viagére. Ensuite tout se passa pour
le Tchäng, comme le Liôu avait dit au
Chènn dans son songe.
Voyez Introduction V et VI. — Destin éludé. Nous |
en verrons de plus furles, en ce genre,
72
Le père de Où-sanftou, de Sôu-
tcheou (Kiäng-sou), était un vieil
avare. Al avait amassé une somme
d'environ eent mille ligalures, dont
une bonne partie toutefois revenait à
ses associés. Un jour il dit à son fils
Sänfou: Mes associés n'ont entre les
mains aucune reconnaissance écrite.
Si je mourafs subitement, ils ne pour-
raient rien te réclamer, et Lu garderais
tout ce que j'ai en ce moment. Je vais
Me pendre. — Sänfou ne prolesta pas.
Son père se pendit. Sänfou ne :le
dépendit pas, nia les dettes, et garda
l'argent. 一 Cepeudant un certain Kôu-
sinni, qui ignoraît les dettes, mais
- qui savait que Où-sanfou n'avait rien
fait pour sauver son père, résolut de
Jui soutirer quelque somme. Il s'enten-
. dit avec un lutin quelcouque, prépara
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une séance de spiritisme, et invila
Oùû-sanfou à y assister. Quand celui-ci
eut, à son.tour, brûlé sa demande en
se prosternant, le pinceau écrivil à
grands traits: Sàänfou, je suis ton pére.
Quand je tai fait part de mon projet
de me pendre, tu n'as rien dit pour me
dissuader. Quand je me fus pendu, lu
n'as rien fait pour me sauver. Pour ces
graves fautes, lu seras bientôt châtié
rigoureusement dans les enfers, à moins
que tu ne donnes vile à Kôu-sinni la
somme de trente mille ligatures, afin
qu'il fasse faire pour mon âme la gran-
de cérémonie expiatoire. Si tu m’écou-
tes, mon âme passera le pont, et toi tu
seras absous de ton crime. — Persuadé
que c'était son père qui lui parlait,
Où-sanfou donna aussitôt à Kôu-sinni
trente mille ligatures, dont celui-ci lui
remit un récépissé en bonne forme,
non sans avoir auparavant refusé et
protesté, comme s'il lui coûlait beau-
coup de se charger de celte affaire. —
Après les évocations, on but. Quand
Où-sanfou fut ivre, Kôu-sinni s'empara
du récépissé, et le brula. — Le lende-
main, Oû-sanfou ne le trouvant pas, le
fit réclamer. N'ayant recu de vous
aucun argent, répondit Kôu-sinni, quel
récépissé puis-je vous avoir donné? —
Oû-sanfou comprit qu'on lui avait volé
trente mille ligaltures. Comme il était
alors fort aisé, il n'insista pas. Mais
plus tard, étant tombé dans la misère,
il s'adressa de nouveau à Kéu-sinni. -
Celui-ci était devenu très riche, par le
placement à intérêt des trente mille
ligatures. Il eut pitié de Oû-sanfou, et
était à peu près décidé à lui donner
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— 79, 73. 一 139
trois mille ligatures, quand son oncle
lui dit: Si vous failes cela, ce sera
comme un aveu el une reconnaissance
de votre vol. Soyez plutôt impitoyable,
pour ne pas donner prise sur vous. 一
Kôu-sinni suivit le conseil de son
oncle. 一 Où-sanfou demanda justice
au mandarin. Ce fut en vain, puisqu'il
n'avait aucune preuve écrile, — N'ayant
plus rien à espérer des hommes, il en
. appela aux esprits infernaux. Il rédigea
une accusalion contre Kéu-sinni,et alla
la brûler au temple du tch'éng-hoang.
Trois jours plus tard, il mourut subi-
tement. Trois jours après sa mort, Kôu-
sinni et son oucle, moururent tous
deux subilement. Cette nuit-là, les
voisins des Kôu virent leur ruelle plei-
ne des gens dutch'éng-hoang du Sôu-
tcheou, venus avec des lanternes pour
quérir l'oncle et le neveu. — Ce fait
est arrivé durant le quatrième mois de
l'an 1764.
Voyez Introduction III et XVT. 一 Les légendes
chinoises exposent admirablement toutes les tromperies
auxquelles les évocations spirites exposent. Tous croient
que ces évocations mellent en comæunicalion avec les
esprits. Mais lous croient aussi que, après lout, on ne
sait jamais au juste à quel farceur d'esprit on 2 affaire,
si l'esprit évoqué ne ment pas, elc. 一 Le pont qui
ramène des enfers eu ce monde, par la métempsycose. 一
Justice infernale. Le voleur Ad fait restiluer au Ov,
le hien volé aux associés (le son père. À leur tour, les
deux Kéu sont punis de leur vol. — Comme les man-
darins terrestres, les mandarins infernaux ne siègent et
ne regoivent les plaintes qu'à certains jours; de là le
deux fuis trois jours de la fin.
13
A Häng-tcheou (Tchée-kiang)
vivait un certain Liôu-ihien, calli-
graphe et dessinateur fort habile. Dans
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son voisinage, deux hommes, le père
. et le fils, habitaient seuls une maison.
Le père étant mort, le fils fit inviter
Liôu-ihien à venir faire le portrait du
défunt, et sortit pour aller acheter uw
cercueil. Quand Liôu-ihien arriva à (4
maison mortuaire, il n’y avait pérson<
ne. Ne trouvant pas le corps dans!
chambre du bas, il monta à l'étage. L
cadavre était étendu sur le lit de cam
d'usage. Liôu-ihien s'assit, étendit s
papier, et prit son pinceau. 一 Soudai
le cadavre s'assit sur son séant, bâill
el s’étira. — Gare! se dit Liôu-ihien
c'est un vampire. Si je bouge, il sau
tera sur moi; si je m'enfuis, ‘il courrd
après moi* Le mieux est de rester tra
quille et de dessiner. — Il dessina
donc. Chacun de ses mouvements, en
provoquail un semblable dans le corps
. du vampire. — Enfin le fils du défunf
rentra. Quand il vit le cadavre de son
père assis sur sa couche, il s'évanouil
de terreur. Un voisin élant monté à l'&
tage, s'évanouit de même. Liôu-ihiet
dessinait toujours. 一 Enfin il entendif
dans la cour, les portefaix qui appon
laieut le cercueil. Armez-vous de bala
el montez vite, leur cria Liôu-ihien.
Les portefaix comprirent, montèren
tombérent sur le vampire à gran
coups de balais, l'abattirent sur sa co
che, puis l’enfermérent dans le ce
cueil. Ensuile on ranima, avec de
tisane de gingembre, le fils et le voisi
Voyez Introduction IX. — Si ce pauvre vieux
fut pas enterré vivant, il eut de la chance. — Les k
craignent les balais faits en forme de verges. Cel
croyance remonte à une haute antiquité. Voyez TP pà
83 et 85. Les balais anciens étaient en roseaux,
moderues sont plutôt en bambou.
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Hoâng-siangtcheou raconte qu’un
paysan de ses voisins avait un fils âgé
de quinze ans. Cet enfant fut tué par la
foudre. Le père fit une offrande au
genie de la foudre, et l’accompagna de
ces paroles: O génie de la foudre, qui
oserait t'offenser? O foudre, qui pour-
rait te résister? Néanmoins, 6 génie de
la foudre, je me permets de te deman-
der ceci. Est-ce pour un crime commis
durant cetle vie, que tu as frappé un
enfant de quinze ans, incapable de
mal? Si c'est pour un crime commis
dans une existence précédente, que tu
l'as frappé, pourquoi. lui avoir donné
la vie? Génie de la foudre, génie de la
foudre, qu'as-tu à répondre à ceci? —
Quand il eut déclamé celte adjuration
devant son offrande, le père l'écrivit
sur un papier jaune et la brûla. 一 Sou-
dain un coup de lonnerre retentit, et
l'enfant ressuscila.
Voyez Introduction IV. 一 D'après les Bouddhistes,
l'âme expie d'abord ses démérites positifs, les péchés de
cette existence, dans les supplices du purgatoire ; ensuite,
réincarnée, elle expie son manque de mérites, par l'ab—
jection de sa condition durant son existence suivante.
La foudre tue les grands criminels, pour des péchés ré-
cents et notoires ; ou détruit leur réputation imméritée,
eu brisant leur tombe, alors que les contemporains peu-
vent encore savoir nourquoi. La conscience populaire
n'admet pas, qu’un homme soit foudroyé pour des péchés
que ses contemporains ignorent, puisqne la foudre est
considérée comme un averlissement salulaire donné par
le Ciel à ces contemporains, et qu'ils doivent compreu-
dre. Dans les cas très rares, où la foudre frappe encore ct
ercore, de généralion en génération, quelqu'un de ces
criminels historiques, exécration du genre humain, com-
me Pdi-k'i le massacreur (TH page 224), chaque fois la
foudre écrit le hom du scélérat sur le corps foudroyé,
reptile venimeux vu autre. Car ceux-là, dit le peuple,
le Ciel les abhorre, et veul que les hemmes de tous les
temps les abhorrent de mème.
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Dans la province du Koàng-tong, à
Îe-tcheou, la mère septuagénaire d'un.
paysan nommé Soûnn, se transforma
soudain de la manière suivante Des
poils lui noussérent, d'abord sur les
bras, puis sur le tronc. Son corps s'in-
fléchit, et une queue se dessina au
bout de la colonne vertébrale. Enfin,
un beau jour, elle se trouva étre une
louve blanche parfaite, et s’enfuit on
ne sait où. Ensuile, une ou deux fois
par mois, elle revint voir ses enfants et
ses pelils-enfants. — Les voisins effra-
yés par les allées el venues de celle
louve, résolurent de se défaire d'elle.
Js préparèrent leurs arcs et leurs sa-
bres. Alors les belles-filles de la louve
acbetèrent une provision de pieds de
cochon. Quand elle revint, les jeunes
femmes lui servirent ce régal, et lui
dirent: Belle-mère, nous vos enfants,
nous n'avons pas peur de vous. J n'en
est pas de même des voisins. Ils se dé-
fient de vous, et ont résolu de vous
tuer. Ne revenez donc plus. Nous serions
trop affligécs, s'il vous arrivait mal-
heur. — La louve pleura, examina une
dernière fois Lous les recoins de l'habi-
tation, puis partit. On n'eut jamais plus
de ses nouvelles. |
Voyez Introduclion XX. — Lycanthropie.
176
Un certain Yinn-ueheng, qui habi-
tait dans un faubourg de Häng-tcheou
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(Tchée-kiang), élait allé à Chä-hene-
tan pour affaires. 11 y acheta une demi-
livre de macres, qu'il mit dans son
sein. Au retour, comme il passait par
un endroit solitaire semé de tombes, il
crut sentir que le paquet diminuait de
volume. Il mit la main dans son sein,
Ses macres élaient parties. Il retourna
sur ses pas pour les chercher, el les
trouva, déjà pelées, dans un cimetière
auprés duquel il venait de passer. Il
les ramassa, les remit dans son sein,
rentra chez lui, et se mit à les dégus-
ler. Soudain, saisi d’un transport, il se
" mit à crier: «Voilà si longtemps que
nous n'avons mangé de macres. Nous
les tenions, et tu nous les as ravies.
Avare! Pour Le punir, nous sommes tous
venus. Si tu ne nous régales pas com-
me il faut, nous ne partirous plus.» —
Comprenant qu'ils avaient affaire à
une bande de koëi, les gens de la mai-
Son Ss'empressèrent de leur préparer
un bon repas, et leur firent Loute sorte
d'excuses. Enfin ils les congédiérent. 一
A Hâng-tcheou, quand on congédie des
koëi, l'usage est que quelqu'un marche
devant pour leur montrer le chemin,
landis qu'une autre personne ferme
vivement la porle pour les empêcher.
de rentrer. Au moment où, Iles koëi
élant : congédiés, on ferma la porte,
Yinn-ueheng se mit à hurler: « Les.
hôtes ne duivent-ils pas être traités
avec Civilité? Voilà qu’on m'a écrasé un
picd, en fermant brusquement la por--
te, alors que je u’élais pas encore sorti!
A moins qu'on ne me serve un feslin,
je ne m'en irai pas! » — La famille ser-
vit le feslin et fit des excuses. Alors
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seulement Yinn-ueheng revint à lui.
Mais il ne recouvra pas une santé par-
faite. Il eut des transports de temps en
temps, et finit par mourir.
Voyez Introduction IX. 一 Possession pat des koci,
faméliques. — Voyez numéro 21 note. 1
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77
A Chäo-hing-fou (Tchée-kiang),
dans une riche maison bourgeoïise, un
appartement séparé était condamné
depuis longtemps. Un soir un hôte de-
manda l'hospitalité, Il y a bien un
appartement, lui dit le maître de 13
maison; mais oserez-vous y passer M
nuil? — Pourquoi pas? fit l'hôte. 一
On raconte, dit le maître de la maison,
que deux voiluriers y ayant dornmi,
s’'ebfuirent terrifiés à minuit. [ls dirent
qu'un nain, haut d'un pied seulement,
avait grimpé à leurs rideaux et cher-
ché à escalader leurs jits. Depuis lon
personne n'a plus osé coucher dans cu
appartement. — Laissez-moi tente
l'aventure, dit l'hôte en souriant. -
Voyant qu'il y tenait, le mailre de |
maison fit épousseter Pappartement, :
disposer ce qu’il faut pour passer k
nuit. 一 L'hôte laissa sa bougie at
lumée, et mit son épée à portée de
main. A minuit, il enlendit un lége
bruit. Le pelil bonhomme furetait dan!
Ja chambre, 1! commença par feuilletet
les papiers de l'hôte. Puis il ouvrit si
malle, en tira les objets l’un aprè
l'autre, et les examina à la lumière di
la chandelle. Au fond de la malle,
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一 71, 78. 一 145
découvrit une liasse de pétards de pre-
micre qualité, vrais pétards de Hoëi-
tcheou (Nän-hoei). Comme il les exa-
minait, la chandelle cracha, et une
flammèche tomba sur la tresse des mè-
ches. Tout le paquet fit explosion, avec
un bruit formidable. Le yao-koai pous-
sa un sifflement aigu et disparut. —
L’hôte continua à monter la garde,
pour le cas où il reviendrait. Au malin,
il raconta au maître de la maison, ce
qui lui élail arrivé. La nuit suivante,
il coucha de uouveau dans l'apparte-
ment jadis hanté. Le yäo-koaïi ne revint
jamais plus.
Voyez Introduction VIII. 一 L'expansion des gaz
d'une explosion, refoule au loia les koëi et les kodt. De
là une consommation énorme de pélards, pour préserver
personnes et locaux, dans diverses circonstances.
78
A Pékin, faubourg Tch'oùng-wenn,
carrefour Hoä-eull, habitent surtout
des fleuristes. Une jeune fille de ce
quartier, subvenail aux besoins de son
vieux père, en exerçant cette industrie.
Le vieillard tomba malade, et ne put
plus quitter le lit. Le chagrin 0ta à sa
fille l'appétit et le sommeil. Eile prodi-
guait à son père toutes les consolalions,
puis pleurait en secret. — Un jour elle
apprit qu'une matroue de ses voisines,
allait se rendre en pélerinage, avec
d’autres femmes, au mont Ya-ki. 一 Si
j'allais là, demanda-t-elle, obtiendrais-
je la guérison de mon père? 一 Ceux
qui vont y prier d'un cœur sincère, dit
la voisine, obtiennent tout ce qu'ils
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demandent, — Quelle distance ya-t
il? — Cent stades. — Qu'est-ce qu'un
Stade? — 250 pas. 一 La jeune fille
grava ces chiffres dans sa mémoire. À
partir de ce jour, chaque nuit, quand
son père élait endormi, elle sortait dans
la cour, et là, une baguette d’encêvs à
la main, elle allait et venait, comptant
soigneusement tous ses pas. Enfin,
quand elle n’en pouvait plus de fatigue,
prosternée dans la direction du mont
Yä-ki, elle disait: Veuillez m'excuser de
ne pas aller à votre temple. Etant fille, 8
ne le puis. — Au bout de quinze jours,
elle eut fait 25 mille pas. C'était juste
le moment où les pélerins affluaient
au mont Yä-ki de toute part, pour
vénérer la déesse de l'aube primordiale.
Il y avait foule. Nobles et gens du peu-
ple se coudoyaient. Dès le chant du
coq, c'était à qui pénétrerait dans le
temple. Car, disait la tradilion, celui
qui, le matin, offrait le premier son
encens, élait certainement exaucé. 一
Ce jour-là, dés l'aube, un eunuque très
riche, venu de Pékin, bloquait la ports
du temple, afin d'arriver le ren 人
Dés que la porte Souvrit,il entra
Quelle ne fut pas sa surprise, en ar
rivant devant l’encensoir, d’y trouv
piqué un bâtonnet dencens fumant.
se fâcha, et s'en prit au gardien d
temple. — La porte était fermée,
celui-ci; je ne sais qui peut avoir offe
cetencens. — Je reviendrai demain ma-
in, dit l'eunuque; fermez mieux votre
porte. — Le lendemain, bien avan
l'aube, l’eunuque était devant la porte.
Quand elle s'ouvrit, il courut vers
l'encensoir. Un bätonnet d’enceus !4
— 78,79. — 147
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fumait déjà, et, devant l’encensoir, une
silbouelle de jeune fille était proster-
née. La silhouctite s'évanouit, au bruit
que fit l’'eunuque. — Qu'est ceci? de-
manda celui-ci. Des koëèi ou des koäi
offrent-ils de l'encens à cette déesse ?..
Et il sortit du temple, pour demander
aux pélerins qui affluaient, ce qu'ils
en pensaient. 一 Ah ! s’écria soudain la
matrone dont j'ai parlé plus haut, c'est
bien Sur la pieuse fleuriste de Pékin.
Ne pouvant pas venir en corps, elle
aura envoyé son âme, pour impétrer la
guérison de son vieux père. 一 L'eunu-
que fut très édifié. Dés qu'il fut rentré
à Pékin, il alla visiter la jeune fille,
la loua de sa piélé filiale, et la secourut
généreusement. Le vieux père guérit.
L'aisance revint dans le pauvre ménage.
Enfin la jeune fille épousa un riche
négociant.
Voyez Introduclion X. 一 Péesse de l'aube primor- |
diale, titre dans le goût taoïste. Vogez TH page 1845. 一
C'est la fameuse déesse du mont T'di-chan, petite-
fille du dieu de la montagne, patronne et surveillante
des renards, inventée par les Taoistes modernes, et très
sénérée par le peuple sous le nom vulgaire de 天 D Ni
Tiën nai nai, grand‘mère céleste.
SAR BRS TAENRNEE SR
19 :
À Heüe-kien (Tchèu-li) vivait un
cerlain Ting. C'élait un mauvais garne-
ment, un chercheur d'aventures. H al-
lait seul dans les lieux fréquentés par
les renards, et y posait des billets, dans
lesquels il sollicitait Jeur amilié. 一 Un
jour un renard lui apparut sous forme
humaine, lui dit qu'il avait 30 ans et
qu'il s'appelait Où. L'amitié de ces
148 — 79. —
deux individus fut bientôt très intime.
Le Ting dit à qui voulait l'entendre,
qu'en fait d'amis, aucun homme ne
valait un renard. — Un jour le Ting
dit au Où: Je voudrais bien voir Ja fête
des lanternes (quinze du prerziel
mois) à Yäng-tcheou (Kiäng-sou). 一
Rien de plus facile, dit le renard. —
Or, de Heûüe-kien à Yâng-tcheou, il y
a bien deux mille stades. — Mets mon
habit, dit le Où au Ting, ferme les
yeux, et viens avec moi. — Soudain |
Ting se sentit enlevé dans l’espace.
L'air sifflait à ses oreilles. En un ins-
Lant, il fut transporté à Yäng-tcheou,
au-dessus de la demeure d'un riche
négociant, où on jouait précisément la
. comédie. Soudain Koän-ti parut sur ]
scène en brandissant son sabre. Le
renard effrayé lâcha le Ting, qui tomba
du ciel en pleine fête. Il fut aussilil
appréhendé et livré au mandarin com-
me magicien. [1 raconta son histoire,
et fut renvoyé à Heûe-kien par la poli:
ce. — Quand il revit son renard, il lui
fit des reproches. 一 C'est que je sui
limide, dit celui-ci; Koän-ti m'a fai
peur; et puis je voulais revoir ma fem
me. — Ah! tu es marié, dit le Ting. -
À la manière des renards, dit le Où
Nous vivons avec des filles ou des fem
mes de bonne famille. C’est Mademoi
selle Li, ta voisine, qui est ma femme. -
Je voudrais bien la voir, fit le Ting. -
Pas difficile, dit le Où. Mets ce gilet, el
Lu pourras passer par toutes les fené.
tres. — Le Ting mit le gilet, et s'in-
troduisit chez les Li, durant la nuit.
Ici j'ai dù supprimer un passage par trop indé
cent, mais aussi fort intéressant. L'auteur décrit l'état
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morbide produit par le commerce intime avec les
renards, exactement dans les mêmes termes que les
légendes médiévales relatives aux succubes, etc.
Jaloux de ce que le Ting avait con-
quis les sympathies de Mademoiselle
Li, le Où enleva furlivement le gilet
qu'il lui avait prêté. A l'aube, quand
le Ting voulut passer sans gilet par la
fenètre, il n'y réussit pas, et fut pris
par les Li. Ceux-ci le prenant pour un
yäo-koai, commencèrent par barroser .
avec du sang de chien. Puis, pensant
que c'était un galant, ils lui firent
_ subir le traitement d'usage, l’abreuvé-
rent de purin, le piquérent et le brûlé-
rent par tout le corps, etc. Enfin, Ma-
demoiselle Li ayant intercédé pour lui,
ils le lâchéreut. — Ainsi étrillé, le
Ting alla trouver son renard. Celui-ci
refusa de je recevoir, et rompit désor-
mais toute relation avec lui,
Voyez Introduction XX et IL. 一 Kaän-ti chargé de
l'ordre. dans les deux mondes, est l'ennemi des koëi
rôdeurs, des yäo-koai et des renards, qui tous le
redoutent et le fuient. — Le Noän-ti qui parut sur la
scène, était un comédien, bien entendu. Koän-ti est le
deus eæ machind de beaucoup de comédies populaires.
80
Tch'énn-chengt'aa pauvre leltré de
Châo-hing-fou (Tchée-kiang), ayant
perdu sa femme, se rendit à Yang-
tcheou (Kiäng-sau), où il se logea
dans la bonzerie T'iëén-ning-seu. A
côté s'élevait un pelit temple, et, prés
du temple, le Toh'énn remarqua un
petit pagadin, dont la porte était cade-
* nassée. 一 Pourquoi cela? demanda-t-il
aux bonzes. — Parce que le pagodin
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— 80. —
est hanté, lui fut-il répondu. — Tse
procura la clef de la porte, et examina
l'intérieur. Pas trace de poussière sur
les meubles. Il y avait un grand miroir,
et des peignes. — Bon, se dit le
Tch'6nn ; ces bonzes ont des femmes.
A quelques jours de là, le Tch'én# vit,
à un balcon du pagodin, une bell
femme qui lui faisait des signes d'intel-
ligence. J lui répondit. Elle se laisa
tomber, et vint à lui. Il comprit aussitit
qu'il n'avait pas affaire à une femme
ordinaire, et eut peur. Ne craignez rien,
dit cette personne; je suis une fée; le
destin nous a liés l’un à l’autre. — [e
Tch'énn l'épousa donc, et ils se plurent
réciproquement. Chaque mois, à 用
nouvelle lune, la femme demandait
congé pour sept jours. 1 me faut aller
faire ma cour à la déesse du mont
T'âi-chan, disail-elle. — Le Tch'inn
profita d’une de ces absences, pour
examiner ce qu'il y avait dans les cof-
fres de sa femme. Ils étaient pleigs
d'or, de perles, de toute sorte de
trésors. Il n’osa rien prendre, et refer-
ma les coffres. — Quand la fée fut re
venue, il lui dit humblement: Je suis
très pauvre et vous êles fort riche; n8
pourriez-vous pas m'aider un peu? —
Je pourvoirai largement à votre entre-
tien, dit la fée, mais ne vous conferaii
rien ; car votre destin étant de vivre
pauvre et honnêle, vous perdriez cer-
tainement tout ce que je vous donne-
rais. — Elle tint parole, et le Tch'éna
vécut dans l'abondance sans soucis. —
jis avaient cohabilé ainsi durant plus
d'un an, quand ja fée lui dit: Je vais
à Pékin pour vous acheter une charge.
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一 8Ù. — | 151
Je préparerai le logement, l'ameuble-
ment, et le reste. Rendez-vous à Pékin
dans deux mois. On vous attendra à Ja
porte Tchäng-i. — Deux mois plus
tard, le Tch'ênn arrivait à Pékin. A la
porte Tchäng-i, un serviteur lui fit la
génuflexion et dit: Il est temps, Mon-
‘sieur, que vous arriviez; Madame vous
désire depuis longtemps. 一 Le Tch'enn
se laissa Conduire. Le serviteur le mena
à une grande maison, dans une rue
près du marché aux grains. Quand le
Tch'énn fit son entrée, plusieurs dizai-
nes de serviteurs et de servantes le
saluërent. Madame vint à sa rencontre,
Splendidement habillée. — Comment
se fait-il que ces gens-là me connais-
sent? demanda le Tch'énn. — Parce
que, dit Madame, depuis deux mois,
pour toutes les affaires et négociations,
j'ai pris votre forme et votre figure.
Je vais vous instruire de tout, pour que
vous ne ‘vous trahissiez pas en par-
lant. — Devenu ainsi riche et heureux,
le Tch'énn écrivit. à son fils aîné, de
venir le trouver à Pékin l’année sui-
vante. Quand le jeune homme fut ar-
rivé, sa belle-mère le traita très bien.
Vous eles marié, lui dit-elle; allez
quérir votre femme. Et elle lui donna
la somme nécessaire pour le voyage
aller et retour. Quand il fut revenu,
elle traila aussi très bien sa jeune fem-
me. — Un jour un jeune homme se
présenta au Tch'énn, demandant à voir
sa mère. Le Tch'ênn avertit la fée.
C'est mon fils, d’un lit précédent, dit
celle-ci. — Le jeune homme fut aus-
sitôt introduit dans la famille. —
Durant une des absences périodiques
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一 80, 81. 一
de sa mère, un jour que la bellc-flle du
Tch'éônn vaquait à sa toilette, le jeune
homme s'introduisit dans sa chanm-
bre, par la fenêtre. La jeune femme
cria au secours. Aussilôt le jeune hom:.
me s'enfuit. — La nuit suivan!tg. Y
mari de la jeune femme rentra, uÉspeu
échauffé par le vin. Elle lui conta son
aventure. Il prit un sabre, entra dans
la chambre du jeune homme déjà en-
dormi, et lui porta un coup terrible,
Puis il alla chercher de la lumière. Un
jeune renard décapité, gisait mort suf
le lit. 一 Averli aussilôt, le ar
comprit que sa fée. était une renard
Craignant qu’elle ne se vengeât, quan
elle reviendrait comme de coutume aa
bout de sept jours, il quitta Pékin avet
son fils cette nuit-là-même, et retour-
na à Chäo-hing-fou, où, selon la pré-
diction de la renarde, il passa sa vi
dans la misère, sans jamais arriver à
rien.
Voyez Introduction XX. — La déesse du mont T'üi-
chan, grand’mère céleste, patronne et gouvernante des
rénards. Voyez numéro 78 note,
81
A Yuän-hoa-tchenn dans.le distri
de Hii-tch'ang (Koäng-tong), chez u
gros richard, la chambre à couche
était installée à l'étage, et personn
n'y montait d'ordinaire durant le jour
Une fois pourtant Madame dut y mon-
ter, pour chercher des habits. La porte
était verrouillée à l’intérieur. Madame
regarda par une fente, et vit un homme
assis sur je lit. Elle cria au voleur. Les
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— 81. 一 153
gens de la maison accoururent. — Je
mm'établis ici avec ma famille, cria
l’homme. Je garde votre mobilier, et
vous rends Île reste. — Aussitôt les
coffres, les boites, tous les menus
objets, furent jetés par les fenêtres. On
entendit le piétinement de plusieurs
adulles et enfants, puis les hôtes mys-
térieux chantèrent, en battant la me-
sure sur des assiettes: «Maître dé la
maison, maître de la maison, alors que
des hôtes sont venus chez toi de mille
stades, tu ne leur sers même pas le vin
de bienvenue ». — Effrayés, les gens de
. la maison chargèrent quatre tables de
vin et de mets. En peu d’instants, sans
qu'on vit personne, tout eut disparu,
et les vases retombérent de l'étage. 一
Depuis lors les hôtes mystérieux. ne
quittérent plus. Hs ne firent d’ailleurs
de mal à personne. 一 Cependant le
maître de la maison, mal à l’aise, invita
un tâo-cheu, et le pria de les expulser.
Tandis qu'il conférait avec lui dans la
cour, les voix de l'étage chantérent:
«Espèce de chien, espèce de chien,
qu'est-ce que tu viens faire ici?» Et
aussitôt, sans qu'on vit personne, le
tâo-cheu fut si fort houspillé, qu'il dut .
s'enfuir, tandis que des mains invisi-
bles jetaient dans la rue les images et
les ustensiles qu'il avait apportés pour
ses conjurations. — Depuis lors, pour
se venger, les hôles de l'étage firent le
sabbat jour et nuit. — En désespoir de
cause, le richard envoya demander se-
cours au Maitre céleste, au Kiäng-si.
Celui-ci députa un tao-cheu d'ordre
supérieur. Quand ce député entra dans
la cour, les voix chantèrent: « Maitre
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— 81. —
. vers les fenêtres de l'étage. — Quand
‘le vieux génie sonna avec une clochett
céleste, Maître céleste, tu n'y pourras
rien! Député, député, tu es venu en
vain! Soudain le député, soulevé par
la tête, fut rejeté sur le sol, le visage
déchiré et les vêtements en lambeaux...
Ce yäo-koai est plus fort que moi, üil-
il. Seul maître Sie pourra le d6lo8e 一
Le richard fit quérir maître Sie, à 1 au0-
tre bout de la Chine, à Tch'äng-nan.
Quand ce magicien entra dans la cour,
les voix ne chantérent pas. — Bon Si-
gne, se dit le richard. 一 Le Sie dressa
un autel, et commença ses incanta-
tions. — Soudain, dans un éclair de
lumiére rouge, un vieillard à barbe
blanche descendit du ciel sur la mät-
son, et dit à ceux de l'étage: « N’ayei
pas peur, je conjurerai ses charmes ». 一
Cependant le Sie avait commencé à
jongler avec une écuelle. Elle commen-
ça par courir sur le sol, de plus en plus
vite, puis s’éleva par bonds, bondissan
elle y atteindra, dit le Sie, c'en: ser
fait. — Elle allait y atteindre, quaut
en cuivre. Aussitôt l’écuelle retomh,
inerte, et le Sfe n’arriva plus à la met
tre en mouvement. 一 J’abandonne |
partie, dit-il; et il s’en alla avec so
écuelle, tandis que les voix de l'étag
jabilaient et se moquaient, — La mai
son resta occupée par ces .garnisairé
inconnus. — Six mois plus tard, €
plein hiver, une neige très épaisse étan
tombée inopinément, une. hande 4
chasseurs dut demander l'hospitalit
pour la nuit dans la maison du richard
Celui-ci leur parla des êtres mysté
rieux qui l’obsédaient. — Ce sont dé
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2. — 155
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renards, dirent les chasseurs. Nous
connaissons cela. Donnez-nous à
boire el à manger, et nous vous fe-
rons votre affaire. 一 L'hôte satisfit à
leurs désirs avec libéralité. — Quand
le vin leur eut donné du cœur, les
chasseurs prirent leurs fusils, et se
mirent à tirer à poudre contre les fené-
tres de l'élage. Ce fut un beau tapage.
Un nuage de fumée enveloppa la mai-
Son. — Le lendemain, à l’aube, les
chasseurs prirent congé. — Le richard
assez inquiet se dit: Ces renards vont
se venger sur moi, pis que jadis. —
Mais non, tout resta tranquille. Le
calme dura. Enfin le richard se décida
à monter à l'étâge. Il le trouva désert.
Les fenêtres étaient entr'ouvertes. Le
sol était jonché de poils de renard.
Les noms de lieu employés dans ce texte, le font
remonter au sixième siècle, — Quelque grand que soit le
pouvoir transcendant d'un renard, il ne lui confère au-
cune invulnérabilité. Un coup de sabre, surtout un coup
de fusil, le tue, comme tout autre animal. De là sa peur
de la poudre. 一 Maitre eéleste, le chef des Taoïstes,
voyez TH table, article Tchäng-taoling, et Introduction
XVII.
82
Dans le faubourg sud de T'oûng-
tch'eng (Hôu-pei) vivait un certain
Tchäng-yunncheu, homme religieux et
pieux. Un jour il remarqua, dans un
vieux temple ruiné, une statuette en
bois dont l'expression le frappa. Il la
transporta chez lui, l’établit dans une
niche, et lui fit respectueusement of-
frandes et libations. La nuit suivan-
te, le personnage représenté par la
Cr
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82. 一
Staluelte lui apparut en songe, et lui
dit: Je suis un génie (taoiste), Ton en-
cens et tes offrandes me sont äâgréables.
Compte sur moi. Désormais, quand tu
voudras me demander quelque chose,
écris ta demande, et brûle-la en Qij0:
voquant. La nuit suivante, je te Fou
drai durant ton sommeil, sans faute.
Or la fille d’un voisin du Tchäng, étai
obsédée par un être mystérieux, quil
faisait cruellement souffrir. Un jeu
qu'il s’emparait d'elle, elle lui dit!
Pourquoi me tourmenter ainsi? -
Parce que je te trouve jolie. — 1 yel
a de plus jolies que inoi, dit la fille!
par exemple une telle. — Oh! x:
dit l’incube, elle est modeste; je 0:
pas pouvoir sur elle. — Alors moi, d
la fille en colère, je ne suis pas mod
te? — Hé! hé! dit l'incube. Tel mois
tel jour, tu es allée au temple dt
tch'éng-hoang, pour y brûler des par
fums. En revenant; du fond dé ta
palanquin fermé, tu as aperçu ue
rue un beau jeune homme. Ce que
as pensé alors, élail-ce modeste ? 一
fille rougit et se tut. 一 Ses parent
priérent le Tchäng de consulter s
génie sur le cas de leur fille. Le Tcha
consulla. La nuit suivante, son ve
0
lui apparut et lui dit: Cette fille
tourmentée par un koai que je ne c
nais pas. Donne-moi trois jours Po
preadre des informations. 一 La troisi
me nuit, le génie dit au Tchäng: C'e
Nâng-nang. Il est trés fort. Nous ne
viendrons à bout que par surpris
J'irai moi-même, mais tu devras m'a
der. Prépare, pour tel jour, un palat
quin à quatre porteurs; de plus, quall
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satellites, des cordes, des chaînes, des
sabres et des haches; le tout fait en .
papier. Quand le moment sera venu,
tu m'inviteras à monter en palanquin,
puis Lu donneras aux porteurs l'ordre
de se mettre en marche, le tout selon
les rits. Dès que mon palanquin péné-
trera dans la cour de la fille, tu crieras
«Qu'on l’exécute! » — Le Tchäng s'en-
tendit avec la famille de la fille, et fit
les préparatifs indiqués. Quand le
moment fut venu, il invita son génie.
Aussitôt les porteurs sentirent que le
palanquin en papier devenait très lourd.
On alla vite au logis de la fille. À l’en-
trée, le Tchäng cria «Qu'on l’exé-
cule!» — A ce cri, les satellites en pa-
pier s'animérent, et brandirent les .
armes et les liens. — Soudain un être
élrange s'échappa par-dessus le mur.
La fille se sentlit délivrée du poids qui
_ l'oppressait. — Cependant les satellites
avaient fait leur œuvre. Le Tchang et
les parents de la fille allérent voir. Une
scolopendre gigantesque, longue de
plus de trois pieds, gisait coupée en
trois tronçons. On brûla ces restes, qui
répandirent une odeur infecte. — Le
nom Nâng-nang de ce yäo-koai, resta
longtemps une énigme pour les habi-
tants de T'oùng-tch'eng. Enfin quel-
qu'un trouva dans un recueil de termes
populaires anciens, qu'on avait jadis
appelé les scolopendres nang-nang,
dans certains districts.
83
. Au Séu-tch'oan, un satellite de ja.
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— 83 — | 159
sous-préfecture de Fôüng-tou, fut char-
gé de porter un document au préfet
de K’oëi-tcheou. Notre homme s’appe-
lait Ting-k'ai. Il passa par la passe dite
Koëi-menn, porte des morts. Il vit là
une stèle, qui portait ces mots: Limite
des deux mondes. 1l flâna quelqu: peu
aux environs, puis voulut continuer
son chemin, mais ne put plus retrouver
la route. Errant à l'aventure, il arriva
à un pelit temple en ruines. La statue
principale était brisée. A côté, un sa-
tellite à tête de bœuf (kinnara) était
intact, mais couvert de poussière et de
toiles d'araignée. 一 Chacun est sympa-
thique à ceux de son métier. Avec sa
manche, le satellite épousseta le kin-
para, puis se remit à errer à l'aventure.
. Bientôt il arriva à une rivière. Au bord
de l’eau, une femme lavait des légumes.
Il s’approcha pour lui demander son
chemin. C'était sa femme, morte depuis
longtemps. — Toi ici, s’écria-t-elle,
en voyant son ancien mari. Comment
es-tu entré vivant dans le pays des
-morts ?.. Puis elle lui raconta que le
juge des enfers l'avait mariée à un
kinnara, dont elle faisait le ménage. 一
Peux-tu me remettre sur le chemin du
monde des vivants? demanda Ting-
k'ai. — Cela n’est pas en mon pouvoir,
dit la femme. Attends que mon mari
soit rentré, et je lui en parlerai. C’est
assez curieux, tout de même, que j'aie
à négocier entre mes deux maris, l’un
terrestre et l’autre infernal! — La fem-
me conduisit Ting-k'ai à son logis.
Bientôt quelqu'un frappa à la porte.
Effrayé, Ting-k'ai se cacha sous le lit.
La femme ouvrit la porte. Le Kinnara
160 | — 83. —
entra, 0ta sa tête de bœuf, el la déposa
sur un guéridon. Îl avait une autre tête
humaine. Il se mit alors à causer el à
rire avec sa femme, lui raconta ce qu'il
avait vu et entendu au tribunal du
juge des enfers, et finit par demande
à boire et à manger, pour se refafre de
ses fatigues. Tout à coup, humant l'air,
il dit tout étonné: Je sens l'odeur d'un
homme vivant. — Alors la femme tira
Ting-k'ai de dessous le lit, le présenta
au kinnara, et parla en sa faveur. 一
Mais je te connais, dit le kinnara, apré
avoir dévisagé Ting-k'ai; c'est toi qui
m'as épousseté dans la pagode. Attends
que je m'informe de ce qui est inserit,
à ton sujet, sur le livre du destin. Je
suis de service demain. J'en profiterai
pour fureter dans le grand livre. -
Cela dit, le kinnara invila Ting-k'ai 4
s’attabler avec lui et sa femme. 出
burent d'abord. Quand les mets arrivè
rent, Ting-k'ai allait étendre la mait
pour se servir, quand le kinnara ?ae:
rêta et lui dit: Prends garde! Boin
avec les koëi, n’a pas de conséquence
Mais dès qu'on a goûté à leurs aliments
on ne peut plus retourner dans le mo
de des vivants. — Le lendemain |
kinnara alla à ses affaires. 11 ne revin
que le soir. Sois tranquille, dit-il ;
Ting-k'ai; il te reste encore plusieur
années à vivre sur Ja terre. Je sui
justement chargé d'une mission das
le monde supérieur pour demain. Je
reconduirai moi-même. — Au momen
du départ, le kinnara remit à Ting-k'a
un lambeau de peau et de chairs, €
lui disant: Ceci te rapportera gros. -
Qu'est-ce? demanda Ting-k'ai. — 外
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一 83, 83. — 161
a à Heüe-nan, dit le kinnara, un cer-
tain Tchäng, gros richard et mauvais
drôle. Pour le corriger, le juge des
enfers l’a cité, lui a fait enfoncer un
croc dans le dos, et l’a fait suspendre
durant toute une nuit. Ce morceau
s'est détaché, et est resté accroché au
croc. Reporté à son domicile, le Tchäng
a au dos une plaie énorme. Mille mé-
decins ont tenté de le guérir, en vain
biea entendu. Va le trouver, et appli-
que-lui ce morceau. Il te paiera comme
il faut. — Ting-k'ai remercia, envelop-
pa l’énorme greffe dans un papier, et
suivit le kinoara, qui le ramena à la
Porte des morts. Dès qu'ils l’eurent
franchie, le kinnara disparut. — Ting-
k'ai alla à K'oëi-tcheou, puis à Heüe-
nan, Où il guérit Tchäng le richard, de
ce que ses médecins appelaient un
anthrax. Cetle cure lui valut cinq mille
ligatures d'honoraires.
Voyez Introduction VI, et comparez numéro 14. —
Kinnaras, voyez TP page 365.
84
Celui dont le destin est d’être brûlé,
ne sera pas noyé. 一 Un certain te de
King-hien (Nän-hoei) faisait le com-
merce avec une dizaine d'associés.
Leur barque fut coulée dans une tem-
pête, près de Nän-k'ing. Tous furent
noyés, excepté le te. Celui-ci coulait à
fond, quand un personnage vêtu d’é-
carlate le repêcha. Lorsqu'il se trouva
sain el sauf sur la rive, il se dit: Pour
qu'un chénn se soit donné la peine de
me sauver, je dois être destiné à de
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— 84, 85. 一
CHI SSEUR ) 2 SBot 6 SE 2 Sa D M 2 TE
grandes choses. — Une famille de
riverains offrit l'hospitalité au naufragé.
En se séchant, celui-ci s’approcha trop
près du feu. Il se brûla si grièvement,
qu'il en mourut.
Le génie du feu est vêtu d'écarlate. Il refjéra de
l'eau la victime destinée au feu. à
85
Li-yuankoei originaire de 了 ang-
tcheou (Tchée-kiang), était secrétair
du sous-préfet Hän de P’éi-hien
(Kiäng-sou). Un de ses compatriotes,
qui retournait au pays, ayant pasé
par là, Li-yuankoei le pria de vouloir
bien se charger d’une lettre pour sa
famille. Quand il l’eut écrite, il deman-
da à un petit domestique de la colle
de farine, pour coller l'enveloppe.
L'enfant apprêta la colle, et. apport
dans une jatte. Li-yuankoei colla s
lettre et l'expédia, puis plaça la jati
avec le reste de la colle sur une table.
La nuit suivante il eatendit bruire |
papier de sa fenêtre. Pensant qu'u
rat s'était introduit dans la chambr
il entr'ouvrit le rideau de son lit, Que
le ne fut pas sa surprise, de voir u
petit mouton blanc, haut de deux pou4
ces, qui battait en retraite aprés avoir
‘mangé toute sa colle. — Croyant avoir
révé, le lendemain Li-yuankoei fit pré<
parer exprès une nouvelle jatte de colle
de farine, qu'il plaça au même endroit.
La nuit suivante, même manège.
petit mouton entra de nouveau par la
fenêtre, mangea la colle, puis se retira
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— 85, 86. — 163
Li-yaankoei se leva vite, pour épier où
il allait. Il le vit disparaître sous un
arbre, non loin de la fenétre. — Le
lendemain il avertit le mandarin. Celui-
ci ordonna de creuser au pied de
l'arbre. On découvrit le squelette d'un
mouton, dont les os étaient gorgés de
colle de farine fraîche. Le mandarin
les ayant fait brûler, les apparitions
nocturnes cessérent. |
Voyez Introduction IX. — Ame d’un mouton. 一
Ossements des animaux, presque aussi redoutés que
ceux des hommes.
86
Alors que Tch'énn-choucheu était
tao-tai des deux préfectures T'ing-
tcheou-fou et Tchäng-tcheou-fou (Fôu-
kien), une cloche énorme vint, flot-
tant sur les eaux de la mer. Elle pou -
vait contenir cent piculs (mille hois-
seaux) de grain. Les riverains considé-
rérent ce prodige comme un événement
faste. Ils averlirent le préfet de Tchäng-
tcheou, lequel fit bâtir, à l’ouest de sa
ville, une tour dans laquelle la cloche
fut installée. Le son qu'elle émettait
portait à plus de dix stades. Un vieil-
lard nommé Li, fut chargé de garder
la tour et de battre la cloche. 一 Cepen-
dant, plusieurs raz de marée désastreux
s'étant succédé en peu de temps, le
tâo-t'ai Tch'énn fit réflexion que, dans
le système des cinq éléments, le métal
appelle l’eau. Pas de doute; c'était le
son de la cloche qui provoquait les
soulèvements de la mer. 一 Doné le
164 — 86. —
téo-t'ai ordonna au sous-préfet de
Tchäng-tcheou de fermer la tour et
d'en sceller la porte. Défense absolue
au Li, de faire encore résonner la ma-
lencontreuse cloche. — Ce vieux
avait un jeune ami. C'était un renard,
évidemment, car il allait et venait à
travers les airs, comme bon lui sem-
blait. Cependant le vieux Li avait toute
confiance en lui. Un jour il lui dit: Tu
viens toujours boire et manger chez
moi; pourquoi ne m’apportes-tu pas
un peu d'argent? 一 C'est le destin qui
dispense les richesses, dit le renard.
Si je te donnais de l'argent, au lieu de
te profiter, il te porterait malheur. 一
Bah! dit le Li, un petit peu. 一 Le
renard sourit malicieusement, déposa
un lingot d'argent sur Ia table, prit
congé, et ne revint jamais plus. — A
quelques jours de là, comme le sous-
préfet passait près de la tour, la cloche
se mit à résonner. Le sous-préfet n'en
demanda pas davantage, fit appliqust
quinze coups de rotin au vieux Li, et
continua son chemin. Au retour, com-
me il repassait prés de la tour, la clo-
che se mit à sonner de plus belle. Le
vieux Li fut de nouveau appréhendé. Il
fit constater au mandarin que les scel-
lés étant intacts, aucun homme n'avait
pu produire ces deux sonneries. —
Alors qui a sonné? demanda le man-
darin. — Le vieux Li dut raconter
qu'un renard, jadis son ami, hantaïit la
tour. Il narra aussi l'histoire du lin-
got. 一 Montre-le, dit le mandarin. 一
C'était un lingot de son trésor, marqué
de son poinçon. Le mandarin l’empocha
aussitôt, comme bien on pense. — C'est
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— 86, 87. — 165
QUIL Tr
ainsi que le vieux Li fut puni, par son
renard, d’avoir voulu s'enrichir quand
même. .
C'est le renard qui sonna, pour faire fustiger son
ancien ami, et confisquer le lingnt que lui-même avait
volé au mandarin. Voyez numéro 57. 一 Innombrables
sont les histoires de cloches, statues, et autres objets,
apportés par les eaux, puis devenus l’objet d’un culte.
87
A Sôu-tcheou (Kiäng-sou), un cer-
tain Tch'énn-kouohoung, licencié de
la promotion de 1777, aimait passion-
nément les antiquailles. Ayant avisé,
dans son jardin, -une vasque à lotus,
qui n'avait pas été déplacée depuis
bien des années, il la fit retourner,
pour examiner quelles marques d'ori-
gine elle portait. Sous la vasque, on
découvrit une urne, ornée, sur fond
brun, de dessins genre antique. Elle
était pleine de boue contenant des
fragments d’ossements. Tch'énn-kouo-
houng vida ce contenu dans le canal
au bout de son jardin, puis porta l’urne
dans son musée. — La nuit suivante,
durant son sommeil, un bonze lui ap-
parut et lui dit: Je suis le bonze Tchëu-
heng. J'ai vécu ici, sous les Tang,
L’urne que tu as déterrée, contenait
ce qui resta de mon corps, après la
crémation. Hâte-toi de rendre ces res-
tes à la terre. — Le Tch'ônn n'avait
peur de rien. Le lendemain, il raconta
son rêve à ses amis, mais né fit pas ce
que le bonze lui avait dit. — Trois
jours plus tard, durant la nuit, deux
bonzes apparurent à la vieille mère du
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一 87, 88. 一
licencié. L'un avait de longs sourcils
l’autre un air très rébarbatif. Ton fils
dit le premier, m'a traité dune manier
indigne. Il a dispersé mes os, et vol
mon urne. Je ] ai averti de réparer s
faute. Il n’a tenu aucun compte de me
paroles. Mon Supérieur Ta-ts'ien l'ayar
su, est venu pour venger mon injure
Nous allons faire mourir ton fils. — L
vieille dame se réveilla épouvantée, €
ordonna aussitôt à ses gens de repêche
les fragments d'os jetés dans le canal
Trop tard! Tch'ênn-kouohoung délirai
déjà. Bientôt il perdit connaissanct
Vers le dixième jour’, il mourut.
Voyez Introduction IX. 一 Constatez que la notio
populaire du Nirvana, n’est pas l'annihilation, loin de là
88
Au lieu dit T'ang-li près du la
Tông-t'ing (Hôu-nan), un gros ira
nommé Süû, songeait à agrandir fs
parc. À l’est, la petite pagode du gén
du lieu l’empêchait de s'étendre. El
tombait d'ailleurs en ruines, et perso
ne n’y brûlait d'encens. Le richar
s’entendit clandestinement avec
bonze chargé de la desservir. Celui-
lui ayant livré les Litres de propriété,
Sa rasa la pagode, et construisit 1
kiosque sur le tertre qu’elle avait o:
cupé. — Un an plus tard, un jour qu
Madame Sa née Haa procédait à :
toilette, tandis qu'elle se peignait, el
s’affaissa soudain. La fillette qui
servait, ayant voulu la relever, S’affai
sa de même. Puis toutes deux s'éta
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一 88. 一 467
relevées, Madame s’assit dans un fau-
teuil, face au sud, tandis que la fillette
s’agenouillait devant elle. Ensuite, sur
un ton impératif élevé, Madame dit: Je
suis le tch'éng-hoang de Sôu-tcheonu
(Kiang-sou). Je suis venu, comme
député extraordinaire, pour rendre
justice au génie de ce lieu, iniquement
dépossédé. — La fillette agenouillée
annonça: Le plaignant, génie du lieu,
est arrivé. 一 Rangez toute la famille
Sû, hommes et femmes, sur deux files,
commanda Madame. Faites l'appel! 一
Quand la fillette eut fait l'appel, Mada-
me cria: Que l'acheteur, un tel, s’avan-
ce! — Son mari s'étant agenouillé de-
vant elle, elle l’interrogea sévèrement,
sur le prix payé, sur les entremetteurs,
sur je bonze, etc. Il répondit à tout
exactement et en tremblant. Car, phé-
nomène étrange, sa femme ne parlait
plus le dialecte du Hôu-nan, je seul
qu'elle sût. Une voix d'homme sortait
de son gosier, parlant le dialecte de la
province du Tchèu-li. Aussi s’empressa-
t-il de promettre qu’il rendrait le tertre,
qu'il rebâlirait la pagode, et le reste. 一
Alors Madame, qui n'avait jamais su
écrire un caractère, saisil un pinceau,
et traça à grands traits le libellé sui-
vant : Qu'un homme s’approprie la ter-
re d’un chénn, c'est une grave faute.
Le Sù aurait dû avoir compassion de
son voisin le génie du lieu, vieux et
pauvre, logé à ciel ouvert dans une
pagode en ruines. Au lieu de cela, il
l'a exproprié. Le génie du lieu n'ayant
pas pu obtenir justice de son tch'éng-
hoang hiérarchique, en a appelé
plus haut. Moi tch'éng-hoang de
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Sôu-tcheou, député pour ce cas, je
décide ainsi. Le Sa s’étant'repenti, "
sera pas autrement puni; mais il rebà
tira la pagode, et paiera désormais us
cens et les offrandes. Les entremetteu
feront les frais d'une grande comédi
expiatoire. Le bonze étant mort, il 0
a plus à s’en occuper. — Cela écrit
Madame s’affaissa sur elle-même. Li
instant après, elle reprit ses sens, saisi
son peigne, et continua sa coiffure
Elle ignorait absolument tout ce q
venait de se passer, — Son mari ex
cula scrupuleusement la senten
Depuis lors, la pagode du génie lo
de T'âng-li fut célébre, et l'encens à
cessa dy fumer.
Voyez Introduction II. — Procédés judiciaires im
fernaux, calqués exactement sur les Lerrestres. Ici
Æ À wéi-yuan, délégué extraordinaire ur
un cas contesté.
89 has
Peu après l'avènement de la dyna
tie actuelle (vers 1650), un certain
eutreprit de soulever les districts
Tch'âng-chou et de Où-si (Kiäng-sou
Dans l'intention de le faire renon
à son entreprise, quelqu'un lui dit:
temple de Koän-ti, de tel village,
très famé. Prenez un grand sabre d'4
xercice de 120 livres, allez à ce templt
et faites à Koän-ti la prière suivante
Veuillez nous éclairer. Nous allo
jeter ce sabre à l’eau. S'il coule, nou
reslerons tranquilles. S'il flotte, nou
nous souléverons. — Celui qui dont
SN BÈS-GAMÉENTÉNERMESEN
2 O0 8 00 NE 2 A DR DS QE 3 A D 8 EE 2 AN SE OT D 2
RS ASS + RQ HE ORNE NE NTI ER 2
JA HA CE D RE 4 a ENTENDRE ME MARY s
où hé | ul
— 89, 90. — 169
(MORE ) MÉMENSMSIS>-EERE RS UN TIUUIR EE
TIÉNÉHRNIURÉ IN ENBRRIENNERÉNESE
ce conseil, comptait bien que le sabre
coulerait. Le Kôu et ses gens firent
ce qu’il leur avait dit. Le sabre flotta,
comme une feuille morte. Aussilôt
plusieurs myriades de rebelles se mirent _
en campagne. Au premier choc avec
les Ts'ing, ils furent extermiués jus-
qu'au dernier.
Morale: Koën-ti est le protecteur de l'ordre, l'en-
nemi du désordre. Il envoya à leur perte ces hommes
déjà rebelles daus leur cœur. — Pour se dégourdir le
poignet, les candidats militaires brandissent une sorte
de coutelas à mänche, pesant cent livres et plus.
90
À Li-yang (Kiäng-sou) le licencié
Ma avail ouvert une école, dans un
village à l'ouest de la ville, sous le toit
d’un certain Li. À côté habitait un
homme féroce nommé Wäâng, qui bat-
fait sa femme, et la laissait mourir de
faim. Un jour, n’en pouvant plus, la
malheureuse attrapa un poulet appar-
tenant aux Li, et le dévora. Le Li
avertit son mari. Celui-ci justement
pris dé vin, saisit un sabre d’une main
et sa femme de l’autre. Tu vas mourir,
lui dit-il. — Ce n'est pas moi qui ai
volé ce poulet, cria la femme aflolée,
c'est lé licencié Ma. Le Mà nia, bien
entendu. La femme persista à l'accuser.
Allons au temple de Koän-ti, dit le
licencié, et tirons au sort. Si le dia-
gramme indiqué est yinn, le poulet
aura été volé par une femme; s’il est
yàng, il aura été dérobé par un hom-
‘me. — Allons, dit la femme. 一 Les
sorts furent jetés trois fois. Trois fois
22
PÉHENSRRER NEINRES
上
(IBRRÉ ESENTERRANNÉNEENELIRNEE à
RHNEERHSDS-MNEEREHRÉREDENUSBENX AD
BÉENNÉESÉE)DSEENMENSÉDESINMEME
SSII FEES REES SEL
ASS EE EE DS UD ee Dr RDS SEE BR RE ESS NT
DRASS SO NE Gr DT ES SON D D SN (VE D m4 SE Ne 2 SUN NS Re t
— 90. —
ils indiquérent un diagramme yâng. -
Le Wang jeta son sabre et lacha s
femme. Le licencié perdit tellement la
face, qu'il dut fermer son école. -
Quelques années plus tard, un jour
que le Ma assistait à une séance d'évo-
calion, l'esprit évoqué dit qu'il étai
Koän-ti. Ah! c’est toi imbécile, dit
Mà, avec accompagnement d’une kyriel
le d'injures; c'est toi qui, contre touts
justice, m'as fait passer pour un voleur
de poulets! 一 Le pinceau se mit en mo0u:
vement, et écrivit sur la cendre: Licen
cié Mà, bientôt tu deviendras mand
rin. J’ai voulu t’apprendre à estimer
vie des hommes. Tu n'as perdu qu'un
école; la Wang aurait perdu la ie, d
j'avais dit la vérité. Peu m'importe qui
tu m'aies traité d’imbécile ; le Sublime
Souverain m'a loué, et m'a donné trois
degrés d'avancement. 一 Menteur! di
le Mà. Koän-ti a rang d’empereur.
Quel avancement peut-on encore |
donner? 一 Le pinceau écrivit sx
_ cendre: Le vrai, le grand Koän-ti,
rang d’empereur, c’est vrai. Mais
n'est pas lui qui réside dans les templ
sans nombre que les hommes lui 0
consacrés. Il se tient aux côtés d
Sublime Souverain. Dans chacun
ses temples, réside un koëi juste
équitable, député par le Sublime Sou:
verain. C'est lui qui déguste les offral
des, et qui fait droit aux requêtes. Je sui
un de ces lieutenants. Voilà pourquo
j'ai pu avoir de l'avancement. — LU
licencié Ma ne trouva rien à répondre
… Voyez Introduction XVI. — Koëi. Ames d'homme
. morts. Dans cé sens, les génies des villes et des lieux,
tous les fonctionnaires infernaux grands et petits, sl
tous des koëi,
AE St 00 EE RRUEE EE DRE D 2 DD RER 0 NU SE UE IR HE
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NÉÈHIENNÉMIBERNENEES MONET NES >
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NE NS To pat + SE OI AD HE SN SAME NÉE
FERRER SSÉED NS ESIDNNESENER AM
一 91. 一、
CRE CERMÉRENDOMNERCUENRMENÈNHE =
17f
91 :
-Dans un village au sud de Kiäng-
p'ou (Kiang-sou), une fille. née Tchäng
avait épousé un homme nommé
Tch'énn. Restée veuve après sept an-
nées de mariage, et n'ayant pas de
quoi vivre, elle se remaria avec un cer-
tain Tchäng. Cet homme était lui aussi
veuf depuis sept années. L’entremet-
teur qui fit le mariage, avait vu, dans
cetle coïncidence, un indice certain
des intentions du Ciel. — Quinze jours
après le mariage, l’âme de l'époux dé-
funt de la femme se saisit d'elle. Infñi-
déle, lui dit-il, comment as-tu pu
m'oublier ainsi, et épouser cet homme
vulgaire ? Et la femme, mue par l’âme,
de se frapper le visage. La famille
Tchäng brûla à diverses reprises du
papier-monnaie, en suppliant l’âme de
lâcher prise. Rien n'y fit. — Mais voilà
que soudain le nouveau mari fut pos-
sédé à son {our par l’âme de son an-
cienne femme. Infidèle, lui dit-elle;
dès que tu as vu une nouvelle femme,
tu as oublié l’ancienne. Et l'homme,
mu par l’âme, de se frapper le visage. 一
Un certain Ts'îinn, ami de la famille,
vint voir ces deux possédés. Soudain
une idée originale lui lraversa l'esprit.
J'ai plus d’une fois, comme entremet-
teur, réussi à marier deux vivants, se.
dit-il; je réussirais peut-être aussi à
marier ces deux morts... Et s'adressant
aux deux âmes, il dit: Vous deux koëi,
l'un veuf l’autre veuve, pourquoi ne
vous marieriez-vous pas, comme ces
deux vivants l'un veuf l’autre veuve,
er
DD .
— -91, 92. 一
LS
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FNTRESENS
AT 2 SNS =
se sont mariés. Ce serait certainement
bien mieux, que d’ennuyer les gen
comme vous faites. — J'y pensais, ré
- pondit la morte, par ja bouche de son
ancien mari; mais, comme je suis laide,
voudra-t-il de moi? 一 J'y consens,
répondit le mort, par la bouche de so
ancienne épouse. — Les consentements
étant ainsi échangés, les deux âme
toutes joyeuses dirent: Nous marier
ainsi en catimini, cela ae peut pas al-
ler; tous les koëi riraient de nous
Vous, entremetteur, faites-nous ua
cortège nuptial découpé en papier. K
nous faut aussi un peu de musique, &
les deux coupes des épousailles. — 04
fit tout ce que les deux âmes deman-
daient. Quand ce fut achevé, les deux
mariés se trouvérent délivrés. — Tout
finit bien; mais, tout de même, les
plaisants rirent de cet entremetteur qui
mariait jusqu'aux morts.
Voyez Introduction IX. — Sous sa forme presqu
comique, cette petite histoire est instructive. — Le we
des noces, les mariés boivent dans une même coupe, os
dans deux coupes pareilles faisant la paire.
92 |
À Sôu-tcheou, dans la rue Chèu-
hia-hiang, vivait un certain Tsiang-
chennki. Le fils de cet homme avait
épousé une demoiselle Sû, âgée de .dix-
neuf ans. Les deux jeunes époux s'æ#
maient d'amour tendre. Un mois-après
sa première délivrance, la jeune femme
prépara du vin, appela son mari, et lui
dit: Ceci est la coupe de la séparation.
Le destin va rompre le lien qui nous
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一 99. 一 4178
unissait. Mon créancier est arrivé. Xe
ne lui échapperai pas. Le proverbe ne
dit-il pas, époux et épeuse sont comme
les oiseaux de la forêt; à l'heure du
danger, chacun tâche de s’en tirer.
Après ma mort, ne me pleurez pas,
Oubliez-moi!. Ce disant, elle éclatà
en sanglots. Puis soudain elle se dressa
raide, et jeta la coupe qu'elle tenait
encore à la main. Ses traits changèrent
complètement. Une voix d'homme par-
lant le dialecte du Chän-tong, sortit
de son gosier et dit: Te souviens-tu,
qu'en l'an 1574, toi et un autre m'avez
assassiné au Ying-koang-chôu-leou?.
Et mue par une force étrangère, la
jeune femme se frappa le visage jus-
qu'au sang, puis se larda le corps de |
Coups de couteau et de ciseaux. 一
Toute la famille Tsiàng prosternée,
supplia l’agresseur d’épargner sa victi-
me. Rien n'y fit. Nurant trois jours
entiers, la jeune femme se tordit sous
son étreinte. 一 Tsiàng-chennki fit in-
viler un bonze très famé. Au moment
où il entra, l’agresseur cria: Chauve,
chauve, va-t-en, va-t-en! 一 Le bongé
dit à Tsiäng-chennki : Elle est possédée
par une âmeé vengeresse, qui la cher-
chait depuis plus de deux siècles. Plas
ces vengeances arrivent tard, plus elles
sont terribles. Je juge le cas désespé-
ré. — Cela dit, le bonze battit en re-
traite. La jeune femme mourut. On ne
sut jamais pour quel crime commis dans
une existence précédente, elle périt
si lamentablement. 一 Ce fait arriva-à:
Sôu-tcheou, en l'an 1764, durant le
deuxième mois.
Voyez Introduction VIL.
de
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Se
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yeux, sa bouche,
93
Dans sa jeunesse, un certain Si-
cheuk'iou des environs de Sôu-tcheou
(Kiäng-sou), éludiait dans la maison
d'un lettré de la ville, nommé Han-
k'iou. Le letiré avait un valet, nommé
A-loung, âgé de vingt aus. Ce jeune
homme faisait le service de l’école,
avec beaucoup de diligence. — Un soir
que je Sa étudiait à l'étage, il envoya
A-loung lui chercher du thé. A-loung
revint tout effaré, et dit: En bas j'a
rencontré un être vêtu de blanc, à l'ait
féroce. Il n’a pas répondu à mes inter.
pellations. Ce doit être un koëèi. 一
Sa se moqua de lui. — Le lendemain
A-loung déclara qu'il n'oserait pl
monter à l'étage. Le SR se fit servir
par un autre domestique nommé Liou,
Quand celui-ci alla chercher du thé, il
trébuchba contre un corps étendu 3
bas de l'étage. C'était A-loung évar-oi
mais respirant- encore. Il avait d
empreintes de doigts, bleues et noire
tout autour du cou. Ses oreilles,
son nez, étaien
remplis de boue. On le ranima avec d
la tisane de gingembre. J'ai vu, dit-il
le même être vêtu de blanc qu'’hier.
a l'air d’un homme d'une quarantain
d'années. Il porte la barbe courte. So
visage est tout noir. Îla tiré vers m
une langue longue de plus d'un pie
Quand je voulus crier, il me serra |
gorge. Alors un autre koëi, vieillard
la barbe blanche, coiffé d'un bonnet
élevé, lui dit: Il est bien jeune; épar-
gne-le. J'étouffais, quand le pied du
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— 93, 94. — 175
Liou me beurta. L’être vêtu de blanc }
se retira alors dans la maison. 一 On
porta A-loung sur son lit, et on le veil-
la. Durant toute la nuit, de mysté-
rieuses lueurs, semblables -à de gros
lampyres, voltigèrent dans la chambre.
Le lendemain A-loung tout hébété re-
fusa de prendre aucune nourriture. 一
Le lettré Ban fit appeler une sorcière.
Celle-ci examina le malade, puis dit:
”] est possédé par un koäâi. Empruntez
à votre mandarin le pinceau au vermil-
lon qui lui sert à écrire ses sentences.
Avec ce pinceau, écrivez sur le cœur du
malade le caractère. 正 rectitude, sur
son cou le caractére JJ sabre, et sur
chacune de ses deux mains le caractère
_%X feu. Quand vous aurez fait cela, le
malade sera guéri. — Le lettré Han fit
comme la sorcière avait dit. Au moment
où on traçait au vermillon le second
caractère X feu... Non, s’écria le koäi,
ne me brûlez pas, j'aime mieux m'en
aller! — Aussitôt A-loung fut délivré
et guéri. U vit encore.
Voyez Introduction V, V]IL 一 Le sens des caractè-
res esl: Défense au kodi de nuire à cet homme dont le
cœur est droit. S'il le fait, on sévira contre lui par le
fer et par le feu...
94
Yinn-t'mghia de Koëéi-tcheou
(Koäng-si) s'étant levé de bonne heure
le quinze de la huitième lune, alla pré-
-senter ses respects au génie du lieu,
auquel il était fort dévot. Après avoir
‘brûlé des parfums, il sortait du temple,
quand il fut soudain appréhendé par
176
Génie du lieu renseignant le Génie de la ville.
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ENESEHENUTE
#77
deux satellites, qui lui passèrent une
corde au cou. Comme ils allaient l’en-
traîner, le génie du lieu sortit de son
lemple, et leur demanda pourquoi ils
agissaient ainsi. [ls lui montrérent un
mandat d'amener au nom de Yinn-
t'inghia. Le génie du lieu sourit dans
Sa barbe, mais ne dit rien. Les satelli-
tes emmenèrent leur prisonnier. Le
génie les suivit. Comme ils passaient
devant un restaurant, le génie paya à
déjeuner aux satellites. Tandis qu'ils
mangeaient et buvaient, il dit à Yinn-
t'inghia : Quoique le mandat porte ton
nom, il y a certainement erreur. Je
vais te suivre pour te protéger. Toi, si
tu rencontres un chênn quelconque,
crie aussilôt à l'injustice. — Quand les
satellites eurent fini de déjeuner, ils se
remirent en marche, emmenant leur
prisonnier. Vers midi, ils arrivèrent à
un lac. La mer d'argent, dirent-ils. On
ne peut la passer que durant la nuit.
Reposone-nous en attendant. — Bientôt
le génie, tenant toujours son bâton, les
rejoignit. Pourquoi vous suivez-vous
ainsi? lui demandèrent les satellites.
Je suis un vieil ami de cet homme, dit
le génie; je vais prendre congé de
lui. — Soudain le ciel s'irisa. C'est le
moment, dit le génie au Yinn; les
chénn reviennent après avoir fait leur
cour au Ciel; prépare-toi à crier. 一
Bientôt, monté sur un char, un chènn
au large visage el aux yeux élincelants,
passa. Le Yinn cria à l'injustice. Le
chénn fit arrêler sa voiture, l’appela et
lui demanda: Quelle injustice? 一 Deux
satellites m'ont arrêté, dit le Yinn. —
Ont-ils un mandat? — Oui, — Le
23
178
Satellites infernaux, avec mandats et crocs.
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179:
* mandat est-il à ton nom? — Oui. 一
Alors de quoi te plains-tu ? demanda le
chénn en colère. — A ce moment le
génie du lieu s’avanca, se prosterna, et
dit: Il y a une erreur dans le cas de cet
homme. C’est moi, petit chénn, qui lui
ai dit d’en appeler. — Pourquoi penses-
tu qu’il y ait une erreur? demanda le
grand chênn. — J'ai en ma possession,
dit le génie, le registre de toute cette
famille. Chaque fois qu'il y naît un
enfant, le génie du mont T'äi-chan,
gardien du livre des vies, m'envoie la
feuille contenant le destin de ce nou-
veau sujet. Ce Yinn-t'inghia doit vivre
72 ans. Les satellites infernaux l'ont
Cité. Or il n’a pas 50 ans. J'en conclus
qu'il y a erreur. — Quand le grand
chênn eut entendu cette explication, il
dit: 1! est probable, de fait, qu'il y a
erreur. Celle affaire n'est pas de mon
ressort. Cependant, comme toi, petit
chénn, tu t'es donné tant de mal pour
sauver la vie de cet homme, je ne puis
pas ne pas m'intéresser à sa cause. Le
T'äi-chan est trop loin d'ici. Nous
aurons plus vile fait de nous adresser
directement au Ciel. Et le grand
chênn rédigea un placet sur papier
jaune, le scella, et le remit à un petit
chénn à cuirasse dorée, avec ordre de
le porter au ciel. Puis il ordonna au
chénn de la mer d’argent, de mettre
l'âme du Yinn à l'abri, en attendant le
retour du messager. Celui-ci le fit
entrer, avec le génie du lieu, dans une
barque échouée au rivage, où ils furent
à l'abri du vent de nuit. — Vers le
milieu de la nuit, il les appela. Ils
montérent sur la rive. Un groupe de
— 94.
- 180
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481 .
cavaliers approchait, chevauehant à
travers les airs, par-dessus le lac.C'6-
tait un officier envoyé pour examiner
le cas. Le -Yinn, prosterné devant lui,
renouvela sa plainte. Le génie du lieu
l’'appuya. — Où sont les deux satelli-
tes? demanda l'officier. — Ils s'étaient
esquivés. — Qu'on les cherche, dit.
l'officier. Si ce sont des yäo-koai, ils ne
peuvent avoir fait mille stades; si ce
sont de simples koëi, ils ne peuvent
pas encore être à 500 stades. — Quatre
de ses suivants s'élevérent aussitôt dans
les airs, et regardèrent dans toutes les
directions avec des lunettes. Ils eurent
bientôt découvert les deux satellites,
cachés, à 300 stades de distance, dans
le tronc d’un sophora creux. — Pour-
quoi avez-vous appréhendé cet homme ?
leur demanda l'officier. — Nous avons
un mandat, dirent les satellites. Nous
sommes irresponsables. 一 Alors pour-
quoi vous êtes-vous: enfuis ? demanda
l'officier. — Par crainte de la majesté
des chénn, dirent les deux satellites. 一
De fait le mandat était en règle. En ce
cas, dit l'officier, l’erreur est une er-
reur de chancellerie. En route! 一 Le
Yinn ferma les yeux de terreur. Il se
sentit enlevé. L'air siffla à ses oreilles.
Quand il eut repris terre et ouvert les
yeux, il se trouva dans un palais monu-
mental. Des personnages se consultaient
en chuchotant. Ils appelèrent et enten-
‘ dirent séparément les deux satellites,
puis le génie du lieu. Une pause suivit.
Soudain une bande de koëi amenérent
un scribe enchainé, qui protestait de
son innocence. Puis une autre bande
de koëèi amena un autre scribe, dans
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— 94, 一
SANSENAR RE RGNSTENMRMEN TE TRIER
lequel Yinn-t'ingbia reconnut un d
ses parents, Yinn-sinn, scribe au tri
bunal de Koëéi-tcheou. Les juges côn
frontèrent les deux scribes. Bientôt |
premier fut relâché, tandis que le se
cond, après avoir reçu quarante coup
de rotin, était tratné en enfer. 一 Ui
instant après, les juges appelèren
Yinao-t'inghia. Ton cas est tiré au clair
lui dirent-ils. Le scribe infernal qui
écrit le mandat, ne s’est pas trompé. |
a écrit Yinn-t'ingtcheu. Les deux satel
lites chargés d'appréhender Yinn
t’'ingtcheu, sont allés prendre-des ren:
seignements au tribunal de Koéi
tcheou. Lä, Yinn-sina l'oncle de Yinn
t'ingtcheu, scribe au tribunal, ayan
va leur mandat, constata qu'il s'agissai
de $on neveu. Pour le sauver, d'u
coup de pinceau il changea ## tchet
en 洽 hia, Les satellites t'appréhendè:
rent donc, toi Yinn-t'inghia. L'adminis
tration infernale est hors de cause
Yinn-sinn expie son faux, dans le!
enfers. Yinn-t'ingtcheu va être appré
hendé. Quant à toi, retourne dans |
monde des vivants. — Le génie du liet
et Yinn-t'inghia se prosternèrent el
remerciant. Au sortir du palais, le Yinl
vit un petit marché, comme devant le
tribunaux de ce monde. Il aurait biel
voulu manger et boire, mais le géni
du lieu l'en empécha absolument. Il |
conduisit hors de la ville, puis par de
chemins inconnus. Soudain, comme di
haut d'une montagne, le Yinn vit ut
cadavre étendu, et des personnes qu
pleuraient tout autour. — Qu'est-c
que cela? demanda-t-il au génie di
lieu. — Comment, dit celui-ci, tu n
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) 183
te reconnais pas? et il lui donna un
coup de son bâton dans les reins. 一
Yian-t'inghia se réveilla dans sa mai-
son, gisant sur le lit funébre. Un cer-
cueil était prêt à côté de lui. On lui
dit qu'il était mort deux jours aupara-
vant, mais que, la région du cœur res-
tant chaude, on avait différé de le met-
tre en bière. 一 Quand il eut repris
assez de forces pour parler, Yinn-t'ing-
hia envoya son fils demander des nou-
velles de Yinn-t'ingtcheu. Le jeune
homme rapporta que Yinn-t'ingtcheu
jadis malade, avait guéri complètement
deux jours auparavant, et qu'il venait
de s’éteindre subitement, au moment
où Yinn-t'inghia était revenu à la vie.
Voyez Introduction NI. 一 On brûle de l'encens et
on fait des offrandes aux chénn, surtout le 4 et 14 15 de
chaque mois. Le quinze de la huitième lune, est jour de
grande 他 te populaire. Les chénn foht, ce jour-là, leur
cour au Pur Auguste, Sublime Souverain. — Dans le
Taoïsme moderne, le mont T'di-chan est comme une
succursale terrestre du tribunal infernal. Le génie de la
montagne JW 插 tient un duplicata du grand livre du
destin. L'épouse de ce génie gouverne les renards; voyez
numéro 80 note. — De petits restaurateurs ambulants
slationnent à la porte des tribunaux, satellites et parties
mangeant sur le pouce dans les intervalles des audien-
. ces. 一 Nous avons vu, numéro 83, que manger avec les
koëï est fatal aux vivants.
95
Après avoir été préfet dans la pro-
vince du Chän-si, Liôu-kiecheu fut
transféré au Kiäng-nan. Durant une
nuit qu'il passa à Sôu-tcheou (Kiäng-
sou), vers minuit, il se sentit comme
soulevé et emporté vers le Chan-si par
une brise légère. Dans les airs, il fut
attaqué par un koëi hideux et méchant.
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Il le battit et le prit sous le bras. Con
me il se demandait ce qu'il allait
faire, un certain U, jadis son voisin au
Chän-si, lui apparut et Jui di: Livre
le au temple de Koän-yinn qui en fon
justice, de peur qu'il ue se venge s#
toi s’il arrive à s'échapper. — Lib
kiecheu porta donc son prisonnier at
temple de Koän-yinn. Comme il y
entrait, les statues des gardes du ten
ple regardérent toutes le koëi avec de
yeux menaçants. Dès que Koän-yirt
l'eut vu, elle dit: Celui-là est en ruptug
de ban. C'est un évadé de l'enfer. À
faut l’y ramener. et elle donna ordre,
à l’un de ses satellites, de prendre @
de conduire le prisonnier. — Le satel-
lile objecta je ne sais quoi. — Alon
Koän-yinn dit en souriant: Liôu-kie
cheu, puisque c'est toi qui l’as pris
c'est toi aussi qui vas le conduire. -
Comment descendrais-je vivant
enfers? demanda Liôu-kiecheu. — PI
facilement que tu ne penses, dit Koà
yinn. — Elle le fit approcher, souffh
trois fois sur son visage, puis le congéda
avec son koëi. — Mais enfin, je ne saë
pas le chemin, se dit Liôu-kiecheu. 一
À ce moment, le U lui apparut de not
veau, et lui indiqua l’orifice d'un pui
étroit et profond. Le koëi s'y jeta aus
sitôt. Le Liôu le suivit. D'abord il
éprouva une sensation de froid glacial.
Plusieurs fois il fut arrêté dans st
chute, À chaque fois, une bouffée d'air
chaud venant d’en haut, le remit en
mouvement. Enfin il entra dans une
région lumineuse, et toinba sur le toit
en tuiles d'un palais. 一 Qu'est-ce que
cet homme qui tombe ainsi sur notre
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toil? criérent des voix dans l'inté-
rieur. — Liôu-kiecheu fut prestement
descendu par des satellites à cuirasse
d'or, qui prirent aussi le koëi. Tous
deux furent présentés à un personnage
vénérable, à longue barbe blanche, et
vêlu en roi. — Que viens-tu faire ici?
demanda le vieillard. — J'ai été envoyé
par Koän-yinn, dit le Liôu, pour vous
ramener cet évadé. — Voyez si c'est
vrai, dit le vieillard à ses satellites. —
Ceux-ci examinèrent le visage du Liôu.
C'est vrai, dirent-ils; son visage émet
un reflet rouge. — lis procédérent
ensuite à l'identification du koëi. L'’a-
yant reconnu pour un être très malin,
ils le piquèrent avec une fourche, et le
jetérent dans un bassin, où des serpents
et des tortues énormes le dévorérent
en un instant. — Le Liôu pensa que,
pour une fois qu'il était descendu aux
enfers, c'était le moment de s'informer
de son passé et de son avenir. Il s'a-
dressa à f’un des satellites. Dans ta
précédente existence, lui dit celui-ci,
tu fus enlevé, à l’âge de neuf ans, par
un brigand qui te vendit huit taëls.
Tes parents moururent de douleur, et
toi tu péris de misère. Tu mas pas
encore expié tous tes démérites. Vers
la fin de la présente existence, tu de-
viendras aveugle. — Ces confidences
intéressantes furent inlerrompues par
les cris de « Ordre d’en haut de renvoyer
Liôu-kiecheu dans le monde supé-
rieur ».. Le personnage royal lui souffla
trois fois dans le dos. Soulevé par ce
souffle, le Liou remonta dans le puits
par lequel il était descendu. En trois
poussées, il fut rejeté dans le monde
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des vivants. — Il alla rendre compte
de sa mission au temple de Koän-yina
Quel ne ful pas son étonnement dk
voir, près de la déesse, son doubk
absolument ressemblant. — 11 est faux
celui-là, dit le Liôu. — C'est toi qui &
faux, dit le double. 一 Taisez-vous,
Koän-yinn. Liôu-kiecheu, ton à
supérieure que voici, était mauvai
je te l’ai douc extraite avant ta descen
aux enfers; je vais t'en donner ù
meilleure. — Liôu-kiecheu (corps
àme inférieure) remercia, et salua
âme. Celle-ci ne lui rendit pas sa
salut ; je suis la supérieure, dit-elle. «
Puis, s'adressant à Koän-yinn, ne
dit: Puisque vous voulez me change
détachez mes attaches, mais sans 地
faire de mal. — Sois tranquille,
Koän-yinn, qui tira de ses cheveux u
longue broche, l'enfonça dans le fa
gauche de Liôu-kiecheu, et comme
à dévider ses entrailles. Au fur et
mesure que cette opération progres
le double diminuait. 11 finit par di
raître. À ce moment Koän-yinn fra
un grand coup sur la table. — Li
kiecheu se réveilla en sursaut, da
son lit, à Sôu-tcheou. Il avait au fa
gauche une cicatrice rosée. Un
après, il reçut une lettre du Chan
qui lui apprit que son ancien voisin
U, était mort la nuit-même de ce
C'est Liôu-kiecheu lui-même qui 中
raconté cette histoire.
Texte de la fin du dix-huitième siècle. — V
Introduction X et XI. 一 Aegri somaia. Ces d
aux enfers, sont évidemment des songes de fébrici
Associations fantastiques des idées superstitieuses dost
païens sont farcis. 一 Koan-yinn (voyez TP page
lui soutira son âme supérieure, au moment où elle
fa sur sun visage. Elle le fit, de peur que, s’il
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NÉ-ÉMESHNSTSHGNMMEMERHSÉEMD-EM e
一 95, 96. 一 187
descendu aux enfers avec eette Ame coupable, il n'y fùt
coffré. Restail à rompre les attaches organiques de l'âme
supérieure, son pédoncule, ce qu'elle fit après son retour
des enfers. Elle substitua à son ancienne âme supérieure,
celle de son voisin et ani le [’, qui venait de mourir.
96
SORA
Uu paysan avait porté ses poires au
marché pour les vendre, Comme elles
étaient sucrées et parfumées, il en de-
mandait un bon prix. Un tâo-cheu, au
bonnet déchiré, à la robe en loques,
quêtait sur le marché. Il demanda
l’'aumône au paysan. Celui-ci le rebuffa.
Comme le tâo-cheu insistait, le paysan.
se fàcha et lui dit des injures. 一 Le
täo-cheu dit: Tes poires sont nombreu-
ses; si tu m'en donnais une, cela ne
t'appauvrirait guère. — Les assistants
exhortérent le paysan à sacrifier l'une
des moins belles parmi ses poires. Il
refusa mordicus. Alors ils se cotisérent,
achetèrent une des poires du paysan,
et la donnèrent au tâo-cheu. 一 Atten-
dez un instant, leur dit celui-ci; moi
je ne suis pas avare ; je vais vous faire
manger de mes poires à moi. — Cela
dit, il dévora la poire à grandes bou-
chées, recueillant soigneusement les
pépins. Puis, détachant un couteau
qu'il portait sur lui, il creusa un petit
trou dans le sol battu du marché, y
sema les pépins, les recouvrit, se fit
apporter un peu d'eau el les arrosa.
Aussitôt un germe sortit de terre, gran-
dit, devint un beau poirier, fleurit, et
se chargea de poires superbes. Le ta&o-
chea les cueillit une à une, et les don-
na aux assistants, qui les mangèrent
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jusqu'à la derniére. Alors, d’un coup
de son couteau, le tâo-cheu trancha la
tige du poirier, le mit sur son épaule
et s’en alla. 一 Ce spectacle avait, natu-
rellement, attiré toute la foule du mar-
ché. Méme notre paysan avait quitté
ses poires pour voir. Quand il retourna
à sa petite voiture, il constata que tou-
tes ses poires étaient parties, et que le
timon brisé avait disparu. Il comprit
alors le tour magique du t4o-cheu.
Pour se venger d'avoir été rebufé,
celui-ci avait fait pousser en arbre le
bois de sa voiture, avait fait monter ses
poires sur l'arbre, les avait distribuées,
puis avait emporté le timon. — Furieux,
le paysan se mit à la poursuite du
täo-cheu, pour lui demander raison.
Au détour d'une rue, il retrouva son
timon, mais ne revit jamais le ma-
gicien. — Tout le monde rit de lui,
bien entendu.
Voyez Introduction XVIII.
97
M Soëi-yuan raconte ce qu
suil (à la fin du 18° siècle). Wäângr
. koungnan le mari de ma sœur aînée
habite à Häng-tcheou (Tchée-kiang)
près du pont Héng-heue-k'iao. Un ma
tin comme il sortait, il rencontra ul
tâo-cheu, qui le salua et lui demand
un poisson. De mauvaise humeur, |!
Wang lui répondit: Gourmand! (Leul
qui ont renoncé au monde, ne doiven!
manger que des grains et des légu:
mes. — Vous êtes bien ladre, dit 1
tâo-cheu; je vous en ferai repentir.,
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一 97. 一 189
Cela dit, il disparut. — La nuit suivan-
te, le Wäng entendit ses tuiles tomber
du toit une à une; au matin, sa maison
était parfaitement découverte. — La
nuit d’après, tous ses habits s'envolé-
rent de sa chambre à coucher, et allé-
rent se jeter dans la fosse d’aisance. 一
C'en était trop. Le Wang s'adressa au
bachelier Tchäng-youk'ien, lequel s’oc-
cupait de nragie. J'ai deux charmes,
lui dit celui-ci. L'un est bon marché,
l'autre fort cher. Leur efficacité est en
rapport avec leur prix. — Le Wang
acheta le charme le moins cher, qu'il
afficha dans la salle d'entrée de sa
maison. La nuit suivante fut tranquille.
La nuit d'aprés aussi. Mais [a troisième
puit, vers le matin, le Wang entendit
le bruit d'un papier qu’on déchire. Son
charme protecteur avait disparu. —
Depuis lors ce fut chaque nuit un sab-
bat épouvantable. Des êtres invisibles
frappaient aux portes, bouleversaient
la vaisselle, -etc. Force fut au Wäng
d'acheter au bachelier Tchäng son
charme le plus cher. 1 le paya cinq
cents ligatures. Quand il l'eut affiché à
la même place que le précédent, le
calme se fit dans sa maison. — Un jour,
dans un accès de colère, Waäng-koung-
nan menaca son fils aîné Heéutseng de
le fustiger. Le jeune homme s'enfuit.
Trois jours après, il n'était pas encore
revenu. Sa mère se désolait. Le Wang
alla lui-même à la recherche de son
fils. 11 le joignit, au bord d’un canal,
au moment où il s’apprétait à s'y jeter.
L'ayant saisi, il le fit porter à la mai-
son dans une litière. Le jeune homme
paraissait avoir perdu la raison. Le
190 | 一 97, 一
学
之
初
poids de son corps avait plus que dou-
blé. — Quand le jeune homme fat ar-
rivé devant le charme, une voix sortie
de sa bouche dit: Voilà qu'on va me
juger. Il va falloir que je m'en aille! —
Heutseng se prosterna devant |
charme. Son pére s'agenouilla à c0
de lui. Je vois un chôénn assis sur un
estrade, dit le jeune homme. Son visa
est couleur d'or, ses chevéux sont rou
ges. Devant lui sont plusieurs jeun
gens. S'adressant à l'être qui possédai
Hebutseng, le juge demanda : Pourquoi
as-tu voulu noyer ce jeune homm
avant l'heure marquée pour sa mo
par le destin?.. Ensuite, s’adressait
aux jeunes gens, le juge dit: Et vous
petits pénates de ce quartier, pourquoi
infidèles au mandat qui vous a éd
donné par le Pur Auguste, pourqu
avez-vous laissé un täo-cheu trouble
la paix par ses maléfices? Vous alla
tous recevoir la bastonnade. 一 L'éxë
cution commença aussitôt. Chacun da
coupables reçut trente coups de roti
Heéutseng vit leurs fesses bleuir so
les coups. Quand tout fut fini, le ju
donna à Heôutseng un grand coup
son pied botté. Le jeune homme revi
à lui, inondé de sueur. Désormais
maison des Wang resta parfaiteme
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tranquille.
Voyez Introduction XVII et VII. — L'efficaci
des charmes est admise par tous. — Ne pouvant p
rien dans la maison, le fdo-cheu mit aux trousses
Hebutseng évadé, l'âme d'ua suicidé quelconque,
quête d'un remplaçant. Le poids doublé prouve la
session ; deux êtres en un.
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— 98. — | 194
98
À Häng-tcheou (Tchée-kiang) un
certain Tcheôu-pao habitait une maison
hantée. Chaque nuit, dans la salle
d'entrée, apparaissait un homme à
longue barbe, vêtu d’une robe rouge
et coiffé d’un chapeau noir. 11 était
accompagné de deux vilains petits koëi,
dont le ventre vide était diaphane, au
point qu'on voyait à travers tous les
traits des dessins tracés sur les murs.
Les Tcheôu faisaient des offrandes à
ce trio, pour le faire rester tranquille, —
Un jour le fils unique de Tcheôu-pao,
âgé de 14 ans, tomba malade. La nuit
il entendit l’homme à la robe rouge,
qui disait aux deux petits koëi: Voici
une occasion de refaire vos entrailles.
Demain le médecin Lôu-haot'ing vien-
dra voir le malade. Il prescrira une
décoction. Introduisez-vous dans cette
drogue. Quand le malade vous aura
ingurgités, arrachez-lui ses viscères. —
Le lendemain le médecin Lôu-haot'ing
vint en effet voir le malade et prescrivit
une décoclion. L'enfant refusa de la
boire. Comme ses parents le pressaient,
il leur raconta ce qu’il avait entendu.
Alors les parents achetèrent une image
du génie protecteur Tchoüng-k'oei, et
la suspendirent dans la chambre du
_ malade. — La nuit suivante, les koëi
examiuérent l’image. Celui-là, dirent-
ils en riant, n’est pas à craindre. Voyez
donc, il est si myope, qu'il ne reconnait
pas les koèi. — C'est que le peintre
farceur avait mis, à côté de Tchoûüng-
k'oei, un petit koëèi qui lui grattait
&
— 98, 99. —
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l'oreille, tandis que Tchoüng-k'oei
fermait voluplueusement les yeux à
demi. — Un mois plus tard, le malade
entendit les koëi qui disaient: Rien 4
faire ici! Le destin de cette famille
n'est pas qu'elle soit ruinée! Allon:
ailleurs! — Si nous nous en allon:
ainsi sans avoir rien fait du tout, of
n'aura plus peur de nous, et personne
ne nous fera plus d'offrandes, dit le
personnage à la robe rouge. Emportons
au moins Île porc. — Peu de jour:
après, ‘un des domestiques de la mai-
. son mourut. Il était de l'aunée du porc.
Le fils de la maison guérit, et les ap:
paritions cessérent.
Tchoung-k'oei, prénom comœun d'un général 类
Ydo du cinquième siècle, dont le préaom noble était
RE SR p'i-sic, fléau des méchants. Ce titre lui valat
d’être fait génie protecteur après sa mort. Son image fait
fuir les koës et les kodi, disent les païens. — Cycle
duodénaire de douze auimaux, qui sert de base à la
chronologie des paysans chinois.
99
À Sông-hi (Foù-kien) vivait un let
tré du nom de Tcheôu-jaohu. La pau:
vreté l'obligea à aller s'établir, comm
maître d'école, dans le village de Sie:
kia-tien. [1 y enseigoa durant plus di
quarante ans. Grands et petits, tous
dans le village, avaient passé par se
mains. Il était estimé de tous. 一 Ut
soir, aprés le souper, il était assis dan!
son école et étudiait, quand l'élèv
Fông entra, le salua, et lui dit: Alle
s’il vous plaît chez moi, où une gravé
affaire réclame votre présence. — 1
— 99. —
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193
Supplia instamment, l'air extrêmement
triste, puis prit congé et se retira. 一
Tcheôüu-jaohu ne laissa pas que d'être
assez effrayé, car ce Fông était mort
peu auparavant. C'était donc son âme
qui venait de le visiter. Raison de plus
dy aller, se dit Tcheüu-jaohu. —
Quand il arriva chez les Fông, le père
Mônglan prenait l'air devant sa porte.
IL invita le mattre à entrer. On but et
on causa. Le Tcheôu ne dit pas ce qui
l'avait amené. Vers minuit, il fit mine
de vouloir se retirer. 一 Restez ici pour
la uit, dit Mônglan; et il le logea
dans la chambre centrale de l'étage,
celle où débouchaïit l’escalier. Une des
Chambres latérales attenantes, était oc-
cupée par la veuve de feu l'élève Fông.
Des gémissements étouffés sortaient de
celte Chambre. Tcheôu-jaohu n’éteignit
pas sa chandelle et ne se coucha pas. —
Bientôt il vit une tête de femme paraitre
au haut de l'escalier. Quand elle eut
vu le Tcheôu, elle se retira; puis re-
monta. Son intention était évidemment
de gagner la chambre de la jeune
veuve. 一 Tcheôu-jaohu trouva ce ma-
nege louche. Qui va 1à? cria-t-il. 一
Maître Tcheôu; répondit la femme
irrilée, à cette heure vous devriez
dormir. — Que je dorme ou ne dorme
pas, que vous importe? fit le Tcheôu
en colère. — La femme bondit, éche-
velée, ensanglantée, une corde de pen-
due à la main, et livra au Tcheôu un
assaut terrible. Celui-ci fléchissait,
quand quelqu'un le soutint par.derrié-
re. Je suis ici, lui dit l’éléve Fông;
tenez bon! 一 Le maître appela au se-
cours. Fông-monglan accourut. Alors
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Tcheôu-jaohu lui raconta tout ce qui lui
était arrivé durant cette nuit. Les deux
hommes entrèrent dans la chambre de
la jeune veuve, qu'ils trouvérent pen-
due, mais vivant encore. Ils la dépen-
dirent et la rappelèrent à la vie. Elle
avoua qu'elle s'était pendue, pour unt
réprimande que son beau-père lui avai
faite. — L'âme d’une suicidée, en quête
d'une remplaçante, la guettait. Si ellé
avait pu joindre la jeune veuve, c'étail
fait d'elle. L'âme de son feu mari ayanl
eu connaissance du danger qu'elle
courait, avait provoqué l'intervention
de son ancien maître, qui la sauva.
Voyez Introduction VIT. 一 Notez que les morts on
connaissance de ce qui se passe chez les vivants.
100
A Hâng-tcheou (Tchée-kiang}), au
moment des examens, l'aventure sui:
vante arriva à l’un des bacheliers char
gés du patronage des candidats. Cel
homme s'appelait Tch'êéng. Un matini
se leva, s’habilla, sortit, fit un tour
puis rentra, s'enferma dans sa chambre
parla longuement avec une personn:
invisible, puis sortit de nouveau et nt
revint plus. On commençait à être trè
inquiet sur son compte, quand un ton
nelier ambulant le ramena à son logis
Ses habits étaient trempés d'eau,
tête était couverte de boue. Il regardait
tout hagard, et ne parlait pas. On lu
ingurgita de la tisane de gingembre
On le barbouilla avec du cinabre. Enft
il reprit ses sens, et raconta ce qu
一 100. 一
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suit. — Ce matin, élant sorti pour me
promener, je rencontrai un homme velu
de noir, qui me salua et me dit, ren-
trons chez vous pour y prendre le né-
cessaire, puis je vous conduirai chez
les ondins et les ondines. — Je rentrai
avec lui, fis mon paquet, pris la clef de
mes meubles, et le suivis. Il me con-
duisit, par la porte Kinn-menn, au
bord du lac Si-hou. Je vis au loin, sur
les eaux, des palais azurés, et de belles
filles qui chantaient et dansaient. —
Te réjouir avec elles, me dit l'homme
noir, ne sera-ce pas plus gai, que de
patronner des candidats au baccalau-
réat? — Assurément, répondis-je. —
Alors jette-toi à l’eau, me dit l’homme
noir. 一 Comme j'allais le faire, une
voix me cria: Prends garde! C’est un
méchant démon qui te tente ! Nen fais
rien ! N’en fais rien! Je regardai qui
me parlait de la sorte, et reconnus un
vicillard, feu mon pére. L'homme noir
se jeta sur lui, le frappa et le chassa.
Je ne sais pas trop ce qui arriva ensuite.
dJ’eus froid, puis sentis comme un souf-
fle tiède, et ne vis plus l’homme noir. —
Alors le tonnelier raconta ce qui suit :
Ce matin, comme j'allais chez les Yang
de la porte Kinn-menn, qui m'avaient
demandé pour quelque ouvrage à faire,
‘ je passai au bord du lac Si-hou. Je vis
un parasol gisant sur la berge. Comme
je me baissais pour le ramasser, j’en-
tendis un clapolis dans l’eau, et consta-
tai qu’un homme plongeait, la tête en
bas, s’efforçcant d'aller au fond. J'eus
beaucoup de mal à le retirer. C'élait
votre Monsieur. Je le ramenai ici. —
Inutile de dire que la famille remercia
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— 100, 101. —
et récompensa le tonnelier. Puis la
femme du bachelier dit en soupirant:
Les vivants et les morts étant de même
race, pourquoi les morts s’efforcent-ils
sans cesse de faire mourir les vivants,
alors que les vivants laissent les morts
tranquilles et ne s'occupent pas de les
faire revivre? — La voix railleuse d'un
être invisible lui répondit : N'est-il pas
dit, dans les Classiques, que le bou
s’effurce de bonifier les autres, et que
le savant s'efforce de rendre les autres
savants comme lui? Ainsi nous, les
noyés, nous nous efforçons de noyer
les autres; nous, les pendus, nous ta-
chons d’étrangler les autres. — Un
grand éclat de rire souligna ce sarcas-
me, puis je silence se fit.
Le surmenage fait éclater les folies latentes. Les
grands concours de l’ancien système, licence et doctorat,
ne se passaient guère sans cas de folie ou de suicide. 一
Cinabre, médicament de l'âme, voyez numéro 5, en
note. — Notez que les morts ont connaissance de ce qui
arrive aux vivants qui leur sont chers.
101.
En l'an 1767, à Tchénn-kiang
(Kiäng-sou), on refit le temple du
génie de la ville. Trois notables nom-
més Y6en Käo et Là, furent chargés dé
recueillir les souscriptions et les dons,
et de tenir les comptes. Un matin
quoiqu'il plût, une dame vinten litièré
à leur bureau. Tirant de sa manche ur
paquet de menu argent, elle le renil
au Yen en disant: Voici pour la restau
ration du temple; veuillez inscrire cin:
quante taëls. — À quel nom, Madame!
. demanda le Yên. — Oh! dit Ja dame,
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pourquoi publierais-je cette bonne ou。
vre si petite? Inscrivez, cinquante taëls,
avonyme; cela suffira. 一 Cela dit, elle
prit congé. — Cet argent, dit le Là,
personne n’en a connaissance. Il est
bon à prendre. Nous allons le partager
à trois, et l’'empocher. — Fort bien, dit
le Käo. — Non pas! dit le Yên; ce
serait inique. — Voyant que les deux
autres étaient bien résolus, le Yên
sortit. Le LU et le Käo se partagèrent
la somme, l’empochèrent, et n’inscrivi-
rent rien. Le temple fut restauré, et le
Yên seul garda mémoire de ce fait. 一
Huit ans plus tard, le Käo mourut.
Peu après, le Lù mourut de même.
Deux ans plus tard, au printemps, le
Yên tomba malade. Deux satellites lui
apparurent et exhibérent leur mandat
d'amener. C'est une dame, dirent-ils,
qui t'a accusé au tribunal du génie de
la ville. — De quel méfait? demanda
Je Yén. — Nous n’en savons rien, ré-
pondirent les satellites. En route! —
Quand le Yen arriva au temple du
génie de la ville, il lui trouva un tout
autre aspect qu’à l’ordinaire. Ce n'était
plus une espèce de petite foire, mais
un tribunal, avec ses bandes de scribes
et de satellites. — A la seconde porte,
un coupable chargé d’une cangue l'in-
terpella «frère Yên, est-ce bien vous
que je vois? ».. — C'était le Käo. Voilà
quatre ans, dit-il en pleurant, que
j'endure ce supplice, à cause de l'argent
du temple. — Comment l’a-t-on su?
demanda le Yén; est-ce la dame qui
a porté plainte? — Non pas, dit le
Käo. Mais, quand elle fut morte, elle
fut, comme tous les morts, d’abord
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RMS | | HNAEÉRASENSMUONEMÉNSMNES | HA
Re | Su af be | L'at 188 Kb AE A EEE I ce RE ok LUI HN A | 1
présentée au génie de la ville. Toi, lui
dit celui-ci en riant, tu as fait de nom-
breuses aumônes dans ta vie. Comment
se fait-il que, quand on restaurait mon
temple, tu ne m'as pas jugé digne mé-
me d’une sapèque? — La dame répon-
dit: Le vingt de la sixième lune, j'ai
donné cinquante taëls. Je les ai remis
à un certain Yén. J'ai demandé qu’on
n'écrivit pas mon nom, ce que j ai don-
né étant si peu de chose. Comment se
peut-il que vous ignoriez cela? 一 Le
génie de la ville mit aussitôt ses limiers
sur la piste. Le Lu et moi fûmes pris.
L'affaire vient aujourd'hui. Tu as été
cité, pour être confronté avec nous. —
Où est le Lù ? demanda le Yên. — En
enfer, pour d’autres crimes, dit le Käo;
on va l’amener, pour le jugement. —
Un instant après on cria «le juge monte
à son tribunal». Les satellites rangè-
rent les causes et les parties. La dame
fut introduite avec beaucoup d’hon-
neurs. Le Lu parut aussi, chargé d'une
lourde cangue. — Le juge demanda
au Yèn: Est-il vrai que cette dame t'a
remis tant d'argent? — Le Yèn raconta
l’exacte vérité, de sorte que son récit
se trouva concorder de point en point
avec celui de la dame. — Je suis partie,
dans cette cause, dit le génie de la ville
à ses assesseurs ; je ne puis donc pas
la juger; qu’on porte immédiatement
le dossier au génie du T'äi-chan; que
les parties se retirent en attendant. —
Un koëi partit aussitôt, en toute hâte;
les parties se retirérent; le génie fit
appeler la cause d’une barque de sel
brûlée en 1770, affaire dans laquelle
plusieurs personnes avaient perdu la
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— 101, 102. — 199
vie. Ayant toutes terminé leur expia-.
tion, elle devaient être réincarnées. —
Quand cette cause fut terminée, le
messager étant revenu, on rappela le
Yen et les autres, et lecture fut donnée
de la sentence du génie du T'äi-chan,
ainsi conçue: Le Käo n'étant coupable
que d’avoir volé de l'argent destiné à
une bonne œuvre, sera mis à la cangue
durant le temps convenable, puis réin-
carné. Le Là, voleur, et coupable de
crimes nombreux, sera mis à la cangue
après avoir terminé son expiation in-
fernale; de plus, ordre est donné au
génie du feu, de détruire son cercueil
et son cadavre. Que le Yên, qui est in-
nocent, et qui a encore plusieurs an-
nées à vivre sur la terre, soit renvoyé
chez lui. — A la fin de cette lecture, le
Yen se réveilla dans son lit, baigné de
sueur. Sa famille le pleurait comme mort,
et avait déjà revêtu le deuil. 1} avait
passé trois jours entiers dans un état
cataleptique. — Il raconta son his-
toire. — Personne n'y voulut d’abord
croire. — Mais quand, une nuit de la
huitième lune, le feu ayant pris chez
les Lüû, le cercueil du notable défunt
eut été consumé, les incrédules se
convertirent.
Destruction du cadavre par le feu, voyez numéro 14,
en note. 一 Le coupable est exposé, portant la cangue,
à l'endroit où il a péché. C’est la réparation du .scandale
donné. De là vient que le Lt, après son expiation infer-
nale, est encore mis à la cangue à Tchénn-kiang.
102
En 1755, à Pékin, quantité d'enfants
moururent de convulsions, durant la
première année de leur vie. Durant
— 102. —
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leurs crises, on voyait un volatile
semblable à un hibou, voler en rond
dans la chambre, autour de la lampe.
Plus son vol s’abaissait et s'accélérait,
. plus l’état de l'enfant empirait. Quand
le petit avait expiré, le sinistre
oiseau disparaissait, — Un nouveat
cas de convulsions s'étant produit, ut
certain Neüe, excellent archer, pri
son arc et son carquois, et alla voir.
Le volatile mystérieux ayant paru, il lui
décocha une flèche, qui l’atteignit
L'oiseau poussa un cri de douleur, el
s'enfuit à tire d’aile. On suivit la trace
de son sang. Elle aboutissait à la cuisi
ne de la maison du maréchal Li. A côté
de la cuisine, dans une chambrette,
gisait une vieille aux yeux verts. Elle
avait les reins traversés par une flèche.
Le sang ruisselait de sa blessure. 一
C'était une femme du pays des Miäo-
tzeu, que le maréchal Li avait jadis
ramenée caplive de la province dt
Yünn-nan, où il avait fait campagne.
Depuis longtemps on la sou pçonnail
d’être sorcière. On la tortura, pour là
faire parler. 一 Elle avoua qu'elle savail
une formule, qui lui permettait de se
transformer à volonté en un oiseau de
proie. Elle sortait sous cette forme:
vers minuit, pour sucer la cervellé des
petits enfants. Elle en avait fait mourit
.de la sorte plus de cent, dit-elle. 一
Furieux, le maréchal Li la fit lier, en
tourer de fagots, et brüler vive. Après
cetle exécution, aucun enfant ne mou-
rut plus d'éclampsié.
Voyez Introduction XVIII. — Les Mido-tzeu, aho-
rigènes fétichistes, dans le Koang-si Koëi-tcheou
Yünn-nan, ont, parmi les Chinois, la réputation d'être.
des sorciers redoutables.
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103
Au moment des plus grandes cha-
leurs, à Oü-yuan-hien (Nän-hoei), un
cerlain Tông, jeune homme d'une
vingtaine d'années, dormait après le
repas de midi. Soudain il se vit entouré
d'une bande de satellites infernaux,
qui disaient: Celui-ci a la bouche
pointue; il fera baffaire... lls lui remi-
rent une pelite hachelle qu'il glissa
dans sa manche, et le menèrent à un
palais. Un personnage vénérable, vêtu
comme un roi, siégeait. Quand son
tour fut venu, le jeune homme lui fut
présenté. Le vieillard dit: Ayant fait
une longue tournée dans l'humidité
des nuages, les deux génies de la foudre
ont gagné le rhume. Or il y a ordre de
foudroyer au plus tôt une jeune femme
de Läo-p'ing-hien (Kiäng-si) qui mal-
traite sa belle-mère. Mes agents disent
que tu pourras faire l'affaire. Tu as la
hachelte. Voici ton mandat. Va! — Le
Tông se proslerna, puis sortit. Aussitôt
un nuage se forma sous ses pieds, et
l'enleva dans les airs. Le tonnerre gron-
dait et les éclairs jaillissaient tout
autour de lui. — Il arriva bientôt à la
limite du Lâo-p'ing-hien. Là le génie
du lieu le reçut, puis le conduisit.
Bientôt, du haut de son nuage, le Tong
Vil un grand rassemblement. Une jeune
bru injuriait sa belle-mère à grands
cris. — C'est celle-là, dit le génie. 一
Le Tong lança sa hachette. Un coup de
tonnerre épouvantable retentit. Toute
la foule terrifiée tomba à genoux. La
jeune femme gisait morte. — Le Tôüng
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juge cherchait dans le grand livre, le
* Tong, né malin, y avait aussi jeté un
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revint, et rendit compte de sa mission.
Edifié de son habileté, le juge infernal
voulut se l’attacher. Ma mére est vieil-
le, objecla le Tèng; je lui dois mes
services. — Encore plus édifié, le juge
dit: Je te dois une récompense. Qu'es-
tu? — Je suis étudiant, dit le Tong. -
Apportez le grand livre, commanda le
juge. — Après avoir cherché la section
Oû-yuan-hien : Présente-toi à la session
prochaine, et n'aie pas peur, dit le
juge, car tu seras certainement recu.
Puis il 1e congédia. — Le Tong se ré-
veilla sur sa couché. Il raconta son
rêve. — On prit des informations à
Läo-p'ing-hien. Une bru impie avait en
effet été foudroyée, au jour, à l’heure,
et dans toutes les circonstances narrées
par le Tong. — De plus, tandis que le
regard à la dérobée. Il avait vu que, à
Ja promotion suivante, où lui-même
serait reçu, Tch'éng-tsounnsien serait
premier, et Wâäng-p'eik'oei second. Il
l'annonça. Tout se vérifia.
Génie de la foudre, figuré avec un bec d'oiseau;
voyez Introduction IV. — Deux génies de la foudre, ke
titulaire et le suppléant, figurent dans la cour du Pur
Auguste, à l'aile gauche; voyez TP page 497. — Quand
le hourreau fait défaut, les mandarins chinois réquisi-
tionnent un boucher ou un soldat, 一 Le génie du lie
préside à l'exécution, comme le mandarin du lieu et
tenu de le faire. Voyez Introduelion HI.
104
A Où-si (Kiäng-sou) vivait une
famille Hoa très bien famée. Elle habi-
tail non loin du temple de Confucius.
一 103. 一 203
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HRAUÈSRINCS | SRE ÉRET
Devant ce temple, sur le canal, il y
avait un pont monumental, où la circu-
lation était toujours très animée. C'est
là que le fils de la famille Hoë, un
grand étudiant, allait le soir, pour
prendre l'air et regarder les passants.
Il allait de là au casino des Lettrés. 一
Un soir, comme il faisait cette course
accoutumée, il remarqua sur le parvis
du temple, à la porte d'une maisonnet-
te, une fille qui lui plut. Il s’approcha,
et lui demanda du feu. Elle rit, et lui
en apporta. 1! allait entamer une con-
versation, quand elle ferma la porte. —
Le lendemain il repassa. Elle était sur
le pas de sa porte. Je ne puis pas vous
recevoir chez moi, lui dit-elle; mais
j'irai chez vous; demain soir, si vous
. voulez; attendez-moi à la porte. 一
Très content, le jeune homme rentra
chez lui, et dit à sa femme: Par la
“Chaleur qu'il fait, je me trouve trop
mal dans notre chambre. Je passerai
quelques nuits seul dans la chambrette
inoccupée prés de la porterie. 一 L'é-
pouse ne soupçonna rien. La fille vint.
L'étudiant l'introduisit dans sa cham-
brette. Elle revint ensuite) tous les
soirs. 一 Cependant l'étudiant dépéris-
sait à vue d'œil. Ses parents conçurent
de grandes inquiétudes. Etait-il mala-
de? Que faisait-il seul laxnuit ?2 — Ils
l'épièrent, et constatérent qu'il n’était
pas seuf. Ils le sommérent d'ouvrir la
porte. Quand ils furent entrés, person-
ne! 一 Jls questionnèrent le jeune
homme, qui leur raconta franchement
son histoire. Les parents firent une
enquête sur le parvis et aux alentours.
Ils ne trouvèrent pas trace de là file.
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À chaque coup de marteau, des filets d
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L'étudiant ne retrouva pas nen plus ss
maisonnette. Nul doute, c'était unt
sorcière. — Cependant la fille revint |4
nuil, impérieuse. Le malheureux jeunt
homme n'osa pas la repousser. — A
désespoir, ses parents achetérent, au
bonzes et aux tâo-cheu, leurs charme
les plus chers. Rien ny fit. — Enfin
père broya du cinabre, remit la poudr
à son fils, et lui dit: 1] nous faut fini
par savoir qui elle est. Quand ell
dormira, marque-la. — Le fils obéit
et répandit la poudre écarlate dans là
cheveux de la sorcière, à son insu. -
Le lendemain, le père et la mére ét “
leurs gens, cherchérent sur le parvis
aux environs. Peine perdue! Ils allaien
y renoncer, quand ils entendirent, ge
une Cour voisine, une mère qui gronda
son enfant en cestermes: Vilaiu gamin
Comment, je tai mis un pantalon fi
chement lavé, et le voilà tout taché d'è
carlate! — Le père Hoa dressa Dore
Il frappa à la porte de cette maison,
demanda à examiner l'enfant. Le paoti
lon était maculé de cinabre. — J'ai che
vauché, dit l'enfant, sur le cou del
tortue, qui porte la grande stèle, sur
parvis du temple. — On alla voir. La 四
de la tortue était barbouillée de cinabn
Le méi était trouvé. — Le père Ho avis
aussitôt le directeur des Lettrés, lequé
ordonna de mettre la tortue en pièce
sang coulèrent. Le ventre de Ja tortu
se trouva plein d'œufs, qu'on jeta dy
le lac T'âi-hou. — Depuis lors les visite
nocturnes cessèrent complètement.
Voyez Introduction XIX et XII. — Les œufs, sigs
de fécondation.
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— 105. — 205
1035
À Häng-tcheou (Tchée-kiang), dans
un graud hôtel de la rue Häi-eull-
hiang, vivait un certain Wän, gros
richard. Un jour la foudre tomba, dans
sa maison, sur l'appartement d'une
femme en couches. Souillé, le génie ne
put pas remonter au ciel. Il se percha
sur la cime d'un grand arbre, au milieu
de la cour. Il avait un bec pointu, des
griffes d'oiseau, et tenait un carreau. 一
J'offre dix taëls, pour le carreau, dit le
Wan. — Aucun de ses domestiques
n’osa tenter l'aventure. Un couvreur de
toits l’apprit et se risqua. Il plaça con-
tre l'arbre une longue échelle, de ma-
nière à ne projeter aucune ombre sur
le génie. Puis il escalada doucement
l'échelle. Le génie dormait. 中 lui sou-
tira délicatement son carreau. — On
examina l'objet. II n’était, ni en fer, ni
en pierre. Îl pesait cinq onces, et avait
sept pouces de longueur. Sa pointe
. était très acérée, et perçait la pierre
sans effort. — L'objet tel quel ne pou-
vant servir à rien, le Wan pria un for-
geron de lui en faire un couteau. Dès
que le forgeron le chauffa, le carreau
se dissipa en fumée. L'adage que le feu
terrestre vainc le feu céleste, se trouva
vérifié.
Voyez Introduction IV. — Je pense que celte histoi- ‘
re, tirée d’un recueil du dix-huitième siècle, n’est pas
chinoise d'origine. Elle doit ètre d'extraction mahomé-
tane. Les Chinois n’ont jamais admis, que je sache, de
souillures légales, à la manière des Juifs et des Mahomé-
tans. Lenr génie de la foudre lance son trait de haut, et
ne se jelte pas à terre. Ils ne rient jamais de cet exécu-
teur céleste, vénéré parce que redouté.
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106
Hors la porte sud de la ville de Kiü-
joung (Kiäng-sou), se trouve le cimetière
dit des neuf maris, dont voici la légen:
de. — Une fille fort belle, restant dans
sa famille, épousa un mari, dont ellt
eut un fils. Ce premier mari étant mort,
ses parents lui en donnèrent un second,
dont elle eut aussi un fils. Et ainsi dé
suite, neuf maris et neuf fils. Eofin id
femme mourut à son tour. On l’enterri
au centre, et ses neuf maris successifs,
tout autour, en rond. — Depuis lors,
toutes les nuits, ce fut, dans ce cime-
tière, un vacarme abominable. Les neul
koëi se disputaient la femme. — Les
voisins ennuyés avertirent le mandaria,
C'était un certain Tchäo-t'ientsiao, qui
n'avait pas froid aux yeux. Il se trans-
porta au cimetière en question, dans
le plus grand appareil. Aprés avoit
objurgué ces perturbateurs du repos
public, il fit administrer trente coups
du grand bambou à chacune des neul
tombes. — De ce jour le calme le plus
parfait régua.
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Voyez Introduction XII. 一 Quand une fille se marie
restant dans sa famille, le mari renonce à son non
pour prendre celui de sa femme. ‘
4107
A T'oùng-tch'eng (Nän-hoei), un
certain Ts'ièn domicilié hors la porte
Î-fong, revenait chez lui d'une excur-
sion, la nuit étant déjà très avancée.
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— 107, 108. — 207
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On avait voulu le retenir jusqu'au len-
demain, sous prétexte de mauvaise
rencontre possible. Mais lui, étant
pompette, avait pris une lanterne, et
s'était mis hardiment en chemin. —
Vers Sào-kia-wan il lui fallut traverser
. une plaine semée de tombeaux. Sou-
dain il vit un revenant sortir d'un tail-
* lis, et s'avancer vers lui en bondissant.
Il avait les chèveux épars, les pieds :
nus, le visage blanc comme plâtre. Le
cheval effrayé refusa d'avancer. La
lumière de la lanterne se réduisit à
une phosphorescence verdâtre. — Etant
pris de vin, au lieu d'avoir peur, le
Ts'iên se mit en colère. Il appliqua
sur la joue du revenant un soufflet tel,
qu'il lui tourna la tête de 180 degrés.
Celui-ci se retira d’abord, puis voulut
revenir à la rescousse, mais n’arriva
pas à joindre le Ts'iên. Car, ayant
maintenant la figure tournée du côté
du dos, chaque fois qu'il croyait char-
ger en avant, ses jambes le portaient
en arrière. Enfin, de guerre lasse, il
rentra dans le taillis et se dissipa. 一
Le lendemain, quand le Ts'i6n examina
la main avec laquelle il avait donné le
soufflet, il constala qu’elle était noire
comme de l'encre. Elle resta noire
durant près de quatre années. — Le
Ts'iêén ayant demandé aux gens du pays
ce qu'ils pensaient de son revenant: Ça,
dirent-ils, c'était ua apprenti vampire,
qui ne sait pas encore son mélier.
Voyez Introduction IX.
108
Un bachelier de Hang-tcheou élait
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— 108. —
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Prends garde, Chèon-u-fong ; ord
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da iN à D PEN DH IIHESSSRSNSE
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au service du mandarin de Où-k'angl
dre de se saisir d'un pirale fameux,
qui désolait le pays. Le pirate s’ap:
pelait Chènn-u-fong. Le bachelier s'ap
pelait Chènn-fong-u. — Pour rire, ul
collègue du bachelier, nommé Yui
relournant les deux lettres de son pr
nom, lui écrivit un billet ainsi conçu
est venu de te prendre. — Chèmn
fong-u trouva la plaisanterie mauvai
11 brûla le billet.
Or, brûler un écrit, c'est l'expélier aux enfe
Voyez page 101 note, page 402 texte, etc.
La nuit suivante, le bachelier
saisi dans son lit par des satellites in
fernaux, qui le trainèrent lié au temp
du génie de la ville. Celui-ci était déj
assis à son tribunal. Dès qu’il vit
caplif, il cria: Brigand! Assassin! 上
le tiens! Qu'on le torture! 一 Je nt
suis pas un brigand, cria Chènn-fong:
u; je suis un honnête bachelier, origi
naire de Hâng-tcheou. — Comment
cria le génie, ordre est venu de te saisi
au plus tôt, pirate, et tu veux m'en fai
accroire en te donnant des titres?! -
Je ne suis pas Chènn-u-fong, cria
bachelier ; je m'appelle Chènn-fong-u.
Ce drôle se moque de moi, hurlz à
génie. Qu'on lui donne la bastonnad
avec le grand bambou! 一 Le bacheli
poussa des cris lamentables, en prot
tant énergiquement. Les sbires qui l
vaient saisi, lui dirent à l'oreille: N
proteste pas! C'est peine perdue.
génie a bu avec sa femme. Il n’est pa
dans son assiette. Patiente, de peu
qu'il ne t'arrive pis. Tu en appelleri
—»
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209
ensuite. — Le bachelier avait de fait
remarqué la face rubiconde et les yeux
hagards du génie. Il se tut donc, et
reçut la bastonnade. Puis le ‘génie
ordonna de le conduire en prison. —
En y allant, le bachelier passa devant
le temple de Koän-ti. De la rue, il en
appela, à grands cris. Koän-ti le fit
aussitôt introduire, et l’interrogea en
personne. Puis il écrivit, au vermillon
sur papier jaune, le verdict suivant:
«Le génie qui a siégé, étant ivre, et
qui a fait batire un innocent, sera dé-
gradé. Le Yuân s'étant joué de fa vie
d'un homme, sa vie à lui sera abrégée.
Le sous-préfet de Où-k'ang tenant mal
ses employés, sera mis à l'amende de
trois mois de son traitement. Le bache-
lier Chènn-fong-u ayant reçu une bas-
tonnade infernale, l'équilibre de ses
viscères est tellement troublé qu'il n’y
survivra pas. Qu'il soit réincarné au
CGhän-si, dans la riche famille X, et
promu docteur à vingt ans, comme
compensation de la perte injuste de sa
présente existence.» 一 Aussitôt une
bande de koëi se prosternèrent, puis
sortirent, pour aller exécuter ces divers
arrêts. 一 Chènn-fong-u se réveilla
dans son lit, souffrant horriblement. 也
raconta son histoire, et mourut trois
jours après. Bientôt après, le Yuäân
mourut presque subitement, d’un cra-
chement de sang. Dans le temple du
génie de Où-k’ang, la statue s’écroula,
sans qu'on put découvrir la cause .ma-
térielle de sa chute. Enfin le gouverne-
ment mit le sous-préfet de Où-k'ang à
l'amende de trois mois de ses honorai-
res, pour une faute commise dans
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l'administration.
. Voyez Introduction III et I, 一 Voyez aussi numéro
90 note.
109
A Hang-tcheou (Tchée-kiang) ui
certain Yuân-koanlan était si paur
qu'à quarante ans il n'avait pas enco
pu prendre femme. Son voisin av
une fille. Le Yuan s’éprit d’elle. Lafil
le paya de retour. Le Yuan la deman
en mariage. Le père refusa. La fille
mourut de douleur. — Cette nuit,
faisait un beau clair de lune. Navré,
ne pouvant dire sa douleur à personnd
le Yuân buvait, pour se consoler. So
dain, au détour de la ruelle, il vitu
satellite échevelé, qui traînait un
personne attachée à une corde. Se dot
tant que c’était le satellite inferni
chargé d'appréhender l'âme de la fille
il lui dit: Buvez un coup, en passant. -
Le satellile fit un signe d'assentiment.-
Le Yuan lui versa une coupe pleine
Le satellile ne but pas. — Le vin sera
il trop froid? dit le Yuân; et il N
versa une coupe de vin chaud. — LU
satellite ne la but pas, mais la ay
avec délices. Son visage rougit geu
peu. Enfin il tomba ivre-mort. 一 上
Yuän regarda alors qui était le prise
nier. C'était l'âme de la fille. Vite
fourra le satellite dans une jarre, |
couvrit, et écrivit les huit diagramm
sur le couvercle. Puis il délia la filk
l'introduisit chez lui, et l’'épousa. El
resta avec lui, invisible le jour, visibl
la nuit — Un jour elle dit au Yuä
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09, 110. 一 211
Je vais pouvoir me procurer un beau
corps. Du même coup vous gagnerez
une bonne somme d'argent, qui servira
à monter notre ménage. Dans tel vil-
lage, demain, une belle fille mourra.
J'entrerai dans son cadavre. 一 Le len-
demain, le Yuân passa, comme par
hasard, par le village indiqué. Une
jeune fille était morte. On la mettait
en bière, — Si vous me la donnez pour
épouse, dit le Yuan aux parents désolés,
je la rappellerai à la vie. — Les parents
acceplèrent aussilôt. — Le Yuân se
pencha sur le cadavre, et fit semblant
de lui parler à l'oreille. Soudain le
cadavre se ranima, — C’est un ch6nn,
dirent les villageois. — Les parents
donnèrent la ressuscitée au Yuân, avec
une bonne dot. Madame Yuân ne recon-
naissait personne de la famille dans
laquelle elle avait repris corps ; évidem-
ment, cette famille lui étant inconnue
auparavant. Mais elle savait toutes les
affaires de la famille où elle était née
précédemment. Comme corps, son âme
avait gagné au change.
Voyez Introduction IX. — Le satellite, prêta sans
bouche el sans gosier, ne pouvant ni parler ni avaler,
mais siffler et humer seulement; voyez TP page 363. —
Les 八卦 pa-koa, huit diagrammes, TP page 817,
sceau transcendant inviolable. 一 Tous les koëi sont
invisibles à la lumière solaire, à un éclairage artificiel
intense. 一 La connaissance et Ia mémoire, tiennent à
l'âme, non au corps.
110.
Durant l'automne de l'an 1773,
Tchäng-mingfou rencontra à P'i-ling
(Kiäng-yinn du Kiäng-sou) un vicux
Extériorisation de l’'Immortel.
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FAST 2. À \
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一 110, 111. 一 213
ja
1
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tâo-cheu, qui avait conservé toute la
fraîcheur de la jeunesse et portait une
chevelure opulente. Mais sur sa tête,
l'emplacement de la grande fontanelle,
un pouce carré environ, était complé-
tement dénudé. — Pourquoi cela? de-
manda le-Tchäng. 一 N'as-tu jamais
remarqué, lui répondit le tâo-cheu,
que l'herbe pousse bien à côté des
chemins, mais que, sur le chemin lui-
même, il n’en pousse pas ua brio, à
cause du va-et-vient des passants?
Ainsi en est-il de mon crâne. Mon âme
sort et rentre continuellement -par la
foutanelle. Ce va-et-vient en a dénudé
les environs. — Ce même tâo-cheu
ayant un soir demandé l'hospitalité
dans une bonzerie, les bonzes lui offri-
rent de coucher à l’intérieur. Il refusa,
et passa la nuit dans la cour. Le len-
demain, au moment où le soleil appa-
raissait à l'horizon, quelqu'un vit le
tâo-cheu, qui, perché sur le mur de
clôture, aspirait à grands traits les
rayons de l'astre. Au-dessus de son
crâne, un charmant enfant, dodu et
potelé, s'ébattait dans les rayons lumi-
peux, qu'il aspirait et avalait.
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Se nourrir d'air pur et des rayons du soleil, c'est le
degré le plus sublime de la diététique taoïste, visant à
l’éthérisation de l’homme, à l’endogenèse de l’enfançon
immortel. Voyez TP pages 481 à 485.
Lé
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111
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À Pékin, vers la fin du 18° siècle,
la société théâtrale Pào-houo-pan était
la plus réputée. Un jour un exprès à
cheval arriva au bureau de la société,
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* foule de monde. — Quand ils furen
été interrogés,
et dit: On vous demande à l'instant,
pour chanter la comédie, dans un hôtel
hors la porte Häâi-tai-menn. — Les
comédiens étant inoccupés ce jour-là
firent atteler, et se rendirent aussitôl
au lieu indiqué. La nuit tombait. Dan:
un lieu désert, ils virent une grandi
maison brillamment éclairée, et un
arrivés, une duëgne vint à eux et leul
dit: Mademoiselle ordonne qu’on n
chante que des amourettes, et surtou!
qu'aucun chénn ne paraisse sur |
scène; pas trop de bruit non plus, 机
vous plait. — Le régisseur organis
son programme d’après ces données
Les comédiens chantérent depuis minui
jusqu’à l’aube, sans qu'on leur permi
de respirer, sans qu’on leur donnât n
vin ni gâteaux. — Leur auditoire leu
parut extraordinaire. Et les dames as
sises derrière la claire-voie tradition
nelle, et les messieurs assis devant |
scène, personne ne parlait à voix rs
tous chuchotaient sans qu'on comp
ce qu'ils disaient. — Les comédi
d’abord étonnés, finirent par se fàc
Violant la défense faite, soudai
Koän-ti entra en scène, brandissa
son épée, et salué par un rouleme
formidable des tambours et des cyr.b
les. — A l'instant, obscurité et solitu
complètes. Les comédiens se trom
rent dans une brousse,devant 1
tombe. — Ils pliérent au plus vite leut
effets et bagages, et rentrérent en will
au jour. Les gens du voisinage ayal
dirent que la tomb
était celle d'une demoiselle de la grat
de famille Môu. .
— 111, 112. 一 218
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Voyez Introduction XIL — Comparez numéro
19. — Reveuants et renards ont de Koän-ti une sainte
peur.
112
À Où-kiang (Kiäng-sou), une famil-
le Kiäng avait un fils et une fille. Le
fils épousa une demoiselle Liôu. C'était
une bonne petite, indolente et malha-
bile. L'esclave Hiäng-houng et la fille
Kiäng s’entendirent pour la persécuter
systématiquement. La belle-mére-s'ap-
propria aussi peu à peu les jolies nip-
pes de sa dot. Avant un an révolu, la
petite bru tomba malade de chagrin.
Sous prétexte de préserver son fils de
la phlisie, Madame Kiäng lui interdit
.toute communication avec sa femme.
C'eu fut trop; la jeune femme mourut
de douleur. — A peu de jours de là,
Mademoiselle Kiang s’assit sur son lit,
se frappa le visage, et donna tous les
signes d’une extrême douleur. Puis
l'âme de la bru défunte se mit à parler
par sa bouche, énumérant la longue
liste de ses griefs. Sans doute, dit-elle,
le temps que je devais passer avec mon
mari était court, mais, cruelles que
vous êles, vous nous avez séparés avant
le temps. — L'âme de la bru resta
dans le corps de sa belle-sæœur. En
vain Monsieur et Madame Kiäng lui
firent-ils des libalions et lui adressè-
rent-ils des prières pour la décider à
s'en aller. Beau-père, dit l'âme, vous
m'avez toujours bien traitée; mais vous,
belle-mère, vous m'avez fait souffrir.
C'est Hiäng-houng et ma belle-sœur
— 119, 113. 一
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md
Co
qui ont été les instigatrices de vo
mauvais traitements: aussi est-ce sul
elles que je vais me venger. 一 Aussitôt
malgré ses cris et ses contorsion
Hiäng-houng fut enlevée de terre n
une main invisible, qui ne la lais
retomber que morte. Mademotsel
Kiäng expira aussi, sans avoir été am
trement malade. — Ce fait arrin
durant le premier mois de ?an 1788.
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Voyez Introduction VII. 一 Yuan-koei, âme venge!
se.
413
En 1761, un courrier non
Tchäng-koei fut expédié de Pékin pa
un général. Il portait une dépécht
pressée. Quand il eut dépassé Leäng-
hiang, le soir une tempête s’éleva. La
_ vent souffla sa lanterne. La nuit devint
très noire. Le courrier crut entrevoir,
dans l'obscurité, un des abris élevés |
long de la grande route. Il s’en appro
cha. C'était une maisonnette. Unef
de dix-huit ans environ lui ouvrit
porte, atlacha son cheval à un potea
l'introduisit, chauffa le thé, puis |
offrit l'hospitalité pour la nuit. 一
lendemain, à l’aube, elle se retira.
courrier continua à dormir. — Enfin
piqué par un froid très vif, et chatoui
lé par des branchages, notre hom
se réveilla au petit jour. 11 gisait, dan
un hallier, sur une tombe. Son cher
était attaché au tronc d’un arbre,
quelques pas de là. — Quand il arriva
à destination, sa dépêche se trouva
ètre en retard de 50 quarts d'heure.
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L'autorité militaire lui demanda com-
“ple. Hfraconta’son aventure. On exa-
mina l'endroit qu'il avait indiqué.
C'était la tombe d'une fille Tchäng, la-
quelle s'étant mal conduite, et la chose
s'étant ébruitée, s'était: pendue de
honte. Elle avait déjà joué à bien des
passants, dirent les voisins, le même
tour qu'à ce courrier. — Ordre fut
donné de l’exhumer. On trouva, dans
son cercueil, son cadavre frais et
vermeil. L'autorité le fit livrer aux
flammes. :
Voyez Introduction IX et XII.
114
Le letiré Tcheôu, originaire de
Häng-tcheou (Tchée-kiang), accom-
pagnant le Maître céleste Tchäng, des-
cendit avec lui dans une auberge à Pào-
ting-fou (Tchéu-li). Une jolie femme se
prosterna à la porte du Maître céleste,
en posture de suppliante, sans rien
dire ni demander. — Qu'est-ce que
cette femme? dit le Tcheôu. 一 C'est
une renarde, dit le Tchäng Elle désire
que je lui permette de s'approprier les
ofrandes dans quelque temple. —
Pourquoi ne lexaucez-vous pas? de-
manda le Tcheôu. — Parce que, dit le
Tchang, comme elle est aussi mauvaise
que belle, j'ai peur qu'elle ne fasse de
viluines affaires. — Le Tcheôu intercé-
da pour la suppliante. Eh bien soit,
dit le Maître céleste; par égard pour
vous, je lui permets d'occuper un tem-
ple durant trois ans, pas davantage.
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*_ qui faisaient brûler des bougies odo
brisé ma litière! À mon tour, ingra
Et if fit aussitôt expédier, pars
secrélaire, une licence écrite sur pay
jaune. — Trois ans plus tard, le Tébe
sait à Sôu-tcheou, il entendit exal
la puissance de la Koän-yinn du te
ple du mont Chäng-fang. Il rési
d'aller, lui aussi, y faire ses dévotio
Dès le pied de la montagne, il renco
tra des caravanes de pélerins. On
demanda de mettre pied à terre, en
disant: Cette Koän-yinn ne souffre
qu'on vienne à son temple en litië
Le Tcheôu n’en crut rien. Soudain
litière portée par dix robustes sold
se brisa, et force lui fut de coatin
son ascension à pied. — Quandilar
au temple, il le trouva plein de péle
rantes. Où est la Koän-yinn? demant
t-il à un bonze. — Derrière le voile,
répondit-on. — Pourquoi cela ? den:
da le Tcheôüu. — Parce que, dit
bonze, elle est si belle, que les péle
venus pour la prier, pourraient per
à mal. — Le Tcheôu souleva le vo
et vit en effet une femme extrêmem
belle. J'ai vu cette personne, se dit
Après l'avoir envisagée attentiveme
il reconnut, devinez qui?.. la rer
de Pâo-ting-fou. — Ah! gredine! s'é
t-il, c'est à ma sollicitation que tu
d'avoir pu occuper ce temple, et tu
Tu as outrepassé le délai de trois :
que le Maître céleste l’a accordé. 0
ge donc, et vite un peu! — 1] avai
peine achevé sa tirade, que la sta
s'écroula et se brisa en morceaux.
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— 114, 115. — 219
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Le bonze fut désolé; mais qu'y faire? —
Le Tcheôu lui donna de quoi faire faire
une statue de Koän-yinn dans le style
ordinaire. Désormais les grâces reçues
à ce temple ne furent plus qu'ordinaires
aussi.
Voyez Introduction XVII et XX.
415
Le Lettré Tchäng-wangling de
Ts'ién-t'ang près de Haäng-tcheou
(Tchée-kiang), avait la fièvre. Durant
un accès plus grave, un de ses anciens
condisciples, un certain Kôu, mort
depuis longtemps, lui apparut et lui
dit: Vous êles arrivé au terme des an-
nées, que le destin vous avait primitli-
vement concédées. Mais, à cause de la
fille dont vous avez sauvé la vie, votre
vie à vous sera prolongée (petite fille
sauvée de la noyade, infanlicide). Je suis
venu tout exprès pour vous en donner
la nouvelle, — Quoique le Kôu fût son
ami, le Tchäng le voyant fort mal vêlu,
et de plus maigre et hâve, crut devoir
lui offrir un pourboire, ‘pour sa
peine. 一 Le Kôu refusa. J'ai fait mon
devoir, dit-il. Je suis actuellement le
génie de ce lieu. Sans doute, la place
est mauvaise, et je souffre cruellement
de misère. Mais je suis fermement ré-
solu à ne pas exploiter mes administrés.
Quoique j'aie faim presque tous les
jours, je n'accepte pas votre argent. 一
Le Tchäng (qui avait probablement
des principes moins rigides) éclala de
rire. Le lendemain il fit faire .une
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(SR ) RUMEURS
RESUME ANESROMÉSDNERSUISES SEA MER
KO + a ane | Sa | RATS AE | À
abondante offrande au pagodin 4
génie du lieu. Celni-ci lui apparut
nouveau, pour le remercier. Vous m'a
vez mis en élat, dit-il, de pouvoir 让
tendre jusqu’au terme des permutatios
périodiques. J'espère qu'alors j'aur
un poste meilleur. Un bon repas perme
à un homme de vivre durant trois jours
à un koëi durant un an. Encore us
fois merci. 一 Conxnent un pur, com
toi, n’a-t-il pas encore été promu géré
d'une ville? demanda le Tchang. —-4
* n'ai pas de quoi graisser la patte a
Supérieurs, dit le Kôu. Je n’avancer
donc que lentement, à l'ancienné
lors des permutalions et promolit
périodiques,
Vayez Iotroduction HIT. 一 Les offrandes fixes d
ments aux morts, sont rares, mais censées suffsas
l'appétit des koëi étant moinire que celui des vivas
Cette croyance est clairement exprimée dans le texte
dessus.
116
Quand il était jeune encore,
grand-juge Li-uhoung, originaire
T'oùng-tcheou ( Tchèu-li), docteur
la promotion de 1766, aimait beauco
consulter le pinceau (spiritisme,:
méro 51 note). — Un jour le pincé
écrivit: Honore-moi, et je t’aiderai.
Le Li se prosterna, puis fit des libatic
et des offrandes. A parlir de ce jour,
pinceau le renseigna exactement
tout ce qu'il lui importait de save
Cela servit beaucoup à l’avancem
du Li, qui paya son chênn de ret
eu l'ronorant de son miux. Le châ
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— 110, 117. 一 221
lui rédigeait même ses pièces. — Un
jour un connaisseur fit, sur lune de
ces pièces qu'il croyait être du Li,
l'observation qu'elle était écrite dans
le style de Ts’ién-hi, célébre académi-
cien sous la dynastie Ming. 一 Seriez-
vous Ts'ién-hi? demanda le Li à son
chénn. — Oui, répondit celui-ci. 一
Désormais le Li, et ses amis pour les-
quels il évoquait aussi son chênn, ap-
pelérent celui-ci Maître Ts’iên. Mais
jamais le pinceau ne signa aucune con-
suitation de ce nom. Quand le chénn
parlait de lui-même, ïl s'appelait
« habitant des sombres régions». — Il
accompagna le Li dans tous les lieux
où celui-ci fut en charge. — Un jour
que le Li était sorti, son fils insulta le
chenn. Celui-ci écrivit aussitôt un bil-
let d'adieu. Le Li ne put plus jamais
l'évoquer.
Voyez Introduction XVI, 一 Texte de la fin du dix-
builième siècle,
117
Li-fansie et son ami Tcheôu-mou-
menn, jeunes Letlrés, aimaient à évo-
quer les chénn au moyen du plateau.
Un jour un chénn écrivit sur le plateau:
appelez-moi « Grue solitaire ». Cela me
distrairait de causer avec vous, J’ai rang
de génie de lieu. Je répondrai à toutes
les questions que vous me poserez sur
des sujets ordinaires. Quant aux sujets
de conséquence, ne m'interrogez pas. 一
De ce jour, les deux amis consultèrent
leur chénn sur toutes les affaires cou-
rantes de Häng-tcheou et des environs,
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pluie, beau temps, épidémies, etc. Le
pinceau répondait à tout avec précision.
Toutes les dates qu'il indiqua se trou-
vérent exactes. Toutes les prescriptions
qu'il formula furent saiutaires. Quand
on lui demandait une chose à laquellé
il ne voulait pas répondre, le pinceau
restait immobile. Le chênn était d'une
complaisance inlassable, On n'avait qu'à
écrire les mots Maître Grue solitaire,
à brûler le papier, pour qu'il manif
tt immédiatement sa présence. — (el
dura un an entier. Alors le désir |
voir leur chénn, tourmenta les deu
amis, Îls lui demandérent une ent
vue. Le chénn refusa d'abord. lis mit
rérent leur demande, tant et si bi
que le chênn finit par écrire: Eb bieë
soil! demain, après midi, sur la colliq
Kôu-chan, à la tour des grues. — L&
deux amis furent exacts au rendez-vous
Le chénn les fit attendre. Ils commet:
çaient à s'impatienter, quand un tout
billon accompagné d’un sifflement pas
sa. Un instant après, un homme d'un
haute stature, à longue barbe, porta
le costume des mandarins de la dynaà
tie Ming, parut au sommet de la tou
IL fit le geste de se pendre avec uX
longue écharpe, puis disparut. mo
puis lors les deux amis ne ‘purent fé
évoquer la Grue solitaire. I! est prob
ble qu'ils avaient eu affaire à l'âäue d'u
mandarin, suicidé à la chute de |
dynastie Ming. C'est dommage qu'il
n'aient pas pensé à lui demander So
vrai nom.
Voyez Introduction XVI.
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118
Où-tchouping de Yäng-tcheou
(Kiäng-sou) concourait pour le degré
de licencié, à Nankin, à l'automne de
l'an 1747. 11 consulta le plateau, sur ses
. Chances de succès. Le pinceau écrivit
su pou tch an koung. Le Où traduisit :
Avec dignité il entre dans le palais lu-
naire. Ce texte lui paraissant d’excellent
augure, il se tiot pour assuré de son
succès. Or quand les noms des candi-
dats reçus eurent été affichés, il constata
que le sien manquait. Le premier de la
promolion était Su-pou-tch'an koung,
Monsieur Su-pou-tch'an.
Sur les farces que se permet le plateau, voyez
numéro ‘2 nole.
119
À Yang-tcheou (Kiäng-son) un cer-
tain Tch'énn élevait des chevaux et des
mules. Il avait cinquante ans passés,
quaud i tomba malade. Un jeune
homme monté sur un cheval entra chez
lui, lui donna sur la nuque une tape
qui l'étourdit, le tira sur son cheval, et
partit en toute hâte en l’emportant. Le
Tch'énn fit tous ses efforts pour crier
au secours, mais en vain. Hors de la
ville, le jeune homme le jeta à bas de
son cheval, et lui dit: Cours derrière
moi. Puis il lui donna un coup sur
les jambes, et prit les devants. Prises
d’un mouvement irrésistible, les jam-
bes du Tch'énn l’emportérent, malgré
sa répugnance et sa méfiance. Il volait
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plutôt qu'il ne marchait, et sans grand
faligue. Quand ses souliers étaient usés
il en trouvait une paire au bord da
chemin. Il lui semblait aussi qu'il pre
nait des aliments au passage sur |
marchés. Son guide .-renfermé dans lg
mulisme le plus absolu, le laissait faire,
pourvu qu’il marchât. — Quaod ce
course eut duré trois jours et tro
nuils, une stéle élevée au bord de!
route, et dont il lut quelques mots e
passant, lui apprit qu'il était au Chà
si, à Hién-yang. — Arrive! lui cria s0%
conducteur; m'as-tu assez ennuyé 对
ta lenteur depuis trois jours?! 一 上
entrérent dans la ville. Le jeune homn
alla droit à une maison, y entra, re
sortit aussitôt, saisit le Tch'êénn à br
le corps, et le porta dans une chambr
Une femme étendue sur un lit se to
dait de douleur. Ayant plié le Tch'ènk
en arc, de manière à joindre sa têlee
ses pieds, le jeune homme le jeta ve
celle femme. Il sembla au Tch'énn qui
perdait connaissance,
dans un cachot étroit, obscur et infect
Enfin un rayon de lumière filtra jusqu:
lui. Il fit effort, et se sentit dégagé.
Aussitôt il entendit un concert de 人 |
citations proférées par des voix incof
nues. C'est un beau garçon, disaie4
elles. — Il voulut parler, mais ne pt
tirer de sa bouche qu'un faible vagisse
ment. 1 entr'ouvrit les yeux, et vit dt
ses bras et ses jambes élaient tout pe
lits. Serais-je mort et réincarné? :
demanda-t-il; et il ouvrit les yeux tou
grands, pour regarder autour de lui.
Ce pelit a un mauvais regard, dit alorg
‘une vicille. C'est peut-être un enfan
DUT EUR" PA VAT PT OT MUN 7 CH PS ON 20 27) TN ni] LIT 97 AU et (97 et UE 77 A 7
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— 119. — 225
de malheur. S'il regarde encore une
fois comme cela, il faudra le tuer. —
L’ex-Tch'énn se le tint pour dit, et
n'ouvrit plus les yeux. Il exhala, en
vagissements inarticulés, le chagrin qui
remplissait son cœur. On le porta, on
l'allaita, et le reste. Ce régime abrutis-
sant fit son œuvre. Peu à peu ses sou-
venirs perdirent de leur vivacité, et il
se résigna, mais sans arriver à oublier
tout à fait. — Son nouveau pére était
marchand de soieries, qu'il allait ache-
ter au Kiäng-sou. Un jour il donna à sa
femme un coupon de soie, en lui disant
qu'il avait une grande valeur. La
femme le serra dans la malle des objets
précieux, au chevet de son lit. L'enfant,
âgé alors de six ans, le dénicha. Prends
garde de le gâter, lui dit la mére; ton
père a dit que cela coûte cher. — (Ça,
dit l’enfant, c'est du tissu de P'du-yuan,
dernière qualité. — La femme dit la
chose à son mari. C'était vrai. — Très
surpris, le mari questionna l'enfant,
qui raconta toute son histoire. Je suis
venu ici, de tel endroit, dit-il. Voici
les noms de mes parents. J'ai laissé un
fils qui doit avoir maintenant vingt et
quelques années. Quand vous retour-
nerez au Kiäng-nan, il vous sera facile
de vérifier mes paroles. — L'année sui-
vante le marchand de soie trouva en
effet à Yäng-tcheou le fils indiqué, qui
revint avec lui à Hién-yang pour voir
son père. Ce fut un curieux spectacle
de voir en présence le fils barbu et son
père bébé. Mais, pas de doute possible.
L'eufant indiqua à son ancien fils, les
débiteurs qui lui devaient encore, un
placement de trois cents taëls fait jadis
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一 119, 120. —
à longue échéance, etc. Quand ils du.
rent se quitter, tous deux pleurèrent
Le fils recouvra toutes les sommes in:
diquées. — Dix ans plus tard, redeven
un homme fait dans sa nouvelle famili
l'ex-Tch'énn fit un voyage au ia
nan, pour le commerce de son nouves
pére. Il visita son ancien domicile. Sal
fils était mort, laissant un petit garçon
La veuve du Tch'enn vivait encor
dans la pauvreté, chargée de ce petit
fils. Le Tch'enn dit de bonnes parok
à son ancienne épouse, et lui donn
trois cents taëls. Il fit aussi des libation
devant la tombe où reposait son ancia
corps.
Réincarnation, sans jugement ni purgatoire. —U
jeune cavalier, un satellite infernal. 一 Souliers et à
ments, ceux qu’on prépare pour les morts. 一 Réino®
nation dans le fœtus à terme, au moment de l'accoucbe
ment, pas avant. Comparez numéro 6. — Enfants 4
malheur, âmes réincarnées pour exercer ane vengeance. -
Mémoire conservée, parce que l'âme ne passa pas pra
enfers, où la mémoire est détruite, avant la sortie, par
bouillon spécial, que l'âme doit avaler de gré ou de fur
Voyez Morale et Usages, seconde édition, page 351.
120
Un soir, un certain Kôéu demand
l'hospitalité pour la nuit, dans u
vieille pagode du faubourg occid
de Tch'ang-tcheou (Kiäng-sou). -
Soit, lui dit le bonze, si vous vouk
bien garder la pagode, car je devn
sortir cette nuit, avec mes disciple
pour la mise en bière d’un défunt. -
Bien volontiers, dit le Kôéu. 一 Quan
le bouze fut sorti avec ses disciples, |
Kôu ferma la porte à l’intérieur, “
ENSLRRERÉRURPAMRRERERS EH SMILE N
la lampe, et se coucha pour dormir.
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一 1920. 一 227
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miouit, quelqu'un frappa violemment à
la porte, demandant à grands cris
qu'on lui ouvrit — Qui êtes-vous?
demanda le Kôu. — Je suis ton ami
Chënn-tinglan, répondit le visiteur noc-
turne. — Le Kôu eut peur, car son ami
Chënn-tinglan était mort dix ans aupa-
ravant. — Ne crains rien, dit la voix.
Je viens te confier quelque chose. Si je
te voulais du mal, j'entrerais sans que
tu m'ouvres, étant un koëi. Je t'ai prié
d'ouvrir, pour ne pas t'effrayer par mon
entrée soudaine. — Le Kôu ouvrit donc
la porte. Quelqu'un entra, fit quelques
pas, et tomba dans le vestibule. 一
Epouvanté, le Kôu allait chercher une
lampe. Attends un instant, lui dit l’in-
dividu étendu à terre. Je ne suis pas
ton ami Chénn-tinglan. Je me suis fait
passer pour lui, pour te décider à m'ou-
vrir. Je suis le défunt qu'on met en
bière celte nuit. J’ai été empoisonné
par mon épouse adultère. Je suis venu
pour te confier le soin de me venger. 一
Je ne suis pas mandarin, dit le Kôu;
comment te vengerais-je? — Avertis
seulement le mandarin de venir ins-
pecter mon cadavre. Les traces du
crime sont visibles. — Et où est ton
cadavre? demanda le Kôu. — Ici, dit
la voix. Cherche la lampe maintenant.
Dés que tu m'éclaireras, je perdrai
l'usage de la parole. Mais, aussi. bien,
je n'ai plus rien à te dire; tu sais
tout. — À ce moment, on frappa de
nouveau à la porte. Le bonze et ses
disciples rentraient, très émus de ce
qui venait de leur arriver. Tandis qu'ils
récitaient les prières de la mise en
bière, le cadavre était soudain devenu
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invisible. 一 Il est venu ici, leur dit
Kôu. — On chercha de la lumière.
corps était étendu sur le pavé du ves
tibule, saignant par toutes les ouvef
tures naturelles. — Le lendemain k
bonze et le Kôu déférérent l'affaire al
mandarin.
_Koëi vengeur, voyez Introduction VII. 一 Les bosM
chantent des prières spéciales à toutes les cérémosi
pour les morts. — A noter que ce koëi connaît le
un étranger, et son ami Chënn mort depuis longtemps. -
Les koëi ne peuvent pas forcer les portes fermées ; ils #
peuvent même pas enfoncer le papier des fenêtres, .
_papier n'a ni fente ni trou. 一 La lumière rend les
supérieures séparées invisibles, et paralyse les âmesi
* férieures attachées au corps. Dans le cas présent, il
rait s'agir de l’âme inférieure. Comparez numéro 9.
Le sang coule par tous les orifices de ceux qui sont
par le poison ; cliché stéréotypé.
1421
À quarante stades à l’est de la vil
de Hoëi-ki-hien (Tchée-kiang), dat
un village nommé Tch'äng-lu, les 乓
une excellente famille, avaient un
étudiant de 18 ans, bien fait de sa
sonne. Un jour ce jeune homme d
parut. Il revint trois jours après,
raconta ce qui suit: J’étudiais dans
bibliothèque, quand une belle da
descendue d’en haut m'invita à la :
vre. Elle me couduisit dans un
palais, où je fus reçu par une au
dame non moins belle que la premié
Je leur demandai leur nom de fami
Elles rirent et me dirent: N'en dema
de pas davantage. Reste ici. Nous ser
heureux ensemble... Je restai don
fort bien traité par elles. Mais, à!
longue, je pensai aux miens. Elles 5
apercurent, et me ramenerent,60
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229
disant au revoir. — Depuis lors, le
jeune homme resta rêveur. Rien ne put
plus le satisfaire. Mets, literie, il disait
de tout: Cela ne vaut pas ce que m'ont
donné les fées. — 11 disparut de nou-
veau durant plusieurs jours, revint
encore, et ainsi de suite. — Comme il
dépérissait à vue d'œil, ses parents
recoururent aux bonzes et aux tao-
cheu. Ceux-ci n'y purent rien. Les
absences du jeune homme devinrent de
plus en plus longues. 一 Un jour son
frère cadet s'étant mis à sa recherche,
trouva sa ceinture à l'entrée d’une ca-
verne, près de la pagode Pâi-t'a. On
pénétra dans la grotte avec des torches.
Le jeune homme gisait nu dans ja
boue, privé de connaissance. On le porta
à la maison, on le traita. Il finit par
revenir à lui, mais ce fut pour se
plaindre amërement de ce qu'on l'avait
arraché des douces pelleteries dans
lesquelles il était si bien. — Ses parents
comprirent alors qu'il était la victime
d’une obsession maligne. lls l’enchaf-
nérent, se relevèérent pour le garder à
vue, lui collèrent sur le corps toute
sorte de charmes. — Une nuit que
plusieurs personnes le gardaient, on
entendit soudain comme un tintoin.
Une lueur phosphorescente fit plusieurs
fois le tour de la chambre. Les chaînes
qui liaient le jeune homme furent bri-
sées, et il disparut, les portes et les
fenêtres restant fermées. — Dés le ma-
tin, on le chercha dans la grotte de la
pagode Pâi-t'a, mais sans succès. Îl ne
revint pas, et l'on ne sut jamais ce qu'il
était devèénu. — Le bruit se répandit
que des yäo-koai habitaient dans la
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— 121, 192. —
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grotte, et les curieux affluërent, pou
voir. Le sous-préfet Li s'inquiéta de c
mouvement. ll vint en personne, ins
pecta la caverne, et en fit murer l'en
trée.
Voyez Introduction VI.
122
À Häng-tcheou (Tchée-kiang}), ut
certain Mà-koanlan, faisait une offrar
de à la porte de sa maison, quatre foi:
par an. Je sais bien que, au temps ja:
dis, la porte était comptée et honorét
parmi les Penates; mais il y a long-
temps que cet usage s’est complétement
perdu. Je demandai donc à Monsieur
Mà, pourquoi lui seul s'y conformañ
encore. À cause du fait suivant, arrivé
chez nous, me répondit-il. — Nous
avions un esclave, nommé Tch'énn, qui
sortait parfois en cachette le soir pour
s'enivrer. Une nuit j'entendis du bruit
devant la porte. Je regardai, et vis
l'esclave ivre étendu par terre. Je le fis
ramasser. 一 Îl dit: En rentrant de
mon escapade, je trouvai à la porte un
homme et une femme. Tous deux
étaient décapités, et tenaient leur tête à
la main. Je suis ta belle-sœur, me dit
la femme. Quand ton frère, mon mari,
m'a surprise en adultère et m’a tuée,
pourquoi has-tu aidé? Lui avait le droë
de me faire mourir, mais toi tu nb
l'avais pas. Or, comme il s'attendrissait,
c'est toi qui l'as excité; comme fl
faiblissait, c'est toi qui m'as égorgée.
Voici du temps, que nous te guettons,
mon amant et moi, pour nous venger.
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一 122, 193. 一 | 23?
Les génies tutélaires de la porte nous
ont toujours empêchés d'entrer. Cette
fois nous t'avons pris dehors, et nous
te tenons enfin!.. Ce disant, elle me
cracha au visage, tandis que son amant
me donnait un coup de tête. Je tombai.
Ils disparurent quand ils vous enten-
dirent venir à mon secours. J'ai vrai-
ment commis cette faute dans ma
jeunesse. — Porté sur son lit, le
Tch'énn expira presque aussitôt. 一
Depuis lors, me dit Monsieur Mà, je
fais régulièrement des offrandes aux
génies protecteurs de ma porte, qui
gardent si bien ma maison contre les
koëi malfaisants.
L'auteur qui parle dans ce récit, écrivait à la fin du
dix-huitième siècle. — Voyez Introduetion VII. 一 Culte
des Pénates, voyez TP page 74. — Depuis la dynastie
T'dng, on honore, comme génies tutélaires des portes,
deux officiers de l'empereur T’di-{soung, Utch'eu-
koung et Ts'inn-k'ioung.
123
Eu 1556, Monsieur Sû-ichenn de
Hôu-tcheou-fou ( Tchée-kiang), faisait
ses ablutions, au soir d’une très chaude
journée. La lune ne donnait qu'une
faible lumière. 11 lui sembla qu'un
souffle entrait par la fenêtre, accom-
pagné d'une vapeur légère. En même
temps un plumeau déposé sur une
crédence, se mit à tourner sar lui-
même. Monsieur Sû frappa sur le bord
de son lit, et enjoignit au plumeau de
rester tranquille. Aussitôt sa serviette
de bain et sa tasse à thé s’envolérent
par la fenêtre, et un bruil sec lui ap-
prit que la tasse s'était brisée contre
D-ELSNÉSSNEUHES AIT ES INSRRNRES
232 . 一 123. 一
le tronc du grand peuplier planté devant
- Ja maison. Effrayé, Monsieur Sû appela
ses gens, ot sortit avec eux. Une ombre
noire enveloppait le toit de la maisom
Quaud elle se fut dissipée, Monsie
Sa rentra dans sa chambre et s'assit d
nouveau sur le bord de son lit. Aussitô
le plumeau recommença à tourner St
lui-même. 一 Impatienté, Monsieyr S
le saisit. Il sentitfun contact comme à
cheveux mouillés, froids comme glac
et horriblement infects. En un instan
son bras fut eugourdi, mais il ne làch
pas prise. 一 Alors une voix sortit d ui
jarre, parlant sur le ton strident d’&
perroquet, pleurant comme un pe
enfant. Je m'appelle Où-tchoung, di
elle. Je viens du lac Hoûng-tchai-ho
d'où le génie de la foudre m'a chass
Lâchez-moi, s’il vous plait. 一 Monsiex
Sa avait entendu dire que la peste r
gnait alors à l'endroit indiqué. Ne st
rais-tu pas par hasard un koei propag
teur de la peste? demanda-t-il au pl
meau qu'il tenait toujours. 一 Ou
répondit la voix. — Alors, dit Monsie
Sùû, je ne te lâcherai pas. Tu ferais à
mal aux gens. — Je vous donnerai ut
formule contre la peste, dit le koëi.
Dicte-la, dit Monsieur Sû. — Le ke
dicta, et Monsieur Sa l'écrivit. — Me
lâchez pas, dirent alors les gens de
__ maison. Enfermons-le dans cette jarre.
Monsieur Sû mit donc le plumeau da
la jarre, qu'il scella et fit jeter dans
lac T'âi-hou. — Quant à la formule,
préfet de Sôu-tcheou, Monsieur Tchà
wennchan, qui entendit raconter cel
histoire, la demanda et l’essaya.
efficacité se trouva être merveilleus
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233
Tous les pestiférés qui en firent usage,
furent guéris.
Voyez Introduction XIX. Cas d’influx pernicieux 综
oi.
124
Tch'êénn-ts'itong élant sous-préfet
de Châng-yuan (Kiäng-sou), raconta
ce qui suit: Dans ma jeunesse, je sé-
journai avec mon ami Tchäng, à T'äi-
p'ing-fou (Nän-hoei), dans les dépen-
dances du temple de Koän-ti. Mou ami
Tchäng fut atteint d'une grave malaria.
Nous habilions la même chambre. —
Un jour que je faisais la sieste, je vis
un petit bonhomme au visage pâle,
vêtu de bleu, qui regardait par la fené-
tre mon ami couché sur san lit. Bien-
tôt celui-ci fut pris d’un accès ‘de fie-
vre intense. Alors le petit bonhomme
se retira, — Une autre fois mon ami
m'appela à son secours. Des flegmes
l'étouffaient. Devant son lit, je vis le
même petil bonhomme, qui dansait de
joie. — Je compris alors que c'était un
koëi propagateur de la malaria, et l'em-
poignai. Un froid glacial paralysa ma
main. NH m'échappa avec un bruisse-
ment, gagna le vestibule et disparut. —
Mon ami guérit. Ma main resta noire,
comme enfumée, durant plusieurs
jours.
Autre cas de soéi pernicicux. Voyez le numéro
précédeni.
425
Mon .élève Séuma-siang était
30
234 — 195. 一
précepteur dans une famille Linn de M
choei ( Kiäng-sou). Durant les chale
de l’élé, il s'installa avec ses élèves da
une villa. Le lieu avait la réputali
d'étrehanté.— La première nuit, Sëu
siang s'élait étendu sur son lit, Jaiss
sa bougie allumée. Vers minuit, il
tendit au dehors comme des sifflemen
La flamme de sa bougie baissa. S
dain la porte de sa chambre fut s
levée hors de ses gonds, et un
koëi entra, suivi par un vieillard *
de rouge, à la démarche allière.
vieillard s'assit à la table, dans le fi
teuil du Lettré, et se mit à parcou
ses composilions en prose et en
étendues sur la table. De temps
temps il approuvait par un signe
tête. Quand il eut achexé sa leclurt,
se leva, prit par la main le petitk
et s’'approcha du lit. Séuma-siang S
sil sur son séant. Le vieillard et lui
regardèrent: — A ce moment un
chanta. AussKôl la taille des deux k
diminua d'un pied, et la flamme de
bougie s'éleva un peu. Un second
chanta, puis un troisième, puis un 4
trième. Les koei diminuaient, et
lumière croissait graduellement.
petit koëi disparut le premier, com
englouti par la Lerre. Enfin le cha:
du vieillard disparut de même dans
sol. 一 Le lendemain Sëuma-siang
terrogea les habitants du lieu. Ce
villa, lui dirent-ils, occupe l'empla
ment d'un cimelière de la dyna
Ming. Un censeur et son jeune fils
étaient enterrés. 一 Séuma-siang 3"
tit le chef de la famille Linn. Celui
ordonna des fouilles. On découvrit À
SENS EE nee sCRIIHES
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— 195, 126. — 233
cercucils, peints en rouge et intacts.
Après leur avoir fait un discours
et des offrandes propitiatoires, on les
exhuma, et on les enterra ailleurs. De-
puis lors, plus d'apparilions.
Voyez Introduction XI.
126
A Tch'äng-tcheou (Kiäng-sou),
dans la maison du censeur Tsiàng-
youngnan, le cuisinier Li-koei puisait
de l’eau chaude dans la chaudiere,
quand soudain il s'affaissa sans con-
naissance. — Le censeur fit appeler
une sorciére. Cel homme, dit-elle, a
offensé un des officiers du Génie de la
ville, tandis qu'il rôdait dehors, la nüit.
Offrez des excuses, des mets. et du
papier-monnaie, au koëi à tête noie
dans la rangée de gauche du temple,
et le malade guérira. 一 Le censeur
ordonna de faire ainsi. Li-koei guétit,
Ïl raconta ce qui suit: Comme je pui-
sais de l’eau chaude, je fus appréhendé
par deux satellites, qui me conduisi-
rent au temple du Génie de la ville. En
route ils me dirent, que c'était parce:
que j'avais offensé l’un de ses officiers.
]is me liérent à un arbre devant le
temple, et me dirent d'attendre. Je-ne
sais pas combien cela dura de temps.
Enfin je les entendis qui disaient entre
eux: l'offrande est faite, lâchons-le. Ils
m'ôtérent mes liens et me jetérent à
l'eau. Le froid de l'eau me réveilla. 一
Elle est bonne, celle-là, dil le censeur
en éclatant de rire. On dira encore que
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PE 8 D DEA 28 RS 2 AN D 2 But ME I SE SAS NE
— 126, 197. —
seuls les satellites terrestres se perme
tent des extorsions arbitraires. Croi
bien que le Génie de la ville n'a ri
su de ton cas: Ce sont ses gens q
l'ont pris, puis relâché, quand il
eurent obtenu ce qu'ils enr
Croie désormais qui voudra, que |
fonctionnaires infernaux sont plus put
que les terrestres!
Voyez Introduction JI. 一 Arrêter avec un f
mandat, exlorquer une somme, puis relâcher la victi
le tout à l’insu du mandarin, c'est un truc ordinaire
satellites chinois, quand la faim les a réduits aux abois
(DEALRÉ) HDEY
STEMMÈSES NEÉSNÉÉENÉES
427 |
| |
Un certain Keûe de Nankin, bural
volontiers. Dès qu'il avait une point
il devenait insolent. — Un jour
ts ing-ming (fête des tombes, 5 avril
il avait bu avec quelques amis à l'a
berge U-hoa-t'ai. La bande avinée re
contra un cercueil brisé, dans leq
on entrevoyait une jupe rouge. Voi
une occasion de faire l’insolent, dire
les amis au Keüe; mais bien sûr qu
tu n'oseras pas. — Vous allez voir, d
le Keûüe. 一 S'étant approché du cet
cueil, il le tapota en disant: Eh! koä
koai, viens boire. — La bande éd
de rire. — Quand elle se fut dissou
comme le Keüe rentrait chez lui, il
tendit derrière lui un sifflement. Il
retourna, et vit une ombre noire q
lui dil: le koäi-koai vient boire.
Viens! dit le Keûe crânement.… et
entra dans un débit de vin, s'atta
sur la terrasse, demanda un pot de vi
et deux coupes, L'ombre le suivit 8
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S'attabla aussi. Le Keûe lui versa à
boire, et se mit à causer avec elle. Les
autres buveurs qui ne voyaient pas le
spectre, crurent que le Keûe était de-
venu fou. — Cependant ce jeu ne pou-
vait pas durer indéfiniment. Le Keûe
ôta d’abord son bonnet, qu'il déposa
sur la table. Puis il dit au spectre: ne
bougez pas; un besoin m'oblige à sor-
tir; je reviens à l'instant. — 11 sortit et
s'enfuit. — Le garçon du débit, qui ne
voyait pas le spéctre, trouva que le
bonnet laissé sur la table était de bonne
prise. Il s’en coiffa. La nuit suivante
on l'entendit gémir, et-le matin on le -
trouva étranglé. — On sut l’équipée du
Keûe. — Le maître du débit de vin rit
beaucoup et dit: Est-il bête, ce koäi-
koaïi, qui reconnaît les bonnets, et qui
se trompe de personnes.
Voyez Introduction VII et VII. — Le koëi étrangla
le garçon, au lieu du Kete.
128.
Le magicien Hounanais Tchäng-
k'ichenn avait la réputation de pouvoir
disposer des âmes peur ses maléfices.
Le lettré Où de Kiäng-ling (Hôu-pei),
se permit d’en douter, et insulta de
plus le magicien. S’attendant à ce que
_ celui-ci essaierait de se venger, la nuit
suivante le Où s’arma du livre des Mu-
- tations, et veilla, lampe allumée. Bien
lui en prit. Soudain il entendit,-autour
du toit, le bruit d’un tourbillon de
vent. Un cuirassier armé d’une lance
entra par la porte, et chercha à le
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FFE Set DR RTS ÈS NÉ a EE
ER E
_ 198. —
. mari et .de.mes deux fils, sont colléæ
St APE PRES | NÉE REED NBA IFE À
percer de son arme. Le Où l'abatlit d'un
coup de son livre. Quand il se baiss
pour l'examiner, il ne vit à terre qu'un
bonhomme découpé dans une feuilk
de papier. Il le serra entre les feuillets
de son livre. — Bientôt arrivérent deux
pelits koëèi à face noire armés &
haches. Le Où les abatlil de deux coups
de son livre. C'étaient aussi des figuri-
nes en papier, qu’il serra comme ls
première. — Au milieu de la nuit, us
femme frappa à la porte, en pleurah
et en se lamentant. Je suis la femme
du magicien Tchäng, dit-elle. Mo
mari et mes deux fils se sont mis ea
campagne conire vous. Vous les are
faits prisonniers tous les trois. Je vous
prie de vouloir bien leur rendre la là
berté. — Je n'ai pris, ni ton mari, &
tes fils, dit le Où. J'ai pris trois figu-
rines en papier. 一 Les âmes de mo
à ces figurines, dit la femme. Vous les
avez prises. Si elfes ne reviennent paf
avant le jour qui approche, leurs corf
restés à la maison ne pourront plu
revivre. De grâce, rendez-leur la liber-
té. — Magiciens maudits, dit le Où,
n'est-il pas juste que ce que vous avé
fait à tant d’autres, vous arrive à vot
tour?! Non je ne les lacherai pas tous
Par pilié pour toi, je vais te rendre vf
de tes fils. N'en demande pas davan
tage!.. et il remit à la femme un de
deux petits koëi serrés dans son livre. —
Le lendemain il fit prendre des rer
seignements au domicile de Tchäng-
k'ichenn. On lui rapporta que le magi-
cien, et son fils aîné, étaient morts
tous deux la nuit précédente. La veuve
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restait seule, avec son plus jeune fils.
Voyez Introduction XVII et XVII.
129
Tchâo-ts'ingyao de Hâng-tcheou
(Tchée-kiang) était un joueur d'échecs
émérile. Ce jeu exerçait sur lui une
fascination irrésistible. Dès qu’il enten-
dait le son de la pose des figures et des
pions, il ny avait pas à dire, il fallait
qu'il allât voir. Un jour qu'il passait à
la pagode Eüll-cheng-nan, il vit un
tâo-cheu qui jouait avec un hôte. Selon
son habitude, il alla voir. Mais il trouva
le jeu du täâo-cheu si mauvais, et sa
jactance si insupportable, qu'il s'en
alla bientôt avec mépris. — Le soir de
ce jour, comme il venait de se coucher,
deux feux follets volligerent autour de
son lit. Puis un koei à la face noire et
aux dents en scie, entr'ouvrit les ri-
deaux, et fit mine de l'attaquer avec un
sabre. Mais le Tchao l’apostropha si
* violemment, qu'il se dissipa. 一 La nuit
suivante, il entendit dans son traversin
une faible voix qui murmujait: Que je
joue mal aux échecs, que j'aime à me
vanter, cela te regarde-t-il ? Fallait-il
me faire jaffront que tu m'as fail?.….
Puis, devenant caverneuse, la voix dit:
Tu ne crains pas les armes; nous allons
voir si tu pourras résister à mes incan-
talions. — Le Tchäo comprit qu'il avait
affaire à l'âme du tâo-cheu venue
pour se venger, et prit son courage à
deux mains. 一 La voix commença à
déclamer: Esprits du ciel, esprits de
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la terre, je vous confie ma vengeance,
enfoncez-lui . une aiguille sous le
cœur. — Un frisson involontaire par-
courut d'abord les membres du Tchäo,
mais il se ressaisit vite, calma son
cœur, se boucha les oreilles et se mit
à dormir. 一 Mêmes menaces stériles,
chaque nuit, durant un mois entier. —
Enfin le tâo-cheu apparut, se prosterna
devant le Tchäo, et lui dit en pleurant:
Je vous ai persécuté, par ressentimer
et aussi dans l'espoir de vous soutir
quelque argent. Je n'ai pas réussi
vous intimider. Or, quand les incant:-
tions d’un magicien n’aboutissent
elles se retournent contre lui. Je sui
mort hier. Maintenant mon âme vient
mettre à votre service. Elle réparera
mal que je vous ai causé. — Le Tchä
ne répondit rien d’abord. Il envoya
la pagode Eûll-cheng-nan. Le tâo-ch
gisait la gorge coupée. — Depuis lo
le Tchao sut toujours, au moins u
jour d'avance, tout ce qui arriverai
L'âme du tao-cheu lui servait der
porter.
Voyez Introduction XITT et XVII. — Les maléfios
sont impuissants, contre les hommes très honnêtes, #
aussi contre les hommes très intrépides. L’influx mais
pénètre, à proportion de l'émotion, de la peur.
130
Le lettré Tsiàng, qui allait à Heù
nan-fou, s’arrêla pour passer la nuit
Koùng-hien. Dans l'auberge où il étai
descendu, il y avait, à l’ouest, un à
partement fort propre, qui lui pl
beaucoup. — Avez-vous du courag*
— 130. — 241
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lui demanda l'aubergiste. Cel apparte-
ment n'est pas toujours paisible la
nuit. — Je n'ai pas peur, dit le
Tsiang. — 11 veilla pourtant un certain
temps, lampe allumée. Soudain il enten-
dit, sous Ja table, comme un grouil-
lement.. Une escouade de petils satelli-
tes, hauts de trois pouces, tout de noir
habillés, étaient sortis de terre. A la
vue du Tsiàng, ils se consultérent en
chuchotant, puis se relirèrent. 一
Bientôt nouveau bruit. C'était un man-
darin de la même taille, avec tout son
train, étendards, chevaux et chars. Il
s'assit, et commença à invectiver contre
le Tsiäng, avec des gestes menaçants.
Sa voix n'avait pas plus de force que
le bourdonnement d'une guëpe. Enfin,
comme le Tsiäng ne s'émouvait pas, il
se mit fout à fait en colère, frappa la
terre, et ordonna à ses petils satellites
d'empoigner cet intrus. — Réunissant
leurs forces, les pygmées arrachè-
rent au Tsiang ses bottes, puis ses bas;
puis ils ne purent plus rien lui faire. —
Furieux, le petit mandarin s’approcha
en personne. — Passant à l'offensive,
le.Tsiäng le cueillit délicatement, et le
déposa sur la table. Le pygmée perdit
aussilôt la parole et le mouvement. Le
Tsiäng l'ayant examiné, constata que
c'était un de ces petits magots, à base
hémisphérique lestée de plomb, qui se
. redressent toujours quand on les a
couchés. — Cependant tous les pygmées
du cortège, humblement prosternés,
suppliaient le Tsiang de leur rendre
leur maître. — Je vous le rendrai, dit
celui-ci, quand vous m’aurez payé une
bonne rançon. — lis disparurent. On
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一 130, 131. —
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entendit comme des bourdonnem
dans les murs. Puis ils revinrent,
tant à deux une épingle à cheveux,
trois une broche, etc. Bientôt le sol
jonché de bijoux. — Alors le Ts 这
prit le magot et le leur rendit. Celui
recouvra aussitôt la parole et le m
vement. Il battit en retraite, en
ordre, avec tout son cortêge. Le r
de la nuit se passa sans incident. 一
matin, l’aubergiste remplit l'au
de ses cris. Tous ses bijoux avaient
paru durant la ouit, clamait-il. 一
Tsiang comprit alors d’où les pyg
avaient tiré la rançon de leur chef.
À
{
Les histoires de pygmées, gnomes, kobolïds, n
pas rares. La nature de ces êtres n’est jamais expliq
Hors la porte méridionale de
ville de Tän-yang (Kiäng-sou),
certain LU cultivait une plantation
féviers, dont les gousses lui rap
{aient chaque année une bonne so
Aussi gardait-il son jardin jouretn
avec l’aide de ses fils, une fois que
gousses approchaient de leur matu
Une nuit qu'il montait la garde, assis
une pierre, par un beau clair de !
il vit soudain sortir de terre, au mi
de ses arbres, un être aux cheveux
désordre. Effrayé, il appela ses fils,
alla voir avec eux. Une femme vêtue
rouge se dressa devant eux. Le vie
s’évanouit; ses fils s'enfuirent so
La femme les poursuivit jusqu’à
porte de leur maison. Là elle s'arrëk
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— 131, 132. 一 DT
un pied à l'extérieur, un pied à l’inté-
rieur. Aux cris de terreur des fils, tout
le monde était accouru ; mais l'haleine
glaciale du spectre, tint les mieux
armés à distance. La femme entra, se
glissa sous un lit, et disparut. Alors
les- fils allèrent ramasser leur père,
qu'ils ranimérent'avec de l’infusion de
gingembre. Désormais ni le père ni les
fils n’osérent plus garder leur jardin.’
Un voleur en profita pour s'y introduire
la nuit. Le lendemain on le ramassa à
demi mort de peur. Il raconta avoir vu
dans le jardin un homme sans tête.
Alors on creusa la terre au lieu des
deux apparitions. On découvrit d'abord
un cercueil rouge, contenant le corps
d'une femme vêtue comme celle qui
avait apparu la nuit. Puis on découvrit
un cercueil noir, contenant le corps
d’un homme décapité. Les deux corps
étaient parfaitement conservés. On les
brüla, et tout rentra dans l’ordre.
Vampires. Voyez Introduction IX. — Probablement
les acteurs et victimes d’un drame conjugal.
132
En l'an 765, un certain Wang vivait
à Yäng-tcheou (Kiäng-sou), au nord
de la pagode Hiäo-kan-seu. Durant les
chaleurs de l'été, le Wang s'étant eni-
vré, gisait sur sa couche, un bras pen-
dant. Craignant qu'il ne prit froid, sa
femme voulut relever ce bras. A ce
moment, une grande main sortit du sol, .
saisit le bras du Wâng, et le tira enterre.
Sa femme et ses servantes tirérent tou-
tes en sens inverse. Malgré leurseffonts,
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le Wing enfonçait de plus en plus dat
la terre entr'ouverte. Alors toute
famille se mit à creuser en toute hâte
À deux loises de profondeur, ils tro
vérent un squelette entier, qui parais
salt vieux de plusieurs siècles.
Voyez Introduction IX. |
|
|
133
L'épouse du sous-préfet de Sinn-
(Séu-tch'oan) venait de mourir. U
trés belle femme se présenta chez |
Le sous-préfet s’amouracha d'elle, 4
la garda. Cela dura plusieurs mois.
Un beau jour elle lui dit adieu d
sanglotant. — Pourquoi cela? demands
t-il. — Parce que, dit-elle, mon.m
revient; il va m'emmener loin di
conservez ceci en mémoire de moi...
elle donna au sous-préfet un gobe
en argent. — Le sous-préfet lui don
dix piéces de soie. — Elle partit.
sous-préfet ne fit plus que penser
elle. Le gobelet ne le quittait pas.
qu'il fût, il le déposait sur la table d
vant lui. — Cependant le commanda
des troupes du district ayant
changé, vint à Sinn-fan pour pren
congé du sous-préfet, et pour enlever
cercueil de sa femme qui y était mo
Le sous-préfet lui fit fête. 一 ‘Les ye
de l'officier se fixérent sur le gobelet.
Pourquoi cet objet vous intéresse-t
tant? demanda le sous-préfet. —
gobelet, dit le commandant, je l'ai d
posé dans le cercueil de ma feue fem
me; je me demande comment il es
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venu ici. — Assez ému, le sous-préfet
raconta Son aventure, déerivit la per-
sonne, et finit par l'échange du gobelet
contre dix pièces de soie. — Le com-
mandant rentra chez lui furieux. 11
ouvrit le cercueil de sa femme. Son
corps intact tenait dans ses bras dix
pièces de soie. Séance tenante le com-
mandant fit brûler le cercueil avec son
contenu.
Voyez Introduction IX et XII.
134
Un sectateur du Lotus Blanc, dont
j'ai oublié le nom, était trés renommé
pour son pouvoir magique. — Un jour
il remplit un bassin d'eau, le couvrit,
et le confia à son disciple en lui disant:
Je vais m’absenter; veille bien sur ce
bassin jusqu'à mon retour. 一 L'absence
du maitre se prolongeant, le disciple
piqué de curiosité découvrit le bassin.
Sur l’eau flottait un frele petit esquif,
qu'il faillit faire chavirer en le touchant
du doigt. — Soudain son maitre rentra
fort en colère et lui dit: Tu as failli me
faire périr. Je naviguais en haute mer.
Tu as presque fait chavirer le bateau
qui me portait — Un autre jour, le
soir, il alluma une grande bougie, qu'il
confia à son disciple en lui disant:
Prends garde que le vent ne l’éteigne
avant mon retour. — Vers minuit, ac-
cablé de lassitude, le disciple s’endor-
mit. Quand il se réveilla, la bougie
était éteinte. — Le maître rentra trés .
courroucé. Tu m'as fait faire plus de
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— 134, 135. —
dix stades dans une obscurité complète
dit-il. — Un jour le disciple s’étan
permis des familiarilés avec la concu:
bine du maître, celui-ci lui ordonn:
d'aller nourrir les porcs. Dès qu’il fu
entré dans la porcherie, le disciple de
vint lui-même un porc. Le maître fi
aussitôt appeler un boucher, auquel i
vendit le pore. Le boucher le tua,
dépeça, et vendit la viande, sans qu
personne s’aperçût de rien. |
Voyez Introduction XVIH.
A Î-choei (Chän-tong) un certain
Ma vivait avec sa femme née Wang,
Les deux époux s’aimaient tendrement.
Le Mà mourut jeune. Les parents dé
la jeune veuve, la pressèrent de se re:
marier. Même sa belle-mère, la voyant
encore si jeune, luï dit: Votre résolu:
tion de garder la viduité, est tré:
louable, il est vrai. Mais songez que
n'ayant pas de fils, vous resterez un
Bien d’autres, qui
avaient commencé par des propos trè:
nobles, ont fini par des actes fort hon-
teux. Mieux vaudrait vous remarier, el
suivre la voie commune. — La jeune
veuve jura qu'elle ne se remarierail
pas. — On finit par la laisser tranquil-
le. — Alors elle fit modeler en argile,
uve image de feu son mari, qu'elle
plaça dans sa chambre. A chaque repas.
elle servit cette image, comme elle
servait jadis son mari, de son vivant. —
Un soir, comme elle allait se mettre au
jour sans appui.
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— 135, 一 24]
lit, elle vit soudain l’image d'argile
bâiller, s’élirer, descendre de son socle,
et devenir en tout pareille à son défunt
mari. — Epouvantée, la jeune femme
allait appe'er sa belle-mère. Le koëi
Parrkta et lui dit: Tais-toi ! Je l'aime
tant! La vie aux enfers est si triste!
C'est pour une faute commise par mon
père, que je suis mort sans postérité.
Ta fidélité conjugale a touché le juge
des enfers. 11 m'a renvoyé, pour te don-
ner un fils — La jeune veuve pleura
de joie. — Ils s’aimèrent comme jadis.
Le mari partait au chant du coq, pour
revenir la nuit suivante. — Au bout
d’un mois, la jeune femme se trouva
enceinte. Ma mission est terminée, dit
alors le mari en pleurant. 1 faut nous
séparer, et cette fois pour toujours. 一
Avec le temps, la grossesse de la jeune
veuve devenant apparente, elle dut ra-
conter son histoire à sa belle-mère.
Celle-ci n'y crut pas trop. Cependant,
elle avait si bien gardé sa bru! Enfin,
elle resta dans le doute. — Au terme
de sa grossesse, la veuve accoucha d’un
fils. Les villageois rirent. Un ancien
qui avait des griefs contre les Mà, ac-
cusa la veuve d’inconduite. Le man-
darin la cita. — Aucun témoin n'ayant
pu affirmer rien de précis, le mandarin
dit: Je vais trancher cette question
d'après les règles. Les koëi ne pro-
jettent aucune ombre, leurs enfants ne
projettent qu'une pénombre; qu'on
expose l'enfant au soleil!.. Le corps de
l'enfant n'’intercepta pas la lumière,
pas plus que n'aurait fait une fumée
légère. — Faisons une autre expérien-
ce, dit le mandarin. Les images des
SIHBMENSDÉMEN IE SE ES Mio 0 End CU
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— 135, 136. —
pu
GD
D
. parents boivent le sang de leurs enfants
les autres images le repoussent. Qu'ol
. pique le doigt de l'enfant pour le fair
saigner! Qu'on frotte de son san
l'image d'argile, et une autre! La
satelliles exécutérent cet ordre. L'imag
d'argile bul le sang, l’autre ne l'absord
pas. — Allez en paix, dit le juge àk
veuve. — En grandissänt, le fils &
koei devint de lout point tellemei
semblable au feu Ma, que les plus ml
lintenlionnés durent renoncer à leur
soupçons.
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LE
Voyez Introduction XIT. 一 Les mandarins se s
vent encore de procédés de ce genre.Ïls sont génerals
ment tirés du traité de médecine légale 洗 %£ {4 S
guan-Lou, écrit en 1247, devenu usuel dans les préloist
vers le quinzième siècle.
ISRHAE>DAMNÈSS
136
Au nord de la ville de Linn-i-hi
(Chän-tong), devant ja fombe d'
Monsieur Ho, se trouve une tortues
pierre, qui ne porte plus de stèle. ER
en porlait une jadis, au temps
royaume hun des Chêu de Tchäo (fi
carte XV, quatrième siécle). Les tort
aiment l’eau. Chaque nuit, la tortue
pierre, portant sa stèle, allait prent
son bain dans la rivière voisine. Aus
avait-elle toujours, le matin, le &
couvert d'algues. Une fois, un pass
l'effraya. Elle jeta sa stèle et s'enfu
La stèle fut brisée.
A Lidu-linn-ts'ounn, village (
Tch'ang-p'ing-tcheou (Tchéu-li),
puit un cheval foulait et broutait le
céréales des paysans. Ne réussissas
pas à le prendre, ils montèreut la gard
CHRIS ) RÉRIMNREAD NX |
Dh NE EG DE En En D hr LE DS ÉD NN BE QE
MANMBR | NESBRMEANEL EH
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(été ) RG EE SRE
Dé [IF ME ji EXP GT CU M > ST 2 AU ET OT CEE NN SN L JP ER NN TA PU EU FE XX «D HI
PSS SE D ad CE DE 4 2 8m SR D NL IL Sen D ER LA a du
NS SRÉSSENDSMMUINESMINTSRSAEEE
DU INEIN>-ASEÉNNSRDÉNI-ERNSRDENS
SEM SRRSENNREUMNSRRERS SON. Se M
— 136, 137. — 249
avec leurs arcs. Une nuit, le cheval
reçut une flèche. Il s'échappa. La trace
de son sang conduisit les paysans à un
cheval de pierre, érigé devant la tombe
d'un noble personnage. Ce cheval était
blessé au flanc. On sut ainsi que c'était
bien lui l’auteur des déprédations noc-
turnes. | |
Près de la porte seplentrionale de
la ville de Kiä-houo-hien (Hôu-nan),
s'élève un pont, jadis appelé le pont
des enfants, parce qu'il était orné den-
fants en pierre. Ce pont est fort ancien.
A force de vieillir, les enfants de pierre
devinrent transcendants. Ils couraient
les rues la nuit, frappaient aux portes,
gambadaient sur le marché. Cela finit
par ennuyer les paisibles bourgeois.
Une nuit, quelques braves montlèrent la
garde en armes. Ils virent les enfants
de pierre descendre de leurs niches,
se jetérent sur eux, et leur abattirent
la tête à coups de sabre. Depuis lors
les apparitions noclurnes cessérent, et
Ja paix fut rétablie.
Voyez Introduction XIX,
137
Un certain Séng-tingpai de Nan-
yang (Heüe-nan), jeune mais brave,
dut un jour faire une marche de nuit.
Il rencontra un revenant. Qui es-tu?
lui demanda-t-il. — Je suis un koëi,
dit le revenant; et toi, qui es-lu? —
Moi aussi, je suis un koëi, dit le
Séng. — Où vas-tu ? demanda le reve-
nant. — Au marché de Wän, dit le
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— 137. —
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Séng. 一 EL moi aussi, dit le revenang
faisons roule ensemble. 一 Quand
eurent chemiué un cerlain temps, À
revenant dit: À marcher ainsi, nc
nous faliguons tous les deux. Si no
nous portions l’un l’autre, à tour 4
rôle? — Accepté, fit le Song. — Le
venant le prit sur ses épaules. Oh!
il, comme tu es lourd! Tu n'es past
koëi. — Je suis koëèi depuis peu
temps, repartit le Séng; je ne suisf
encore parfaitement déféqué; vo
pourquoi je suis encore lourd. — Qua
Ce fut au tour du revenant d’être po
le Séng constata que de fait il ne pes
rien. Tout en le portant, il lui dem:
da: Toi qui as de l'expérience, dis-1fi
s’il te plait, à moi qui ne fais que 4
buter, ce que je devrai craindre dés
mais dans mon nouvel état? — Les k
ne craiguent qu'une chose, dit le re
nant, à savoir les crachats des viva
. qui les paralysent. — On arriva
bord de l’eau. Passe le premier, dit
Séng. — Le koëi passa, sans qu'on (
tendit le moindre bruit. Quand le S4
passa à son tour, l'eau clapota. — Qu‘
cela? dit le revenant. Non tu n'es
un koëi! 一 Je suis mort il y a peu
jours, dit le Séng, je ne suis pas 4
core ethenise; de là ce clapotis. 一
arrivèrent au marché de Wän, le
portant le revenant. Soudain le
étreignit le koëi si violemment, q!
Jui 0ta la parole et le mouvement. Pd
d’un coup d'épaule, il le jeta à terre.
Le koei avait pris la forme d’un m
ton. Le S6ng cracha sur lui, ce qui
paralysa sous cette forme. Vite le St
chercha un acquéreur, auquel il ven
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M Dee 0e gun en DU NE DCE SU ON e HEIN NS IS ML RS DE
”一 137, 138. 一 251
son koëi pour 1500 pièces de mon-
naie. — Les contemporains rirent tout
de même un peu, et le dicton suivant
devint courant: Pour qui veut des koëi,
c'est chez Sông-tingpai, à 1500: pièce.
Voyez Introduction VII et IX. 一 Quand les païens
veulent écarter une âme, ils erachent Ainsi les assistants
d’une exécutivn capitale, crachent vers le supplicié, pour
empêcher son âme de s'attacher à eux.
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138
Un bachelier Liéu du Où-kfang
(Kiäng-sou), était précepteur dans la
famille Tsiang de Yaän-hoao. Il revint
chez lui, pour la fête des tombes
(5 avril). Son congé étant expiré, il dit
à sa femme: Je retournerai à Yuân-
Aouo demaën. J'ai un ami à visiter, sur
le chemin. Prépare-moi à déjeuner de 、
très bonne heure. — Le lendemain, la
femme se leva avant le jour, lava le
riz, cueillit des légumes, et fit cuire le
tout. — Leur maison était située entre
une colline et l’eau, en-dehors du vil-
lage. — Comme le soleil se levait, la
femme appela Soa mari. Il ne répondit
pas. Elle entr'ouvrit les rideaux, et vit
le corps de son mari gisant sur la cou-
ehe décapité. La tête manquait. Pas
une goutte de sang n'avait coulé. 一
Epouvaatée, la femme appela les voi-
sins. — C’est sur elle qué se portérent
tous les seupçoens. 一 Son mari, disait-
on, l’aura surprise en adultère. Son
amant lui aura coupé la tête. — Bref,
le mandarin averti, vint examiner le
cadavre, arreta la femme, l'interrogea,
la tortura. Comme elle n’avouait pas, il
252 一 138, 139. 一
TT
l'incarcéra, en atlendant. — Il y aval
des mois que la malheureuse languis
sait en prison, quand un villageoë
étant allé couper du bois sur la colline
remarqua, dans une tombe en ruin
un cercueil bien conservé qui lui pa
entr'ouvert. Soupçonnant que des ma
faiteurs avaient pillé cette sépulture,
avertit le village. Les villageois vinre
en nombre. Le cercueil fut ouvert. H
reur! } contenait un vampire, au vi
vermeil, au corps couvert de longspoi
blancs. Les deux bras du monst
étreignaient une tête, qu'on reconn
être celle du bachelier Liôu. — Vite
avertit le mandaiin, qui arriva avec
suite. On eut beau tirer, le vampire
lâcha pas la tête. Qu'on lui coupe |
bras! ordonna le mandarin. — On
alors du sang frais couler en abondan
du corps du vampire, tandis que lat
du bachelier sucée, n'en contenait pl
une goutte. — Finalement le mandar
fit brûler le vampire. Puis il acquil
la pauvre veuve.
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Voyez Introduction IX. 一 Tele enlevée après le
ver de la femme. 一 Les poils blancs des vampires,
probablement le mycéliom d’un champignon, ou
moisissure, les cadavres chinois enveloppés dans
habits el du coton, séchant plutôt qu'ils ne pourrissst
159
CUBRÈÉÉ ) ÉSNIIIENRSDDESSE TE
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Un étranger trés fort et sans peu
séjournait au Hôu-koang dans une vieil
pagode solitaire. Une nuit qu'il se pro
menait dehors par un beau clair à
lune, il vit entrer dans un massif d'af
bres, un homme coiffé d’un bonnet |
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la mode des T'ang. Comme il voltigeait
plutôt qu'il ne marchait, l'étranger se
douta que c'était un koëi. Il le suivit
de loin, et le vit disparaître dans une
tombe ancienne, située en plein bois.
Pas de doute; l'être mystérieux était
un vampire. — Or l'étranger avait en-
tendu dire, que le plus mauvais tour
qu'on puisse jouer à un vampire, c’est
de lui dérober le couvercle de son cer-
cueil. Tout le monde raconte cela, se
dit-il; voilà le moment d'en faire jex-
périence. — La nuit suivante, il se mit
en embuscade dans le bois. Un peu
avant minuit, le vampire sortit de la
tombe. L’étranger le suivit. — Le vam-
pire se rendit à un grand bâtiment à
étage. D'une. fenêtre, une femme vêtue
de rouge lui jeta une corde blanche.
Le vampire grimpa à l'étage, et se mit
à bavarder avec la femme. — C'est le -.
moment, se dit l'étranger. — Vite, il
courut à la tombe, en'eva le couvercle
du cercueil, et le mit en lieu sûr. Puis
il se cacha dans un fourré, pour voir
ce qui arriverait. — Vers le matin, Île
vampire revint. Quand il eut constaté
la disparilion du couvercle, il manifesta
un grand effroi, furela aux alentours,
puis courut à la grande maison, et de-
manda asile à grands cris. La femme
parut à la fenêtre, mais ce fut pour
faire des gestes de refus. Le vampire
sautait et hurlait de désespoir. Soudain
les coqs chantèrent. Il tomba comme
foudroyé. La femme s'affaissa aussi à
sa fenêtre. — Au matin, des passants
trouvèrent le corps d’un homme vêtu à
l'antique, gisant devant le temple des
mânes de la famille Tcheôu. A l'étage
— 139, 140. —
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de ce temple, était remisé le cercue
non encore enseveli d’une femme
cetle famille. Le cercueil était ouve
et la femme vêtue de rouge et ceint
d'un lien blanc, gisait sur le pla
cher. 一 L'étranger raconta ce qu’
avait vu la nuit. — On brûla les de
vampires sur le même bûcher.
Voyez Ilatroduction IX et XII. 一 Le couvercle
cercueil étant enlevé, le corps du vampire, atteint
les intempéries de l'air, se décompose.
140
Le temple K'äi-chan-seu, dans |
village Tchoùnn-ts'ai-li, fut primiliv
ment la propriété d'un certain Wäi
ying, bourgeois de la capitale (La
yang, Heüe-nan). Cet homme éta
mort jeune, sa veuve, née Leäng, n'at
tendit pas la fin du deuil pour épou
un certain Hiäng-tzeutsi, originaire d
Heüe-nei. Bien plus, elle installa so
nouveau mari, dans la maison de l’a
cien. — Le défunt apprit ces actes
sa veuve. I] revint en plein jour, à ch
val, avec une escorte, et cria devant
porte, à son ancienne femme: « C’
aiasè que ta m'as oublié! » — Le nou
veau mari banda sen arc et lui décoc
une flèche. — Atteint en pleine poi
trine, le cavalier tomba de sa montu
Tout son cortège tomba avec lui. L’ex
mari était une statuette en bois de
cher, le cheval et le cortège étaient d
simulacres tressés en paille et jonc.
Éffrayée, la femme fit don de cette p
priété aux bonzes, qui y érigèrent le
temple K’äi-chan-seu.
Texte du sixième siècle. — Figurines des cortègss
funèbres. Voyez TP page 9; et Morale et L'sages,
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41. 一 255
seconde édition, page 533. C'est l'âme du mari, qui revint
dans sa statuette.
141
Le chancelier Teéu-poui étant
avancé en âge, obtint sa retraile, et
- revint à T'ai-yuan (Chän-si) son pays
natal. Il se logea, au nord de la ville,
Sur un-terrain dépendant du Yang-k'iu-
hien. — Un être mystérieux hantait ce
pays. Il apparaissait surtout dans les
épais brouillards qui suivaient les gros-
ses pluies. Beaucoup de gens l'avaient
rencontré, plusieurs étaient morts de
peur. On finit par promettre une récom-
pense de cinq mille pièces de monnaie,
à quiconque en débarrasserait le pays.
Personne ne voulant se risquer, Teéu-
poui qui était fort et braye, s'offrit. 一
IH sortit le soir, à la recherche du
spectre, et le rencontra au moment où
celui-ci sortait de son repaire. Il lui
décocha aussitôt une flèche, qui le tou-
cha. Le spectre prit la fuite. Teéu-
poui lui donna la chasse, et lui tira
encore deux flèches. Le spectre se jeta
dans un précipice. 一 Teôu-poui revint,
chantant vicloire. On but à sa santé
pour cinq mille sapëques de vin. 一 Le
lendemain, on chercha dans le préci-
pice. On trouva un Fäng-siang-cheu
percé de trois flèches. Les apparitions
cessérent. |
Voyez Introduction XIX. 一 1 s’agit d’un méi, vieil
objet devenu transcendant. 一 “#$ #f 氏 Fäng-siang-
cheu ou 天 路 种 K'äi-lou-chenn, image en brin-
dilles et papier, portée en tète de toutes les processions
funèbres. C’est un chénn, chargé d'ouvrir la voie, c'est
à-dire d’écarter du chemin tous les influx néfastes. La
coutume, générale dès la dynastie Hén, parait remonter
aux Tcheou. Voyez TP page 85.
Ë
一 149, 143. 一
&
en
Ga
142 142
Sous les premiers Séng (5° siècle)
un étudiant était allé au loin pour trol
ver un maître. Une nuit que ses p:
rents veillaient auprès du feu, le jeur
homme leur apparut soudain et le
dit: Je ne suis plus en vie. C'est m
âme que vous voyez et qui vous ar
Tombé malade au commencement de (
mois, je suis mort aujourd’hui, à tell
heure. Un certain Jénn-tzeutch'eng d
.Lâng-ye (Chän-tong}), a pris soin 1
mon cadavre. Demain 计 le mettra 6
bière. Je viens vous chercher pour |
cérémonie. — Il y a mille stades di
à Lâng-ye, dirent les parents; comnrer
pourrons-nous arriver à temps? — U
char vous attend à la porte, dit l'âme
Venez! Vous arriverez à temps. — Le
parents montèrent dans le char, ets’
assoupirent. Au chant du coq, ils
trouvèrent à Läng-ye. Quand ils exa
miuerent le char qui les avait trans
portés si loin avec une telle rapidité
ils constatèrent que c'était un de ce
chars en papier attelés d'un cheval d
bois, que l'on offre aux mourants pou
le grand voyage. Ils trouvèrent Jénn
tzeutch'eng, et.pleurérent leur fils
sa mise en bière. Tous les renseigne
ments que l’âme leur avait dounés, 4
trouvèrent, vérification faite, scrupu
leusement exacts.
Voyez Introduction XI. — Pour le char de l'âme
voyez Morale et Usages, seconde édition, page 495.
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_— 148, 144. 一 257
cerlain Sôu-nants'ounn était à l'agonie.
Soudain il demanda à ceux qui l’assis-
taient: Li-kingie et Wèi-tchaofang
sont-ils venus? — Personne ne com-
prenant rien à celte demande, pn lui
donna une réponse évasive. — Au bout
d'un certain temps, le moribond de-
manda encore: Sont-ils venus? — Non,
lui dit-on. — Appelez-les vite, dit-il;
puis il tomba dans le coma. — Voyant
que la mort était imminente, on courut
au marché acheter un palanquin en
papier pour l’âme. Quand les familiers
l'examinérent, ils virent des noms
écrits sur le dos des deux porteurs.
L'un s'appelait Li-kingie, et l’autre
Wéi-tchaofang. lls comprirent alors le
sens des questions du moribond. Dès
qu'ils eurent mis le feu au palanquin,
Sôu-nants'ounn expira. — (Ce n'est
pas l’usage d'écrire des noms sur les
figurines funèbres. L'auteur de celles-ci
l'avait fait, par plaisanterie sans doute.
Et Sôu-nants'ounn avail eu révélation
des noms de ceux qui devaient empor-
ter son âme. N'est-ce pas singulier?
Voyez je numéro précédent. — Chars, dans le nord ;
palanquins, dans le midi de la Chine; pour les âmes,
comme pour les vivants.
14%
Dans le district Oü-tch'eng-hien du
Hôu-tcheou-fou (Tchée-kiang), il y
avait jadis un temple, dédié au « Prince
courageux et valeureux». Voici à quel-
le occasion il avait été bâti. Au moment
où les provinces secouërent le joug de
la dynastie mongole Yuan (avènement
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一 144. 一
des Ming, fin du 14° siècle), dans 0
pays-là un jeune homme leva une ban
de de parlisans, et altaqua le général
Tchäng-cheutch'eng. Il fut battu €
tué, Ses amis le pleurèrent, et lui éle-
vérent un temple, sous le vocable du
« Prince courageux et valeureux». 一
En l'an 1777, un bourgeois de Où:
tch'eng-hien nominé Tch'êénn, étan
allé brûler des parfums à ce temple, et
revint obsédé, au point qu’il finit pa
se pendre. Son frère aîné Tch'éna:
tchengtchoung, prit fort mal la chose
On n'élève de temples qu'aux ché
bienfaisants, dit-il; les koèi malfai
n'ont pas le droit d'en avoir. — Com
c'était un homme intrépide, il alla at
temple en question, et fit parler le des
servant. 用 n’y a pas que votre frère,
lui dit celui-ci. Les deux premier
hommes qui ont brûlé des parfam
dans ce temple cette année, sesont pes:
dus tous les deux. — Furieux, Tch'èns
tchengtchoung alla quérir ses ouvriers
Hs vinrent en nombre, armés de pioches
el eurent tôt fait de démolir la stat
du Prince courageux et valeureux. -
Quand le peuple le sut, beaucow
eurent peur. On avertit même le man
darin, de ce que certains qualifaies
d’attentat. Tch'énn-tchengtchoung cité
déclara le motif qui l'avait fait agir
Il ajouta que le Prince courageu
et valeureux n'étant mentionné, ni dax
l'histoire nalionalce, ni dans les annal
locales, c'était un. chenn ou un kk
interlope, n'ayant pas droit à un te
ple. Metlez à la place de celle que ‘d
abattue, une statue de Koän-ti, qu
sera une source de bénédictions pour k
一 144. 一 | 259
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peuple. Je la paierai volontiers. — Le
mandarin Joua hautement Tch'énn-
tchengtchoung, et décida qu'il serait
fait comme il venait de dire. — Deux
mois plus tard, une fille nubile de la
famille Soünn, fut soudain possédée par
un esprit malin. Je suis le Prince cou-
rageux et valeureux, criait-elle. Un
méchant ayant brisé ma statue, m'a
réduit à errer. Servez-moi du vin et
des mets! — Les accès de cette fille se
succédant, son père alla trouver le
Tch'ênn. Laissez-moi faire, dit celui-
ci. — Après s'être armé d'une branche
de pêcher, il alla droit chez les Soann,
et entra en criant du haut de sa tête:
C'est moi qui ai démoli ta statue! C'est
moi qui t'ai jeté dehors! C'est à moi
qu'il te faut t'adresser. Laisse cette
fille en paix. Mendiant! Pique-assictte!
Avec des manières. pareilles, tu veux
qu'on t'appelle Prince courageux et
valeureux. Rougis si tu peux, et déguer-
pis au plus vite! — Le voilà encore, le
méchant, gémit celui qui possédait la
fille. Je m'en vais! Je m'en vais! —
Craignant un relour offensif, le Soûnn
pria le Tch'énn de loger chez lui. Tant
qu'il était dans la maïson, la fille se
portait bien. Chaque fois qu'il s’absen-
tait, elle était reprise de ses accés.
Eufin Tch'énn-tchengtchoung conseilla
à son père, de la marier le plus tôt
possible à un jeune homme de l'endroit.
Quand elle fut mariée, les accès cessè-
rent.
Preta famélique. 一 Le bois de pêcher chasse les
koëi. Voyez TP pages 83 et 84. 一 Le mariage guérit les
hystériques.
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145
A Pékin, un garde impérial pass
ses loisirs à courir le lièvre. Un jd
son cheval s’emballa. Un vieillard tira
de l’eau d'un puits. Dans sa course f
le, le cheval le heurta, et le précipi
dans le puits. Quand le garde fut ar 中
à maîtriser sa bête, il s’enfuit en tou
hâte. 一 La nuit suivante, le vieille
lui apparut, et lui dit, avec accomp
gnement d'injures: Je sais bien qi
c'est ton cheval qui m’a poussé da
le puits. Mais toi, tu n’as rien fait pa
m'en retirer... Et ce disant, il se mit
briser la vaisselle, et à lacérer le papi
des fenêtres. — Toute la famille :
ternée lui fit des excuses et lui 0
des libations. — Cela ne suffit pas,
le koëi. J'exige que vous m'érig
une tablette, porlant mon nom, qt
voici. Chaque jour vous m'offrirez à
pieds de cochon. De plus, vous 4
ferez les mêmes offrandes réguliéf
qu'à vos ancêtres. À ces conditions,
me liendrai tranquille. — Il fallut
passer par là. Cela dura plusieurs
nées. — Depuis le jour de laccid
le garde avait évité de repasser prés
malencontreux puits. Un jour qu'ilé
de service, le cortège impérial pa
par là. Il essaya de se faire dispen
mais fut rebuffé, et de plus moq
Quas-tu à craindre, lui dirent ses
marades, en plein jour, avec tant
compagnons ? — Force lui fut donc
s'exécuter. Quelle ne fut pas son é
vante! Le vieillard tirait de l'eau.
qu'il vit le garde, il se jeta sur lui,
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— 145, 146. — 261
criant: Je te liens, enfin! Être sans
" entrailles! Après m'avoir jeté dans le
puits, Lu n'as rien fait pour me retirer!
Attrape ceci!.. et les coups de pleuvoir
sur le garde, aussi dru que les inju-
res. — Mais, balbutia celui-ci, ne vous
ai-je pas fait des offrandes chaque jour,
depuis plusieurs années? Pourquoi
revenez-vous sur la parole donnée? —
Des offrandes, cria le vieillard. Veux-
tu dire que je suis un koëi? Sans doute
ce n’est pas ta faute que je sois encore
en vie. Mais après ton départ, un pas-
sant plus humain que toi, m'a retiré
du puits. Est-ce pour m'insulter, que
tu te donnes [air de me prendre pour
un koëi? 一 Alors j'ai été mystifié, dit
le garde; veuillez venir chez moi. — Il
le conduisit à son domicile, et lui dit:
Voyez votre tablette! — Ma tablette,
dit le vieillard ; mais ce n’est pas ainsi
que je m'appelle! 一 Le vieillard com-
prit alors qu'un koëi rôdeur, spectateur
de la tragédie du puits, l'avait exploitée
à son profit, et s'était fait nourrir par
le garde durant plusieurs années.
Furieux, il brisa la tablette et renversa
les offrandes. — Un éclat de rire rail-
leur retentit dans l'air. Le koëi intrus
était parti.
Les koëï exploitent les occasions qu’ils rencontrent,
ou qu'on leur suggère. De là la crainte générale de
certains conseils ou souhaits ; par exemple, à un cocher:
ne versez pas !.. à un maçon qui monte à une échelle :
ne lombez pas!.. Ces paroles sont néfastes. Car, si un
koëi rôdeur les entend, elles lui donneront l’idée de faire
verser le cocher, de faire tomber le maçon. Il n'y aurait
peut-être pas pensé, de lui-même.
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Deux bourgeois de Nankin, un
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Son cercueil déposé dans la gra
Son séant. Il avait le visage noir,
La ceinture qui liait les anneaux :4
Tchäng et un Li, liés d'amitié, faisait
ensemble le commerce à Canton.
Tchäng ayant dû revenir, le Li lui re
une lellre pour sa famille, que
Tchäng remit fidélement. Il apprit «
le père du Li venait de mourir, et
Salle. Il lui offrit donc les lamentatit
et les offrandes d'usage. Très touch
Madame Li, la mère de son ami, le
mercia, lui offrit à souper, et un f
pour la nuit, car il se faisait tard.
La largeur d'une cour, séparait
chambre qui lui fut assignée, du ct
cueil. Vers la seconde veille de la nt
le Tchäng ayant entendu un léger bn
regarda par une fente du papier de
fenêtre. II vit un singulier manège, 4
l’inquiéta passablement. La veu
tenant un bâlon d’encens allumé, se
pandait en supplications devant le ce
cueil de son mari. Puis, étant ver
doucement jusqu’à la porte du Tchäs
elle détacha sa ceinture, la passa da
les anneaux extérieurs, lia forteme
les deux battants, puis se retira. —
Tchäng n'osa pas se mettre au |
Comme il regardait de nouveau par
fenêtre, il vit le cercueil s’ous
L'homme qu'il contenait, se dressa
yeux caves et flamboyants, l'air hide:
et féroce. Après avoir humé l'air,
sortit du cercueil, et courut droit à
porte du Tchäng, poussant des siff
ments, et soufflant une haleine glacia
rompit. Le Tchäng eut beau appuy
de toutes ses forces contre la port
celle- oi céda, et le vampire se précipi
|
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daus la chambre. Le Tchäng se réfugia
derrière une armoire, qu'il poussa
quand le vampire l'attaqua. L'armoire
S’abatlit sur le vampire. Le Tchang
Sevanouit, 一 Cependant la veuve et
ses domestiques ayant entendu le fracas
de cette lutte, accoururent avec des
lanternes. Quand le Tehäng eut été
ranimé avec de la tisane de gingembre,
la veuve lui dit: C'est mon mari, qui
vient de vous effrayer de la sorte, De son
vivant, c'élait un mauvais drôle. Depuis
qu'il est mort, il fait le sabbat. La nuit
dernière, il m'est apparu et m'a dit:
Un certain Tchäng va apporter une
lettre. 11 porte de l'argent. Je le vole-
rai. La moitié sera pour moi, l'autre
pour toi... Je pris cela pour un vain
rêve. Mais quand vous eüûtes de fait
apporté la leltre de mon fils, je br0lai
de l’encens devant je cercueil de mon
mari, et le suppliai de se désister de
son méchant projet. Je liai aussi votre
porle, pour qu'il ne pût pas l'ouvrir. Je
ne pensais pas que la force de cet être
féroce fût si grande. Un peu plus, il
vous arrivait malheur. — Ces explica-
tions données, la veuve et ses gens tiré-
rent le vampire de dessous l'armoire, et
le reportèrent dans le cercueil. — Vous
ne pouvez pas conserver ce corps, dit
le Tchäng à la veuve; c'est un fléau
public. — Vous avez raison, dit la
veuve. Mais, comme c'est le corps de
mon mari, je n'ai pas pu jusqu'ici me
résoudre à le détruire. Je vois bien
maintenant qu'il faut en venir là. 一
Le Tchäng invila des bonzes de renom,
qui firent Ja cérémonie du passage de
l'âme, puis incinérérent le corps.
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一 146, 147. 一
CES
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Depuis lors, la veuve vécut tranquilk
Voyez Introduction IX,
147
Au Fôu-kien, le cimetière de |
grande famille Li de Nän-hi, situé 引
une hauteur, déversait sur les Liui
flux faste puissant. Un magicien tai
nommé Ki, résolut de s'approprier
influx. Il avait une fille malade à
Ua jour il lui dit: Je suis ton pére
_ maître. D'ailleurs tu ne guériras jamaë
Je vais prendre une partie de ton corg
pour le bien de ma famille. Tes 4
dériveront vers nous le bonheur d
Li... Cela dit, sans attendre sa répous
il lui coupa un doigt, l'enferma d
une corne de bélier creuse, et l'ent
secrétement dans le cimetière des Li.
À partir de ce jour, chaque fois qu
Li gradué mourait, un Ki conqué
les grades. Chaque fois que les y
des Li avaient donné tant de grain
moins, les terres des Ki en dounéra
autant en plus. Cela fit parler, ma
personne ne découvrit le mystére. «
Une année, vers la fête des tomh
(5 avril), les villageois portant en pr
cession la stalue du génie du lieu, la
cortège passa, bannières déployé
près du cimeliére des Li. Soudain
porteurs de l’image, cloués au sol,1
purent plus avancer. Un jeune homm
subilement possédé, cria «au tempk
au temple! ».. La foule le suivit. Il
ta sur le piédestal vide, et déelama:
suis le Génie du lieu. Un charme
enterré dans le cimetière des Li. Pren
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一 147, 138. 一 265
des pioches. Prenez des coïdes. Main-
tenant « au cimetière! au cimetière! »..
La foule le suivit encore. 一 Creusez,
dit-il. et l'on découvrit une corne de
bélier creuse, contenant un petil ser-
pent. Sur la corne étaient gravés les
ooms de tous les membres du clan
Ki. — Allez saisir le chef de ce clan,
cria le jeune homme, et amenez-le
lié. — Puis il cria: Qu'on le livre au
mandarin! 一 Averti de toute l'affaire,
le mandarin examina et convainquit le
magicien, qui subit la peine capitale.
La prospérité des Li redevint intense.
Ils se moutrèrent reconnaissants envers
le Génie du lieu.
Voyez Introduction XV.
148
Deux marchands de T'oùng-tch'eng
(Nän-hoei), un Tchäng et un Sù, liés
d'amilié, étaient allés trafiquer dans la
province du Kiäng-si. A Koàng-sina,
le Sû mourut dans la chambre haute
d'une auberge. Le Tchäng s'enquit d'un
marchand de cercueils, afin de pouvoir
meltre le corps de son ami en bière.
On lui en indiqua un. Il marchanda un
cercueil, que le patron lui fit deux
mille pièces de monnaie. Le Tchäng
croyait le marché conelu, quand un
vieillard, assis près du comptoir, lui
dit: C'est deux mille pour le patron,
et deux mille pour moi. — Trop che,
dil le Tchäng; et il retourna à l’au-
berge. La nuit, le cadavre du Sû se
releva, et Île battit si fort, qu'il dut
s'enfuir, — {| retourna au magasin. le
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148. —
lendemain, et offrit trois mille pièd
Le vieillard était encore là. Le patn
ne répondant pas, le vieillard dit{
Tchäng: On m'appelle le Tigre d
monts. Eh bien, foi de Tigre des mon
ou tu paieras quatre mille pièces, da
mille au patron et deux mille à moi,
tu n'auras pas de cercueil. — Trop ch
dit le Tchâäng.…. N'osant pas retdi
ner à l'auberge, de peur d’être enta
battu par le cadavre du Sû, il alla en
tristement dans la campagne. — %
dain un personnage à l’air affable, ba
be longue et robe bleue, lui appart
lui demanda: C'est vous qui narri
pas à acheter un cercueil ? — C'est mt
dit le Tchäng. — C'est le Tigre d
monts qui en est la cause? 一 Oni,(
le Tchäng. — Vous avez été battu
le cadavre de votre ami? — Oui, ail
Tchäng. — L'incoanu tira un objet
sa manche. Prenez ceci, dit-il; c{
la cravache avec laquelle Où-tsea
fustigea le cadavre du roi Ping |
Tch'èu. Retournez à l'auberge. Si
cadavre vous attaque encore, ne 4
nagez pas votre poignet. Je vous Pl
mets que vous aurez le cercueil, el 4
tout finira bien. — Le Tchäng otéil.
était à peine rentré à l'auberge, que
cadavre l’attaqua. Le Tchäng tou
sur lui à grands coups de cravache.
cadavre s’affaissa et ne bougea plus.
Le lendemain matin, il alla faire
nouvelle tentative au magasin. Le |
tron le reçut avec joie. Prenez le
cueil pour deux mille pièces de 中
naie, lui dit-il; nous sommes dé
rassés du Tigre des monts; quel 3
lagement pour le pays! Cet hou
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一 148, 149. 一 267
nommé Hoûng, était un magicien. II
entrait dans les cadavres des morts,
pour extorquer de l'argent aux vivants.
Il taxait et rançonnait tout le monde,
et malheur à qui ne le satisfaisait pas.
Chaque fois que quelqu'un mourait, il
venait chez moi attendre ceux qui vien-
draient acheter le cercueil, et exigeait
d'eux pour lui autant que moi je de-
mandais pour la vente. Si on ne le
satisfaisait pas, on était sûr d'avoir à
la maison des histoires de revenants,
Eafin il est mort subitement la nuit
dernière, on na sait pas de quel mal. —
Allons le voir, dit le Tchäng. — On dé-
couvrit le corps du magicien. Il était
sillonné de coups de cravache. 一 Le
Tchäng raconta l'apparition qu'il avait
eue. Quand il eut décrit le personnage:
C'est notre Génie du lieu, dirent les
villageois.
Pour l'aneedote de Où-fzeusu, voyez TH page
338. — C'est le magicien qui, entré dans le cadavre du
Sé, battait le Tchang, pour arriver à lui faire payer
la taxe. Il fut tué par la cravache du Génie du lieu. —
Ce Génie est l'ennemi de tous les gredins, qui déshoao-
rent son territoire, et troublent ses habitants.
149
Sous Ja dyvastie Hän, un certain
Leäng-wenn du pays de Ts'i (Chän-
tong), était fervent taoïste. Il avait
installé dans sa maison un petit temple,
dans lequel il priait les ch6enn et leur
faisait des offrandes. Le sanctuaire de
ce temple, était fermé par un voile
noir. 一 Leâng-wenn pratiquait ces
dévotions depuis dix et quelques an-
nées, quand un jour, durant un
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>.
EX
268 一 149, 150. 一
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sacrifice, il entendit une voix, sortant dt
derriére le voile, lui dire: Appe le -na
Seigneur des hautes montagnes. 一
dévotion du Leang s’accrut notable
ment, cela se conçoit. Son chônn man:
geait et buvait beaucoup, mais il dox
nait de bonnes consultations sur le
maladies. Quand le Leâng l’eut sert
durant plusieurs années, le chénn 上
permit de pénétrer derrière le voile
dans le sanctuaire. Le Leang conversai
avec lui, mais sans le voir. — Un jou
que le chénn avait bu copieusement
de Leang lui dit: Je voudrais bien vou
voir. — Non, répondit le chênn; ma
je le permets de me toucher. — L
Leang ayant avancé la main, touch
une barbe, longue et soyeuse. 11 l'en
roula doucement autour de sa mais
puis soudain, donna un coup sec. LU
chénn poussa un bélement 1 Lo
Les assistants groupés dans le temp
aidèrent le Leäng à le tirer hors
sanctuaire. Capturé, le chénn derit
visible. C'était un vieux bouc, échapp
du bercail de Monsieur Yuän-lou, sej
ou huit ans auparavant. On le tua.
temple du Leang ne rendit plus d'or
cles.
Voyez Introduction XX.
450
(>+RUER ) SON ERNRE NK 2 CTP RATES D Ah
CSNSREE RATE RM REE SSS B AA ÊÉ EC RE am GENRES GE 6
Sous les Tsinn (3°-4° siècles),
Où-hing (Tchée-kiang) vivait un hon
me qui avait deux fils. Un jour que «
enfants travaillaient aux champs, À
virent accourir leur père, lequel, sf
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DÉNHET RODMI RIVE NE D SERRE où
— 150. — | 269
rime ni raison, les gronda et les battit.
Jls le dirent à leur mère. Celle-ci fit
des reproches à son mari. Extrêmement
étonné, le père dit à ses fils: C’est un
koëèi qui aura pris ma figure. S'il re-
commence, tuez-le. — Le lendemain,
les fils allérent aux champs armés, et
s'attardérent plus qu'à Fordinaire. Ne
les voyant pas revenir, le père inquiet
alla à leur rencontre. — Voilà le koëi qui
revient, dit l’ainé des fils au cadet. 一
Ils tuèrent leur père, et lenfouirent sur
place. — Cependant le koëi qui avait
assisté ‘invisible à la tragédie, revélit
la forme du père, courut à la maison,
et dit à la mère: Les enfants reviennent;
ils ont tué le koëi. — Quand les deux
fils furent rentrés, toute la famille se
réjouit. — Quelques années plus tard,
un maître ès sciences occultes passa
par là. Il dit aux deux fils: Vous êtes
d'une famille de malheur. — Les fils
rapportèrent cette parole au chef de
famille. Celui-ci entra dans une grande
fureur. — Les fils sortirent et dirent
au maître: Partez vile, pour qu'il ne
vous arrive pas de mal. — Au lieu de
s'enfuir, le maître entra hardiment
dans la maison, en maudissant du haut
de Sa tête. — Soudain le chef de fa-
mille se transforma en un vieux renard,
qui se cacha sous un lit. On le délogea
et on le tua. — Les fils apprirent alors
qu'ils avaient jadis tué leur vrai père.
ls exhumèrent ses ossements, et les
ensevelirent conformément aux rits. La
famille prit le deuil. Peu après, le fils
aîné qui avait porté le coup mortel, se
suicida. Le cadet mourut de chagrinet ,
de colère. -
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Mélange de renard, koëi et kodi. Voyez numéro 31
note.
151
Un certain Hoäng-chenn, de Mi-
ts’ounn dans le Kiü-young-hien, tra-
vaillait aux champs. Une dame venant
de l’est, passa par un sentier qui tra-
versait ses lerres, puis revint en sens
inverse. Même manège les jours sui-
vants. Le Hoang commença par trouver
la chose singulière, puis il conçut des
soupçons, enfin il se décida à inter-
peller l’inconnue. Où allez-vous ainsi?!
lui demanda-t-il. — La dame sourit, et
passa sans répondre. — Le Hoang fu-
rieux porla un coup de sa faux à la
pelite suivante qui marchait derrière la!
dame. 一 La suivante tomba. - La dame
disparut. — Le Hoâng se baissa pour
examiner sa viclime. Il ramassa une
queue de renard. — Les gens du pays
prévenus, battirent les environs, el dé-
couvrirent un terrier. L’ayant mis à
jour, ils prirent une renarde sans
queue.
Voyez Introductio® XX. |
152
Au Näân-tong-hien (Kiäng-sou),
une villageoise étant proche de son ter-
me, avait prié la sage-femme du lieu,
de passer la nuit chez elle. Son mar
s'était absenté pour la circonstance,
comme la coutume l'exige. Le lende-
main, quand.il vint demander des nou-
velles, sa femme lui présenta un beat
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garçon. Voulant s'acquitter aussitôt
d'un vœu qu'il avait fait pour l'obtenir,
l'heureux pere chercha l'argent qu'il
avait serré dans le traversin conjugal.
L'argent avait disparu. — Il y avait
quatre petits lingots, dit l'homme
surpris. — Ce n'est bien sûr pas moi
qui l'ai pris, dit la femme. Personne
n'ést entré ici, que la sage-femme qui
a passé avec moi la nuit dernière. — Le
mari alla trouver la sage-femme, et lui
dit poliment: Si vous pouviez retrouver
mon argent, je vous en donnerais la
moitié, et emploierais l’autre à m'ac-
quitter de mon voeu. — Voulez-vous
dire que je suis une voleuse? dit la
sage-femme en fureur. Pour votre inso-
lence, votre enfant ne vivra pas. Que
le tonnerre m'écrase, si j'ai vu l'argent
dont vous parlez. 一 L'homme rentra
chez lui l'oreille basse. Le troisième
jour, il dut prier la sage-femme de ve-
air laver son enfant. Elle refasa, mais
envoya sa fille. La nuit suivante, l'en-
fant mourut dans un accès de convul-
sions. — Nous avons peut-être mal jugé
la sage-femme, se dirent le père et la
mère, en pleurant; voilà que sa malé-
diction s’est accomplie. — L'homme
acheta une boîte en bois, et fit enterrer
son enfant dans un terrain vague. — Peu
après, un orage terrible éclata. Un coup
de tonnerre épouvantable, fit trembler
tout le village, qui se remplit d'une
forte odeur de soufre. — Quand l'orage
fut passé, des'gens tout effarés appelè-
rent notre homme, en lui disant: Venez
voir ce qui est arrivé près de la tombe
de votre enfant. — L'homme y alla. 一
Deux personnes étaient là agenouillées,
2
=]
to
一 152, 153. 一
foudroyées et carbonisées.' Chacun
_ tenait à la main deux lingotsd’argent.
tombe et la boîte étaient ouvertes,
l'enfant vagissait. De sou nombril son
tait le bout d’une longue épingle, qu'oi
retira aussitôt. — Le génie de la fou!
dre avait fait justice. Les deux femme
foudroyées, étaient, l'une la sage
‘ femme, l’autre sa fille. Sur l’ordre à
sa mére, cette fille avait enfoncé l’épin
gle dans le nombril de l'enfant, tandi
qu'elle le lavait. Le Ciel rendit au pére,
et son enfant, et son argent. 一 Le fail
est arrivé au Sixième mois de lan 179%
Voyez Introduction IV. 一 Les cadavres des pets
enfants, ne sont pas mis dans un cercueil, ni enterrés
dans le cimetière. On les met dans une boite, et on
enterre au bard du cimetière, ou au bout d'un champ, ot
dans un lieu vague quelconque.
|
153
RSDBRESS En | HSEREN
DUR RMNTÉRRÉUMNMESSERDNNÉERAANElLS
Un certain Tch'énn-ik'oei de Häng
tcheou (Tchée-kiang), habile magi-
cien, opérait par le moyen de divers
esprits. — Un jour qu'un ami nommé
Soûnn passait la nuit dans sa maison,
vers minuit, un vieillard sortit de des-
sous son lit, se proslerna, et Jui dit:
Veuillez prier maître Tch’êénn votre ani,
de me rendre ma tête. — Très effraÿé
le Soûnn se leva et alluma sa lampe
Le vieillard avait disparu. Il hr
sous lo lit, et découvrit un crâne. È
comprit alors que les esprits qui ser-
vaient le Tch'ênn, étaient des âmes
(inférieures) extraites par lui d'osse-
ments dérobés dans des tombes vio-
lées. — Le lendemain le Soann fitau
Tch'ênn une sérieuse réprimande
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CHÈNÈRÉS) Mamie +HRÉESX.
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Bud Vrt A an 2 Mot ES D SE ES St HI NE GE x
一 153, 153. 一 973
Celui-ci voulut d’abord nier; mais,
quand le Soünn lui eut montré le crâne,
il avoua. Tous deux le reportèrent alors
au tombeau, d'où le Tch'énn l'avait
soustrait. 一 Cela ne sauva pas le
Tch'ênn de la vengeance de ses victi-
mes. Peu de temps après, il fat battu
cruellement par une bande de koëi.
Les coups qu'ils lui donnèrent, lui fi-
rent autant de plaies charbonneuses. Il
mourut misérablement.
| Voyez Introduction XVIII.
154
À Pékin, quand les bébés pleurent
durant la nuit, on dit qu'ils sont tour-
mentés par des lutins, que le peuple
appelle «étoiles filantes ». 11 yavait dans
la ville un sorcier, qui savait exterminer
ces lutins, au moyen d’un arc en bois
de mürier, et de flèches en bois de .pé-
cher. — Or, dans la maison d’un asses-
seur, vivait une vieille femme, qui avait
été concubine de son arrière-grand-père.
Elle avait plus de 90 ans. La vieille
tante, comme on l’appelait, passait les
journées assise sur un lit en briques
chauffé, sans jamais parler ni sourire. Un
vieux chat ne la quittait pas. 一 L'asses-
seur avait un petit enfant, qui ne savait
pas encore marcher. Cet enfant pleu-
rait toute la nuit durant. L’assesseur
fit inviter le sorcier, à venir exterminer
« l’étoile filante » qui le tourmentait.
Celui-ci prit posilion dans la chambre
de l'enfant, prés de la fenétre, son arc
à la main, et une fléche munie d’un fil
39
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RO ER A 2 EN re St A 1 A | SSÉRERS
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de soie toute prête. La lune était t
brillante. Vers minuit, l'ombre d'u
femme, tenant une lance, et chevau
chant à travers les airs, se projeta st
le papier de la fenêtre. La voici, mn
mura le sorcier; et il décocha sa fléch
à travers le papier. On entendit un
missement, et le fil se déroula rapide
ment. On le suivit, jusqu'à la cham
de la vieille tante, dans laquelle 0
pénétra avec des lanternes. Elle ten
encore son chat entre les jambes,
avait l'épaule percée d'une flèche.
lance, qu'elle avait laissé tomber,
trouva être une gaule en bambou.
L'assesseur ordonna d'assommer
chat, et d'enfermer la vieille. On
laissa mourir de faim. — Depuis lo
l'enfant dormit paisiblement, et
pleura plus la nuit.
Comparez numéro 102.
155
Lorsque ‘Monsieur Tsiang, qui
depuis préfet de Ying-tcheou-fou (Ni
hoei), était encore maudarin de N
tcheou (Tchôu-li), il vit là un hom
qui mouvait continuellement ses
‘ gnets, comme s’il agilait des sonnetl
Il lui demanda d'où lui venait ce
L'homme lui raconta l'histoire suiv
Le. — Je suis originaire du petit vill
de X, adossé à la montagne. Jadis, ch
que nuit, un vampire établi dans u
caverne voisine, volait jusqu'à m
village, en quête d'enfants à dévorer.
Les villageois avaient beau se gard
PS SESNNDE SI TRSSNTE
ATARESSEATR SÉMENMRARENMIRENNAE
HFDTEËFÉNRANHNRÉHESIDBENNMADNNEM
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\
一 155, 一 275
le monstre arrivait toujours à faire
quelque prise. — Un jour nous appri-
mes qu'il y avait en ville un tâo-cheu
très habile, Tout le monde se cotisa.
On achela des présents, et des députés
invilèrent le tâo-cheu à venir délivrer
le village. 11 accepta, choisit un jour
faste, vint, dressa un autel, puis dit:
Par moa art, je puis tendre des filets
célestes et des filets terrestres, qui:
empécheront le vampire de fuir; mais
c'est à vous de le déloger et de le tuer.
Avant tout, il me faut un homme sans
peur, pour le rôle principal. — Comme
tous hésitaient, je m'offris. 一 Prends
deux sonnettes, me dit le tâo-cheu.
Tandis que les autres formeront une
enceinte au dehors, toi tu te tiendras
blotti près de l'ouverture de la caverne,
épiant la sortie du monstre. Dès qu'il
sera sorti, tu entreras dans la caverne,
et {u commenceras à sonner. Le son
des instruments en cuivre, enlève leur
force aux spectres. Il ne pourra pas
rentrer, et nous le tuerons dehors.
Mais, pas un arrêl dans La sonnerie, ou
tu seras immédialement saisi par le
monstre. — Nous disposâmes tout à la
chute du jour. Le tâo-cheu prit posi-
tion devant son autel. Les villageois
formérent le cercle. Le vampire sortit,
et voulut prendre son vol. Derrière lui,
je me précipitai dans la caverne, et
sonnai à lour de poignets. Arrêlé par
les filets du tâo-cheu, cerné par les vil-
lageoïis, le vampire se retourna vers moi.
Eperdu, je sonuais sonnais, à perdre
haleine. Îl me dévorait de ses yeux ful-
gurants, mais ne put pas me saisir.
Nous le continmes ainsi, sans oser
HÉRRSSREUNSE HS HR UMUEEE NN
— 155, 156. —
pds
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l'attaquer corps à corps, jusqu'a
premières lueurs de l’aube. Alors
tomba mort. Nous le brûlâmes aussi
Le tic que vous me voyez, m'est r
de la sonnerie ininterrompue, que jj
dû exécuter durant toute cette terribl
nuit. .
Voyez Introduction IX. — Bronze et pétards, chu
sent ou paralysent les fantômes. . |
4156
Un certain Li-kiou de Sü-tched
(Nan-hoei), colporteur de toile, ps
sant un jour à Hoùo-chan, trouva t
tes les auberges bondées. Force lui
de se réfugier, pour la nuit, dans ua
pagode. — 11 dormait profondémes
quand Wiéi-t'ouo le Protecteur lui
parut en songe, l'éveilla en lui frap
sur le dos, et lui dit: Vite, vite,
grand malheur te menace, réfugi
derrière moi. — Notre homme,
ahuri, se demandait ce qu’il ya
quand un cercueil déposé là, craqua
s’ouvril. Il en sortit un vampire,
couvert de poils blancs, les yeux cat
et élincelants, qui bondit sur le
Celui-ci eut tout juste le temps de
réfugier derrière la statue du Pr
teur. Les bras du vampire étreigni
la statue, tandis que ses dents s
fonçaient dans sa massue. — Aux
d'épouvante poussés par le Li,
bonzes accoururent avec. des lantern
Le vampire rentra dans son cerc
qui se referma. — Le Li raconta ce
venait d'arriver. Le lendemain les bd
zes avertirent le mandarin, qui !
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brüler le cercueil. Les dents da vampire
avaient brisé la massue du Protecteur
en trois morceaux. Le Li reconnaissant,
fit faire au Protecteur une statue neuve
dorée.
Voyez numéro 51 note.
157
Käo-mingking de Tzêéu-tch'oan
(Chän-tong), arrière-petit-fils de feu
. l'assesseur Käo-nientong, m'a lui-même
raconté l’histoire suivante. A partir du
jour de son mariage, il commença à
souffrir de vertiges, de suffocations et
de syncopes. Il entendait sans cesse
une voix d'enfant qui baibutiait lëi-lei.
Enfin il vit l'enfant, un petit être d'un
pied de haut, qui gambadait sur son
lit, se sauvait et disparaissait toujours
au même endroit quand il se voyait
observé. — Cependant Käo-mingking
dépérissait à vue d'œil, et ses accès
devenaient de plus en plus graves.
Convaincus qu'il s'agissait d’une obses-
sion magique, ses parents invitérent
un magicien, dont les charmes furent
impuissants. Alors ils mirent un sabre
sous l’oreiller du malade, et dissimulé-
rent un grand bassin plein d’eau, à
l'endroit où l'enfant disparaissait d’or-
dinaire. — Un jour que Käo-mingking
faisait la sieste après midi, l'enfant
parut. Le Käo braudit son sabre. Le
lutin fuyant en toute hâte, tomba dans
le bassin et fut pris — (C'était une
figurine en bois, vêtue de rouge, avec
une ficelle rouge serrée autour du cou,
comme pour léi-lei l'étrangler. On
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brûla cette figurine, et le Kao recouvra
la santé. — Le jour de cette exécution,
un menuisier mourut subitement dans
le village. C'était lui qui avait aménagé
la chambre nuptiale de Käo-mingking.
Les Käo l'avaient indisposé, en ne lui
payant pas ce qu’il demandait. Il s'était
vengé en cachant dans la chambre
nuptiale une figurine magique, qui
devait étrangler lentement le fils de la
famille. Son charme déjoué se retourna
contre lui.
Le narrateur de cette histoire, éerivait daus les
dernières années du dix-huitième siècle. — Envoûte- |
ment. Voyez Introduction XVIII. 一 Les charmes déjoués, :
se retournent toujours contre leur auteur. Comparez ;
numéro 12).
158
Wäng-pi, originaire de Ts'innd
teheou-fou (Kän-sou }, exérçait la mé-
decine à Yén-nan-fou (Chàn-si). Un
jour il se rencontra avee le sorcier
Wäng-wanli. Les propos du sorcier lui
ayant déplu, Wang-pi lui dit des ioju-
res. — La nuit suivante, Wâng-pi veil-
lant encore, entendit des pleurs dans
sa cour. li regarda par la fenêtre. Quoi-
que la cour fût brillamment éclairée
par la lune, il ne vit personne. Durant
plusieurs jours de suite, il entendit
ces pleurs, entremélés d'appels à la
justice. Pensant avoir affaire à quel-
qu'une de ces âmes vengeresses qui
assiègent la porte des médecins, âmes
de clients expédiés par eux dans l’autre
monde, Wâng-pi dit de sa plus grosse
voix: Je n'ai empoisonné personne, |
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— 158. — 279
que je sache. Que me veux-tu? — Vous
êtes le plus honnête homme que je
connaisse, dit le koëi. Veuillez inviter
dix de vos amis. Je ferai ma déposition
devant ce jury. — Piqué de curiosité,
Wang-pi réunit une dizaine d'amis.
Devant eux, le koëi parla de la sorte:
Je suis la fille d'un certain Tcheôu de
la Rivière Noire au Fông-tcheou. Mon
pére s'appelle Tcheôu-houok'ing. Ma
mére est née Tchäng. Je naquis alors
que la lune était dans le signe këéng,
aussi fus-je appelée Ue-si (lune à
l’ouest). J'avais 16 ans, quand ma mére
tomba malade. Mon père invita, pour
la guérir, le sorcier Wâng-wanli. Cet
homme me vit — Le cent cinquiême
jour après la mort de ma mère, jour
ping-tch'enn du neuvième mois de l’an
1337, mon père dormant ivre dans la
maison, et mon frère étant sorti pour
couper du bois, je me promenais seule
dans la cour, quand Wâng-wanli parut
soudain et récita sur moi une formule.
Je tombai sans connaissance. 11 m’em-
porta sur son dos dans un bosquet de
saules, me coupa les cheveux, en ft un
paquet qu'il ficela avec des fils de cou-
leur, et acquit ainsi sur moi (sur mon
âme) un empire absolu. Il y a quelques
jours, vous avez eu une dispute avec
cet homme. 1 m'a aussitôt envoyée ici
pour vous nuire. Voyant quel honnête
homme vous êtes, je n'ai pas pu m'y
résoudre, mais vous prie au contraire
de me procurer ma liberté, promettant
de vous servir comme votre fille. — En
disant cela, elle pleurait. Tous les
auditeurs furent aussi très émus. Ils
rédigèrent une pièce, qu'ils signèrent
一 158. 一
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tous, et Ia firent parvenir secrèteme
au mandarin. Celui-ci arrêta inopin
ment le magicien. La torture n'ay
pas pu lui arracher d’aveux, l’âme
Ue-si donna le conseil de fouiller
bagages. On découvrit toute sorte
formules et de sceaux magiques,
longues aiguilles, des clous, tout
qui sert aux envoûtements, enfin
paquets de cheveux. — Alors,
apitoyer le mandarin et sauver sa
si possible, Wang-wanli avoua,
raconta ce qui suil:.. Je suis de
ling. Voyageant pour apprendre
sciences occultes, je passai à
yuan. Là je rencontrai le magicien Li
alchimiste famé, qui m'apprit à exl
les âmes. J'avais vu, parmi ses bibe
un paquet de cheveux, ficelé avec
fils de couleur. Je lui demandai ceq
c'était. Ceci, me dit-il, est le cha
_ par lequel je possède l'âme de
yennou de Hiën-ning, extraite par
en 1330. Si vous. voulez, je vous la
derai pour 75 ligatures. — J’acceptai.
Le Liôu dansa la danse de U le 6ri
et brûla un billet portant ordre à
. yennou de venir. — Me voici, dit
sitôt une voix, dans les airs;
voulez-vous que je fasse? 一 Je v
dit le Liôu, que désormais tu sui
et serves ce Monsieur Wäng, qui
traitera bien. — Plus tard, passa
Fâng-tcheou, j'achetai de même
magicien Koäng, l'âme du ga
Kèng-want'oung. — Enfin je m'em
rai moi-même de l’âme de Tch
uesi. — J'avais fait vœu de ne ja
manger ni bœuf ni chien. Derni
ment, cédant à la gourmandise, |
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mang6 un cœur de bœuf rôti C'est
pour celte faule, sans doute, que me
voilà pris — Cependant, pour être
plus sûr, le préfet de Yên-nan-fou se
fit envoyer Tcheôu-houok'ing, par son
collègue de Füng-tcheou. Il le plaça
au milieu d’un groupe nombreux, puis
appela Ue-si. Celle-ci reconnut aussitôt
son pére, lui parla, et se fit reconnaîlre
de lui. — Plus de doute! Le préfet
incarcéra Wäng-wanli, et le laissa
mourir de faim. — Cependant Wâng-pi
rentré chez lui, se reposait de ses dé-
marches en buvant, quand il entendit
‘de nouveaux pleurs. On s'est occüpé
de Tcheôu-uesi, et on n'a rien fait pour
nous, disaient les âmes de Li-yen nou
et de Kèng-want'oung. — Wäng-pi dut
encore une fois s'adresser au préfet,
qui appela aussi leurs parents, les con-
fronta avec eux, et établit leur iden-
lité. 一 Cetle fois Wäng-pi se crut
débarrassé. Tout au contraire. Les trois
âmes se logérent chez lui. — Les génies
de la porte ne gardent donc pas la
mienne! s'écria Wâng-pi vexé..… Vous
n'avez pas affiché leurs images, mais
du papier de couleur seulement, di-
rent Jes trois âmes; nous sommes
entrées librement. — Me laisserez- vous
tranquille, si je vous brûle du papier-
monnaie, demanda Wang-pi.. Nous
n'avons qu'en faire, dirent les âmes. — .
Pour quand puis-je espérer votre dis-
solution ? demanda Wang-pi... À l'heure
du destin, dirent les âmes. — Quand
Wang-pi buvait, Kèng-want'oung qui
avait une jolie voix, chantait. Wang-pi
lui ayant une fois versé une bonne
rasade, il devint ivre el tint les p'opos
| 36
— 158, 159. —
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les plus drôles. 一 Une autre fois, u
invité de Wäng-pi lui versa une coup
de vinaigre. Quelle drogue piquante
cria Kèng-want'oung. Et pour se ven:
ger, il découvrit aussitôt divers ee
honteux de celui qui l'avait ainsi jou
L'invité dut sorlir tout confus. — LU
autre fois, Tcheôu-uesi s'étant disputé
avec les fils de Wâäng-pi, ceux-ci do
nerent des coups dans la direction
ils la. supposaient. On voit bien qu
vous ne savez pas ce que c’est qu'un
âme, dit Ue-si en éclatant de rire. La
âmes sont intangibles. — Ce grab
dura un mois environ, puis la
revint peu à peu dans la maison
‘Wäâng-pi.
YN
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S 2 1
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De
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要
Voyez Introduction XVIII. 一 Les magiciens a
pagaent leurs incantations, de gestes et de sauts.
159
Sôu-p'ei originaire dé Où-ko
(Chàn-si), était sous-préfet de Tch'i
k'ieu durant la période T'iën-pao ('
756). 11 avait donné sa fille en mari
à un certain Li. Ce Li donna sa far
à une concubine. La concubine che
à se défaire de l'épouse en titre.
s’'aboucha avec un sorcier. Celui
enfouit un charme dans la fosse a
immondices des Li, et enferma d
un mur de leur maison sept pou
de diverses: couleurs, qu'il avait a
mées. L'effet de ces pratiques der
être lent. — Cependant la concubi
mourut de maladie, emportant :
secret dans la tombe. — Avec le ten
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— 159. 一 293
des choses singulières commencèrent
à se passer dans la maison. Des femmes
de diverses couleurs apparaissaient.
Madame Li dépérit et finit par tomber.
gravement malade. — Monsieur Li invita
divers magiciens famés, qui.n'arrivérent
pas à découvrir là cause de ce hante-
ment. — Eu. désespoir de cause, Mon-
sieur Li recourut à la force. Il aposta
des gens intrépides, qui arrivèrent à
se saisir d'une de ces femmes. Elle
était faite comme une femme véritable,
et se débatlit avec force. Erfin ils l’a-
battirent à coups de sabre, dans une
mare de sang, puis la brülèrent. — Le
sabbat redoubla dans la maison hantée.
Les autres fantômes parurent vêtus de
deuil, et pleurèrent leur compagne. 一
Cependant, à force de les pourchasser,
en six mois les Li prirent encore cinq
fantômes, qu'ils brûlèrent comme le
premier. Un septième poursuivi, dispa-
rut dans Ja fosse aux immondices. 一
Monsieur Li ordonna de creuser cette
fosse jusqu’au fond. — On découvrit
un charme en bois de pêcher, et l'écrit
suivant: Moi concubine de monsieur
Li, pour faire périr la fille des Sou,
j'ai fait faire et. animer sept poupées.
Elles sont dans une niche du mur, à
l'est, là où il y a une marque. Avant
neuf ans, elles auront fait leur œuvre. 一
Monsieur Li ordenna immédiatement
de décrépir le mur de l'est. On décou-
vrit la septième poupée, qui fut brûlée
comme les six précédentes. — Aussilôt
les apparitions cessèrent, et Madame
Li recouvra la santé.
Voyez Introduction XVHI, et TH page 562 seq.
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rasol, dit le satellite. — Montre Wai
160
À Hoëi-tcheou-fou (Nän-hoei), |
Docteur Tai-youk'i ayant bu copieus
ment avec des amis, sortit de la vill
au clair de la lune, pour prendre l'ait
Comme il revenait, il rencontra, pr
du pont Loùng-k'iao, un homme ‘a
d'habits bleus et portant un paras
qui venait de l’ouest. Quand il vit Mon
sieur Tai, cet homme parut hésiter.
Docteur soupçonnant que c'était ul
voleur, le prit au collet et lui demand
qui il était. — Je suis un satellite ce
de plusieurs arrestations, répon
l'homme. — Un satellite, à cette heurt
en ce lieu! Tu ntens, dit le Docteut
D'ailleurs a-t-on jamais vu un satellil
venir de la campagne, pour arrëlé
quelqu'un dans la ville? Le prétoi
n'est-il pas en ville, et non à la ca
pagne ? 一 L'inconnu se prosterna
vant le Docteur, et dit: Je suis
satellite infernal. Je viens saisir
âmes. — Montre ton mandat, fit le D
teur. 一 Le satellite exhiba un mar
bien en règle, portant plusieurs no
Le troisième sur la liste, était un
sin du Docteur. — Celui-ci lacha
satellite. Cependant, voulant s'assu
de la vérité de cette histoire, et d
rant sauver son cousin si possible,
s'assit près du pont, et attendit le
tour du satellite. — Vers la quatriè
veille, celui-ci revint. — Les as-tut
pris? demanda le Docteur. — Oui, to
répondit le satellite. — Où sont-i
demanda le Docteur. — Dans mon
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(ER )HANESHAMDASNOM INSEE
NUM it RNB EDS ER HD ER HN HE
— 160, 161. — 285-
dit le Docteur. 一 Le satellite, entr'ou-
vrant son parasol, lui montra cinq mou-
ches vertes, attachées chacune par un
fil. Les pauvrettes bourdonnaient de
leur mieux. — Le Docteur se saisit du
parasul, et lächa les captives. — Trés
mécontent, le satellite reprit le chemin
de la ville. — Le Docteur attendit jus-
qu'au jour, mais ne le vit pas revenir.
ll alla alofs prendre des nouvelles de
son cousin. On lui dit: Vers minuit il
a été pris d’un mal soudain. On le .
croyait mort, quand il est revenu à lui.
Au petit jour, il est mort pour de bon.
Voyez Introduction XI. — Déférence des officiers
du monde inférieur, pour les lettrés, les gradnés, les
fonctionnaires. Voyez Introduction V.
461
À Nankin, l'enfant d'une famille
Liôu, un garçon âgé de sept ans, fut
atteint d’une inflammation accompa-
gnée d'enflure. On essaya de divers
remèdes, qui ne produisirent aucun
effet. Alors la mère de l’enfant s’adressa
à sa voisine, la femme d’un certain Jao,
qui était au service des juges infernaux.
Quand cette femme avait reçu:une mis-
sion, elle quittait le lit conjugal, se re-
tirait dans un cabinet, cessait de man-
ger et de boire, et demeurait gisante
dans un état cataleptique, jusqu'au re-
tour de son âme. 一 Donc, là mère de
l'enfant malade, lui dit: A votre pro-
chaine descente aux enfers, veuillez
prendre des informations sur le sort de
mon garçon. — Trois jours plus tard,
286- — 161. 一
la Jao dit à la Liu: Ne vous charind
pas. Dans son existence précédente
votre garçon aimait manger des g
nouilles. Il en a tué une quantité co
Sidérable. Leurs âmes se vengent su
lui maintenant. Cependant, com
aprés tout le Ciel autorise les hom
à manger les grenouilles, et que |
âmes animales sont gouvernées par
chênn des huit régions, pourvu qa
vous priiez le général Liôu-mong, vo
garçon guérira. — La mère fit ainsi,
l'enfant guérit aussilôt. — Une autn
fois, la Jao resta en catalepsie duranl
deux jours et deux nuits. Quand el
revint à elle, elle était exténuée et
verte de sueur. Ç'a été chaud, dit-el
à sa belle-sœur. J'ai dû prendre l'à
de la vieille X. S’est-elle débattue, ce
virago! Enfin je suis arrivée à la lier.
Où est-elle maintenant? demanda
belle-sœur. — Je l'ai attachée à l'a
bre, dans la cour, en attendant q
j'aie repris quelques forces. — La bell
sœur alla voir. Une mouche verte éta
attachée à l'arbre par un cheveu. El
la prit, et l’enferma dans sa boite
couture. Quand elle retourna voir jaJa
celle-ci retomhbée en catalepsie, hurl
piteusement. Dès qu’elle fut revenue
elle: Quel mauvais tour tu m'as joué,
dit-elle à sa belle-sœur. Je n’ai pas FA
livrer l'âme. J'ai reçu trente coups
rotin sur les cuisses. Si je ne la livré
pas dans le délai fixé, j'en recevrai da-
vantage. Rends-moi la mouche vert,
vite! — La belle-sœur ayant constaté
que ses cuisses étaient bleuies par une
récente baslonnade, rendit la mouche.
La Jao l’avala, et tomba aussitôt ea
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catalepsie, puis revint à elle, comme à
l'ordinaire. Maïs, depuis lors, jamais
on ne put plus tirer d'elle aucun ren-
seignement sur ce qu'elle voyait et fai-
sait aux enfers.
”Yoyez Introduction XI. — Comparez numéro 71. 一
Ames animales, voyez TP page 74. 一 Liéu-mong, un
génie local.
162
À Häng-tcheou (Tchée-kiang) le
bachelier T'äng-cheuk'ounn âgé d’une
trentaine d'années, était précepteur .
dans la famille Fân. Un soir d'hiver,
tous les élèves étant rentrés chez eux,
le bachelier étudiait dans son école bien
close et bien chaude. Soudain un hom-
me décapité entra par la fenêtre. Un
second le suivit, puis un troisième.
Enfin sept décapités, la tête suspendue
à la ceinture, entourérent le bachelier
paralysé par la terreur. Prenant leurs
têtes, ils firent ruisseler sur lui le sang
qui en découlait. Un froid mortel le
pénétra. Enfin le petit domestique de
l'école étant entré pour apporter au
maître son vase de nuit, les sept koëi
disparurent., Le bachelier tomba par
terre, sans connaissance. Le pelit do-
mestique appela au secours. Monsieur
Fân accourut. On mit tout le reste de
la auit, à ranimer le maitre avec de la
tisane de gingembre. Au jour, il de-
manda qu'on le portât à son domicilè.
Monsieur Fan fit vénir uo palanquin. 一
Il fallait passer devant le temple du
Génie de la ville. Soudain le Tang cria:
Arrêtez! Arrêtez! Reportez-moi à mon
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5 école, — Les porteurs le rapportérent.
yR Les sept décapilés m'attendaient dev
MY Je temple, dit-il. Je n'ai pas pu p
ser. — ]l s’alita donc dans son ec
Une fièvre ardente le saisit. Monsie
Fân fit venir sa femme. On le drog
le mieux possible. Il perdit conn:
sance durant trois jours entiers,
revint à lui, appela sa femme, et |
dit: C'en est fait de moi. Je vais mt
rir. Je reviens des enfers par fav
spéciale, pour te dire adieu. L'au
jour, quatre satellites infernaux m'a
saisi et entraîné.
poussière jaune m'aveugla. Je comp
que je descendais aux enfers. — Qu'
je fait? leur demandai-je. — Rega
ton visage, me dirent-ils. —.Comm
un homme peut-il regarder son visag
demandai-je. — Ils me passérent un |
tit miroir. — J’y vis mon existence ps
sée. Sous la dynastie Ming, je m'ap
Jais Où-ts'iang, et étais sous-préfet |
Leôu-hien (Kjäng-sou). Un jour se
brigands me furent livrés. Leur pr
devait aboutir à une condamnati
capitale. Ils avaient enfoui, .dans
endroit connu d'eux seuls, quarañ
mille taëls, fruit de leurs brigaudag
Ils dirent à mon secrétaire, un cer
Hù: Si le sous-préfet naus sauve la t
il y aura vingt mille taëls pour lui,
vingt mille pour vous. — Mou secréta
me fit leur proposition. Impossible
les sauver, répondis-jé. :— Baht dit m
secrétaire; tâchons d'avoir l'arge
vous leur couperez la tête ensuite. À
ne sera pas leur faire tort. Donnez-m
carte blanche. — Je le laissai faire.
Nous eumes l'argent, el les brigat
一 162. 一
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289
furent décapités. — C'est eux qui m’ap-
parurent l'autre jour. Aux enfers, j'ai
été confronté avec eux. Ils mirent leurs
têtes sur leur cou, et m'’accusèrent,
puis les suspendirent de nouveau à la
ceinture. Je me prosternai devant eux,
leur promettant de payer des bonzes,
de leur brûler du papier-monaaie. Tout
fut en vain. Ils secouëérent leurs têtes
avec leurs mains, en signe de refus.
Puis ils voulurent me mordre. — Arré-
tez, leur cria le juge infernal. Après
tout, vous deviez être décapités. Le
Où a eu tort de prendre votre argent.
Mais il y a un complice à citer d'abord,
le Hù. 一 Les koëi mirent leurs Lêtes
sur leurs cous. Celui-là, dirent-ils, nous
l'avons dévoré depuis longtemps. Au
tour du Où maintenant. — Pourquoi
avez-vous attendu jusqu'ici, pour vous
venger de celui-ci? demanda le juge. —
Pour diverses raisons, dirent les koëi.
D'abord, après avoir été sous-préfet, le
Où fut réincarné comme fille, et épousa
un mandarin de premier rang et me-
rite, nommé Séng; nous ne pümes pas
pous venger sur lui alors, à cause de
son mari. Puis il renaquit homme dans
la famille T'äng. Or les mérites des an-
cêtres de cette famille l'ayant fait pré-
destiner à devenir bachelier, nous ne
pumes rien contre lui jusqu’à sa pro-
motion. Il a été promu cette année.
Notre heure est venue maintenant. Nous
ne la laisserons pas échapper. Faites
votre devoir! Rendez-nous justice! Li-
vrez-nous cet homme! — Cela dit, ifs
suspendirent leurs têtes à leurs cein-
tures. — Le juge infernal se frotta lon-
guement le front. Finalement il me dit:
=
di
2, 163. 一
me
er]
©
Ils ont raison. Tout ce que je puis faid
pour toi, c'est de te laisser prend
congé de ta femme. — Adieu don
Cen est fait de moi. 一 Cela dit, T'à
cheuk’ounn perdit l'usage de la paro
et entra en agonie. Sa femme brüla vi
du papier-monnaie en quantité,
priant et suppliant. Rien n'y fit. T'ä
cheuk'ounn expira, sans avoir dit 4
mot de plus.
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Voyez Iutroduction VI. — Comparez numéro8, |
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时
4163
À T'âi-tcheou-fou (Tchée-ki
vivait une femme Tchôu, dont lei
faisait de longues absences pour ca
de commerce. Un soir qu’elle &
dans sa chambre, la lampe allu
elle vit apparaître soudain un &
étrange. Îl était vêtu d'une robe ro
lâche, avait un visage hideux et
mieds nus. Avec des gestes indéce
il dil à la femme: Je te veux
épouse... Elle fit effort pour le rep
ser, et s'évanouit. — De ce jouar,
fut obsédée, et dépérit à vue d'
Une bouffée de vent annonçait la ve
du yao-koai. Puis il apparaissait,
femme seule pouvant le voir. —
mari de la sœur aînée de cette fem
un certain Yuân, était doué d'un
rage et d'une force peu ordinaires.
marchand Tchôüu élant absent, et 上
session de sa femme durant toujo
ses parents la confièrent à ce Yui
Elle alla loger chez lui secrètement.
rant assez longtemps, elle fut tranqui
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291
Mais un jour le yäo-koai arriva. Ah!
c'est ici que tu es cachée, dit-il.
J'ai pourtant fini par te retrouver. J'ai
eu du mal à passer le pont. Le chênn
du pont m’a arrêté et baltu. Mais enfin,
m'élant caché dans une charge de fu-
mier, j'ai passé inaperçu, et me voici.
Crois bien que, te cachasses-tu dans un
sarcophage en pierre, je te retrou-
verai. — La femme avertit le Yuân.
Celui-ci prit un sabre, et en donna des
coups dass la direction que lui indi-
quair la femme. Le yäo-koai évilait la
plupart des coups. Cependant, une fois,
la femme battit des mains. Il a reçu
un coup sur le front, dit-elle. — Elle
fut délivrée pour plusieurs jours, puis
lincube revint, un bandeau autour du
front, et ses obsessions recommencé-
rent. Le Yuan lui tira des coups de
fusil. Un coup l’atteignit .au bras. 一
La femme fut de nouveau délivrée pour
quelques jours, puis l’incube revint le
bras en écharpe. Cette fois il battit
cruellement la femme, et la menaça de
la tuer, — Exaspérés, le père de la
femme, et son beau-frère le Yuân, ré-
digérent un placet au Génie de la ville,
et allèrent le brûler dans son temple. 一
Cette. nuit, la femme fut citée par deux
satellites infernaux. Tout en la condui-
sant au temple du Génie de la ville,
ces deux individus tâchérent de lui
extorquer quelque argent, comme font
leurs congénères de ce monde. Nous
ferons en sorte, dirent-ils, que ton
affaire finisse bien. Mais lu nous devras
deux mille taëls de papier-mounaie. Et
ne dis pas que c'est trop cher. Dans
les enfers, cela ne nous fera que vingt
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— 103. —
taëls d'argent, au titre de 97 pour cent
Et puis, nous aurons des frais à faire.
La femme répétait toutes ces parole
comme en rêve. Son père et le Yui
brûlérent le papier-monnaie demandé
Au petit jour, la femme revint à elle.
L'affaire est réglée, dit-elle. Le Gén
de la ville a appréhendé le yäo-koai
C'est l'âme d'un certain Mà, jadis po
teur de palanquins dans le quartie
Est. Le Génie lui a fait donner qu:
rante coups avec le grand bambou
puis l’a mis à la cangue. — La femm
parut délivrée, et ses parents étaien
dans la joie, quand soudain, le tr
sième jour, elle fut possédée. Une voi
de femme, sortant de son gosier, dit
Je suis l'épouse du porteur de palar
quins Mà. Pourquoi avez-vous acc
mon mari? Je viens le venger. Pot
commencer, je vais t’arracher le
yeux. — À ce moment, la Tchôu rec
en pleine figure un coup de griffe, q
l'aveugla presque. 一 Son père alla vi
porter plainte au Génie de la vike.
La nuit suivante, la Tchôu fut de no
veau citée. Le Génie tenait le bilk
brûlé par son père. Deux koëi, :
homme et une femme, étaient à genou
devant lui. — Misérables! tonna
Génie, vous êtes une digne paire! Qu
commence par les couper en deux p
le milieu du corps! — Les bourrea
préparèrent le grand couperet. Un in
tant après, les deux koëi étaient ca
pés en deux. Le sang ne coula pas, le
entrailles ne s'échappèrent pas; seule
ment une fumée noirâtre s’exhala de
tronçons, qui se dissipèrent. — Que faut
il faire de leurs âmes? demandère
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CÉSAR -MRNSSRINNBENMDERBE
— 163, 164. — 298
les bourreaux. Faut-il les reléguer
dans la région des tsién. — Non, dit
le Génie. Ces êtres-là nuiraient même
aux koëi. Eteignez l'âme de l’homme,
et reléguez celle de la femme dans la
région des yakchas! 一 Alors deux
bourreaux à longue barbe, se mirent à
éventer l’âme du mari, avec de grands
éventails, et la dissipèrent comme une
fumée légère. Puis ils lièrent l'âme de
la femme, et l’expédiérent dans la ré-
” gion des yakchas, pour y être appliquée
aux travaux forcés. — Madame Tchôu
se réveilla guérie. Elle ne fut plus, ni
obsédée, ni possédée. Elle retourna
dans la maison de son mari, et eut,
avec le temps, deux garçons et une
- fille. 一 Cette histoire s'étant ébruitée,
un certain Tcheôu-seu dit: Je com-
preuds maietenant un phénomène, que
je n'avais pas pu m'expliquer. Ur jour,
en passant le pont avec une charge de
fumier, je sentis soudain cette charge
devenir beaucoup plus lourde. C'est le
Mà qui s'était caché dedans.
Les koëi n’ont ni sang ni entrailles. 一 BN Totén,
l'âme d’üne âme, exclue de la métempsycose. À 3 #6
AA RE ZA 5 #6 DA OL M 2.
Autant les koëi sont redoutés des hommes, autant les
tsién sont redoutés des koëi. 一 Extiuction de l’âme,
comparez numéro 5. 一 Yakchas, voyez TP pages 365
et 380. — Incohérences, voyez Préface. Le numéro 137
affirme que les koëi ne pèsent rien. Ici, un koëèt alourdit
sensiblement une charge.
164
Quoique jeune encore, Li-tzeuu
était un habile médecin, célèbre pour
la perspicacité de ses diagnosties. —
294 一 16%, 165. 一
de
ær)
CR
Le préfet de U-tcheou (Heae-nan)
nommé Hü-young, séjournant à Li.
yang, son frère cadet fut atteint an
sorte de cardialgie, dont il souffr
durant plus de dix ans, et qui Je réduisi
à l'extrémité. — Une nuit, le maladé
entendit un koëi caché derrière le pa.
ravent, dire au koëi établi dans soi
ventre: Dépéche-toi de tuer ton hom
me. Autrement, c'est toi qui sera
exterminé. Car Li-tzeuu va passer p
ici, avec une drogue nouvelle. — J
n’ai pas peur de lui, répondit l'autre.
Averti de ce dialogue nocturne, le pré
fet Hù-young fit inviter Li-tzeuu
venir traiter son frère. Au moment 0
le médecin entrait dans la maison, l
malade entendit comme des gémiss
ments sorlir de son ventre. — Des q
Li-tzeuu eut vu le patient, il lui di
Vous souffrez, non d’une maladie, mai
d'une possession. Prenez ceci!., e
tirant de sa valise une pilule rouge,
la lui donna. — Dès que le mala
heut avalée, on entendit, dans «
entrailles, comme un grondement à
tonnerre, suivi d'une débâcle torren
tueuse. Le malade fut guéri du coup.
La pilule de Li-tzeuu est devenue cla
sique. C'est la Pilule des huit venins.
CFÉUNERS ) RIT eh >
D HSE D LEE DES SRE DRE DR No Su EH
Beaucoup de maladies sont attribuées à des ka
logés dans le corps, et cela depuis la plus haute ant
quilé. 一 La graine de Croton liglium forme la base
la Pilule des huit venins.
165
Il ny a pas bien longtemps, u
marchand qui voyageait, rencontra u
ENDSRSSILÈNNE VIS | AUBIN SE CNE MERE
SU DIR S 58 HN RE E ONE EDS 8 D SEEN NN >> RS
SE fn SSL DH IL EE SE Ce SE D EE SE
NOÉ S DEEE EN RRES | SIREN EE
PUR M-RESËÉNRR | ARDENNES HER 66
DURE HR NES ENS EE DE nb HN alle ft En
MERDE S a RH ENS DEN CU ui ge it | HIGERTRRE
LS A ot D NA ITR ENGINE D CA 2 NT 8 Pr et 88 0 FN L O0 SR OP SR = à
DÉS SENS ER NI | FSHENTÉSNE
— 165. — 295
inconnu, lequel fit route avec lui du-
rant plusieurs jours. 一 Soudain Pin-
connu dit au marchand: Je suis un
koëi. Nous allons passer près de ma
tombe. Jai un service à vous deman-
der. Puis-je compter sur vous? — Si
la chose est en mon pouvoir, dit le
marchand, pourquoi pas? — Alors le
koëi dit: On a enseveli avec mon corps
quantité d'objets. Leurs disputes ne
me laissent de repos, ni le jour, ni la
nuit. Tenez-vous devant ma tombe, et
criez «Ordre impérial de décapiter
toute cette racaille d'or et d'argent!»
C'est tout ce que je vous demande. —
Pas difficile, dit le marchand. — Bien-
tôt le marchand et son compagnon ar-
rivérent à une tombe monumentale.
. C'est ici, dit le koëi ; et il pénétra dans
la tombe. — Le marchand cria d’une
voix formidable «Ordre impérial de
décapiter toute cette racaille d'or et
d'argent!» — Aussitôt il entendit, dans
la tombe, le bruit sourd que rend le
glaive du bourreau aux grandes exécu-
tions. Cela dura assez longtemps. Puis
le koëi reparut et lui dit: Merci! Prenez
ceci. Vous pourrez vivre tranquille le
reste de vos jours. — Ce disant, le koëi
remit au marchand une brassée d hom-
mes et de chevaux en or et en argent
massif. Toutes ces figurines étaient dé-
capitées. — Quand le marchand fut ar-
rivé à Tch'äng-nan (Chàn-si), il voulut
réaliser la valeur du métal. Un détecti-
ve avertit le sous-préfet, qu'on offrait
en vente des objets antiques, qui ne
pouvaient provenir que d’une sépulture
violée. Le marchand arrêté raconta son
histoire. Le préfet averti fit ouvrir la
de
Sd
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— 165, 166. 一
tombe. On y trouva des centaine
d'hommes et de chevaux, en orete
argent, tous décapités.
Ce texte est tiré d'un recueil du dixième siècle.
C’est l'opinion commune, que les objets ensevelis d
les tombes, s'animent, servent aux morts, et parfais le
contrarient. — Par ordre impérial, les figurines se lai
sèrent décapiter. Sans cela, elles auraient résisté
Extension de l'autorité terrestre sur les êtres infernau
Voyez Introduction V.
. 466
Dans le territoire d'où sortit jadi
la dyaastie Ts'inn (vallée de la Wéi
Chân-si, Kän-sou), il faut creuser par
fois jusqu'à cinq toises de profondeu
pour atteindre à la nappe d’eau sout
raine. Dans cette argile si sèche, le
cadavres ne se décomposent pas. Auss
est-ce l'usage, dans le Féng-siang-f
(Chân-si) et plus à l’ouest, de les fai
pourrir d'abord à l’air libre, jusqu’äc
qu'il ne reste que des ossements bilan
chis, qu'on ensevelit ensuite. Car
cadavre non décomposé, enfermé dan
la terre, est un danger public. Ils
couvre de poils blancs ou noirs, et de
vient ua vampire blanc ou noir, qi
rôde et va jusqu'à s’introduire dans le
habitations. — Jadis, à Féng-siang-fo
les voisins du préfet Liôu, une famill
Soünn, ayant fait creuser un canal, «&
découvrit une porte en pierre. Quan
on leut ouverte, on trouva accès, f
une allée, dans une salle souterraine
L'allée élait garnie de deux files 4
coqs et de chiens en faïence. Au milie
de la salle se trouvaient deux sarcopha
ges. Tout le long des murs, des hon
mes et des femmes, en grand costume
CÉRR) SOÉNÉEREZSRAMNER-R
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(TRÈS) DÉRÉOROSÉNRHIIEN ES ME NN
RÉMÉRRRENNE RENE CES OH RNA NI E
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一 166. 一 297
élaient cloués debout à la paroi. Ceux
qui ensevelirent jadis vivants, dans
celte tombe princière, ces pauvres ser-
viteurs et servantes, craignirent sans
doute qu'ils ne prissent, dans leur
agonie, des poses peu séantes. Ils les
clouërent donc au mur, droits et rai-
des. A l'ouverture du caveau, les corps
faraissaient entiers. Dès que l'air vif
del extérieur y eut pénétré, ils tombé-
rent en poussière. — Sous la dynastie
actuelle, à: Süng-kiang-fou (Kiäng-
sou), au moment où sa mére allait
mellre au monde le fuatar général
Tchähg-young, son père vit apparaitre
un homme encuirassé qui lui dit «Je
suis le général Hiäheou de la dynastie
Hän» et disparut. Un insiant après,
l'enfant qui devint Tchäng-young nais-
sait. Il était évidemment une réiñcarna-
tion de l'ancien général Hiäheou. 一
Mais, ce qui est plus curieux, quand
Tchäng-young fut mort et qu'on voulut
l'ensevelir dans un terrain acheté à cette
fin, les fossoyeurs qui creusaient la
fosse, découvrirent un antique sarco-
phage, lequel portait en grosses lettres
l'inscriplion suivante «Général Hiä-
heou-tounn». N'est-il pas singulier
que cet homme ait été enseveli deux
fois, dans deux de ses réincarnations,
à deux mjile ans de distance, au même
endroit? -
Voyez TH page 238, et la Table, article Sacrifices
humains et Suttie. 一 {1 s’agit de la dynastie Hädn de
Chôu,troisième siècle, période des Trois Ruyaumes. 一
A travers les vicissiludes de la mélempsycose, c'est
l'âme, toujours la même, qui fait l'individu.
38
ke
«©
20.
__ 167, 168. 一
(ep)
|
4167
=>
90
6
A 70 stades au nord de Ping-tchet
(Tchënn-ting, Tchéu-li), se trouve un
tombe fort ancienne. Vers l'an 67
chaque jour, au soir, une armée (
koëi, enseignes déployées, s'avan(il
pour l'attaquer. Alors une autre armé
de koëi sortait de ja tombe pour la
fendre. La bataille engagée continua
jusque vers le matin, puis les deu
armées disparaissaient. Cela durait de
puis un mois, quand un soir un py
attardé vit une seconde armée de cars
liers koai accourir au secours de l'armé
assiégeante. Comme il cherchait à {uif
il fut pris par quelques cavaliers (
mené au grand chef. Ne crains Ti
lui dit celui-ci. Je viens, avec 下
reîtres, des steppes du Tarim. Uni
mes petits chefs a enlevé une de 0
concubines. Monsieur Tchäng enlt
ici lui a donné asile. Je vais livrer l
taille pour le prendre. Toi tu n'a rié
à craindre.
Voyez Introduction XH. |
|
168
(RES) SLSEH HR INEHAME D ÉEK
MUSÉES | SORMÉMENEISLAMNNS-B+DEKE | à
HRNUMS | BAM EN miam | ES | 汉
Sous la dynastie Soëi (comment
ment du septième siécle), le gén
commandant l'armée du nord Ch
wansoei, demeurait à Toh'ang-1
(Chàn-si) dans le quartier Ti
Jadis la maison qu'il habitait €
notoirement hantée. Plusieurs 4
habitants étaient morts, viclimés
koëi malins, disait-on. Chèu-wansi
HASENRONESRNHRE SN HIENSENENANMESR
ae SE où D RES at © it dt M Bu PR g 2S Sen 2 A SON GR NF KT
FNESSSRDENENSUUMNASERNE | dE+tesh
— 168, 169. — : 299
16
Le)
avait qualifié ces propos de balivernes,
et avait acheté la maison. — Une nuit
un homme en grand costume lui ap-
parut. — Qui êtes-vous, demanda Chèu-
wansoei. — Je suis, dit le koëi, le gè-
néral FPan-k'oai, du commencement
des Han (TH page 308). La fosse d'ai-
sance de votre maison touche presque
à 加 on cercueil. Cette odeur m'est
insupportable. Veuillez déplacer cette
fosse, et je vous prouverai ma recon-
naissance. — Je le ferai, dit Chèu-
tant de personnes dans cette maison ?.
H n'y avait pas lieu. — Je n'ai tué
personne, dit Fân-k'oai. ils sont tous
morts de peur. — Chèu-wansoei fit
faire des fouilles, découvrit le cercueil
de Fan-k'oai l'exhuma, et l'ensevelit
dans un lieu plus décent. — La nuit
suivante, Pän-Æoai vint le remercier.
Je vous secourrai dans vos combats, lui
dit-il. — En effet, quand Chèu-wansoei
fut devenu commandant en chef des
troupes des Soëi, chaque fois qu'il Hvra
bataille, il sentit que des koëi combat-
taient dans les rangs de son armée.
Aussi fut-iH loujours facilement et bril-
lamment vaiaqueur:
Voyez Introduction XII.
169
Dans te faubourg oriental de Chao-
hing-fou (Tchée-kiang), vivait un cer-
tain Tchäng. Sa femme étant tombée
malade, il alla inviter un médecin.
Comme il passait à l'endroit dit Niào-
menn-chan, il rencontra un vicillard à
ERÉCÉEEL Tnt Emi EU LÉ DIT ET IS
CFD PR CERN LIT CENT CIC IELI TT
BD I BE D YA AS SH DD EE BE GP AR SOLE PE NU I EN DD N TIRE
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wansoei. Mais pourquoi avez-vous tué
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”au vieillard. 一 Je ne suis pas un ho
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D HAE SR DE GP GS 2 EE D EEE M RE ft DEN
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BE EE ESS BF SR 8 8 M 2 ES D QUES BA 2 QE Ed ES DH me
NÉRDS NT ERSNEPOMENENSÈSNES
œUMODUNSNERÉSRENDIOURG EL E NAN
— 169. —
barbe blanche, qui ft route avec lui
La nuit approchaît. Le Tchäng remar
qua que les pieds du vieillard ne p
saient pas sur le. sol, mais l’effleuraien
seulement. 11 constata aussi que so
corps ne projetait aucune ombre
H se douta qu'il avait affaire à u
koèi. — Qui êtes-vous? demanda-t-i
me, répondit celui-ci; je suis un koëi
Mais n'ayez pas peur! C'est pour vo
demander un service, non pour vo
faire du mal, que je. vous ai accosté
Mon corps est enseveli à l’ouest d
Niào-menn-chan, sur un rocher, à
bord de l’eau. Des carriers qui exploi
tent ce rocher, ont fait si bien, qu
incessamment, mon cercueil tombera
la mer. Je vous prie de vouloir bie
me faire exhumer, et ensevelir ailleu
Si vous me le promettez, moi je va
vous sauver la vie. Vous allez pas
par le pont Sinn-k'iao. Cinq koëi
noyés attendent là un remplaçant.
vous procurerai libre passage. — Pr
mis, dit le Tchäng. — Alors le
tira un paquet de pâtisseries, do
l'enveloppe portait l'adresse d’un ce
.tain Tchôu pâtissier. Demandez là q
je suis, dit le koèi. — On arrivait
pont Sinn-k'iao. Le Tchäng vit ci
ombres qui barraient le pont. Le k
arracha une branche d'arbre, prit!
devants, et fustigea les cinq omb
qui se jetérent à l’eau en sifflant.
Tchäng passa le pont sans accide
Quand il fut arrivé à la porte du m
decin qu'il cherchait, le koëi prit con
de lui et disparut. — Le lendemain,
Tchäng se rendit chez le patissi
pr
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HBRAHERTE | NÉHERSEEMNSSNRSSNORNSS
— 169, 170. — : 301
Tchôu, et lui raconta son histoire. Fort
surpris, celui-ci lui dit: C’est: mon
parent . Moûo-ts'uantchang, que vous
avez rencontré. Mais pourquoi s'est-il
adressé à vous, et non à moi? Sans
doute qu'il aura été député, par l'esprit
qui régit le deslin, pour vous sauver
des mains de ces cinq noyés. A vous
donc de lui rendre le service demandé.
Donnant donnant! — Le Tchäng cher-
cha et trouva la tombe indiquée. Elle
n'était plus qu'à un pied de l'eau. H
exhuma le cercueil, et l’ensevelit dans
un terrain propice. 、 ,
Voyez Introduction XI, VII, V.
4170
Tchôu-siaoming de Ling-yang
(Chän-tong) était brave, mais intel-
lectuellement peu doué, aussi D'arri-
vait-il à rien, malgré ses efforts. —
Une nuit qu'il buvait avec ses camara-
des, ceux-ci lui dirent: On te dit intré-
pide. Nous allons voir si c'est vrai. Va
chercher, dañs le temple des dix rois
des enfers, le juge qui siège sous ja
véranda de gauche. Si tu l’apportes ici,
nous te paierons un diner. — Or le
temple des dix rois des enfers à Ling-
yang, était garni de statues en bois,
peintes, superbes. On les aurait crues
vivantes. En particulier, le juge au vi-
sage vert et à la barbe écarlate, avait
un aspect effräyant. On prétendait aussi
qu'on entendait la nuit, dans le temple,
les cris qui accompagnent les juge-
ments et les tortures. L'endroit était
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redouté et évité. Aussi les amis €
Tchôüu-siaoming lui avaienl-ils propos
d'aller chercher le juge, dans Ia pe
suasion qu'il n’oserait pas. — A let
stupéfaction, il y alla aussitôt. 一 Bie
tôt on l'entendit crier devant la porta
Ouvrez! J’amène le vénérable barbu.
Tous se leverent effrayés. 一 Un inasla
aprés, le Tchôu fit son entrée, la stat
du juge sur les épaules. Il la debai
sur une crédence, puis lui versa du
et but à sa santé. — Ses camarac
étaient mal à leur aise. Emporte-le, |
dirent-ils. — Alors Tchôu-siaomi
répandit par terre, en libation, le *
qu'il avait versé au juge, et dit à
statue : Je ne suis qu’un rustre sa
manières. Excusez-moi si je vous
manqué. Chaque fois que vous viend
boire chez moi, vous serez le bie
venu. — Cela dit, il rechargea la statt
sur ses épaules, la remporta au tempk
et la replaça dans sa niche. 一 Le le
demain, ses camarades s’élant cotisé
lui payerent un diner. Quand il 名
rentré chez lui, la nuit, il continu:
boire. La chambre était éclairée 上
une bougie. Soudain quelqu'un sc
leva la portière et entra. C'était
juge. 一 Tchôu-siaoming se dit: M
dernière heure est arrivée. Puis il d
manda au juge: Vous aurais-je f
quelque offense digne de mort?
Mais du tout, dit le juge, en riant. Vo
m'avez invité. Me voici. Je viens e
ami. — Très content, le Tchôu le
asseoir, rinça les gobelets,et se mit 6
devoir de faire chauffer le vin. -一 上
la chaleur qu'il fait, dit le juge, lt
vons-le plutôt froid. — Le Tchôu all
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averlir sa femme de préparer quelques
mets. Quand elle sut quelle espèce
d'hôte il traitait, elle fut fort effrayée et
voulut le retenir. Le Tchôu se moqua
d'elle, servit lui-même le juge, et tui
fit les honneurs. — Comment vous ap-
pelez-vous? demanda-t-il. 一 Je m'ap-
pelais Lôu, dit le juge; je ne vous dirai
pas mon nom. — Puis on causa littéra-
ture. Le Tchôu constata que le juge
Lôu était très savant. Comme il mani-
festait sa surprise: Ne vous étonnez.
pas, lui dit le juge. Aux enfers, c'est
comme sur la terre. On y lit et on y
étudie. — Le juge buvait sec. Le Tchôu
fut ivre avant lui, et s’assoupit. Quand
il se réveilla, la chandelle se mourait,
le vin était bu, le visiteur avait dis-
paru. — Depuis lors il revint régulière-
ment, de deux ou trois nuits l’une,
L'intimité allant croissant, le Tchôu lui
soumit ses compositions. Le juge y
trouva beaucoup à redire, et les lui
corrigea, comme les maitres corrigent
celles de leurs élèves. — Une nuit qu'il
s'était de nouveau assoupi, pris de vin,
il se réveilla soudain, par suite d’un
certain mal d’entrailles. Quand il eut
ouvert les yeux, il vit le juge qui, assis
sur le bord de son lit, replaçait les
viscères dans son ventre entr'ouvert. 一
Pourquoi m'avez-vous ainsi éventré-?
demanda le Tchôu; n'étions-nous pas
amis. — J'ai changé ton ancien cœur,
contre un cœur meilleur, dit le juge;
ne bouge pas; je t’'expliquerai la chose
tantôt... et il acheva de lui replacer les
entrailles, rapprocha les lèvres de l’in-
cision, et Ja banda. Pas une goutte de
sang sur le lit. Le Tchôu ne ressentait
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au ventre qu'un certain engourdi
ment. Sur un guéridon, il vit un
morceau de chair, — C'est ton an
cœur, [ui dit le juge. Ton peu d'inté
ligence tenait à ce que les valvales
ce cœur étaiént peu perméables. Je
choisi aux enfers, entre mille, un ca
excellent. La substitution est fai
Bonsoir ! — Quand le juge fut parti,
Tchôu examina son ventre. 1H ne .res
plus, de l’incision, qu'un filet rouge.
De ce jour, Tchôu-siaoming fut un
tré remarquable. Il soumit au juge
nouvelles composilions, que celui
goûta fort. Malheureusement, dit-il
Tchôu, le destin ne t'alloue que Re:
de licencié; maïs celui-là, tu l’obti
dras cette année; présente-toi ba
ment. 一 Tchôu-siaoming se présenk
et fut reçu, à la grande surprise des
amis. 11 eur raconta son histoire. Ceul
ci voulurent aussi recevoir les leçoi
du juge. Mais quand iis eurent va
barbe rouge et ses yeux flamboya
ils s'esquivérent. 一 Une nuit le Tc
dit au juge: Vous qui savez rempl
un cœur, ne pourriez-vous pas rem
cer une tête? — Expliquez-vous, dit
juge. — Sauf sa tête, ma femme
assez bien, dit le Tchôu. — J'y pe
rai, dit le juge. — Une nuit, ilf
à la porte à minuit: Le Tchôu ay
ouvert et allumé la bougie, vit que
juge apportait un objet rond dans
toile.. — Qu'est-ce? demanda-t-il.
Le juge découvrit une fort belle tête
femme fraîchement coupée. Cela f
Paffaire, dit-il; allons voir Madame.
Le Tchôu l'éclairant, le juge alla à
chambre à coucher, poussa la p
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qui s'ouvril quoiqu'elle fûl-verrouillée,
et s’'approcha du lit Madame Tchôu
dormait, couchée sur le côté, la tête
appuyée sur un traversin. — Parfait,
dit le juge au mari, veuillez fixer sa
tête... Et, avec un couteau qu'il tira de
sa botte, le juge trancha le cou de Mi:-
dame, comme on tranche le pédoncule
d’une pastèque, Puis vite il lui mit la
tèle qu'il avail apportée, à la place de la
sienne. L'adhérence fut instantanée.
Ensevelissez la tête coupée, dans un
endroit déceul, dit le juge au Tchôu;
el il s’en alla. 一 Cependant Madanic
Tchôu s'étant révei'lée, se sentit le cou
comme eugourdi, et le visage couvert
comme de croûles. Elle appela sa sér-
vante, qui apporta de la lumière. Ma-
dame avait le visage harbouillé de sang,
et un filet rouge autour du cou. De
plus, quand on lui eut présenté un mi-
roir, elle ne reconuul pas sa tôle. Elle
fit appeler son mari, qui lui expliqua
le mystère. — Disons maintenant où
le juge s'était procuré cette belle tête.
Le censeur Où avail une fille fort bien
faite. Deux fois fiancée, ses deux fiau-
cés étaient morts avant le mariage.
Devenue difficile à marier, elle était
encore dans la maison paleruelle à l’âge
de 19 ans. Le premier de l’an, étant
allée au temple des dix rois des enfers
où il y avait foule, elle donna dans
l'œil à quelques garnements, qui s'in-
troduisirent dans sa chambre, par esca-
lade, durant la nuit. Comme elle résis-
tait, ils la décapilérent. Quand les Où,
réveillés par le bruit, eurent constaté
l'assassinat, ce fut chez eux, durant
toute la nuit, un beau vacarme. Le
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matin venu, quand ils voulurent md
tre le cadavre en bière, la tête ava
disparu. On pensa qu'un chien l'ava
emportée. Les servantes furent EE
pour leur négligence. Monsieur
avertit le mandarin. En fin de com
la tête ne fut pas retrouvée, et
assassins ne furent pas découverts.
Cependant l’histoire du changement d
tête de Madame Tchôu s'étant ébruitét
Monsieur Où conçut des ee
envoya une matrone aux informali
Celle-ci lui ayant rapporté que le vis
de Madame Tchôu était bien celui
sa feue fille, Monsieur Où denonca |
Tchôu au mandarin. Le Tchôu racog
son histoire. Examinées séparémen
toules les personnes de sa maison fret
une déposition identique. Cependant |
mandarin restait perplexe, et on1
prévoyait pas trop comment cette affa
finirait. — Le juge étant venu le vi
Ja nuit, le Tchôu le pria de le ta
d'affaire. — Très volontiers, dit Le j
j'enverrai l'âme de la fille parler |
père. — De fait, sa fille assassinée
parut en songe à Monsieur Où, el
dit: J'ai élé tuée par Yäng-tanien !
Sôu-hi. Le licencié Tchôu-siaoming €
absolument innocent. Le juge Léx
remplacé la tête de sa femme par
mienne. Ainsi du moins quelque c
de votre enfant a survécu. Gardez-v6
de chercher noise au Tchôu. Vous
vriez plutôt lui êlre reconnaissants.
Eclairé par ce songe, le censeur
avertit le mandarin. Yaäang-tanien
pris au gile, jugé, condamné et
cuté. Puis le censeur Où adopta
dame Tchôu, le corps suivant la IA
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170. — 807 :
Il considéra Tchôu-siaoming comme
son gendre. Enfin il enterra l’ancienne
tête de Madame Tchôu, avec le corps
de sa fille. Toute cette affaire peu ba-
nale, se trouva ainsi lirée au clair et
mise au point. 一 Tchôu-siaoming n'ar-
riva jamais à se fairé recevoir docteur.
Son intimité avec le juge Lôa dura
trente ans encore. Une nuit, celui-ci
lui dit: Vous ne vivrez pas toujours. —
Vous voulez dire; dit le Tchôu, que je
vais mourir. Quand? s'il vous plaît. 一
Dans cinq jours, dit le juge. — Sans
délai possible? demanda le Tchôu. —
Sans délai, dit le juge, car c’est l'arrêt
du Ciel. D'ailleurs, ne vous chagrinez
pas. Elre vivant, être mort, c'est tout
un. Bien fous sont ceux qui tiennent à
la vie, et qui craignent la mort. —
Tchôu-siaoming acheta donc lui-même
son cercueil, ses habits funébres, et le
reste. Il expira au jour marqué. — La
nuit suivante, comme sa veuve pleurait
prés de la bière, elle le vit entrer,
comme à l'ordinaire. N'aie pas peur,
lui dit-il. Je suis mort, il est vrai. Mais,
être mort, être vivant, c’est tout un. Je
viens vous revoir, vous mes chéris, ma
femme et mon fils. — Si tu peux ainsi
revenir en âme, dil sa femme en pleu-
rant, ne pourrais-tu pas revivre? 一
Non, dit-il; car j'ai vécu les années
que je Ciel m'avait accordées. 一 Que
fais-tu, aux enfers? demanda la fem-
me. — À la recommandation du juge
Lôu, dit-il, j'ai reçu une place d'’offi-
cier. Je n’ai rien à souffrir. Le juge est
venu avec moi. Prépare-nous à manger
et à boire. — La femme servit et se
retira. Elle entendit les voix de son
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— 170. —
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mari et du juge, causer et rire com
jadis. Aprés minuit, le silence se fit.
Depuis lors, Tchôu-siaoming revint
peu près tous les trois jours. 11 parl
avec sa femme des affaires domestique
et caressait. son fils Tchôu-wei, q
n'avait que cinq ans. Quand cet enfz
eut commencé à étudier, vers l’âge
sept ans, son pêre lui donna des leçon
durant ses visites nocturnes. Qua
Tchôu-wei fut reçu bachelier, à là
de quinze ans, il ignorait encore q
son père fûül mort. — Alors les visit
de Tchôu-siaoming devinrent moi
fréquentes. Enfin, une nuit, il dit #
femme et à son fils: 11 nous faut na
quitter. Je vais partir. Le Sublime Sok
verain m'a nommé préfet (infernal)
T'âi-hoa. C'est loin, et j'aurai beauce
à faire. Je ne pourrai plus revenir.s
Et comme sa femme et son fils se désd
laient, il ajouta: Aucune union ne du
Vous avez de quoi vivre, et mon fils
de l’âge. Ne pleurez pas! À quoi bon!
Puis il dit à Tchôu-wei: Continue à ét
dier avec zèle, comme je tai appris
le faire, et dans dix ans nous nousi
verrons. — Cela dit, Tchôüu-siaomik
sortit, et ne revint plus. 一 Dix #
plus tard, à l’âge de 25 ans, Tchüu-"
devenu docteur, ‘fut envoyé en missi
au Chän-si. Comme il passait prés (
Hoâ-yinn, il vit venir un char, qui
lui fit pas place. Etonné, il regarda,
vit dans le char son père Tchôu-si
ming. Vite il fit ranger sa voiture, ®
pied à terre, et s'agenouilla au ora
chemin. 一 Son père Sinclina et lui
«Je suis content de Loi », puis passa. +
Comme Tehôu-wei restait toujow
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agenouillé, son pére détacha le poi-
gnard qui pendait à sa ceinture, et le lui
envoya par son valet, avec ces paroles
«€ Porte-le; il te portera bonheur ». 一
Ce fut tout. Le char qui portait Tchôu-
siaoming, partit à fond de train. 一
Tchôu-wei examina le souvenir que
son père venait de lui faire remettre.
C'était une arme du plus beau travail.
Sur la lame étaient gravés ces mots: À .
la bravoure il faut joindre la circons-
peclion, et au savoir la vertu. — Tchôu-
wei mit si bien en pratique ces sages
maximes, qu'il devint, avec le temps,
maréchal, et acquit 1 la réputation d'of-
ficier parfait.
Voyez Introduction XIV et VI. 一 kientité des con-
traires en général, de la vie et de la mort en particulier,
Taoïsme pur, voyez TP pages 172, 174, 175, 176. 一
Tout particulier est tenu de faire place à un fonclion-
naire. Le fils doit se ranger devant son père.
171
Au temps des Ming, durant la pé-
riode Suän-tei (1426-1435), à la cour
la mode élait aux combats de grillons,
C'était une folie, une rage. Ordre au
peuple de fournir ces bestioles. — Elles
son relativement rares dans les provin-
ces de l'Ouest. Cependant le sous-préfet
de Hoä-yinn (Chan-si) se garda bien
de ne pas se faire bien venir. 1l envoya
à la cour un grillon, qui battit tous les
autres. Ce fut un malheur pour son
peuple, car il reçut aussitôt ordre
d’avoir à én envoyer d’autres pareils, .
11 mit en campagne ses satellites, qui
exigérent des grillons des chefs de
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village. Ceux-ci pressurérent les vi
geois. Quiconque ne fournissait pas à
grillons extraordinaires, était rançof
ou fustigé. Sous prétexte de grille
ce fut une curée. — Un maitre d'éc
nommé Tch'éng, qui avait des ennem
fut spécialement vexé par les satelli
et Gil par être absolument ruiné. QG
est fait, dit-il à sa femme; ilne
reste qu'à me suicider. — Ne fais gl
cela, dit la femme. Cherche! Tu t
veras peut-être ce qu'ils demandent.
Le Tch'éng se mit en campagne.lle
du malin au soir, avec son vase d'a
et sa cage en gaze, retournant to
les pierres et sondant tous les trou
prit en tout deux ou trois grillons, @
furent jugés .trop faibles. Quand
terme qui lui avait été fixé fut expi
il reçut cent coups de rotin, qui
mirent dans l'impossibilité de contint
la chasse. Tu vois bien, dit-il à sa fe
me, qu'il ne me reste plus qu'à
suicider. — Attends! dit la femme.
En ce temps-là, une sorcière bos
passa par Hoà-yinn. La femme
Tch'éng prit l'argent qui restait, ach
des présents, et alla consulter 14 sor@
re. Il y avait foule à sa porte, car €
était trés famée. Elle était assise d
une chambre obscure. En guise
porte, une claire-voie en bambou. Ê
vant la claire-voie, un vase à parfut
La personne qui désirait la solution td
doute, entrait, mettait des parfü
sur la braise du vase, se proster
devant, et formulait mentalement 4
demande. Pas un mot ne devait él
prononcé. Au bout d'un temps plusa
moins long, un papier était jeté pari
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claire-voie. C'était la solution, merveil-
leusement exacte. — Madame Tch'éng
consulta à son. tour, en la manière
susdite. Le papier qui lui fut jeté,
n'était pas un écrit, mais un dessin.
Un tertre, des pierres, des herbes fol-
les, en haut un moucheron, en bas un
grillon. — Madame Tch'éng n'y comprit
rien. — Elle porta le papier à son
mari. — Celui-ci le considéra, et dit:
Ceci, c'est le terrain vague derrière la
pagode de l'Est. Cela signifie que je
trouverai là le grillon idéal cherché. 一
S'étant levé comme il put, le Tch'6ng
se trafna à la pagode, avec son vase à
eau et Sa cage en gaze. C'était bien le
lieu dessiné par la sorcière. Comme il
cherchait dans les hautes herbes, il
remarqua un moucheron, qui descen-
dait vers le sol. Il le suivit du regard.
Le moucheron se posa sur une feuille.
Sous la feuille, le Tch'éng vit un gril-
lon énorme. Il voulut le saisir. L’insecte
gagna un trou. Le Tch'éng essaya
d'abord de le déloger avec une paille,
Eofin il dut recourir au moyen extré-
me, de verser dans le trou l’eau qu'il
avait apportée. Le grillon dut sortir et
fut pris. C'était une bestiole superbe.
Le Tch'éng la mit dans sa cage, et
rentra chez lui triomphant. En atten-
dant le terme fixé pour la livraison, il
la logea dans un bassin en faïence, et
la nourrit avec grand soin. — Or le
Tch'éng avait un fils âgé de neuf ans.
L'enfant voulut voir à son aise le beau
grillon. Profitant d'une absence de son
père, il découvrit le bassin. Le grillon .
bondit dehors. L'enfant le pousuivit et
le ressaisit, mais si violemment, que
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l'insécte Fut mis en pièces. L'entad
averlit sa mére. Atterrée, celle-ci ti
dit: Que va faire ton pére, quand
rentrera? Epouvanté, l'enfant 50
sans rien dire. — Le Tch'éng
rentré, sa femme lui dit la fâcheu
nouvelle. Îl chercha longtemps son fi
et finit par le trouver noyé dans
puits. — Le père et la mère depostre
le petit cadavre dans une paillote,
se regardèrent désespérés, sans dif
un mot. — Le soir, comme on se di
posait à enterrer l'enfant, on const
qu'il respirait encore. Les malheureg
pareuts eurent un moment de jo
Leurs soins ranimérent l’enfant; ms
hélas, il était idiot. 一 Navré, le paur
père considérait alternativement st
enfant dément et son bassia vide. St
dain le chant d’un grillon se fil ente
dre. Le père sursauta. Un grillon ét
assis dans le bassin. Le Tch'éng
saisit, et remarqua qu'il n'avait qu
pas de poids. Il l'examina, et const
que ce n'était pas celui que son #
avait laissé fuir. Enfin c'était un £g
lon. Bestait à constater le degré de
combativilé. — Un garçon du villag
dressait alors un grillon réputé extra
dinaire. Le Tch'éng alla le trouveras
le sien, et lui proposa de faire bat
ensemble les deux insectes. Sûr de
victoire de soa élève, le garçon acce!
volontiers. Quelle ne fut pas sa surpri
de voir, les deux grillons ayant été nr
en champ clos, celui du Tch'éng
jeter sur le sien et le saisir à la nuqt
en chantant sa victoire, Le garçon dé
vile intervenir, pour sauver son inset
À ce moment un coq qui passait, se j |
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sur je grillon du Tch'éng. L'insecte
bondit, et lui happa la crête. C'était
un grillon hors pair. — Triomphant,
le Tch'éng le porta au sous-préfet de
Hoä-yinn, qui le fit combatire aussi,
contre des grillons et contre un coq.
L'épreuve fut décisive. Le grillon n'a-
vait pas son pareil. — Le sous-préfet
l'envoya à son supérieur, lequel le fit
porter à la cour, dans une cage en
or. — Là, le grillon démolit conscien-
cieusement tous les grillons criquets et
mantes, envoyés par toutes les provin-
ces. De plus, il dansait, quand on jouait
de la cithare. L'empereur en devint
fou. 11 demanda et redemanda si on
avait bien récompensé ceux qui lui
“avaient procuré cet être rare. Les man-
darins eurent de l'avancement. Le
Tch'éng dispensé d'impôts, de corvées,
et du reste, devint un gros richard. —
Cependant, quand le froid fut venu, le
grillon trépassa. Ce jour-là, à Hoâ-yinn,
l'enfant dément du Tch'éng, recouvra
subitement et entièrement la raison.
Comme je suis fatigué! dit-il. J'ai été
grillon. Comme j'ai du me battre! C'est
fini, heureusement.
Voyez Introduction XI, X, IX. — L'enfant désespéré
ayant tenté de se noyer, son âme inférieure conserva son
corps; son âme supérieure, devenue grillon, répara le
tort fait à son père.
172
Le batelier Tcheôu, originaire de
P'ing-wang, passant sous un pont à
Hôu-tcheou-fou (Tchée-kiang), heurta
iovolontairement, du bout de sa gaffe,
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— 172. —
malin, à son réveil, sa sœur raconla(
.-sements à l’eau. Le Génie lui dit: 4i
une jarre pleine d’ôssements humaia
déposée là. La jarre tomba à l'eau.
Quand le batelier fut revenu chez ;
sa sœur cadette fut soudainement pos
sédée par un esprit. Je suis, cria-t-ellé
le devin Sa de Hôu-tcheou-fou. D
mon vivant, j'ai été honoré par toute
les notabilités, jusqu’au vice-roi de
province. Et voilà qu’un vulgaire bala
lier a jeté mes ossements à l'eau. Cek
pe se passera pas ainsi! 一 Or, aupard
vant, la sœur du Tcheôu était une boa
ue fille absolument illettrée. A parl
de ce jour, elle se trouva subitemed
lettrée de marque et devineresse dise
te: Elle débitait couramment les boni
ments usuels des devins, mais ses pré
diclions ne se réalisaient pas plus sot
vent que les leurs. 一 Ennuyé de cell
possession, le Tcheôu déposa plainl
dans les formes ordinaires, au temp
du Génie de la ville. — Le lendemä
qui suit: Deux satellites, qui tenai
un koëi, m'ont appelée et condui
au temple du Génie de la ville. Lil
koëi se plaignit qu'on eût jelé ses
frère ta offensé, est-ce là une rai
de persécuter la sœur? Je vois qu
comme tant d’autres, tu as peur à
forts, et aimes à vexer les faibles. 1
prétends à étre honoré, pour avoir ë
dis-tu, un bon deviou. Si tu arai5
vraiment un bon devin, tu aurais pré
pour tes os, une sépulture plus sûf
En résumé, tu veux en imposer al
gens après ta mort, comme lu leuré
as imposé de ton vivant. Qu'on À
donne vingt coups de rotin, et qui
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一 172, 173. 一 315
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le reconduise enchainé à Hôu-tcheou-
fou! — À parlir de ce moment, la sœur
du Tcheôu se retrouva illettrée comme
devant, et absolument ignare ea fait
de divination. -: :
Voyez Introduction IX. — Dans les villes populeu-
ses, les vieilles tablettes funèbres des familles éteintes,
les ossements recueillis dans les sépultures rninées, sont
placés dans des édicules construits ad hoc dans des
lieux écartés, souvent sous les punts. Les ossements sont
enfermés dans des grandes jarres couvertes.
A Sôu-tcheou (Kiäng-sou), un cer-
taia Loûo, jeune homme de vingt et
quelques années, vit en songe, la nuit
du premier jour de l'an, son aïeul dé-
fant, qui luf dit: Tu mourras cette
année, tel jour du dixième mois. Impos-
sible d'éviter la. chose. Dispose tes
affaires! — A son réveil, le jeune hom-
me raconta son rêve. Toute la famille
se lamenta. — Quand le jour dit fut
arrivé, ses parents gardérent le jeune
homme. Rien n'’arriva jusqu’à la nuit,
et ils commencçaient à se rassurer, A la
deuxième veille, un besoin pressant
ebligea le jeune homme à sortir. Il ne
rentra pas. — Ses. parents inquiels le
cherchérent, et le trouvèrent étendu
mort, au pied d'un nmrur, dans la cour.
Cependant, comme k région du cœur
restait liède, ils n’ensevelirent pas son
cadavre, mais le déposérent sur un
lit. — La deuxième nuit, le jeune
homme revint à la vie. Jadis, raconta-
t-il, j'ai abusé d'une servante de ma
femme. Celle-ci-le sut, et la fit mourir.
L'âme de la défunte a porté plainte
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一 173, 174. 一
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contre moi, au tiibunal du Génie del
ville. L'affaire devait venir tel jour
la dixième lune. J’ai élé cité à com
raître. Mais mon accusatrice ayant
réclamée par un des juges du Chän-
pour une affaire arrivée durant une
ses existences précédentes, mon ju
ment a été différé jusqu'à nou
citation. En attendant, le juge m'ar
voyé dans le monde des vivants. Reto
provisoire seulement. Je n'échap
pas! — As-tu appris autre chose?
manda le père du jeune homme.
Oui, dit le ressuscité. Inquiet sur
que deviendrait mon père privé de ma
appui, je demandai au satellite chars
de me garder, ce qui lui arriverait.
me répondit: Il lui viendra ta fou. -
Ta fou, s’écriérent tous les mem
de la famille, c'est 天福 un gra
bonheur... Et tous de féliciter le pé
de famille, de ee que, malgré la
de son fils, il jouirait d’une heure
vieillesse. — Or, un mois plus tard,
père mourut hydropique. On com
alors que ta fou, c'était X Îf
gros ventre. — Trois ans plus tard,
fils Loûo mourut subitement, et défi
tivement cette fois.
Voyez Introduction VII. — Nombreuses sont
histoires de méprises ou de mystificalions dues aux À
Voyez numéro 12 note.
174
Yäng-hioung était le fils d’un co#
mandant. Son père étant mort, l’enfaf
encore jeune fut recueilli par le colo
Tcheôu, son oncle maternel, en gar
son à Heûe-tcheou (Kän-sou), quih
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一 174, 一
317
prit en grande affection, à cause de sa
vive intelligence. Le Tcheôu avait une
fille, à peu près du même âge. Une
gouvernante, sa parente, était chargée
des enfants, et s'acquittait conscien-
cieusement de leur surveillance. —
Bevenu jeune homme, une nuit d'été
qu'il étouffait dans sa chambre, Yâng-
hioung sortit respirer l'air dans la cour.
Soudain Mademoiselle Tcheôu vint le
joindre. Les deux jeunes gens s'aimé-
rent. Depuis lors ils se virent toutes les
nuits. — La gouvernante ayant entendu
parler et :rire la nuit dans la chambre
de Yäng-hioung, l'épia, et découvrit le
pot aux roses. Elle avertit le colonel.
Celui-ci s’en prit à sa femme. Impos-
sible, répondit celle-ci; notre fille
couche avec moi toutes les nuits. — Le
Tcheôu n’y comprit rien. Sous un pré-
texte quelconque, il fit fustiger Yang-
hioung et le chassa. — Après avoir
erré sans ressources aucunes, celui-ci
finit par échouer dans une vieille pago-
de à Län-tcheou-fou. Un jour un char
s'arrêta devant son refuge. C'était son
amante, avec de riches bagages. Je
suis venue avec mon oncle Tcheôou-ou,
dit-elle; vivons heureux ensemble. —
Or Tcheôu-ou était le frère cadet du
colonel TcheGu. Il venait d'arriver à
Län-tcheou-fou, comme commandant
de place. Yâäng-hioung alla le voir. Le
commandant lui rendit sa visite. Yang-
hioung lui présenta sa femme. Le com-
mandant fut ahuri. — Ma nièce est à
Heûe-tcheou, dit-il. J'en viens. Si elle
avait dû venir ici, son père me l'aurait
dit. Yang-hioung fut stupéfait. — Peu
de jours après, le commandant Tcheôu
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一 174, 175. 一
_ épousées absolument pareilles. Heureu-
étant retourné à Heüûe-tcheou po
régler des affaires, apprit la nouvelle
son frère le colonel. Ma fille n’est p
sortie de la maison, dit celui-ci : et
alla avertir sa femme. — Celle-cil
dit: Ce double, c'est une renarde, qu
a pris l'apparence de notre fille, et q
va faire croire et dire que celle-ci cou
la pretantaine. Il n’y a qu’un moyea
de sauver la réputation de notre famil-
le. Fais venir Yâng-hioung, et fais-lui
épouser notre fille. — Le colonel et le
commandant s'étant consultés, trouvé-
rent que le conseil était bon. Le colonel
appela aussitôt Yang-hioung, et le ma-
riage fut conclu illico. — Quand l'é-
poux se retira dans la chambre nuptis-
le, il se trouva en présence de deu
sement que l’une des deux le tira
d'embarras. C'est l’autre qui est votre
femme, lui dit-elle; moi je suis une
renarde. Jadis comme votre aïeul lé
général Yang chassait, je fus percée
d'une flèche et prise. Le bon général
me pansa, puis me rendit la liberté. Je
lui ai payé, en-votre personne, la dette
de ma reconnaissance. Sachant que
vous aimiez Mademoïselle Tcheôu, sans
grand espoir de l'obtenir, je me suis
entremise de la manière que vou
savez, pour vous la procurer. C'étai
votre destin à tous les deux. Mon rik
est terminé. Adieu!
Voyez Introduction XI et XX.
475
À Yäng-tcheou (Kiäng-sou) la cour-
tisane Ying-kiao se décida à changi
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— 175, 176. — 319
de vie à l'âge de 24 ans. Un certain :
Tchai lui offrit de l’épouser. Son offre
ayant été acceplée, on convint du
jour. — Cependant un certain Tch6u,
étudiant de l'école supérieure, qui ai-
mait la courtisane, lui offrit dix taëls
et lui demanda un rendez-vous. Yinn-
kiao accepta l'argent, et promit pour
tel jour. Quand le jour fut venu, l'étu-
diant apprit que la prostituée venait de
monter dans le palanquin des épousées.
Jen fut pour ses dix taëls. — Un an
après, Yinn-kiao Lomba malade.et mou-
rut. Cette nuit-là, l'étudiant vit en
songe l'ex-courtisane. Elle vint à lui,
vêlue d'une robe noire, et lui dit: Je
suis venue payer ma dette. — Le len-
demain malin, l'éludiant apprit qu'il
venait de naîlre, dans l’étable, un joli
veau noir, Il alla le voir. Le veau lui
fit toute sorte de caresses, comme à une
vieille et chère counaissance. II le ven-
dit dix taëls juste. 一 Constlatez la jus-
tice inexorable des juges infernaux,
même en une matière aussi honteuse.
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s
|
Voyez Introduction IX.
176
En lan 1746, durant l'été, à Kiäng-
yinn (Kiäng-sou), la famille d’un cer-
tain Sû-kia, fut fort tourmentée par
un spectre noir, qui parcourait la mai-
son en sifflant et mettant le feu partout.
Même les voisins étaient cffrayés par
ses apparitions. Ils demanderent se-
cours au sous-préfet, qui était alors
Liôu-hantchang, un lettré de marque,
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— 176. —
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originaire du Koäng-si. Celui-ci fil
pour eux les prières et offraudes u
elles en pareil cas, mais sans obte
de résultat. Alors il fit rédiger par
secrétaires une belle supplique au
nie de la ville. Après s'être préparé
l'abstinence et un bain, le sous-préfé
se rendit en pompe, le soir, au tem
du Génie, brüûla lui-même sa suppliq
sur un plateau devant l'autel, puis s
retira pour ja nuit dans un apparte-
ment du temple, attendant les révéla-
tions que le Génie lui ferait durant son
sommeit. II n’eut aucune vision, mais,
au matin, on l'avertit que Îles cendres,
dans le plateau, avaient formé des let
tres. C'étaient les deux caractères Tch'ès
(Hôu-pei Hôu-nan), et T'ae (un non
de famille). Après avoir réfléchi,
sous-préfet demanda à brûle-pourpoint
à son client Sù-kia: N’aurais-tu pas fait
tort à un certain T'âo de ce pays-là? —
Sû-kia blémit, et raconta ce qui suit. 一
Dans ma jeunesse, pour rechercher ua
parent, je fis un voyage à Où-tch'ang-
fou (Hôu-pei). Etant tombé malade en
chemin, mes compagnons de routs
m'abandonnèérent, et j'allais périr misé-
rablement, quand un mendiant nommé
T'âo s'apitoya sur mon sort. Il me
soigna, partagea avec moi le produl
de ses quêtes et les contributions 由
ses amis, me sauva ja vie, et “hs
m'aida à regagner mes foyers. — Je
mariai, vécus assez pauvrement, eus ui
fils, et oubliai le mendiant. — Un jour,
soudain, il arriva chez moi, avec un
sac très grand et fort lourd. Depuis ke
jour où je vous ai sauvé la vie, me dil-
il, voici viogt ans écoulés. Durant 0w
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一 176, 177. 一 321
temps, j'ai brigandé dans les bois et
sur les eaux. Ce sac contient mon bu-
tin. On me traque. Je vous prie de sau-
ver ma personne et mon bien. — Assez
embarrassé je consultai mon fils. — Ce-
lui-ci hésita, de peur de se compro-
meltre. — Nous cachâmes le sac, et
pensions à faire évader l'homme, quand
soudain des gendarmes firent irruption
dans ma maison, le saisirent et l'en-
trainérent. Mon fils et moi, nous nous
regardions l’un l’autre consternés,
quand ma belle-fille se mit à battre
des mains et à jubiler. Je savais bien,
dit-elle, que vous deux nigauds, ne
livreriez jamais ce hienfuiteur. Aussi
ai-je averti les gendarmes. Comme cela,
pous ne serons pas compromis, et son
bulin nous reste. — Je comprends
maintenant, conclut Sû-kia. Le spectre,
c'est le mendiant Tao qui se venge. 一
Tu as raison, je pense, dit le sous-pré-
fet, et je crois que ton cas est sans re-
mède. Le brigand devait mourir. Mais
tu as fait ta forlune avec le fruil de ses
rapines. 下 va te faire rendre gorge. 一
La suite prouva que le sous-préfet avait
bien jugé. Le fils de Sû-kia et sa belle-
fille moururent. Des incendies succes-
sifs réduisirent le vieillard à la misère.
Alors les apparitions du spectre cessè-
rent. Le mendiant Tao était vengé. Le
bien mal acquis n'avait pas profité.
Voyez Introduction VIF,
477
Au docteur Wäng-k'iming, origi-
naire de Oû-yuan-hien (Nän-hoei),
1
DK CU EN N h RE DE TS OR DE I GE 5 HN ot Gi HR A 2 ar
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一 177. —
docteur élait brave.
‘éteignit la lampe, le docteur sentit ses
pour effrayer les autres. Et saisissan
arriva, le premier jour du quatrième
mois de l’an 1774, l’histoire que voici. 一
Etouffé par un cauchemar, durant sol
sommeil, il s'éveilla, et vit un grand
diable debout devant son lit. 一
Il bondit sur ses
pieds, etempoigna le diable, qui essay3
de fuir, mais se heurta contre un mur,
ce qui permit au docteur de l'étreindre
à la ceinture. Un tourbillon de ven
mains se glacer, mais il ne lâcha pas
prise. — À ses cris, les gens de la mai-
son accoururent. Les tuiles tombaien
du toit ébranlé, et pleuvaient dans]
cour. Tous eurent peur. Le docteul
seul riait et dit: Soyez tranquilles! Jé
le tiens. Apportez de la lumière! 一
Alors la taille du grand diable se mit
diminuer rapidement. En peu CDS
ce ne fut plus qu'un petit enfant.
Quand les domestiques revinrent ave
des torches et des lanternes, ils cons
tatérent que leur maître étreignait un
poupée de filasse, qui avait été mise a
rebut comme avariée. — Faisons ul
exemple de ce koëi, dit le docteur
une torche d’une main, .il mit le feu
la poupée qu'il tenait de l’autre. -
Elle grésilla, comme fait la viande dag
la poûle. Le sang et la graisse coulères
à flots, tandis qu’une odeur insuppof
tablement infecte remplissait la mal
son. Le procès-verbal de l'événemel
fut dressé par Wâng-fongt'ing, qui &
avait élé témoin.
Voyez Introduction NIX. —- Vieil objet devenu aÀ
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— 178. — 323
178
Eu-1750, raconte Monsieur Yuan de
Ts'ién-t'ang (Tchée-kiang), ancien
mandarin, comme je séjournais à Sôu-
tcheou (Kiäng-sou) dans la famille
d’un certain Kiäng-ufong, son fils, le
bachelier Kiäng-paotch'enn, alla à Nan-
kin concourir pour la licence. Le con-
cours terminé, avant la proclamation
des reçus, le jeune homme tomba ma-
lade et dut revenir à Sôu-tcheou. Son
père invita les meilleurs médecins, qui
déclarèrent tous qu'ils ny comprenaient
rien. Sachant que jelais lié avec le
célèbre Süe-ip'iao, Kiang-ufong me
pria de l'inviler, ce que je fis. 一 Tan-
dis que nous attendions sa venue, le
malade se mit à parler. Voici Kôu-yao-
nien, dit-il... Puis, parlant à un être
invisible, il ajouta: Veuillez vous as-
seoir. — Kôu-yaonien dit: Je suis venu
vous apporter la nouvelle, que vous
êtes reçu licencié avec le numéro 38.
Je vous promets aussi que vous guérirez
de cette maladie. Faites-moi servir de
la viande et du vin, et je m'en retour-
_nerai. — Or Kôu-yaonien était un bour-
geois de Sôu-tcheou, lequel, ayant
excité une émeute et poussé le peuple
à battre le mandarin, sous prétexte
qu'on vendait le grain trop cher, fut
pris et décapité. — Aussi Kiäng-ufong
fut-il très effrayé, quand il entendit à
quel visiteur son fils avait affaire. Il
entra vite dans la chambre de son fils,
salua l'invisible, et lui dit: Si vous sor-
tez de suite, je vous ferai donner ce
que vous désirez. — Je ne puis pas
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sortir, dit Kôu-yaonien. Le mandarf
Yuân de Ts'iên-t'ang est dans l’anti
chambre. Le médecin Sûüe-ip'iae ent
dans la maison en ce moment. J'
peur de ces deux hommes. 一 Kiän
ufong sortit, et me pria de faire pla
au koëi. Süe-ip'iao étant entré, je lt
dis ce dont il s'agissait. Il éclata
rire. — Faire place, dit-il; allons done
Puisqu'il a peur de nous deux, now
allons le mettre dehors. Entrons! -
Nous entrâmes. Süe-ip'iao tâta le pou
du malade. Moi je donnai des coup
* de balai, dans tous les sens, tout au
tour du lit. — Une seule potion suf
pour guérir Kiäng-paotch'enn. Bient
la nouvelle arriva, que le bachelie
élait reçu licencié, avec le numéro 38
Voyez Introduction VI et XIII. 一 Koëi faméliqe
qui use de sa connaissance transcendante, pour se fais
faire des offrandes. :一 Les koëi craignent et évitent
hommes de vertu, les hommes de talent. — Ils redoutest
aussi les balais.
179
Un certain fe-laot'ouo errait par k
Chän-tong. Personne ne savait d'ou
élait originaire. C'était un sage. I all:
tête et pieds nus, vêtu hiver coma
été d'une simple robe de toile, et po
tant sous son bras une natte en bar
bou parfaitement propre. — Un jou
qu'il élait descendu dans une auberg
pour la nuit, le tapage fait par les hôte
l'incommodant, il demanda à l'aube
giste s’il n'avait pas quelque recoin sol
taire à lui prêter. — 11 y en a un,
l'aubergiste, mais il est hanté. — P
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— 179, — , 325
importe, dit te-laot'ouo, 一 Tauber-
giste lui indiqua une cbhambrelte. Il la
balaya lui-même, étendit sa natte sur
le sol, et s'endormit paisiblement, — A
minuit, le bruit de la porte qui s'ou-
vrait, le réveilla. Une femme entra, la
corde au cou, les yeux sortant des orbi-
tes, et la langue pendante. Derrière
elle, un homme décapité, portant deux
Lèles dans ses mains. Puis un homme
tout noir, au visage méconnaissable.
Enfin un autre, jaune et bouffi, au ven-
tre gonflé comme une calebasse. —
Quand ils furent entrés, les quatre koti
Sarreterent: Un homme vivant ici! di-
rent-ils. Saisissons-le! 一 Un pouvoir
invisible les empêcha d'approcher
même de la nalle de fe-laot'ouo. Alors
ils se concertèrent. — Rien à faire, dit
Le koëi jaune. Nous n'avons de pouvoir,
que sur ceux qui ont peur de nous.
Quand la terreur a fait enfuir leur âme.
supérieure, nous pouvons agir sur leur
corps. Celui-ci n’a pas peur. Son âme
est dans son corps. Donc rien à faire! 一
Alors fe-laot'ouo se mit sur son séant, -
et se montrant lui-même du doigt, il
‘ demanda: Comment osez-vous entrer
ici, alors que moi j'y suis? Qui êles-
vous? — Les koëi s'étant mis respec-
tueusement à genoux, la femme dit.
L'homme sans tête est un assassin, qui
a été décapité. Le noir est mort brûlé.
Le jaune s'est noyé. Moi je me suis
pendue dans cette chambre. — Me
croirez-vous, leur demanda fe-laot'ouo,
si je vous donne un boa conseil? —
Oui, dirent les koëi. — Alors, dit te-
laot'ouo, tâchez de mériter votre réin-
carnation, en cessant de faire le Sabbat
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一 179, 180. 一
ici. — Les koëi le saluërent, et Se
allérent. — Au matin, fe-laot'ouo ra
conta à l’aubergiste la scène de la nui
Bepuis lors la chambrette ne fut
hantée.
Voyez Introduction VII et XIII.
1830
Un certain te de Pékin, était là
d'amitié avec un Wäng demeurant
Î-tcheou (au sud-ouest de Pékin).
Wang devant fêter le soixantième anvi
versaire de sa naissance le sept del
septième lune, le te se mit en rout
monté sur un âne, pour aller lui offri
ses vœux. 一 Il avait dépassé Fang
chan. Le jour baissait, et un orag
montait. Soudain un homme de hau
taille, monté sur un cheval, le rejoign
et lui demanda: Où allez-vous? 一 】
te le lui ayant dit, le cavalier pa
fort satisfait. Moi aussi, dit-il, je vai
visiter le Wang. C’est mon cousin pa
alliance. Faisons donc route ensem:
ble. — Votre monture est plus rapide
dit le fe; passez devant. 一 Le géan
s'obstina à marcher derrière. 一 Bient
ses allures inquiétérent le fe. Serait-
un brigand? se demanda-t-il. =
retourna fréquemment la tête, po
observer ce compagnon suspect. À
lueur des éclairs, il lui sembla voi
que le géant chevauchaït, par CaOmeD
la tête en bas et les pieds en l’air, qu'
tirait une longue langue rouge, et sonf
flait une vapeur noire qui pouvant
la lueur des éclairs. — Epouvanté,
ie piqua son âne, et arriva enfin cb
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一 180. 一 : 32]
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le Wâng, avec son étrange compa-
gnon. — Le Wang les reçut tous les
deux parfaitement bien. Il remercia le
Îe, et traita le géant de cousin. — Le
vin aidant, le le se rassura quelque
peu, et se dit que, en chemin, il avait
peut-être eu la berlue. Cependant il
demanda au Wäng qui était ce géant. 一
C'est mon cousin Tchäng, fondeur
d'argent à Pékin, rue des cordiers, dit
le Wâng; il est venu pour ma fête. —
La nuit, on logea le géant et le te dans
la même chambre. Ce dernier obtint,
Sous un prétexte quelconque, qu'un do-
mestique de la maison leur fût adjoint.
Quand ils se couchérent, il mit le do-
mestique entre deux, et s’abstint de
dormir. — Bien lui en prit. Vers minuit,
le géant s'assit sur sa couche, tira sa
langue qui ruisselait de salive, étendit
ses bras, saisit le domestique endormi,
et se mit à le dévorer à belles dents,
jetant par terre, un à un, ses os rongés
et brisés. — Plus mort que vif, le Îe
qui était très dévot à Koän-ti, s'écria:
A moi ! vainqueur des démons. 一 Aus-
sitôt, avec un bruit de cloches et de
tambours, Koän-ti descendit d'en
haut, tenant à la main son grand sabre.
À sa vue, le yao-koai anthropophage
se changea en un papillon, qui voltigea
par la chambre, évitant les coups de sabre
de Koän-ti. Enfin un coup de tonnerre
formidable retentit. Koän-ti et le yao-
koai disparurent. Le fe tomba évanoui
sur le sol. — Le lendemain malin, la
chambre restant fermée, alors qu'il
faisait déjà grand jour, le Wang en
enfonça la porte. Il trouva le fe évanoui.
A terre, dans une mare de sang, les os
— 180, 181. —
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du domestique. Du géant, pas trace. -
On courut à l'écurie. Son cheval y ét
encore. 一 On. envoya en toute hâte!
Pékin, demander des nouvelles d
cousin Tchäng, fondeur d'argent,
des cordiers. Il n'avait pas quitté Péki
ni même songé à faire le voyage
Î{-tcheou.
Voyez Introduction VIITet Il. — Le yäo-koai axd
pris la forme du cousin Tchäng.
|
181 |
Un jour d'été qu'il faisait tn
chaud, le bachelier K'iôu de Ni
tch'ang-fou (Kiäng-si) ne trouva il
de mieux, pour avoir frais, que de 4
coucher, en coslume plus que lége
dans le temple du Génie du lieu. Rei
tré chez lui ensuite, il tomba graveme
malade. — Pensant que le Génie da lie
offensé par son indécence, le punissa
ainsi, Madame K'iôu alla lui offrir
vin et des mets, des parfums et
papier-monnaie, avec les plus humbk
excuses. — Le bachelier K'iôu guët
aussitôt. 一 Sa femme l’adjura d'’alk
remercier le Génie du lieu. — Ah!
exemple! dit le bachelier furieux. Co
ment, c’est lui qui m'arendu malade
Nous allons voir. Et, de sa plus
écriture, il rédigea une pièce, dans
quelle il accusait le Génie du lieu, ch
gé de protéger ses administrés, de 1
nuire au contraire, pour se faire of
de la viande et du vin. jl brûla Jui-mé
cette pièce soignée, devant la stat
du Génie de la ville. — Dix jours
passérent sans réponse. Encore pl
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一 181. 一 329
furieux, le K’iôu rédigea une nouvelle
rièce, dans laquelle il urgeait sa pre-
miere requête, et accusait le Génie de
la ville d’être de connivence avec son
subordonné le Génie du lieu, qui lui
servait apparemment sa part du profit.
Il brula encore lui-même cette piece
devant la statue du Génie de la ville. —
La nuit suivante, le bachelier vit en
rêve, dans le temple du Génie de la
ville, une planche semblable à celle
sur laquelle on affiche, dans les pré-
toires, les prononcés du mandarin. Un
papier fixé sur la planche, portait ces
mots, pointés au vermillon... «Le Génie
du lieu coupable d’avoir extorqué à ses
administrés de la viande et du vin par
des moyens illicites, sera ignominieu-
sement cassé. Le K’iôu s’élant conduit
insolemment envers les Génies, recevra
trente coups de rotin sur le derrière,
par les soins du sous-préfet de Sinn-
kien-hien (sous-préfecture administrant
la moitié de la ville préfectorale de
Nân-tch'ang-fou).» — Le K'iôua s'étant
réveillé, et ayant réfléchi sur son rêve,
se dit: Ceci n’est qu'un vain songe. Car
enfin, je suis de grande famille, et ba-
chelier. Aucun mandarin ne peut me
faire donner la bastonnade. Et puis, je
relève du Nän-tch'ang-hien (sous-
préfecture administrant l'autre moitié
de Nân-tch'ang-fou). Laissons venir. 一
Peu de jours après, durant un grand
orage, la foudre détruisit le temple du
Génie du lieu. Alors le K'iôu commença
tout de même à craiadre pour le bas
de son dos. Mais enfin, on ne fustige pas
les Lettrés, l'usage l'interdit absolu-
ment. Néanmoins, pour plus de sûreté, le
49
330 | — 181. —
bachelier s'enferma dans sa maison. :
Un mois plus tard, ses craintes s'é
pouissaient, quand il entendit soud
la ville retentir de cris et d’'impréd
tions. La foule courait au temple, 4
le gouverneur du Kiäng-si venait d'êti
frappé d'un coup de hache en pld
front, par un assassin, au moment q
il offrait des parfums. Le préfet et 1
deux sous-préfets s'empressaient. :
Hors de lui de surprise, le bachelk
K'iôu avait aussi couru au temple, a
négligé d'intérieur, chemise et pant
lon. Son air hagard frappa le sou
préfet de Sinn-kien-hien, qui le |!
saisir par ses satellites, et lui demand
qui il était. Un étranglement sub
<mpêcha le K'iôu d'’articuler un se
mot. Il fit des gestes, pour exprim
uil portait habiluellement une longa
robe sur le corps, et un bouton sur!
- tête, qu’il était Lettré en un mot. Ma
qui pouvait comprendre cette pantom
me? Un instant après, à plat en pleis
rue, le K'iôu recevait du rotin sur |
bas du dos, à la manière des simp
mortels. Au trentième coup, la parol
Mi revint. Je suis le petit-fils du mioï
tre de l’agriculture K'iôu, cria-t-il. -
Excusez-moi, dit le sous-préfet de Si
kien-hien, je ne pouvais pas savoir.
Les autorités donnèrentensuite au ba
lier, par manière d'emplâtre, la place
Chef des Lettrés du Fông-tch'eng-hi
Mais, n'empêche, tout Leltré qu'il ét
le Génie de la préfecture lui avait f
bel et bien donner la bastonnade, par
sous-préfet de Sinn-kien-hien.
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Voyez Introduction II et V. 一 On ne frappe k
Lettrés que sur les mains, Ceux qui sout condanues
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一 182. 一 331
être décapités, ont droit à une natte, pour recevoir leur
tête.
182
Dans le village de Siào-koan-ying
au nord-est de la ville de Yén-tch'eng
(Kiäng-sou), vivait un certain Soûnn-
tzoutch'eng. Sa femme était née Sie.
Les deux époux avaient un fils, né
dans la nuit du nouvel an, et qu'ils
avaient, pour cette raison, appelé Nién-
tzeu (le fils de l'an). 一 Nièn-tzeu avait
dix-huit ans. Un jour qu'il portait au
marché, pour les vendre, une charge
de poulets, un tourbillon de vent jen-
veloppa, et enleva ses volatiles, qui
disparurent dans les afrs. Saisi de ter-
reur, Niôén-tzeu relourna à la maison,
s’alita, et fut bientôt gravement mala-
de. — Or sa mère enceinte, attendait
alors sa délivrance. Quand le moment
fut venu, son père ayant évacué la
maison selon l'usage, le malade resla
seul dans sa chambre. — 11 lui sembla
alors, dans son délire, que Île vent
Pemportaïit vers une porte rouge. Quand
l’eut passée, il se sentit choir d’une
hauteur ,vertigineuse. Il ne ressentait
aucune douleur, maïs avait l’impres-
sion que sen corps se ratatinait de plus
en plus. — Enfin il cessa de tomber.
Impossible d'ouvrir ses paupières gon-
_ flées. Impossible de mouvoir sa langue
lïée. — Bientôt il entendit les voix de
son pére et de sa mère. — C'est un gar-
çon,dit Soûnn-tzeutch'eng; je vais voir
comment va Nièn-tzeu. 一 Un instant
aprés il revint, et dit: Hélas! Nién-tzeu
est mort. 一 Afers la mère se mft à se
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一 182, 183. 一
lamenter, et dit: Me voilà bien, avec ce
morceau de viande (le nouveau-né) en
plus, et mon grand garçon en moins!
Tout est à recommencer! — Alors
Nién-tzeu comprit qu'il était mort, et
réincarné dans l'enfant mis au jour
par sa mère. Craignant que, dans sa
douleur, sa mère ne le tuât, il fit un
suprême effort, Sa langue se délia, et
il vagit: Nién-tzeu n'est pas mort!
C'est moi Nién-tzeu! 一 Quand elle
entendit parler le nouveau-né, la mére
fut si épouvantée, qu'elle eut un accès
d’éclampsie qui l’emporta. 一 Le pére
nourrit l'enfant avec de la bouillie. Sa
croissance fut phénoménalement rapi-
de. À trois moisil fit ses dénts. A cinq
mois il marcha. Il a actuellement seize
ans. C’est Monsieur Yên, le sous-préfet
de Yôn-tch'eng, qui m'a communiqué
ce fait. |
Texte de la fin du dix-huilième siècle. — Le peuple:
croit que les tourbillons de vent sont produits par des
koëi qui passent. — Réincarnation au moment de l'ac-.
couchement, sans descente préalable aux enfers, avec
conservation de la mémoire. L'enfant non encore né,
n'est informé que par une âme inférieure. — Mort sans
doweur, insensible, imperceptible. Porte rouge, rivière
rouge, la naissance, avec l'hémorrhagie qui laccompa-,
gae. Chute en ce bas monde, dans l’abime des misères
de la vie.
183
A T'oùng-tcheou (Tchéu-li) vivait
un certain Wäng-kiucheu, devin habi-
le. — Or le préfet de Hoëéi-tch'ang
(Kän-sou), Monsieur Tchéng, avait une
petite fillé chérie, laquelle végétait de-
puis sa naissance, sans se développer.
Son âme n’a pas la force de la faire
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vivre, disait-on. — Monsieur Tchéng
consulta Wang-kiucheu sur la maladie
de sa fille. — Elle n’est pas malade,
dit le devin. Elle n’a pas d'âme. 一
Comment? fit Monsieur Tchéng. — Elle
n’a qu’une âme inférieure, dit le devin.
Son âme supérieure n'est pas encore
arrivée. Mais elle arrivera. C'est l’âme
du sous-préfet actuel de X, qui, de par
le destin, sera réincarnée dans le corps
de votre fille. Il devait mourir au temps
où votre fille est née. Vu ses vertus, le
destin lui a accordé une prolongation
d'existence, mais a oublié de retarder
d'autant la naïssance de votre fille.
Votre fille est donc née incomplète.
Elle sera subitement complétée, le jour
où le sous-préfet X, âgé maintenant de
plus de 90 ans, mourra. — Monsieur
Tchéng envoya aussitôt un émissaire à
X, pour vérifier l’âge du sous-préfet, et
les autres assertions du devin. Elles se
trouvérent toutes parfaitement exac-
tes. — Un mois plus tard, Mademoisel-
le Tchéng se réveilla comme d’un rêve,
et se trouva subitement en parfaite
santé, avec le plein usage de ses facul-
tés. — Son père renvoya à X le même
émissaire. HL apprit que le sous-préfet
était mort, sans avoir été malade, au
moment précis où sa fille s'était trouvée
guérie.
Texte du neuvième siècle, extrêmement important
et parfaitement clair. — Comparez, numéro 182, la
règle. Ceci est l'exception.
184
Un certain Hiäng-tsing, originaire
一 184, 185. 一
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SE.
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de Heüe-nei (Heüe-nan), avait une
petite fille, qui mourut âgée de peu:
d'années. Au début de sa maladie, l'en:
fant jouant avec un couteau, sa mère
voulant le lui enlever, avait été blessée
à la main. — Un an après la mort de
cette fille, la femme de Hiäng-tsing en
eut une autre. Quand la petite eut at-
teint l’âge de quatre ans, elle demanda!
à sa mére : Où est mon couteau ? — Quel
couteau ? fit la mère. — Celui avec le-
quel je vous ai blessée à la main, dit
l'enfant. 一 La femme stupéfaite rap-
porta ces paroles à son mari. — Ce
couteau existe-t-il encore? demanda
celui-ci. — Oui, dit la femme; je l'ai
conservé en souvenir de ma fille dé-
funte. — Le père mélangea ce couteau
avec plusieurs autres couteaux pareils,
qu'il présenta ensuite à sa fille. Sans
la moindre hésitation, l'enfant saisit
le sien.
Réincarnation, avec conservation de la mémoire,
dans le sein de la même mère.
485
Sous l'empereur Sôu-tsoung des
T'ang (756-762), un certain Tchéng-tai
était préfet de Yänn-tcheou (Tchéns-
kiang, Kiäng-sou). Le frère aîné du
préfet, Tchéng-k’an, avait eu de a
femme née Tchäng plusieurs enfants,
qui étaient tous morts successivement.
Une fille seule survivait. Elle s’appelait!
Ts'äi-niang. C'était une charmante de-
moiselle, âgée de seize ans. — La nuit
du sept de la seplième lune, mei-
niang vit en songe la Tisseuse (déesse
一 185. 一 335
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BRÉMS nl HÉNE ESA PANMES | HS AIRE
de la Lyre, patronne des travaux fémi-
nins). — Que désirez-vous? lui de-
manda la déesse. — Que je devienne bro-
deuse habile, répondit Ts'ài-niang. 一
La déesse lui donna une aiguille en or,
piquée dans une feuille de papier. Pre-
nez ceci, lui dit-elle, et mettez-le à
votre ceinture. Si vous pouvez vous
taire durant trois jours, vous devien-
drez une brodeuse sans pair. Si vous
parlez, vous serez changée en garçon. —
Dés le second jour, Ts'äi-niang parla,
et montra le don de la Tisseuse à sa
mére. Celle-ci ne vit qu’un papier percé
de deux trous d’aiguille. L'’aiguille en
or avait disparu. — Peu de temps après,
Ts'ai-niang tomba malade, et sa mère
se trouva enceinte. — J'ai perdu déjà
cinq enfants, se dit celte femme, et le
sixième, ma fille, va mourir; à quoi
bon en avoir d’autres, qui auront le
même sort?.. et elle envoya chez le
pharmacien, acheter une potion abor-
tive. — Elle allait l’avaler, quand, du
coin où elle agonisait, Ts’ài-niang cria
« Cruelle! » — Qu'as-tlu ? lui demanda
sa mère. — J'ai, dit-elle, que, après
avoir quitté ce corps, je dois renaître
dans le garçon que vous portez. Or
vous alliez le détruire. Voilà pourquoi
j'ai crié. — Madame Tchéng ne prit pas
sa potion. Ts’ài-niang mourut, et un
garçon prit sa place au foyer. — Ma-
dame Tchéng mit de côté les objets quo
sa défunte fille avait aimés. Dès que
quelqu'un y touchait, le nouveau-né
criait de colère. Il vagissait piteuse-
ment, quand sa mère pleurait Ts'ai-
niang. Sachant qu'il était leur fille réin-
carnée, les époux Tchéng l’appelèrent
Co
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— 185, 186. —
le Terme. Le Terme vécut, et de
vint, avec le temps, censeur impérial.
Comparez les numéros 182 et 188.
186
Lors de l'examen pour.le doctor:
en 1751, le licencié Lodo-tchern
de Kiën-li-hien (King-tcheou-fou, ak
Hôu-pei) se trouvant à Pékin, un cer.
tain Li, de P'ôu-tch'eng-hien pe
vint le trouver, et lui dit: Vous ser
reçu, mais p’aurez pas de charge. -
Veuillez me dire pourquoi, fit le liceu
cié. — Après la proclamation des reçus
dit le Li. — Quand les noms eurent ét
proclamés, le Loûo constata que, dl
fait, il était reçu docteur, mais qu'au:
cune charge ne lui était assignée. |
alla donc trouver le Li, et lui demanii
derechef pourquoi. — J'ai eu en songe
lui dit celui-ci, une révélation à voit
endroit. Le destin vous veut à P'ôu-
tch'eng-hien. Je suis venu à Pékin tou!
exprès pour vous le faire savoir. — LA
docteur Loûüo retourna chez lui. Per:
sant qu'il serait nommé au prochait
changement du titulaire de P’éo-
tch'eng-hien, il prit des renseignement
sur ce sous-préfet. Ayant appris que,
normalement, il devait encore rester
en charge plusieurs années, il ouvri
une école, en attendant. Il disait, à qui
voulait l'entendre, que ce ne serait pa
pour longtemps, la sous-préfecture de
P'ôu-tch'eng-hien lui étant assurée.—De
fait, ce ne fut pas pour longtemps. La
troisième année, le docteur mourut
subitement dans son école. — Un at
CSétenre ) RER RR RS HE TR EG AU A
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— 186. — 937
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plus tard, le quinze de la huitième
lune, comme les personnes de sa famille
se livraient à des évocations spirites,
soudain le pinceau s’agita vivement, et
écrivit en grands caractéres: Je suis
Loûo-tcheufang, revenu pour vous re-
voir. — Ses parents se montrant dé-
fiants, l'esprit écrivit: Ne doutez pas.
: C'est bien moi. En voici une honne
preuve: Il vous manque le titre de pro-
priété de votre terre de Loüo-cheu-wan.
Vous éles en procès avec les voisins
pour cette terre. J'examinais ce litre de
propriété, le jour où je mourus. Ouvrez
mon exemplaire du Li-ki, à telle page.
Le titre est là. — Quelqu'un courut
vite à la bibliothèque. Le titre fut trou-
vé, dans je livre indiqué, à la page
dite. — Alors toute la famille agenouil-
lée, pleura son cher mort. Le pinceau
écrivit quelques phrases de condulé-
ance, puis continua: Sur une commu-
pication qui m'avait été faite, je m'at-
tendais à devenir mandarin du P'ôv-
tch'eng-hien. J'avais oublié de deman-
der si je serais mandarin terrestre ou
infernal. Aussitôt mort, je fus nommé
Génie de la ville de P’ôu-tch'eng-hien.
La prophétie est réalisée. Nous l'avions
mal comprise... Si je ne suis pas venu
vous voir plus tôt, c'est que les man-
darins infernaux ont encore plus à faire
que les terrestres. Ils n’ont pas un quart
d'heure de repos. Ils ne chôment que
le quinze de la huitième lune, un seul
jour par an. Cette nuit-ci, la lune bril-
lant et aucun vent ne soufflant, j'ai pu
profiter de mon congé pour venir vous
voir. Je reviendrai peut-être, à pareil
jour. Durant mes visites, gardez-vous
43
— 186, 187. —
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CD
187 = de secouer les arbres et les buiss
ù qui ornent la cour, car ils servent d'a
泡 au cortège de koëi qui m'accompag
DSS Les koëi sont si légers, que tout ve
LD les emporte. Pour pouvoir s'arrêter
rester en place, il faut qu’ils se fixe
à un objet résistant. En bon mandari
je dois avoir souci et soin de nm
monde. — La conversation dura lo
temps encore, puis le pinceau écris
quelques phrases d'adieu, et ce fut fin
Texte de la fin du dix-huitième siècle. 一 Fall
importants sur la manière dont le peuple se figure à
koi. — Le Li est un de ces êtres mystérieux, doués 4
seconile vue, formant trait d'union entre Îles deux
des, qui jouent un si grand rôle dans les lég
tavistes.
187.
À Cauton, les deux étudiants Tc
et Li s'élaient logés dans une mais
solitaire, au lieu dit Fan-u-chan.
quiuze de la huitième lune, les pare
du Tchäo leur envoyérent les provisi
nécessaires, pour passer joyeusem
celte fête populaire. Vers minuit
deux jeunes gens buvaient et riai
encore, quand quelqu'un frappa à |
porte. Ils ouvrirent. C'était un jeu
: homme qui leur dit: Moi aussi jes
étudiant. je demeure à dix stades di
J'ai entendu parler de vous. Je :
venu pour faire votre connaissance,
me réjouir en votre compagnie. 一
Tchâo et le Li le firent asseoir.
para littérature, histoire, enfin Taoïs
et Bouddhisme. 一 Or le Tchàäo, p
Confucianiste, haïssail ces derniers :
jets, landis que le Li, nature peusik
eu raffolaitl. — Qui a vu Bouduh
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— 187. — 339
interrompit le Tchao. — Voulez-vous le
voir? demanda l'inconnu. Rien de plus
facile. — Quel bonheur! fit le Li. —
L'inconnu monta sur une table, défit sa
longue ceinture, passa l'un des bouts
par-dessus une poutre, et fit de l’autre
un rond (nœud coulant). Pendant ce
temps, un parfum énervant, narcotique,
se répandait dans l'appartement. —
Regardez dans ce rond, dit l'inconnu,
et vous verrez. — Le Li regarda, et fut
émerveillé de voir Koän-yinn, le Pro-
tecteur, et toute sorte de splendeurs,
Le Tchao regarda aussi, et ne vit que
des êtres hideux, au visage cyanosé, à
la langue pendante. — Vous verriez
mieux, dit l'inconnu, si vous passiez la
tête dans le rond. — Le Li avança aus-
sitôt la tête. — Arrête! cria le Tchao ;
et-il appela au secours. — Les domes-
tiques accourus dépendirent le Li qui
étranglait déjà. L'inconnu avait dis-
paru. — Averlis que ce quartier était
hanté, les parents des deux étudiants
les rappelèrent à la maison. — Mais il
était écrit que le Li finirait par être
victime de son tempérament mélancoli-
que. 11 devint coup sur coup licencié,
docteur, et sous-préfet de Lôu-kiang.
Ayant eu des désagréments à subir dans
cette charge, il se pendit. Cette fois il
ne se trouva personne, pour l'empêcher
d’aller voir Bouddha. |
Pour la fête du 45 de la huitième lune, voyez Mo-
rale et Usages, deuxième édition, page 385. 一 L'in-
connu, âme d’un suicidé, enterré à dix stades de là, en
- quête d’un remplaçant. — Les légendaires chinois obser-
vent souvent, et finement, qu’une prédisposition psychi-
que morbide fait les sujets capables de suggestion, d’hal-
lucination, de médiummité, etc. S'ils n’ont pas de mots
pour dire mélaucolie, neurasthénie, hystérie, manie, ces
élats ne leur sont pas inconnus. 一 Comparez numéro 45.
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— 188. —
188
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En l'an 1744, alors que moi 随
Soêi-yuan j'étais mandarin de Ché
yang (Kiäng-sou), un Lettré nom
Où y était précepteur dans la famil
Hoûng. Ce Où, bachelier, était de Hcä
nan-fou. Sa femme et son fils l'avai
suivi à Chôu-yang. Le précepteur lo
geait dans la famille Hong, dort à
élait le commensal. Sa femme et son fil
habilaient seuls dans une maison iso
lée. — Un matin, on trouva la femm
du bachelier égorgée ‘avec le cout
qui lui servait à éplucher et hacher
légumes. — Quand j'examipai judiciai
rement le cadavre, je constatai que |
trois entailles faites à la gorge, allai
de gauche à droite. Un esclave d
Hoûng étant gaucher, je ommenck
par arrêter cet homme. Il accusa un dd
élèves du bachelier d'avoir assassiné 4
femme qui résistait à ses instances
J'arrêtai le jeune homme, mais me co
vainquis bientôt que l’esclave ne l'aval
accusé, que pour se venger d'avoir é
‘ fouelté par lui. L'affaire en était là
quand je fus transféré à Nankin.
Mon successeur, le sous-préfet vs
t'inghoei, fit tout ce qu'il put po
noircir et faire condamner l'esclave.
Le grand-juge déclara les preuves nos
convaincantes. Au bout de douze en
nées, l'enquête n’était pas plus avancé
que le premier jour. — Au sixième mob
de l'an 1756, j'appris qu'on avait s
enfin qui était le meurtrier. Voici com-
ment. — Un membre de la famille
Hoûng, bachelier militaire, mort l’annét
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一 188, 189. 一 341
précédente de maladie, et dont fe
cercueil était encore déposé dans sa
maison, avait apparu à sa veuve, une
nuit d'été, et lui avait dit: C'est moi
qui, telle année, tel mois, tei jour, ai
assassiné ja femme du bachelier Où,
qui refusait de se prêter à mes désirs.
Ma victime a porté plainte contre moi
au Ciel. Demain à midi, le Génie de la
foudre passera par ici, pour frapper
mon cercueil. Fais-le vite mettre en
lieu sûr. — La veuve fit ce qu'elle put,
pour sauver Îles restes de son coupable
mari. Mais le temps qui lui était donné
se trouva trop court. A l’heure dite, le
feu du ciel consuma le cercueil avec
les ossements. Tout fut réduit en cen-
dres. 一 létail notable, dans la cham-
bre où cette exécution eut lieu, aucun
autre objet ne fut brûlé.
Voyez Introduction HI et IV.
189
Le comptable Li-niensien de Chéu-
menn-hien (Tchée-kiang) chargé de
faire rentrer des redevances, était allé
à la campagne. A la chute du jour,
étant près dua village, . il chercha une
auberge pour y passer la nuit. Il n’y en
avait pas. Ayant vu de la lumière dans
une paillote, il approcha. Dans la pail-
lote, un homme gémissait sur son lit. —
Puis-je passer la nuit ici? demanda
Li-niensien. — Tout mon monde vient
de moutir du typhus, dit l’homme.
Moi-même je suis malade. Installez-
vous, si le cœur vous en dit. — Brisé
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de faligue, Li-niensien en prit son
parti. — Ne pourriez-vous pas me pro-
curer du vin? demanda-t-il à l’homme.
Voici deux-cents pièces de monnaie.
Le reste sera pour vous. — L'homme
fit effort, se leva, et sortit. — En atten-
dant son retour, Li-niensien s'étendit
sur une des bottes de riz coupé qui
jonchaïent la cour. Un souffle froid et
un léger bruit éveillérent son attention.
Il ballit son briquet. A la faible lueur
produite, il entrevit une femine éche-
velée, au facies cadavérique,. droite et
raide, qui planait au-dessus des amas
de paille. Effrayé, il continua à battre
son briquet. A chaque étincelle, l’appa-
rition Jui apparut plus distincte. C'est
un vampire, se dit-il. 一 Terrifié, il battit
en retraite vers la porte. Le vampire fit
autant de pas en avant, que lui fit de
pas en arrière, — Il s'élança dehors.
Le vampire le poursuivit. — Arrivé au
débit de vin du village, Li-niensien se
précipita dans la salle, el tomba éva-
noui en jetant un grand cri. Le vam-
pire s’affaissa aussi sur le sol. 一 Le
marchand de vin ayant ranimé Li-nien-
sien, lui fil raconter son histoire. —
On ramassa d'abord le vampire. C'était:
la femme de l'homme à qui Li-nien-
sien avait demandé asile. Morte du
typhus depuis peu, elle n'était pas en-
core ensevelie. — On chercha ensuite
son mari. ] fut trouvé mort au bord du
chemin, à cinquante pas du débit de
vin, qu'il n'avait pas pu atleindre. Il te-
nait encore dans sa main les deux- cents
pièces de monnaie.
Voyez Introduction IX.
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190
Maitre Soùnn-hiefei originaire de
Hôu-tcheou-fou (Tchée-kiang), tenait
une école à Yânn-nan-fou. Le quinze
du huitième mois, au soir, il permit à
ses élèves de boîre au clair de la lune.
Soudain on entendit sur la table un
bruit pareil à celui que produit la
chute d'une grosse.nierre. Les élèves se
regardaient l’un l’autre, quand un être
étrange montra sa tête à la porte. Son
visage noir et parcheminé ressemblait
à celui d'un singe. Une barbe verte
pendait à son menton. 1} était coiffé
d’un chapeau de cérémonie à houppe
rouge. IJ entra en sautant et bondis-
Sant. Quand il vit que les écoliers
buvaient, il rit d’un rire sec, pareil au
crépitement d'un bambou mis au feu. 一
C'est un koai de montagne (siäo), se
dirent les élèves, dont aucun n'osa
bouger. — Après avoir. musé par la
maison, l’être mystérieux alla à la cui-
sine, où le cuisinier, qui avait célébré
la fèle par de copieuses libations,
dormait ivre sur son lit. — Du dehors,
les élèves crièrent pour le réveiller et
le mettre en garde. Sautant de son lit,
le cuisinier prit un gourdin, et se mit
à battre le koäi, qui s’efforçait de le
saisir. Ensuite il l'étreignit à Ja cein-
ture, et les deux lutteurs roulérent sur
le sol. — Les élèves accoururent, armés
de couteaux et de bâtons. Le koâi se
trouva être à l’épreuve des instruments
tranchants. Mais, sous les coups de
bâton, il se ratatina peu à peu, et finit
par se changer en une boule de chair.
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一 190, 191. 一
Les élèves la ficelérent à une colonne,
dans l'intention de la jeter à l’eau, dès
que le jour aurait paru. — Maïs, au
moment où les coqs chantérent, on
entendit de nouveau sur la table, le
même coup qui avait annoncé la venue
du koäi. La boule de chair avait dis-
paru. — Comme trophée, il ne resta
aux vainqueurs, que le chapeau à
houppe rouge. Quand ils l’examinérent,
ils constatérent que c'était le chapeau
de l'élève Tchôu. — Or, depuis assez
longtemps, des chapeaux de cérémonie
disparaissaient de l’éçale, sans qu'on
sût pourquoi ni comment. On comprit
alors que c'était ce koäi qui les avait
volés. Il paraît qu'il avait un goût spé-
cial pour celte sorte d'objet.
Voyez Introduction VI.
191
Le batelier Ma-nantchenn de T'âng-
si-tchenn (Tchée-kiang}) faisait une
nuit son service de passagers ordinaire,
quand une vieille femme, accompagnée
d'une jeune fille, le héla de la rive.
Les passagers qu'il conduisait, voulu-
rent le dissuader d'accoster. — N'est-ce
pas une bonne œuvre, leur demanda-
t-il, de tirer d'embarras une femme et
une fille surprises par la nuit? — Il
accosta, et les fit monter sur sa bar-
que. — A l’aube, la barque arriva à sa
destination. Alors la vieille tira d'un
sac une poignée de féves jaunes, les
enveloppa dans un carré de toile, et
les donna au batelier, en disant : Voici,
pour notre passage. Quand vous voudrez
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nous rendre visite, posez vos pieds sur
ce carré de toile. Nous nous appelons
Pâi, et habitons à la Porte céleste oc-
cidentale. — Cela dit, les deux voya-
geuses disparurent. — Le batelier qui
avait commencé par fourrer le nouet
de fèves dans sa manche, se dit alors :
J'ai eu affaire à deux sorcières... et il
jeta le nouet. — Rentré chez lui, com-
me il changeail de vêtements, quelques
fèves restées dans sa manche, tombè-
rent à terre. C'étaient des pépites
d'or. — Vite, le batelier courut à l’en-
droit où il avait jeté le nouet. Les fèves
avaient disparu, mais il retrouva je
carré de toile. Essayons! dil-il; et il
mit ses deux pieds dessus. — Aussitôt
il se sentit enlevé dans les airs, et trans-
porté vers l'occident. Villes et villa-
ges défilaient sous ses pieds, dans la
profondeur lointaine. Bientôt il entrevit
des palais pourpre et rose. Son véhicule
le déposa au seuil. Des enfants qui
gardaient la porte l'annoncèrent. La
vicille vint le recevoir. — Vous deviez
venir, lui dit-elle ; c’est votre destin;
ma fille vous est promise. — Qui suis-
je pour prétendre à un pareil parti? fit
le batelier. — Il n'y a pas de partis,
dit la vieille. C'est le destin seul qui
règle les unions. Vous fûles liés l’un à
l’autre, quand tu la reçus sur ta bar-
que. Inutile de parler davantage. 一 Un
instant aprés, au son des flûtes, lui et
elle buvaient la coupe matrimoniale. —
Quand la lune de miel fut écoulée, quoi-
qu'il eût tout ce qu'on peut désirer,
Mà-nantchenn désira faire une visile
à sa famille terrestre. Il en parla à sa
femme. Monte sur le carré de toile,
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dit-elle. 一 En-peu d'instants, le bat
lier fut transporté à la porte dei
maison. Depuis lors il fit ja navetl
entre la Porte céleste occidentale
son domicile terrestre Ting-chos
k'iao. — Or les parents du bateli
conçurent Ja crainte qu'un jourile
revint pas. lls brûlèrent le carré t
toile. C'en fut fait. Mà-nantchens dl!
rester sur la terre, et reprendre sa gi
fe. — Les sages consultés sur cl
aventure, opinérent que la vieille 4|
avail dit s'appeler Pai (blanc }), deti
étre la déesse du halo.
Bon échantillon de Taoïsme fantastique. Quant À
constellations et les météores s’en mêlent, cela 和 PS
toutes les bornes. Comparez numéro 185, la Tisseui.
192
A Pékio, l’annaliste Hioüng-per
t.iou logeait à côté du mandat
Tchoäng-piensiou. Jijs se voyaient In
que tous les soirs, une fois chez lu
une fois chez l’autre. — Le douze
huitième mois, le Tchoäng avait re
le Hioûng, et tous deux buvaient €
semble, quand on appela le Tcho
pour une affaire urgente. Resté st
le Hioûng continua à boire, en alt
dant son retour. — Il venait de se‘
ser une coupe de vin, quand il ha!
disparailre. 11 s'en versa une seconl
Cette fois, une main bleue sortie
dessous la table, s’'empara de la couf
Effrayé, le Hioùng se leva. Alors !
grand diable, bleu des pieds à la ttl
sorlil de dessous la table. Le Hioü
appela au secours. Deux domesliqu
— 192. — . 347
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accourus avec des lanternes ne virent
rien. Le diable bleu avait disparu. —
Peu après, le Tchoäng étant rentré, se
moqua des visions du Hioùng. Je parie,
lui dit-il, que vous n'oseriez pas passer
la nuil ici — Pourquoi pas? dit le
Hioûng, qui fil aussitôt quérir la literie
nécessaire, et son sabre, une arme
excellente, qui ayant appartenu jadis
au maréchal tartare Nién-keng-yao,
avait bu le sang de nombreux ennemis,
dans une campagne au Koukou-nor.
Bonne nuit, lui le Tchoäng, en se reli-
rant. 一 Le vent d'automne soufflait,
la lune ne donnait qu’une pâle lumière,
une lampe brûlait derrière le rideau
vert qui abritait sa couche, dans la
rue les veilleurs annoncaient la troisié-
me veille. S'attendant à quelque visite
nocturne, le Hioûng ne dormait pas. 一
Tout à coup, une coupe vide tomba
sur la table, puis une seconde. Voilà
qu'il rend la vaisselle, se dit le
Hioûng. — Un instant après, une jambe
bleue entra par la fenêtre de l’est, sui-
vie d’un bras, d’un œil, d'une oreille,
d'une demi-bouche et d’un demi-nez.
En même temps une autre jambe bleue,
suivie d’un bras, d'un œæil, d'une oreil-
le, d’une demi-bouche et d'un demi-
nez, entrait par la fenelre de l’ouest.
Les deux moiliés se réunirent au milieu
de l'appartement. Le diable bleu regar-
da avec colère vers le lit du Hioùng.
Un coup de vent glacial souleva le
rideau, 一 Brandissant son sabre, le
Hioûng se jela sur le diable, et lui
porta un grand coup sur le bras. Le
diable sauta par la fenêtre. Le Hioûng
se précipita à sa poursuite. Il allait
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— 199, 193. —
l'atteindre, quand le diable dispara
derrière un cerisier. Le Hioûng rentr:
et se coucha. — Le lendemain, quand
le Tchoäng vint prendre des nouvelles
de son hôte, il fut fort effrayé de voir
une trace de sang dans le jardin. Le
Hioûng sain et sauf lui raconta son
aventure. Le Tchoäng fit aussitôt abat-
tre et couper en morceaux le cerisier.
Tous les éclats du bois de cet arbre,
sentaient encore le vin.
Voyez Introduction XIX. Arbre méi. Thème favori,
rappelant les légendes des nagas indiens.
193
Le Lettré Tcheôu-k'ik'ounn de
Hâng-tcheou (Tchée-kiang), dirigeait
l'école officielle de Loüng-ts'uan-hien
(Kiäng-si). — Chaque nuit, sans cause
connue, le tambour suspendu à la porte
de l’école, résonnait de lui-même.
Trouvant ce phénomène étrange, le
maître aposta un veilleur. Celui-ci vit
un grand gaillard, qui lui parut haut
d'une toise, battre le tambour. — Or le
portier de l’école, un certain U-loung,
n'avait pas froid aux yeux. Il monta la
garde, avec son arc et ses flèches.
Quand le grand gaillard reparut, il lui
tira un trait, qui ne rata pas. Le blessé
prit la fuite et disparul. — Peu de
temps après, un ouragan ayant déraciné
un grand saule qui se dressait devant
l'école, le maître ordonna de le débi-
ter. 一 O surprise! on constata que te
tronc de l'arbre était percé d’une flé-
che. On comprit alors qui avait jadis
battu le tambour de l’école. La fatalilé
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— 193, 194. —
349
qui, depuis longtemps, faisait couler
aux examens tous les candidats du
Loûng-ts'uan-hien, cessa aussi à dater
de ce jour. Au premier examen qui
suivit, un candidat nommé Tch'énn fut
reçu.
Un jour le vice-roi Yinn du Chàn-si,
reçut du sous-préfet de Hoâ-yinn-hien
le dépêche suivante: Un vieux sophora
qui se dressait devant mon prétoire,
interceptant trop la lumière, je donnai
ordre de l’abaitre. Le personnel du
tribunal me pria de n'en rien faire,
l'arbre étant chênn, disaient-ils. Je
maintins mon ordre, et fis même dé-
terrer les racines du sophora. Celles-ci
se terminaient en prolongements char-
nus,
lesquels embrassaient une image de femme; j'ai
supprimé le texte obscène.
Furieux, je fis jeter cette chair aux
chiens,
et brülai l’image.
La nuit suivante, je tombai malade.
Je perds la vue; mes oreilles bourdon-
nent; je touche à ma fin. Veuillez donc.
envoyer au plus tôt un délégué, qui
prenne charge des sceaux de la sous-
préfecture. — Que répondrons-nous à
celte dépêche? demanda le vice-roi Yinn
à ses conseillers. Le sous-préfet est-il
malade ou toqué ? — A ce moment un
courrier annonça qu'il était mort.
Arbres méi. Voyez numéro 492 note.
194
L'inspecteur des études Fäng-pao
avait un valet nommé Hôu-k'iou, âgé
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de trente et quelques années, qui le
suivait dans ses tournées. Une fois que
l'inspecteur séjournait au Où-ying-tien,
son valet fut logé dans la salle de bain
de l'établissement. — Au milieu de h
nuit, deux petits nègres tirérent le va
let de son lit, et le transportérent dans
la cour, qui lui parut comme éclairée.
Il voulut prendre la fuile. Arrivé à l'ex-
trémité orientale de la cour, il se trouva
en présence d’un chênn vêtu de rouge
el coiffé de noir, qui, d'un coup de son
pied botté, l'envoya à l'extrémité occi-
dentale. Là il fut reçu par la botte d'un
second chénn tout pareil, qui le ren-
voya au premier. Et ainsi de suite. Jus-
qu’au chant du coq, le malheureus
servit de ballon, dans une partie de
football. Enfin les deux chônn disparu-
rent. Hôu-k'iou resta gisant dans la
cour. — Au jour, quand on le ramassa,
on constata qu'il avait tout le corps
couvert de bleus, meurtri et enflé. H
lui fallut plusieurs mois pour se re-
mettre. °
1 s'agit de deux kodi, appelés chénn dans ce texte.
195
En 1745, le marchand de toile.
Tch'éng de Tchénn-kiang (Kiäng-sou),
qui revenait de Siang-chan, passa, alors
qu'il faisait déjà nuit, par une lande
pleine de tombeaux. Soudain un pelit
koëi sorlit des hautes herbes, et saisit
un pan de sa robe. Bientôt un autre
petit koëi survint, et saisit l'autre pan.
Le premier le tira à droite, vers ce qui
lui parut être un mur, dont la crèl
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‘Que fais-tu
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élait garnie de fantômes, qui lui jeté-
rent de fa boue. Le second le tira alors
à gauche, vers un autre mur, également
garni de spectres, qui lui jetérent du
sable. Et ainsi de suite. Plus les deux
koëi le tiraillaient, plus les mystérieux
spectateurs sifflaient de juie. Epuisé, le
Tch'éng finit par tomber dans la boue,
et pensa qu'il allait mourir. — Tout à
coup les koei le lächèrent. Le Tch'6ng
les enteudit chuchoter : Attention! Voici
maître Lèng qui passe. — Un instant
après, le Tch'éng vit apparaître un per-
sonnage de haute taille, à la démarche
digne, qui s'éventait en fredonnant. 一
ici? demanda-t-il au
Tch'ông. 一 Celui-ci lui ayant raconté
son aventüre, maître Lèng dit en riant:
Tu as servi de jouct à de malins lutins.
Je vais te tirer d'affaire. Marche der-
rière moi. Personne n'osera te faire de
mal. — Le Tch'éng se leva et le suivit,
l'espace de plusieurs stades. Mailre
Lèngs’éventait et fredonnait toujours. 一
L’aube blanchissait. Maître Lèng se re-
tourna vers le Tch'éng, et lui dit: Tu
n'es plus loin de chez toi. Séparons-
nous ici. — Le Tch'éng le remercia
avec effusion, et lui demanda son nom
et son domicile. — Je suis, dil le grand
personnage, maître Lèng-ts'ioukiang,
du carrefour, près de la porte orien-
tale. — Rentré chez lui, le Tch'éng
dut prendre un bain et faire laver tous
ses vêtements, tant les koëi l’avaient
souillé de boue noirâtre. il alla ensuite
à la porte orientale, pour remercier son
bienfaiteur. — On lui indiqua la mai-
son d'une famille Lèng, mais personne
ne connaissait Lèng-ts'ioukiang. Enfin
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SRSÉMNEMNERSADRNSREREANDSENERRER
— 195, 196. —
quelqu'un se souvint, que ce non étal
écrit sur une ancienne tablelte, d
temple de famille des Lèng. C'était
tablette d’un bachelier, de la promolios
de 1644, mort depuis plus dua demi
siècle.
Koëi distingués, et koët vulgaires ; comme il y a de
vivants Æ 子 kiänn-ise distingués, et 小 À sir
jJenn vulgaires.
ès FDF
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196
+
Le docteur Kôu-santien de iu:
tcheou (Kiäng-sou ) avait un faible pri
uoncé pour la chair de tortue. Aussi l&
pêcheurs lui offraient-fls toutes les bel:
les tortues qu'ils prenaient. Il venail
encore d'en acheter une grosse. —
nuit suivante, un homme portant un
cuirasse dorée, apparut à la belle-menl
du docteur, une dame Li, et lui dil
Je suis le troisième fils du dieu dt
fleuve. Votre gendre m'a fait prison
nier. Si vous me sauvez la vie, je vo
témoignerai ma reconnaissance. — LU
lendemain matin, Madame Li envofl
un messager à son gendre. Cet hom®
arriva trop tard. Le cuisinier venait K
dépecer ja grosse tortue. Cette ann
là, sans cause connue, le feu prit (|
le docteur, et détruisit sa bibliothéqu
Peu de jours avant l'incendie, le chi
de la maison, se dressant sur ses pall
de derrière, avait offert à son mail
avec ses palles de devant, deux
d'eau. Les figures des ancêtres aval
apparu comme peintes sur un mur.
Mauvais présage, dirent les devios ©
sullés; présage de feu; car le ji
co
—!
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(LÉRMÉ)
— 196, 197. — 353
l'emporte sur le yinn. — Leur inter:
prétation se vérifia.
Chien ydng, eau yinn. Morts yinn reparaissant
sous leur forme de ydng vivants.
197
Tchäo-t'ientsiao a raconté lui-même
l'histoire suivante, qui lui arriva quatul
il élait sous-préfet de Kiü-young. 一
Etant sorli de la ville pour faire l’en-
quête légale dans un cas d'assassinat,
il dut passer la nuit dans une vieille
pagode de village. Durant son sommeil,
une matrone lui apparut, couverte de
poussiére et mal peignée. Vous eles le
mandarin de ce district, lui dit-elle. Je
viens me plaindre à vous de Wän-lan
qui m'étouffe. Sauvez-moi, s'il vous
plaît. — Le sous-préfet s’éveilla en sur-
saut. A la lueur de sa veilleuse, il en-
trevit la visiteuse qui sortait. 11 sauta
de son lit, mais ne put pas la joindre.
Elle avait disparu. — Le lendemain
malin, en examinant les lieux, il dé-
couvrit, à côté de la pagode, un édi-
cule dédié à la déesse Koän-yinn. Les
abords en étaient bloqués par une mai-
son neuye. Or, dans Ja statue de l'édi-
cule, le sous-préfet reconnut sa visi-
teuse de la nuil. — 11 fit aussitôt appe-
ler le bonze. — Y a-t-il dans ce village,
lui demanda-t-il, un homme nommé
Waän-lan? — Oui, dit le bonze; c’est le
propriétaire de la maison neuve, devant
l'édicule de Koän-yinn. — Le sous-
préfet fit appeler Wân-lan. 一 Ta mai-
son, lui demanda-t-il, l’a-t-elle été lé-
guée par les ancëtres? — Non, dit
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一 197, 198: —
Wän-lan, je hai bâlie celte année, s
le parvis du temple de la déesse Koa
yion, que le bonze m'a vendu po
vingt taëls. 一 Tchäo-t'ientsiao compri
Sans rien dire de son rêve, il tira vin
taëls, les donna à Wän-lan, et lui in:
tima l'ordre de tout remettre dans l'éta
d'autrefois. Puis il donna quelque cho
au bonze, pour faire réparer et orne
l’édicule. 一 "Or Tchâo-t'ientsiao, ig
de plus de quarante ans, était sans em
fants, et avait perdu l'espérance d'et
avoir. Quelques mois plus tard, sa fem-
me se trouva enceinte. La nuit de «
délivrance, la déesse Koän-yinn la
apparut, et lui offrit un beau garca
qu'elle avait apporté. Madame Tchä
accoucha d’un enfant mâle.
Voyez TP pages 467, et #74 à #16.
198 -
Le Grand Cérémoniaire Tchäng-lilt
était dévol taoïste. 1! ne négligeait pd
non plus ses affaires, Quand il se relif
à Nankin, il avait mis de côté quelqt
chose comme un million six cent mik
taëls. — Alors le commandant Lang K
fit faire la connaissance d'un t40-ch«
alchimiste famé, qu'on disait posséd
Ja vräie formule de la drogue d’imma
talilé. 1! avait plus de neuf siècles d’à
savait convertir les noyaux d'abricol
pépites d'argent, et le reste. 11 décla
à Tchäng-lihao, que, pour produire
drogue d'immortalité, il lui fallait 4
million de taëls d'argent. 一 La pet
de la mort aidant, le Tehäng se résul
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— 198. — 305
à la coûteuse expérience. I] garda l’abs-
tinence, fit déterminer par un géoman-
cien l'emplacement du fourneau, etc. 一
Le tiao-cheu commença par enfourner
cent charges de bouille, et cinquante
mille taëls d'argent. Le Tchäng surveil-
lait lui-même le fourneau durant ja
journée, et le faisait surveiller: par ses
gens durant Ja nuit. Entretenu jour et
auit, durant trois mois, un feu d'enfer
fondit successivement huit cent mille
taëls d'argent, sans qu'on vit trace de
la fameuse drogue. — Le Tchäng s'in-
quiéla. — Je vous ai dit, dès le com-
mencement, répéla le tâo-cheu, qu'un
million de taëls devront être sublimés.
Alors la drogue sera produite. Quand
vous l’aurez avalée, vous ne souffrirez
plus des besoins du corps, ui des in-
tempéries des saisons; vous traverserez
l'espace au gré de vos désirs; vous serez
exempt de la mort. 1l manque encore
deux cent mille taëls. — Le Tchäng
livra la somme, mais fit garder le tâo-
cheu à vue. Un surveillant l'accompa-
guait, même quand il allait aux cabi-
nets. — Quand le million fut au com-
plet, le tâo-cheu étant sorti, suivi de
son surveillant, disparut soudain et ne
reparut plus. — Le Tchäng courut au
fourneau, et constata que l'argent était
entièrement détruit. I ouvrit le paquet
des hardes du täâo-cheu, et y trouva
une lettre ainsi conçue: Voleur, tu
tetais approprié iniquement un million
de taëls. Je te Îles ai fait restituer. Ils
sont effacés sur ta feuille de compte
aux enfers. Je t'ai rendu un grand ser-
vice, et compte que tu m'en sauras gré.
Voyez Introduction XVII et XVII.
RENNRÉEDOMNRODNHMNESHEE | ARNESAT|
356 — 199, 200. —
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(de)
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199
Le vice-président tartare Kie avait
un parent éloigné, homme extrêmement
intrépide, lequel trouvait qu'on parle
trop des koëi et des thénn, et ne per-
dait aucune occasion de se moquer du
faste et du néfaste. — Une fois qu'il
traversait le Chän-tong, un aubergiste
l'avertil qu’uh de ses appartements était
hanté, pouf le mettre en gaïde. Le ré-
sultat fut que notre homme se logea
tout exprès dans cette chambre. — Vers
minuit, les tuiles commencèrent à pleu-
voir. Puur me faire peur, efia-t-il, il
faudrait que céla tombât de plus haut.
Aussitôt une meule de moulin tomba à
côté de lui. Pour me faire peur, cria-t-
il, il faudrait briser cette table, Aussitôt
une grosse pierre tombant sur-la table,
en fracassa la moitié. Chien de koëi,
cria-t-fl, je n’aurai peur, que quand tu
m'auras cassé la tête. Et s'étant levé, il,
se découvrit, et se tint debout immo-
bile. — Rien né bougea plus, et l’appar-
tement fut désormais paisible. Vaincu,
par tant de hardiesse, le koäi avait
déménagé. |
La péur donne aux koëë et aux knd£ prise sur les
hommes ; l’intrépidité les décohcerte. Nous avons vu, nu-
méro 479, l’explicalion de ce phénomène.
(TÉNÈSX) HE
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200
Durant la période Yoùng-tcheng,
une grande famille tartare de Pékin
maria son fils à une fille de fdmille as-
sortie. La mariée fut apportée d'une
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maison sise hors la porte Chä-heue-
menn. Comme son palanquin passait
près d’une tombe ancienne, un tourbil-
lon de vent l’enveloppa, accompagné
d'ane poussière si intense, que les por-
teurs et les gens de l'escorte furent
tous aveuglés. Enfin le palanquin arriva
à la maison du marié. — Quand on
l'ouvrit, à surprise! il en descendit deux
mariées absolument pareilles, qui en-
trérent côte à côte. Le père et la mère
du marié se regardèrent. Mais ce n’était
le moment, ni d'interroger, ni de
discuter. On adora le ciel et la terre,
on fil des offrandes aux ancêtres, el le
mariage se trouva coaclu. Assis entre
ses deux femmes, le marié se dit, qu'au
fond, deux, c'était mieux qu'une. —
Enfin les époux furent conduits dans
la chambre nupliale, les parents et les
domestiques se retirèrent, et le silence
se fit dans la maison. 一 Soudain des
cris de détresse sortirent de la chambre
pupliale. On accourat. Le marié gisait
à terre, une des mariées gisait sur le
lit, les deux yeux crevés, et le sang
coulant sur les joues. L'autre mariée
avait disparu. — Quand on eut apporté
des flambeaux, on vit, perché sur une
poutre, un gros oiseau gris et noir, au
bec effilé, aux serres acérées. Tandis
que les domestiques cherchaient des
arcs et des lances pour l'attaquer,
il prit son vol et disparut par la porte. 一
Nous venions de nous coucher, dit le
marié, quand celle de gauche me donna
sur les yeux un coup de sa manche,
qui m'aveugla. — Un instant après, dit
la mariée, un gros oiseau se jeta sur
moi, et me creva les yeux à coups de
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— 200, 201. —
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À bon mt ÈS RS GR ES
bec. — Triste noce, qui commença pa
la cécité, pour les deux époux.
Kodi méchant, faisant du mal pour son plaisir. —
Le palanquin d’une mariée, ne doil jamais passer pr
d’une tombe, près d’une caverne, près d'un puits, Pa
de tout ce qui peut servir de repaire à des koëi ou à
kodi. S’il faut passer en vue, un voile doit être tend
entre Je palanquin et le point néfaste.
_ 201
Le Lettré Kiäng-ya de Ts'ing-
tcheou (Nän-hoei) enseignait es
élèves, dont le plus âgé avait trei
ans au plus, et le plus jeune huit æ
à peine. Un jour, avant la fin de K
classe, soudain Île maître saisit 4
gourdin, et cassa la tête à ses cim
élèves; puis il brisa la sienne conë
le mur, et tomba baigné dans son san
Quand les parents apprirent la tri
nouvelle, ils accoururent éplorés. Ra
venu à lui, le maître raconta sud
suit : Je me reposais après midi, qu
soudain je vis entrer par la fenêtre
ou sept koëi. Ils avaient des visag
bleus, des cheveux rouges, et des
tements barivlés. Ils se jetèrent
mes élèves, comme pour les dévore
Je saisis un gourdin, et volai à
secours. Je frappai sur les koei de |
tes mes forces. Quand ils eurent en
disparu, je constatai que j'avais ass
mé mes cinq élèves. Ma douleur
telle, que je me cassai la tête contre
mur. — Le mandarin prévenu,
inspecter les cinq cadavres. Il ref
d'abord de croire à l’histoire des kot
* Mais les parents des élèves déposé
tous, que le maitre Kiäng-ya était
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359
excellent homme, qu'il n'avait d'inimi-
tié contre personne, qu'il traitait ‘très
bien leurs enfants, qu’on ne l'avait
jamais vu ni exalté ni fou. Ils conclu-
rent que ce drame ne pouvait être que
le solde d'une dette de sang contractée
au cours dexistences antérieures. Ils
prièrent le mandarin de faire panser
le maitre, et de remettre toule procé-
dure jusqu'après Sa guérison. — Ce
fait arriva au cinquième mois de l’an
1756. Le sous-préfet de Ts'ing-yang le
porta à la connaissance du vice-roi
Yinn. Le maitre Kiäng-ya étant mort
en prison quinze jours plus tard, des
suites de sa blessure, on n'en apprit
jamais plus long.
Manie hallucinatoire avec impulsions homicides. —
C'est par les dettes préexistantes, que s'expliquent toutes
les fatalilés. | :
202
e
L'histoire suivante est arrivée en
1741, à Joëèi-tch'eng-hien (Chän-si). Il
y avait là un temple, dédié aux trois
héros Koän-u, Tchäng-fei et Liôu-pei.
Toute l’année, il était fermé à clef,
parce que, disait-on, il s’y passait des
choses extraordinaires. On n’ouvrait la
porte, qu'une fois au printemps, et une
fois en automne, pour les sacrifices.
Même le bonze chargé du temple,
n'aurait pas osé y passer la nuit, — Un
soir un homme du Ghàn-si passa par
là, avec un troupeau de près de mille
moutons. Il demanda qu'on lui permit
de passer la nuit dans le temple. — Il
est. dangereusement hanté, lui disent
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一 202. 一
BMÉSKTOUN ADS HMESOMRNSÉ ISIN S
les gens. — Je n'ai pas peur, dit le
marchand. — On lui donna la clef, 一
Il abrita ses moutons sous les vérandas.
puis se coucha dans le temple, un peu
inquiet tout de même, aussi garda-t-il
son graud fouet, et laïissa-t-il sa chan-
delle allumée. Vers minuit, il entendil
du bruit, sous le socle des statues.
Soudain un grand gaillard, haut de
huit pieds, parut sortir de terre à cel
endroit. Ses yeux noirs caves lançaient
des éclairs. Son corps élait couvert,
non d'habits, mais d'une sorte de toison
_ verdätre. Il regarda d'abord le mar-
chaud d'un air féroce, puis souffla vers
lui, puis chercha à le saisir avec ses
griffes acérées. — Le marchand le
cingla à grauds coups de fouet. — Le
monstre parut ne rien senlir, et coupa
la lanière d'un coup de dent. 一 Epou-
vanté, le marchand se précipita dehors,
et grimpa au plus haut d'un grand
- arbre, qui se dressait dans la cour. Le
monstre lui dardait des regards ter-
ribles, mais il ne put pas grimper à
l'arbre. — Au pelil jour, des gens pas
sérent. Le monstre disparut. Le mar-
chand, plus mort que vif, descendit el
raconta son histoire. — On examina le
socle des statues. Certains crurent re-
marquer qu'une vapeur noirâtre s'é-
chappait des joinLures des pierres. 一
Le sous-préfet de Joëèi-tch'eng-hien
averti, ordonna de démolir le socle.
On creusa ensuite l'emplacement. À
uue toise de profondeur, on trouva ul
cercueil, contenant un grand corps
mouifié. Les vêtements avaient disparu,
et la momie étail couverte d'une couche
de moisissure verte simulant une
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toison. C'était bien le vampire qui avait
attaqué le marchand durant la nuit. —
Le mandarin ordonna d'élever un
bûcher et de le brüler sur place, La
momie siffla, le sang coula, et les os
craquérent. — Depuis lors il n’arriva
plus rien d'extraordinaire dans le tem-
ple des trois héros.
Héros de la période des Trois Royaumes, voyez TH
pages 970 et 975.
203 .-
Dans le Où-si-hien (Kiang-sou), au
village Tchäng-t'ang-k'iao, Un certain
Hoâ-hiek'uan plus curieux que pru-
dent, s’adonnait.-assidûment à l’évoca-
tion des esprits, avec quelques amis de
son espèce. Un jour l'esprit descendu
sur je plateau, se donna pour Wang-
tchoangchan, dacteur sous. la dynastie
Ming. Le 了 oa et ses amis l'honorérent
comme tel, et lui posérent des ques-
Lions conformes à som état, Ils remar-
quérent que le docteur s’'exprimait dif-
ficilement, et faisait mal les vers. Sa
complaisance les frappa aussi. On n'avait
qu'à l'appeler, pour qu'il vint aus-
sitôt. — Un jour, au beau milieu d’une
conversation, il écrivit: Veuillez m'ex-
cuser. Je m'en vais. Ts'ién-joulinn m'a
invité à dîner. puis le plateau resta
muet. — Or Ts'ién-joulinn était uu
homine du même village, dont la mai-
son était distante de trois stades envi-
ron de celle du Hoâ. Piqué de curiosité,
le Hoa s'informa de ce qu'il y avait
eu ce jour-là chez le Ts'ién. I apprit
-du on avait fait des invocations et des
46
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- 一 203. 一 -
_ Ja ville? 一 Ces génies, dit Li-paini
. faites à domicile. Les offre qui ve
offrandes aux chénn, pour un malade.
Le lendemain, quand Wâng-tchour
chan fut redescendu sur le plateau,
Hoa lui demanda: Vous avez diné |
chez Ts'ién-joulinn? — Oui, dit |
prit, et j'ai été fort bien traité. — M
dit le Hoa le Ts'ién n’a invité que
chénn de l'espèce des génies locat
comment un esprit aussi distingué
vous, s'est-il mis à table avec de paré
convives? 一 Acculé, l'esprit dit:
ne suis pas le docteur Wäng-tchor
chan. Je suis le Chantonais Li-paini
jadis marchand de coton, mort ici dés
une de mes tournées, durant la péri
K'äng-hi. Mon âme n'ayant pas été ,
conduite au pays, je loge, depuis le
dans le pagodin du pont d de ce vill
Nous sommes là treize âmes aband
nées. N’étant coupables d’aucun cri
nous ne sommes pas liées, ni confiné
Quand quelqu'un dans le village
des offrandes, c'est nous qui les dég
tons. 一 Mais, demanda le Ho,
ment pouvez-vous vous approprier
qui est offert aux Génies du lieu où
ne vont pas à domicile. js consomn
ce qu'on leur offre dans leurs temp
Ce qui est offert à domicile, nous
vient à nous koëi abandonnés. — E
Souverain du ciel permet cela ? dem
da le Hoâ. — Le Souverain du ciel,
Li-painien, ignore les offrandes pris
Ce qui est offert, revient aux k
Pourvu que nous n'extorquions
par force, le Souverain du ciel:
laisse faire. Vous avez pu const
que, si j'ai bu le thé et le vin que
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— 203, 204. — 363
m'avez offert, je ne vous ai jamais dé-
robé ni thé ni vin. — Mais pourquoi
vous êtes-vous fait passer pour Wäng-
tchoungchan? demanda le Hoa, 一
Quand vous fltes vos évocations, dit
Li-painien, le petit génie protecteur
de votre maison ne pouvant pas s'adres-
ser plus haut, nous invita nous, les
treize âmes du pont. Les douze autres
étant absolument illettrées, n’osérent
pas venir. Moï, sachant écrire quelques
lettres, je me risquai. Pour me faire
bien venir, je m'appelai Wing-
tchoungchan, nom que j'avais vu au
bas de nombreuses inscriptions con-
servées dans les maisons de ce village. 一
Puisque vous n'êtes ni lié’ni confiné,
pourquoi ne retournez-vous pas dans
votre pays? demanda le Hoâ. — Parce
que je n'ai pas de quoi payer le péage
aux chenn des ponts, des bacs et des
barrières, dit Li-painien. — Si je vous
brûlais cent sapèques de: papier-mon-
naie, cela suffrait-il? demanda le
Hoa. — Merci mile fois, dit Li-painien.
Il en faudrait encore autant pour le
chénn du pont, dont j'ai été l'hôte si
longtemps, afin que nous nous quittions
bons amis. — Le Hoä brûla le papier-
monnaie demandé, et co9gedia Li-
painien. Instruit par celte mystifica-
tion, il renonça aussi au spiritisme.
Texte intéressant, et qui se passe de commentaire.
204
A Hoëi-tcheou-fou ( Nän-hoei), les
logements du sous-préfet et du capi-
taine de place étaient accolés l'un à
IR NNRESREMIRÉNENASIS SES RMNÈUEETS
HERMSSMNES BURN RAMMNÈESSASEES NM
364 一 904. —
l'autre. Entre deux se trouvait le te 时
pie du.Génie du lieu, dont le mur
fond fermait la cour du capitaine, t#
dis que la façade donnait dans la co
du sous-préfet. Au printemps del
1775, .le mur de fond s'écroula, et
temple se trouva en communicatk
avec le logis du capitaine. La nüit s@
vante, une vieille femme de service
capitaine, tomba soudain comme frag
pée d’apoplexie. Quand elle fut rever
à elle, on constata qu'elle était bless
au pied gauche, et qu'elle parlait
dialecte du nord. 一 J'ai faim, cria-t-
elle; donnez-moi à manger. 一 On:
servit — Elle mangea juste le doul
de ce qu'elle mangeait à l'ordinaire.
Puis elle dit: Je suis Ha-cheu (n
tartare ) concubine du précédent s0%
. préfet. La femme en tilre m'ayant m
traitée, je me pendis à un pêcher. À
moment de la mort, je souhaïitai devet
un koëi très méchant, pour pouvoir
venger. Hélas, quand je fus mor
. j'appris du Génie ‘du lieu, que j'av
mérité mon infortune par més. Id
passés. ] me défendit toute vengea
dans le prétoire, et me confina da
son temple, où j'ai terriblement souffle
de la faim. Aujourd'hui le mur,
s'écroulant, m'a blessée au pied, m
j'ai pu sortir de ma prison par derrië
Je suis entrée dans ton corps p
manger. Si tu me nourris, je ne
ferai aucun mal. — Depuis lors,
vieille dormit le jour, et mangea dou
ration chaque nuit. Elle n'eut auca
autre mal. Souvent elle révéla aux ges
des secrets qu'elle ne pouvait pas savot
naturellement. — Or le capitaine
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-一 904. — -- 365
place avait perdu jadis une fille qu'il
aimait beaucoup. Il lui avait fait faire
une tablette, qu'il portait avec lui, de
garnison en garnison. À Hoëi-tcheon-
fou, il l’avait placée dans un temple,
où on lui faisait des offrandes aux
temps accoutumés. La vieille ignorait
cela. — Voyant qu'elle révélait des
secrets, depuis qu'elle était possédée,
le capitaine lui demanda des nouvelles
de sa fille. 一 Donnez-moi le temps de
m'informer, répondit l'âme qui possé-
dait la vieille. — Le lendemain, elle
dit au capitaine: Votre fille est logée
dans tel temple. Elle y est très bien, et
a tout ce qu'il lui faut. Elle n'a aucun
désir de revenir à la vie, et est trés
contente de son sort. Elle vous fait seu-
lement savoir, que les habits que vous
lui avez envoyés ce printemps, sont
trop petits et étroits pour sa taille. —
Le capitaine ayant fait une enquête,
-_ apprit que les habits en papier envoyés.
à sa fille ayant été mouillés par une
averse soudaine, la personne chargée
de les porter, les avait remplacés par
des habits en papier achetés au bazar,
à l'aventure. — Cependant on rebâlit
le mur écroulé. L'âme dit: Je vais être
de nouveau renfermée dans ma prison,
pour de longues années peut-être. Ayez
la charité de me brûler quelquefois du
papier-monnaie, qui me permettra d’a-
cheter à mon ge0lier quelques petites
faveurs. — On lui en brûla de suite. 一
L'âme remercia et dit : Je sais jouer de
la guitare et chanter; donnez-moi une .
guitare, et je vous chanterai un com-
pliment d'adieu. 一 Elle joua, chanta,
puis se tut. 一 Alors la vieille reprit
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tout ce qu'il leur faut, car on leu
soudain sa mine et son accent d'autre.
fois. Désormais elle dormit la nuit, a
ne mangea plus, le jour, qu’une ratiot
ordinaire. L'âme l'avait quittée.
Ce texte du dix-huilième siècle est instructif. |
ne
|
205 |
Derrière la pagode Têi-cheng-nat,
au bord du lac Si-hou, près de Häng-
tcheou (Tchée-kiang), sont toujours
remisés des cercueils pleins par milliers,
en attendant que les familles les ense-
velissent. Passant une villégiature das
cette pagode, je demandai au bons:
N’arrive-t-il jamais rien ici, où les. koë
ne doivent pas manquer ? — Jamais, mé
dit-il, car tous ces koëi sont riches; ils
restent parfaitement tranquilles. —
Comment, dis-je. Ces morts étaient tous
de pauvres gens. S'ils avaient été riches,
leurs familles ne différeraient pas aind
leurs funérailles. Ce qu’on dépose ici,
c’est la lie de Häng-tcheou.— C'étaient
jadis de pauvres vivants, reprit le borz,
d'accord; mais maintenant ce sont des
koëi riches. Ils ont du vin, de la vian-
de, du papier-monnaie, des habits,
fait de continuelles et abondantes tf-
frandes. Aussi, malgré leur grand nom-
bre, pas la moindre manifestation. Etat
soûls et repus, ils sont sans malice. Xe
savez-Vous pas, vous qui êtes mandarin,
que quiconque vole ou assassine, le fait
parce qu'il a faim ou froid? Les koë
qui apparaissent aux malades ou qü
font de mauvais coups, sont-ce dx
>
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一 905, 206. 一 367
koëi bien habillés et bien nourris? Non!
Ce sont des malheureux, aux cheveux
épars, nus et émaciés. Ils exigent, parce
qu'on ne leur a pas donné. — Je pensai
en moi-même que ce bonze parlait d’or.
Et de fait, durant un mois que je pas-
sai à la pagode, ni moi, ni mon person-
nel, ni mes enfants, personne n'enten-
dit même un sifflement.
Tous les koëï sifleat, quand ils vont et viennent. 一
Ce texte est clair et explicite.
de Ce SEE SSH E]
206
Dans sa jeunesse, an certain Kià-
cheufang, de la province du Heüe-nan,
paraissait comme hébété, un peu idiot.
Ses parents étaient morts. Son frère
aîné, un lettré, le fit travailler aux
champs. — L'idée fixe de Kià-cheu-
fang, était d’aller au'ciél. Il y pensait
sans cesse. Un jour un täâo-cheu qui
passait, lui dit: J’ai appris que tu dé-
sires aller au ciel. Ferme les yeux.
Prends mon bras. N’aie pas peur. — Le
jeune homme se sentit enlevé dans l’es-
pace. Le vent sifflait, et un bruit de
vagues qui déferlent retentissait à ses
oreilles. — Après quelques instants, il
reprit pied. Ouvre les yeux maintenant,
dit le tâo-cheu. Le jeune homme vit un
paysage féerique, des palais et des
maisons. — J'ai affaire ici pour quel-
que temps; prends ceci pour te soule-
pir, dit le tâo-cheu, en lai tendant uve
coupe de vin. 一 Kià-cheufang se mit
eu devoir de la boire. Il en avait bu la
moitié, quand le tâo-cheu lui dit: Com-
me tu ne dois pas rester ici, rends-moi
De CE AE ES PRE A ON 2 at A KE à
ABUS ) RS
‘368 : — 200, 207. 一
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le reste. Divertis-toi en m’attendant.
L'absence du tao-chea ne parut pe
longue à Kià-cheufang. Quand il "4
revenu : Redescendons sur Ia terre, di
il. Ferme les yeux et prends m
bras..— Kià-cheufang entendit les nx
mes sifflements et mugissements qi
l'aller. Au bout de quelques instants
reprit pied près deson village. — Qu:
il parut devant son frère, celui-B
poussa un cri d’effroi. Es-tu un bom
ou un koëi? demanda-t-il. — Pour
serais-je un ko8iy dit Kià-chenfang
Ne suis-je pas allé aux champs ce ma
tin? Un tao-cheu m'a mené au ci
pour quelques instants. Me voici de th
tour. — Ce matin ? quelques instant
s'exclama le frère ainé. Voilà des :
nées que tu as disparu, et qu’on
croyait mort.
Effet d'une petite dose de la drogue d’immortalité.
(HORS ) HE NI mn Es x
207
L'histoire suivante a été raconté
par le bachelier émérite Keüe-wer
linn, lettré distingué. L'épouse en tit
de son père étant morte à King-tchet
fou (Hôu-pei), son père la rempli:
par la dame Li, sa femme Secondair
Trois jours aprés que cette femme 8
été déclarée épouse en titre, elle es
mina le contenu des coffres de l'épou
défunte Tcheôu, dont elle avait hérif
Elle y trouva une robe rouge, ornée
neuf fleurs de lotus brodées. Ce vé
inent lui ayant plu, elle le mit. Apré
le diner, prise d’un. transport su
SEP AMENER | DU PTE DS a SA DH D A 6 om (1 BB -H GS HE 3
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Re x 6 tnt SRE 2 NT ED SE 2 ct Ni Ce RON ES
369
elle se souffleta comme font les femmes
exaspérées, et cria: Je suis Madame
Tcheôu, l'épouse défunte. Cette robe
rouge faisait partie de la corbeille ap-
portée de ma famille lors de mon ma-
riage. Je l'aimais tant, que je ne l'ai
jamais mise,. pour ne pas l’abfmer. Et
voilà que toi, à peine arrivée, tu me
l'as prise. Je vais tarracher l'âme. 一
Toute la famille se mit à genoux, ct
demanda grâce pour la jeune femme.
Puisque vous êtes morte, dirent-ils à
l'âme de la Tcheôu, à quoi vous servira
cet habit si voyant? — Rendez-le-moi,
en le brûlant à l'instant, commanda
l'âme. Ne savez-vous pas combien j'é-
tais jalouse? Ai-je jamais donné aucune
de mes nippes à celte concubine? Brû-
lez-moi cet habit à l'instait même, ou
je ne m'en irai pas. — Il fallut en pas-
ser par là. La robe rouge fut brûlée. —
Je la tiens, .cria l'âme triompbante;
merci ; je m'en vais. — Aussitôt la dame
Li délivrée, se retrouva dans son état
habituel. 一 Mais le lendemain, dés le
malin, elle bâifla et se retrouva possé-
dée. Qu'on appelle Monsieur, dit-elle. —
Son ancien mari étant accouru, elle lui
prit la main et dit: Voire nouvelle
épouse est trop enfant. Elle ne peut pas
gouverner convenablement la maison.
Je viendrai désormais tous les malins,
et je gouverñerai en elle. 一 Depuis
lors, chaque matin jusque vers- midi,
Ja dame Li fut possédée. L'âme de l'an-
cienne maitresse demandait compte par
sa bouche de toutes les dépenses, ali-
ments et chauffage. Elle tançait les ser-
viteurs et les servantes, etc. Cela dura
plus de six mois, A la fin tout le monde
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DS LE ER 0 aidé Es cf 2 PA AD SE ASE SP CN OU PSS Ge RE EF PE D
dE SE DS on € 20.2 D SE IL
off UN
" moi trois mille pièces de papier-mon-
— 907. —
dans la famille s'était habitué 4 Cèt ét
de choses étrange. — Un jour l'âme di
à son mari: Je veux partir d'ici. En
passant et repassant, vous ébranlez el
heurtez mon cercueil. Cela me fait mi
aux os. Dépéchez-vous de m'ensevelir,
pour que mon âme ait la paix. 一 Je
n'ai pas encore trouvé de terrain con-
venable, dit le mari. — Ton. voisin de
l'ouest, le marchand de pétards, en a
. un qui me conviendrait beaucoup, dit
l'âme. Il est situé dans une vallée. J
l'ai visité. 11 y a des cyprès et des bam -
bous. Le site est tout à fait à mon goût.
Le Marchand te demandera soixant
taëls, mais il vendra pour trente-six.
Dépêche-toi de faire l'achat. 一 Infor-
mations prises, tout ce que le koëi
avait dit, se troûva parfaitement exact,
Le Keûe acheta le terrain. — A quand
les funérailles? demanda l'âme. 一
Donnez-moi le temps d'avertir tous nos
parents, dit le Keûe. Et puis, remarquez
bienqu'il manquera quelque chose à 70
funérailles. Je n'ai pas encore de fil
que je puisse vous imputer. Alors qui
conduira votre deuil? — C'est vrai, dil
le koëi. Altendons encore. Votre nou-
velle. femme est enceinte, mats son en-
fant n'a pas encore de sexe. Donuez-
naie. Grâce à cette somme, j'obtiendrai
que ‘ce soit un fils, que vous m'attri:
buerez. 一 Le-Keùe paya. 一 En tempt
voulu, la dame Li accoucha d’un fils,
qui fut depuis le bachelier Keûe-wenn-
linn. — Trois jours après, l'âme s’em-
para encore de la nouvelle accouchée. —
Vous êtes vraiment dépourvue de cœur,
lui dit la vieille dame Tch'énn, mêré
一 907. 一 - 37!
de 2 a rt A SU EN 6 9 A SE II Ge M NE SE 8 St VE NE PA LE De St
AURMEHSSIDENRMMENIINARNEÈRENAENNE
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N'a NE Ses ÉD der \ EST BENR EE IE 2 NOR EE Qu
ÉSNnMMOMONMEUMNMhRES ES | SHHNHUE UC
de son ancien mari, — Pas du tout, dit
l'âme. C'est moi qui vous ai procuré
cet enfant, qui-doit m'être attribué, et
qui me fera les offrandes rituelles. Je
tiens donc beaucoup à sa conservation.
Or sa mère étant fort jeune, dort d'un
sommeil de plomb. Je crains qu'elle
n'étouffe l'enfant, si elle le garde dans
son lif. Je vous prie, belle-mère, de ne
le lui donner, que quand il devra téter.
Le reste du temps, et surtout la nuit,
gardez-le vous-même s'il vous plait.
Ainsi serai-je tranquille. — La belle-
mére le lui ayant promis, elle se re-
tira. — Un mois après, on fit les funé-
railles.. Le nouveau-né dut revêlir l'ha-
bit de grand deuil en chanvre grossier.
Monsieur Keûe trouvant cela trop dur
pour ‘un nourrisson délicat, cherchait
des accommodements avec les rits. 一
L'âme accourut, fort en colère. Pas
d'accommodements, dit-elle, avec ac-
compagnement d'injures. J'ai été l'é-
pouse en litre, Jé veux que .tout se
passe-comme les rits le prescrivent. 一
Il fallut en passer par là. 一 Quand le
jour fut venu, l'âme s'empara une der-
nière fois de la dame Li. Adieu, dit-elle
en pleurant. Mon cadavre ét mon âme
inférieure vont reposer en paix. Je ne
reviendrai donc jamais plus. — De fait,
après les funérailles, le koei ne reparut
jamais. 一 Jadis, quand elle était encore
fille, cette demoiselle Tcheüu avait con-
clu un pacte, à la vie, à la mort, avec
deux amies d'enfance. Ces deux per-
sonnes moururent très jeunes. Made-
moiselle Tcheôu épousa Monsieur Keüûe.
Une nuit, ses deux amies lui apparu-
. rent, dans la ruelle de son lit. Elle le
BEMERSAMERNSPESENEMRNERE MIE EN
APRES NEA SMNNIENAHENMDEÉMAN EE “
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SA A0 at et BR RO MES RENE SERTS RADARS
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SRE SE NS EVER NS HE DD HS RAS RIRE NK E
— 907, 208. —
dit à Son mari. Celui-ci prit son sab
et fit des passes dans la direction indi
quée. Tu les as blessées, dit Madame
Mieux eût valu les prier. Elles vont 9
venger sur moi. 一 Elle mourat de fa
peu aprés, sans enfants, à l'age 出
vingt-trois ans.
L'épouse en titre première, est enterrée à côté ds
l'époux. Si elle n'a pas eu de fils, un garçon de l'éposst
qui lui a succédé, ou d’une concubine, ou un adopté, Id
est attribué. Vivant, il lui fera les offrandes, comme is
vraie mère. Mort, il sera enseveli à ses pieds.
208
Au Tchée-kiang le policier M#
kisien, attaché au département des sx:
lines, avait amassé une somme d'argent
I] acheta une petite charge pour soi
fils Mà-hoantchang. Celui-ci n'eu
bientôt plus besoin d'être aidé. Trë
habile, il devint bientôt très riche. -
Sur le tard, Mà-kisien épousa une jeunt
concubine, qu'il aima beaucoüp. Il ré
solut de lui laisser son héritage, al
lieu de le transmettre à son file. Il l'&
vertit de sa résolution, en ces er
Si tu me sers fidèlement jusqu'au bo
de mes années, je te léguerai m
bien. — Six ans plus tard, Mà-kisi
étant tombé malade, appela son fils &
lui dit: Cette femme m'a servi avec
plus grand dévouement. Mon désir g
que tu lui donnes le bien que je laisse:
rai à ma mort. Tu n’en as pas besoin. -
À peine Mä-kisien eut-il expiré, qu
son fils conçut le mauvais dessein d
spolier la concubine. Le mari de sl
tante, monsieur Oû, alors préfet kh
Ts'uâpn-tcheou, était un homme capalk
CHR) [+ ROSE ES
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FRREMESNSLDIENNERXS NS 0 QD Nu ME NT
873
‘de tout. Mà-hoantchang alla le trouver
et lui dit: Figurez-vous le tour que
mon père m'a joué. ]1 a laissé une for-
tune assez considérable. Or il m'a de-
mandé de la donner tout entière à sa
concubine. Je suis frustré. — Sois
tranquille, dit le préfet Où, nous arran-
gerons cela. Je te prêterai main forte. 一
Quand le septième jour fut venu, la
nuit du retour de l’âme, Mà-hoantchang
fit veiller le cercueil par la concubine.
Lui-même et sa femme pénétrérent
alors dans la chambre de son père, et
enlevérent toutes les caisses et malles,
avec leur contenu. Enfin Mà-hoan-
tchang ferma la porte avec un cadenas
solide. — Après la veillée, quand la con-
cubine voulut rentrer dans sa chambre,
elle trouva la porte cadenassée. Au
même. moment le préfet Où se présenta
à elles et lui dit d’un ton élevé et bru-
tal: Vous êtes trop jeune pour rester
veuve. Retournez de suite dans votre
famille.On vous cherchera un bon parti.
Je vais demander à Mäà-boantchang de
vous donner une somme convenable. —
Cela dit, il appela Mà-hoantchang de
sa grosse voix : Donnez cinquante taëls
à cette personne, dit-il; ce sera plus
que suffisant. 一 Mä-hoantchang paya
immédiatement cette somme, qu'il avait
préparée d'avance, puis dit- à la con-
cubine : Monsieur Où a raison. Vous
ne pouvez pas rester ici. On a déjà fait
vos paquets, et le palanqüin est: prêt.
Veuillez partir à l'instant, sans vous
inquiéter du reste. — Craignant les vio-
lences du préfet Où, la concubine ainsi
expulsée partit sans mot dire. — Vous
_ m'avez rendu là un fameux service,
—
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ses parents, la concubine refusa de :
laisser remarier. Son petit pécule fu
bientôt dépensé. Quand le douze dei
septième lune fut venu, elle achet
l'encens et les autres objets nécessaire
pour l'offrande (du quinze, jour de
morts), puis se rendit chez les Mà
pour se lamenter avec eux. Elle fi
reçue par la femme de Mà-hoantchan,
aussi mal que possible. N'as-tu pa
honte. de revenir, après avoir ét
expulsée.? lui demanda cette grossié
persoané. — On ne permit pas à la con
cubine d'entrer dans la maison. El
fut logée dans un cabinet attenant:
vestibule, et avertie qu’elle aurait
déguerpir aussitôt les offrandes faite:
La malheureuse se lamenta dura
tonte la-auit, jusque vers le matin.
Le lendemain, quand les Mà voulure
”la chasser, ils-trouvérent son cada
suspendu à une poutre. Ma-hoantch:
fit vite acheter un cercueil, y dépe
la morte, et la renvoya.à ses parenë
“qui n’osèrent pas se plaindre, par pe
du terrible préfet Où. — Persuadé qu
n'aurait plus désormais que des =
heurs dans cette maison, Ma-hoa
tchang la vendit à un sieur Tchäng,
alla se loger ailleurs. — Or uneé nt
le Tchäng vit la suicidée et l’entent
pleurer. 11 avait out parler des affai
domestiques des Mà, et était indis
de leur ignoble conduite. (Com
nant à quel koëi il avait affaire, il
dit doucement : J'ai acheté cette mais
assez cher, sans intention de vous fail
tort. Je connais vos ennemis,
hoantchang et le préfet Où. Pourq®
..— 208. 一 875
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m'ennuyer, moi? C'est à eux qu'il faut
vous en prendre. Si vous voulez, la
nait prochaine avant minuit, je vous
conduirai à leur nouveau domicile. —
La pendue sourit d'aise, et disparut. 一
Quand la nuit fut venue, le Tchäng
brûla de l’encens, disposa une tablette,
pria l’âme de s'y fixer, puis la prit
et s'en fut chez les. Mà. Arrivé à leur
porte, il dit tout bas à la tablette: At-
tendez que je frappe à la porte ; vous
entrerez quand elle sera ouverte.” 一
Le Tchäng ayant frappé, le . portiér
sortit. Votre maitre est-il rentré ? lui
demanda le Tchäng... Pas éncore, dit
le portier, je l’attends. 一 Bonne occa-
sion, dit le Tchäng à la tablette:
entrez! 一 Croyant que'le Tchâng se
parlait à lui-même, le portier le prit
pour un toqué, et referma la porte. —
Rentré chez Jui, le Tohang ne dormit
pas de toute la nuit. Le lendemain, de
grand mation, il alla aux informations.
Le portier des Mà se tenait devant sa
porte ouverte. — Vous eles bien ma+
tinal, lui dit le Tchäng. — 11 y a de
quoi, fit le portier. Notre mattre est
rentré à minuit. Un instant après, il se
trouvait mal. Maintenant il est à toute
extrémité. — Le Tehäng retourna aux
informations, le même jour après midi.
Mà-hoantchang était mort. Peu de
jours après, le préfet Où mourut de
même subitement. De plus les deux
familles Mà et Où, furent complètement
ruinées. . .
Voyez Introduction VIT; Morale et Usages, deuxième
édition, page 383 ; et le numéro 10 du présent volume,
316
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RÉDER 2 HUIRENCMONMRERRNENÈSEMAHIME à
-一 209. 一
209
Wäng-yencheng, le frère cadet de
Wäag-hienchenn préfet de Où-tch'ang-
fou (Hôu-pei), était mort durant les
chaleurs de l'été. — L'année d’après
1763, en automne, le mandarin Wang-
hi, an cousin du défunt, tomba grave-
ment tnalade. Il délirait depuis plu-
sieurs jours. Un médecin consukté pres-
crivit un, tonique. La mère du malade
préparait la décoction, sûr la table,
prés de son lit, quand. Wäng-hi dit
d'une voix étrange: J'ai été la victime
d’un imbécile de médecin. Je ne souf-
frirai pas qu'il en arrive autant à mon
cousin Hi... Et, d'un coup de main, il
jeta à terre la tasse contenant la dé-
coction. — Qui êtes-vous ? demanda la
- mère effrayée. 一 Je suis Yéncheng,
mort l'an dernier. Se peut-il que vous
ne reçonnaissiez pas ma Voix? —
Qu'étes-vous devenu? lui demanda la
mère. — À cause de la droiture de mon
caractère, et parce que ma vie a été
tranchée avant le temps, j'ai été placé
au prétoire du Génie de la ville de
Tch'äng-tcheou (rang de préfet). Celui-
ci m'a chargé de porter une dépêche
importante au Génie de cette province
(rang de vice-roi). J'ai profité de l’oc-
casion pour venir vous voir, et suis
arrivé juste à temps pour sauver mon
cousin Hi des mains de son médicastre.
Maintenant il faut que j'aille remettre
ma dépêche au prétoire provincial. Je
reviendrai ensuite. 一 Un instant après,
Hi s'endorinit paisiblement. Le lende-
main malin, on conslata qu'il n'avait
一 209. 一
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351
aucune souvernance de ce qui s'était
passé la veille. — Vers le soir, Yéncheng
parla de nouveau par sa bouche. J'ai
soif, dit-il; donnez-moi à boire. Puis,
Quand il eut bu‘ Appelez mon frère, le
Huitième. 一 Or le Huitième, était le
seul frère de Yéncheng né de la même
mére que lui, pour lequel il avait eu,
par suile, ane affection spéciale, de
son vivant. — Quand le Huitième fut
venu, Yéncheng lui fit des caresses,
comme jadis, puis il lui dit: Prends
garde, dans tes jeux, de ne pas mettre
ta vie en danger. L'autre jour, quand
tu faisais naviguer des petits bateaux
Sur le bassin devant le temple de nos
ancêtres, tu as failli être écrasé par la
chute d’une colonne. Tu devais être
tué. C’est moi qui ai poussé la colonna,
pendant qu'elle tombait, et l'ai fait
heureusement dévier. Tu allais payer
l'offense faite par notre père, à un vieux
mort enseveli sous cette colonne. Notre
père fit niveler sa tombe, dresser. une
colonne dessus, et creuser le bassin à
côté. Oppressé par la colonne, mouillé
par les infiltrations du bassin, le mort
résolut de se venger. Je l'ai empêché
de réussir pour celle fois, mais butez-
vous de l'exhumer et de l'enterrer ail-
leurs. — Puis Yénchéng demanda qu'on
, appelât ses trois sœurs. — Quand elles
furent venues, il dit: Première et
Deuxième, vous serez heureuses sur la
"terre; mais toi, Troisième, le destin ne
te veut pas de bien. Cela étant, mieux
vaut que je bemmene, et te conduise à
potre mère. Autrement tu auras trop à
souffrir de diverses marâtres. — Cela
dit, Yéncheng rit, salua, et prit congé
48
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en disant: Au revoir! au revoir! 一 也
iustant après, Hi reprit ses sens,
parla avec sa voix ordinaire. Peu t
jours aprés, il était guéri. Avant s
mois, la Troisième mourut. 一 En 176
durant l'hiver, avant le nouvel-a8
Yôncheng apparut en songe à son co
sin Hi. Je suis heureux de vous voire
bonne santé, lui dit-il. Pour moi,
vais avoir de l'avancement. Il ne %
sera plus aussi facile que jadis de ves
vous voir. Adieu donc! 一 Hi se réveil
tout triste.
Voyez Introduction M, hiérarchie des mandarisé
infernaux. 一 Dans cette histoire, "pas de métempsyc
mais le monde double, et le destin ; du Taoïsme pur.
210
A Lù-seu-tch'ang, village dists
de cent stades environ de la sos
préfecture de T'oùng-tcheou (Kiisg
sou), vivaient l'étudiant Kiäng-ilins
sa jeune femme née P'éng. Mariés
ans avant que l'étudiant coiffât le L
net viril, les deux enfants s’aimaie
d'amour tendre. — Une nuit, ils rt
rent tous deux, que lui serait reçu |
chelier tel jour, et qu'elle mourrait
jour-là. Quand le temps des exame
fut venu, l'étudiant. ne voulut pas
présenter, de peur de perdre sa fem:
Présentez-vous, lui dit celle-ci. Li
portant est que vous obteniez un gra
Peu importe que moi je meure. D'a
leurs bien des rêves ne se réalis
pas. — Elle dit cela, pour décider &
mari. Celui-ci se présenta à cont
cœur. La liste des reçus, dont il ét
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319
fut affichée le jour qui lui avait été
révélé en rêve. Le lendemain il rece-
vait, à la préfecture Yâng-tcheou-fou,
la nouvelle que sa femme venait de
mourir subitement. Il ne put rentrer
chez lui, qu'après les formalités de la
réception officielle des bacheliers, le
quatorzième jour après la mort de sa
femme. Or le peuple de la sous-préfec-
ture de T'oûng-tcheou, croit que la
nuit qui termine la deuxième période
de sept jours, est celle où l’âme revient
(comparez page 33, ailleurs la septième
puit). Kiäng-ilina veilla donc près du
cercueil, dans l'espoir de revoir sa
femme. Vers minuit, il entendit on
léger bruissement dans un coin de
l'appartement. Sa femme apparut, et
souffla la lampe qui brûlait devant le
cercueil. Ilinp ne bougea pas, de peur
de l'effrayer. Elle approcha du lit,
entr’ouvrit les rideaux, et demanda:
Es-tu revenu? Il l’embrassa en pleu-
rant. Quand les deux époux se furent
raconté ce qui leur était arrivé - depuis
leur séparation, ils se mirent au lit,
comme jadis. 一 Est-H vrai, demanda
Ilinn, que les morts sont cités par un
satellite infernal, puis gardés jusqu'au
retour, et enfin emmenés par lui? —
Cela est vrai des âmes coupables, dit
sa femme: celles-là sont tenues capti-
ves. Comme j ai été trouvée sans faute,
et les juges infernaux ayant constaté
que le temps de notre union a élé
écourté, j'ai reçu la permission de re-
venir seule. — Pour celte nuit seule-
ment? demanda Ilinn. — Non, dit sa
femme ; chaque nuit, jusqu'à solution de
notre lien. De plus, je te suis repromise,
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pour une seconde existence. —
ce moment, un coup de vent ébra
la fenêtre. Tiens-moi! tiens-moi!
la femme effrayée. Les koëi sont
légers,que le moindre souffle lesempo
au loin, irrésisliblement. 一 Au cha
du coq elle prit congé, puis revint c
que nuit. Elle vaquait à sa toilette,
faisait divers travaux pour son m
comme de son vivant. — Cela du
deux mois. Enfin, une nuit, elle dit
gémissant : Maintenant notre union
à bout. Dans dix-sept ans, je te se
de nouveau rendue. — Elle partit,
ne revint plus. — Le bachelier Kiä
étant un beau jeune homme, il
manqua pas d’entremetteurs pour |
proposer les meilleurs partis. 1] refu
obstinément toutes les offres, bis
résolu à n'épouser que sa Tepron 二
Je me remarierai, disait-il, quand vo
m'aurez retrouvé mon ancienne femme
Enfin tous les entremetteurs y reno
cérent. — La dix-septième année
puis son veuvage, une jonque revenaf
du Chän-tong aborda à Lù-seu-tch'asg
Elle portait un ménage chantonaïis, pim
mère et fille. Le père était un bon maïs
pauvre lettré. Son frère l'avait aidé&
élever sa fille, puis avait voulu la mari
à un bon parti. La fille avait ref
obstinément, déclarant qu'elle étai
deslinée à un certain Kiäng-ilinn d
Kiäng-sou. Ses parents s'élaient don
embarqués avec elle, pour chercher t
futur. — Averti, Kiäng-ilion demand
au père une entrevue avec sa fille, dant
laquelle il reconnut aussitôt son anciet-
ne épouse. Elle était renée dix-sep
ans auparavant, deux mois, jour po#
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SSSR MEN | Bibi ONE EG BR 28 af Nik
SE SES EEE 8 A 3 OR = ce HR A M8 ME
— 210, 211. — 881:
jour, après sa précédente mort, le jour
où elle avait pris définitivement congé
de son mari. Kiäng-ilinn l’épousa au
plus tôt, comme bien on pense, et ils
furent très heureux ensemble. Dix-sept
ans plus tard, lui et elle tombérent
malades, et moururent presque en
même temps.
Destin, métempsycose, incohérences; voyez latro-
duction VI et VII.
211
Un certain Tchôu de Häng-tcheou
(Tchée-kiang) vivait du pillage des sé-
pultures. Avec six ou sept compagnons,
il sortait par les nuits très noires. Les
tombes étaient ouvertes à la pioche. —
Comme elle ramassait plus d’os que d'or
et d'argent, la bande recourut aux évo-
cations spirites, pour se faire indiquer
les bons endroits. Un joùr le génie Yäo-
wang descendit sur leur autel et écri-
vit: Si vous continuez ce métier, pire
que celui des brigands, vous aurez tous
la tête coupée. — Trés effrayés, nos
pillards restèrent tranquilles durant
plus d'un an. Enfin, n'ayant plus de
quoi vivre, ils recommencèrent à con-
sulter les esprits. — Un esprit des-
cendu sur leur plateau, se donna pour
le chêna du lac Si-hou. Près de la stupa
Pao-chou-t'a, écrivit-il, vous trouverez
un puits en pierres de taille. 1 donne
accès au tombeau d'un grand person-
nage. La tombe contient un grand tré-
sor. — La nuit suivante, le Tchôu et
ses compagnons reprirent leurs pioches.
D'abord ils ne trouvèrent pas le puits.
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1, 219. 一
+R ABIIRSRSÉONSELSIRSEMNDNRENHEN
Alors une voix se fit entendre, qui |
dit: Sous les saules, à l’ouest de la
gode. — A l'endroit indiqué, ils tr
vérent de fait l’orifice d’un puits co
blé, qu'ils se mirent à déblayer.
quatre pieds de profondeur envi
is découvrirent une dalle énorme.
la débarrassérent, mais leurs forces
unies ne suffirent pas pour la souk
ver. — Ils se souvinrent alors qu'&
bonze de la bonzerie Tsfng-seu po
dait une formule, au moyen de laqu
il pouvait soulever les poids les
lourds. Ils le prièrent de venir les ak
der, et lui promirent sa part du buli
Le bonze, qui était un gredin, a
ta. 一 1l récita sa formule, une centai
de fois de suite, devant la dalle. So
dain la tombe s’entr'ouvrit. Il en S0
un bras noir, long d'une toise, qui sai
le bonze et le tira dans le tombeau.
le vampire le déchira en lambeau
qu'il dévora, ne rejetant que les
rongés. 一 Le Tchôu et ses compagn
n'attendirent pas leur tour. Ils s’enfu
rent dans toutes Les directions. 一
lendemain, la tombe était refermée. Un
bonze de la pagode Tsing-seu manquait.
Comme il ne revenait pas, le mandarin
fut averti de sa disparition. On sut qu
le Tchôu l'avait invité. Celui-ci fut 六
rêté. Sa maison fut pillée par les satel-
lites. H se pendit en prison, pour échap-
per au glaive.
Malfaiteurs envoyés à leur perle par les ché
Voyez numéro 89.
212
On raconte qu'un préfet de Nas
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boue
2, 218. 一 363
yang-fou (Heñe-nan) sous la dynastie
Miag, étant mort en charge, son âme
pe s'en aperçut pas. Elle resta dans je
prétoire, et continua à monter au tri-
bunal préfectoral chaque nuit, en grand
costume, à l'heure où le préfet défunt
avait accoutumé de siéger jadis. — Du-
rant la période Yoùng-tcheng ( 1723-
1785) de la dynastie Ts'ing, un Mon-
sieur K'iâo fut fait préfet de Nän-yang-
fou. Les employés du prétoire le mirent
au courant. Est-il obstiné, ce vieux,
dit-il en riant. C’est un. peu fort, tout
de même, qu'il n'arrive pas à se per-
suader qu'il n’est plus. Je vais le lui
démontrer. — La nuit suivante, avant
l'heure ordinaire de Fapparition, Île
préfet K'iâo monta au tribunal préfec-
toral, en grand costume de la dynastie
nouvelle, et s’assit sur son siège. 一 A
l'heure ordinaire, l’ancien préfet parut,
en grand costume de la dynastie dé-
chue. Comme il approchaît du siège, il
s’aperçut qu'il était occupé. Il s'arrêta,
hésita, poussa un profond soupir et
disparut. On ne le revit jamais plus.
Voyez Introduction VI st XII.
ét ER 5 Did} D Fr Bi ci a
SENS RÉ-AMÉ DES
213
Durant: la période K'äng-hi (1662-
1722), un certain Yang-k'ioungfang de
Kiû-joung-hien (Kiäng-sou), concou-
rait pour la licence à Nankin. 11 avait
composé, et pas trop bien réussi. Aussi
était-il assez inquiet, et craignait-il un
échec. — La nuit suivante, il réva qu'il
entrait dans le temple du Génie de la
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一 913, 214. 一
SET à
>
LA
CA
- l'apprendre par cœur. 一 Le lendemai
littérature. Le Génie était assis sur
trône. Autour de lui, nombre de pet
fourneaux brûlaient. — Qu'est ceci
demanda le Yâng à un assistant. —
refond certaines compositions du co
cours, dit celui-ci en souriant, sel
les desseins du Sublime Souverain.
Le Yang constata que sa composili
était du nombre des refondues. El
était toute changée. Les lettres bri
laient comme de l'or. 1l s'empressa
à son réveil, il apprit que, durant
nuit, le feu avait pris au bâtiment o
les compositions du concours étaie
déposées, en attendant leur correction
Vingt-sept compositions, dont celle d
Yâng, avaient été consumées. —
directeur de l'examen ordonna que
vingt-sept candidats fussent aussit
remis en cellule, pour refaire leur com
position sur le même thème. Inutile d
dire que le Yang écrivit la composili
qu'il avait apprise par cœur en song
Il sortit premier de la promotion.
décret du Sublime Souverain, son des
tin, étail accompli.
Voyez Introduction V. — Des textes nombreux afr-
ment, que le succès ou l'insuccès aux examens littéraires,
dépendent moins du talent que du deslin, d’une prédesii-
nation basée sur les mérites ou démérites antérieurs.
214
: Au Kiäng-si, le pauvre lettré
qui tenait une école ailleurs, rentrai
chez lui après une longue absence,
dans un bateau omnibus. Il vit, a8
bord du canal, une femme qui pleurai
( 哄
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SP II+HURÉSE
— 214. 一
385
amérement. Qu'avez-vou<? lui demanda-
t-il. — Mon mari m'a vendue, dit-elle,
pour avoir de quoi payer ses impôts.
Je ne puis me résoudre à me séparer
de lui, et de mon petit enfant, qui
mourra cerlainement, si on le sèvre
maintenant. — Emu de compassion, le
Chôu demanda: Combien votre mari
doit-il? — Treize taëls, dit la fem-
me. 一 Alors le Chôüu proposa aux
autres passagers de se cotiser, à
raison de un taël par têle. — Tous re-
fusérent. 一 Or son traitement, que le
Chôu rapporlait, se montait juste à
treize taëls. II les donna à la pauvre
désespérée. — Quand il arriva chez lui,
il dit à sa femme: Voici deux jours que
je n'ai mangé; prépare-moi vite quel-
ques aliments. — Il n'y a rien à la.
maison, dit la femme. — Emprunte, dit
le lettré. — J'ai déjà tant emprunté, dit
la femme, que personne ne veut plus
me prêter. 一 Alors apprêle-moi des
herbes, dit le lettré. — La femme cueil-
lit et apprela des laiterons. Quand il
eut soupé de ce légume amer, le lettré
se coucha. 一 La nuit, il entendit dans
la cour une xoix qui disait: Celui qui
s'est nourri aujourd'hui de lailerons,
aura, l’année prochaine, un fils qui sera
reçu premier d'une promotion de doc-
teurs. — Un an après, la femme du
lettré donua le jour à celui qui devint
Chôu-fenn, premier docteur de la pro-
motion de -l'an 1487, puis ministre
d'état. — Une bonne œuvre importante
produit plus de fruit, que nombre de
petites bonnes actions.
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215
Dans le T'âi-tcheou-fou (Tec
kiang}), le lettré Ying, encore sim
particulier, vivait retiré dans les mo
tagnes. Une nuitil entendit desk
qui parlaient entre eux. L'un dit: U
telle, dont le mari absent pour
négoce ne rentre pas, est perséculée
ses beaux-parents, qui la poussent à
remarier ailleurs. Elle n’y tiendra pa
Avant longtemps elle se pendra, et de:
viendra ma remplaçante. — Le 了 这
écrivit aussitôt une lettre, au nom à
mari absent, et y joignit la somme &
quatre taëls. — Quand le père du mar
chand eut reçu cet envoi, il remarqe
que l'écriture n'était pas celle de
fils. Bah! se dit-il, si la lettre est
trefaite, l'argent est du bon argent.
Il cessa de penser que son fils
mort, et ne poussa plus sa bru à
remarier. — Peu de temps après,
marchand revint, et les deux é
sauvés par cette bonne œuvre discrék
vécurent heureux ensemble. — Avec |
temps, Maître Ying devint présidef
d’un des six grands ministères.
216
Heûe-teng était un excellent méde
cin. Un pauvre homme nommé Soüns
mien élant tombé malade, le fit prk
de vouloir bien le traiter. Heüe-tes
lui fit plusieurs visites. Cette maladi
déclara-t-il, tient à un épuisement &
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一 216, 917. — 387
forces vitales. Pour guérir, il vous
faudra prendre divers toniques. — Or,
comme beaucoup de médecins chinois,
Heûe-teng élait aussi marchand de
drogues. — La femme du malade
n'ayant pas de quoi payer les visites,
et encore moins les toniques, conduisit
le médecin dans une chambre écartée.
Je suis pauvre, lui dit-elle; je ne puis
vous donner que ma personne; sauvez
mon mari, s'il vous plait; je suis à
. votre disposition. — Je n'ai jamais
commis aucune action déshonnète, lui
répondit Heûe-teng froidement. Soyez
plus fidèle à votre mari. Pour moi, je
ferai gralis ce que je pourrai pour ie
sauver. — Quand il fut rentré chez lui,
Heûe-teng envoya les toniques néces-
saires. Soûnn-mien guérit. — Une nuit,
un chénn apparut en songe à Heûüe-
teng, et lui dit: Tout le bien que tu as
fait par l'exercice de ton art, est moin-
dre que le mérite que tu as acquis en
n'abusant pas de cette femme. Aussi,
par décret du Sublime Souverain, un
titre, et cinquante mille ligatures, te
sont accordées. — Peu de temps après,
le fils de l'empereur étant tombé ma-
lade, et aucun médecin n'ayant pu le .
guérir, Heûe-teng fut invité à lui don-
ner ses soins, et le guérit du premier
coup. L'empereur lui accorda aussilôt
un titre, et la somme promise dans son
rêve. — Le Ciel est informé des choses
les plus secrètes. Rien ne lui échappe.
BRU S RD NCA NH NE NME
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Ca
217
Le célèbre médecin Tcheôu-uetch'oang
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ÉUHEN SCENE MS SN A SMENDNARERT
— 917, 218. —
|
avait un serviteur nommé Téi. Cet hom-
me tomba malade. Le médecin lui ayant
tâlé le pouls, constata qu'il mourrait
bientôt. Il lui donna donc une petite
somme, et le renvoya à ses parents. —
Comme ïil passait à Yâng-tcheou
(Kiäng-sou), Téi rencontra un homme
désolé. 一 Qu’avez-vous? lui demanda-
t-il. — Je dois de l'argent aa fisc, dit
le malheureux. 1 ne me reste qu’à ven-
dre ma femme, ou à me noyer avec
elle. 一 Emo de compassion, Ti donna
tout son pétule. Puis il se rendit chez
ses parents. Au lieu de moarir, il gaé- |
rit. — Il retourna donc ehez son maître
le docteur Tcheôu. — Est-ce bien toi?
lui demanda celui-ci, très étonné. —
C'est bien moi, dit Têi. — Le médecin
lui tâta le pouls. Ta constitution est
entiérement changée, lui dit-il. Tu vi-
vras très vieux. C’est étonnant. — Le
Téi lui raconta sou histoire. — Ah!
dit le médecin, ta vertu a touché le
Ciel, qui a changé tes viscères. Cela ne
se diagnostique pas.
218
À Hoëi-tcheou (Nan-hoei) un cer-
tain Wäng-tcheujenn était encore sans |
enfants à l’âge de trente ans. Un devin
lui annonça que, au dixième mois de
cette année, il courrait un grand dan-
ger. Le devin était trés célébre. Aussi
le Wang se rendit-il à Sôu-tcheou,
pour liquider ses affaires. 一 Durant ,
son voyage, il vit unè femme se jeter À
l'eau. jl dépensa dix taëls, pour décider |
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un pêcheur à la repécher. Il demanda
ensuite à la femnie: Pour quel motif
avez-vous agi ainsi? 一 Mon mari cul-
tive ane terre louée, dit-elle. Nous
avions élevé un porc, pour payer notre
redevance. Je l'ai vendu hier. On m'a
payé en faux argent. Mon mari m'a
battue. Voilà pourquoi je me suis jetée
à l’eau. — Le Wâng lui remit ce qu’il
fallait pour payer la redevance. Ea
femme porta la somme à son mari.
Celui-ci concut des soupçons. La femme
le conduisit à lFauberge où le Wang
était descendu. Îl était déjà couché et
endormi. La femme frappa à la porte
et cria : Celle que vous avez sauvée vient
vous remercier. — Vous êtes jeune,
cria le Wang de l’intérieur ; je suis seul
dans cette chambre et il fait nuit, je
ne puis pas vous recevoir. — Mon mari
est venu avec moi, dit la femme. 一 Le
Wang se leva, et alla ouvrir la porte.
A ce moment un mur s'écroula, et
broya le lit qu’il venait de quitter. Le
Wäng avait échappé au danger prédit.
C'est ainsi que le Ciel protège les braves
gens. — Quand il fut rentré à Hoëi-
tcheou, il alla trouver son devin. Vous
êtes un tout autre homme, lui dit celui-
ci. Le malheur est conjuré, et toute
sorte de bonheurs vous attendent. 一
Wäng-tcheujenn eut successivement
trois fils, dont deux furent gradués. IL
vécut jusqu’à un âge très avancé. |
219
Un jour de printemps, comme Lu-
k'i se promencit dans la banlieue, 让
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rencontra un de ses anciens anis, mot
depuis longtemps, qui lui montra un
mandat et lui dit: Je suis employé au
tribunal du Génie du mont T'âi-chas.
Je suis en tournée, chargé de citer 74
hommes. Vous êtes du nombre. Comme
vous fûtes mon ami, je ne veux pas
vous brusquer. Je vous prendrai 四
retour, dans un mois environ. Dispose
vos affaires en attendant... Cela dit, le
koëi disparut. 一 Lù-k'i appela son fils
et lui dit: Je mourrai bientôt. Termine
pour moi trois bonnes œuvres, que je
n'aurai peut-être pas le temps de finir.
Un tel est à enterrer. Une telle est à
marier. Tel chemin public est à réparer.
Voici l'argent. Occupe-toi de ces trois
choses au plus tôt. — Puis Lù-k'i pré
para son cercueil, et altendit son heure,
Cette heure ne vint pas. 一 Duranth
derniére nuit de l’année, le “at
vi
infernal lui apparut en songe, et
dit: J'ai reçu contre-ordre. Pour troi
bonnes œuvres que vous avez (aile,
vingt années de vie vous sont accordées
en plus. 一 Lù-k'i mourut vingt ass
après.
220
Dans les sutras bouddhiques, il ÿ
plusieurs descriptions fameuses 出
l'enfer tt de ses supplices. Parlons
seulement de son entrée, à Füông-tos-
hien, au Séu-tch'oan. Un de mes amis,
qui a souvent passé par ce pays, mi
raconté qu’il y a là dix tribunaux sut-
cessifs. Dans le dixième, adossé 3
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RX | ÉDD-BESARSNIBMANS ENHISÉEH SE
一 920. — - | 391
montagne, s'ouvre une caverne, fermée
par une forte porte. La nuit, à l'entrée
de cette caverne, on entend le bruit
des jugements et des supplices infer-
naux.
Durant la période Wan-li des Ming
(1573-1619), un gouverneur du Séu- .
tch'oan nommé Koüo, voulut en avoir
le cœur net. Il ouvrit la porte close,
visita la grotte avec des lanternes, et
découvrit un puits vertical, d'où sortait
un vent glacial. Ayant fait faire un
plateau en bois solide muni d'une sus-
pension, il s’assit dessus, et se fit des-
cendre dans le puits. A vingt toises de
profondeur, il toucha le fond. Là
s'ouvrait une allée latérale. Muni d'une
lanterne, le gouverneur s'y engagea,
fit un stade environ, et se trouva dans
un monde lumineux nouveau, avec ses
villes et ses palais. Etant entré dans
un grand prétoire, le gouverneur salua
Koän-ti, qui donna ordre de le prome-
per par les divers tribunaux. Au cin-
quième, le juge le fit asseoir, lui offrit
du thé, et causa longuement avec lui
des affaires des deux mondes. Püis
il le fit reconduire au puits, et le gou-
verneur remonta sur la terre dans son
plateau. Le souvenir de son expédition,
fut consigné dans les archives locales.
Un ancien réglement de la sous-
préfecture de Fông-tou, veut que je
SÉRIE OMIS NE SR ER NE NE
—
ts peuple fournisse chaque mois dix bot-
tes de verges servant à la fustigation.
fi La veille du premier de la lune, on
EN dépose ces verges neuves devant la
JAN fameuse porte, et l’on enlève les verges
Z$ usées rendues par les koëi. C’est là un
LS usage ancien, noloire. Que ceux qui
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— 920, 221. —
ont de la difficulté'à croire l'enfer et4
métempsycose, aillent voir à Fong-tou-
hien. Iis reviendront persuadés.
Comparez numéro 14.
221
À Pékin, des revenants apparais
saient la nuit, dans les jardins de l’hô-
tel des Kià. L'inquiétude des habitast
de l'hôtel finit par devenir telle, quel
maitre de la maison, Monsienr ki:
chee, dut se résoudre à prier les
cheu d'exorciser sa maison. Le.Supé
rieur des tâo-cheu ayant déterminé ut
jour faste, fit dresser un autel dans
. Salle de réception de Ja famille,
suspendit aux murs les images dæ
Trois Purs, des vingt-huit constelt
tions, des trente-six cieux, des quai
maréchaux. célestes, etc. 11 dispo
ensuite une batterie de tambours et &
cloches, avec quantité de lanterne
d'encensoirs et de drapeaux. Quarank
neuf tâo-cheu furent convoqués pou
la cérémonie. Après un jour consadt
à la purification et à l'abstirence, tr
cérémoniaires firent les encensemen
et les aspersions préparatoires, puis &
grand tambour commença à roule
Les t40o-cheu revêtirent leurs vêtement
riluels, bonnet orné de l’image de
sept astres, robe décorée des neuf à
lais célestes et des huit diagrammé
divinatoires, souliers permettant (
courir sur les nuées, etc. Après avai
salué les images et invoqué les génie
ils chantèrent le grand exorcisn
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LES MNHAIERERS
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393
durant une journée entière. Ensuile
fut affiché avec solennilé le ban du
Supérieur contre les esprits malins, et
son invocation à tous les bons génies. 一
À ce moment, tous les habitants de
l'hôtel, poussés par la curiosité, vinrent
pour voir comment on prendrait les
yäo-koai. — D'abord les plus jeunes
parmi les tâo-cheu,. saisissant les dra-
peaux, occupèrent les cinq points ear-
dinaux. Trois cérémoniaires se range-
rent près du Supérieur. L'un brandis-
sait l'épée magique, l'autre la verge en
branches de pêcher, le troisième jétait
l'eau lustrale, tandis que le Supérieur
marmottait les formules de l'exorcisme.
Guidés par le maître de la maison, ces
quatre officiants parcoururent tous les
appartements, cabinets et recoins, chas-
sant les yäo-koai dans la cour, où les
porte-drapeaux, d'abord groupés, se
défilaient en ligne, pour les cerner.
L'épée magique tournoyait, la verge
foueltait l'espace, le cercle se rétrécis-
sait. Apportez la bouteille, commanda
le Supérieur. Après avoir fait le geste
d'y introduire quelque chose, il la
boucha, la scella, et ordonna aux tao-
cheu de la porter au caveau, sous la
tour de leur couvent. Puis il dit à Kià-
chee: C'est fini. Ils sont pris. Désormais
vous serez tranquille. 一 Kià-chee se
prosterna, remercia et pava. 一 Cepen-
dant, parmi les spectateurs, les jeunes
étaient plulôt portés à rire. On n’a rien
vu, en somme, disaient-ils. Après une
pareille mise en scène, ce dénouement
est par trop insignifiant. Ont-ils vrai-
meut pris les yäo-koai ? — Taisez-vous,
gamins, dit Kià-tchenn. Les yäo-koai
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sont des influx malins. Ils ne devi
nent visibles, que quand ils sec
densent. Dans leur état aérien, ils
invisibles. C'est dans cet état, q
ont été pris et mis en bouteille. 一 上
uns crurent cette explication, les aut
non. En tout cas, les apparitions
sérent. Effet de la magie ou de lim
gination, je ne sais.
Voyez TP. pages 83 et 84. Introduction XVII.
222
Après le grand salut à l’empereur
les grands officiers se divisérent A
groupes. T'âi-tsoung les parcourul
regard. Parmi les civils, il remarqu
Pâng-huanling, Tôu-joumei, Sû-ches
tsi, Hà-kingtsoung, Wâng-koei. Par
les militaires, Käo-cheulien, Tois
tcheuhien, Yinn-k'aichan, Tch'êsg
yaokinn, Liôu-houngki, Hôu-kin
Ts'inn-choupao. Maisil ne put pas dé
vrir le ministre: Wéi-tcheng. 一 Al
l'empereur appela auprès de lui 5ë
cheutsi, et lui dit: Cette nuit j'ai fa
un rêve étrange. Un personnagé s'd
prosterné devant moi. Je suis, m'a-
dit, le dragon de la rivière King. T
offensé le Ciel, qui a donné ordre
ministre Wéi-tcheng de me décapit
Je vous prie de vouloir bien me sau
la vie. Je lui af promis la vie sa
Or Wéi-tcheng n'est pas ici. 一 Fai
le appeler, dit Sù-cheutsi, et gardez
au palais aujourd'hui. Cela bempec
de tuer ce dragon.’ — Bien, dit 了
tsoung ; et il fit donner ordre aux cd
|
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RENSÈQMNCHÈERNRER | RÉXMMELRSEMDNNE
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395
des équipages, d'amener au palais le
ministre Wei-tcheng. 一 Or,.la nuit
précédente, tandis que le ministre
Wéi-tcheng examinait les constella-
tions et leur brûülait de l'encens, un
envoyé céleste monté sur une grue,
était descendu vers lui, et lui avait
remis un décret du. Pur Empereur (Por
Auguste). Le décret ordonnait à Wéi-
tcheng, de décapiter le jour suivant,
au troisième quart de l'heure où (à peu
prés midi}, le dragon de la rivière
King. Wéi-tcheng s'était prosterné,
avait fait ses ablutions, gardé l’abs-
tinence, excité son courage et dé-
gourdi son poignet, en attendant l'heure
indiquée. C'est pour cette raison qu'il
ne s'était pas rendu à l’audience impé-
riale. Mais quand le char envoyé par
l'empereur pour le prendre fut arrivé,
H ne lui fut pas possible de se dérober.
Il revêtit au plus vite son costume offi-
ciel, et se laissa eonduire au palais. 一
Quand il se fut prosterné devant l’em-
pereur en s'excusant, sa Majesté lui
dit: Vous n’avez commis aucune faute.
Pais l’empereur congédia tous ses off-
ciers, retint Wéi-tcheny, et l’'emmena
dans ses appartements particullers,
sous prétexte de conférer avec luÿ des
affaires de l'élat. La conférence ter-
.minée, l’empereur dit aux femmes de
disposer l'échiquier, etinvita Wéi-tcherig
à lui servir de partenaire. — Or midi
approchait. Au troisième quart de
l'heure où, au milieu d’une partie,
Wéi-tcheng s’affaissa soudain. — Il
s'endort, se dit T'âi-tsoung. Pauvre
ministre, le poids des affaires l’accable.
Laissons-le faire un somme. — Au bout
Le)
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d'un certain temps, Wéi-tcheng revint
à lui, et se confondit en excuses. —
Soyez tranquille, dit l'empereur; re-
commençons la partie. — Ils allaient
commencer à poser, quaod on entendit
des cris au dehors. Puis Ts'inn-choupao
et Sû-maokoung étant entrés, déposè-
rent devant l’empereur une tête de
dragon fraîchement coupée. — Qu'est
ceci? demanda T'âi-tsoung. — C'est,
dirent les officiers, la tête d’un dragôn,
qui-vient de tomber des nuages, devant
la galerie des mille pas. — Qu'est-ce
que cela signifie ? demanda l’empereur
à Wêéi-tcheng. 一 Sire, dit celui-ci en
se prosternant, c'est moi qui viens de
la couper, durant mon abseuce. —
Mais, dit T'âi-tsoung, durant cette
absence, je ne vous ai pas quitté des
yeux. Vous n'avez bougé ni le pied ni
Ja main. Vous n'aviez aucune arme. 一
Vous n'avez vu que mon corps, dit
Wéi-tcheng. Mon âme est partie. Une
troupe de gardes célestes lui a présenté
un dragon enchainé. Après notification
de sa sentence, et de lordre du Ciel
m'enjoignant de l’exécuter, d’un coup
de glaive à double tranchant, je lui
abattis Ja tête, qui tomba des nuages
sur la terre, — L'empereur éprouva un
sentiment de salisfaction, en constatant
combien son ministre était capable.
D'un autre côté, il éprouva un senti-
ment de regret, parce qu'il avait promis
au dragon la vie sauve. Enfin il donna
ordre de suspendre la tête au pilori du
marché, donna une récompense à Wéi-
tcheng, et renvoya tout le monde. 一
Quand le soir fut venu, il se sentit tout
mélancolique. La nuit, il dormit mal.
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‘Vers minuit, le dragon décapité lui ap-
parut, tenant sa tête sanglante. Rends-
moi la vie! criait-il. Tu m'avais promis
de me la conserver. Viens, que nous
éclaircissions cette affaire, par devant
le juge des enfers. Ce disant, il étrei-
gnait T'ai-tsoung, muet de frayeur et
baigné d’une sueur froide. 一 L’empe-
reur s’éveilla soudain en criant: Il ya
des koëi ici! il y a des koëi ici!.. Puis
il tomba dans le délire. — Les femmes
et les eunuques étaient dans la conster |
nation. — Au petit jour, comme d'|
coutume, tous les grands officiers ar-
rivérent. Ils attendirent longtemps.
Enfin on leur annonça que, l'empereur
étant malade, l'audience était remise à
un autre jour. En même temps l'impé-.
ratrice faisait appeler les médecins du
palais. Les grands officiers inquiets at-
tendirent leur. sortie pour les question-
ner. Le pouls de l'empereur est for
agité, dirent ces praticiens. Il délire
depuis qu’il a vu un koëi. C’est grave.
On verra dans sept jours s'il s'en tire. —
Ces paroles de mauvais augure, causé-
rent aux grands officiers une grande
frayeur. Un instant après, T'ai-tsousg
fit appeler Sû-maokoung, Ts'inn-chou-
pao et Utch'eu-kingtei. Chers fidèles,
leur dit-il avec effort, j'ai fait la guerre
durant 19 années, sans que jamais per-
sonne m'ait fait peur. Mais cette fois
j'ai eu affaire à un koëi. — Soyez tran-
quille, dit Ts'inn-choupao; Ja nui
prochaine, Utch’eu-kingtei et moi, nous
vous garderons. Ce koëi sera bien osé,
s'il s'y frotte. — Merci, dit l'empe-
reur. 一 Quand le soir fut venu, les
deux braves prirent la garde du palais,
一 292. — 309
en grand costume de bataille, tenant,
l’un une massue, l’autre une hache. Ils
ne virent rien de toute la nuit, et l’em-
-pereur repasa parfaitement. Le lende-
main T'äi-tsoung remercia les deux bra-
ves, el les pria de continuer à lui rendre
ce service chaque nuit. Maïs, au bout de
quelques jours, il leur dit: Je ne saurais
consentir à ce que vous vous fatiguiez
de la sorte. Je pense que votre image suf-
fra pour me protéger. —11 donna aussi-
tôt l'ordre de peindre les deux fidèles,
tels qu'ils étaient, avec casque et cui-
rasse, l’un avee sa massue, l'autre avec
sa hache. Les deux images furent fixées
sur les deux battants de la grande porte
du palais. Le calme continua de régner,
comme si les deux braves eussent mon-
té la garde en personne. 一 Mais voilà
qu'une nuit le koëi découvrit, paraît-il,
la porte de derrière du palais. Ce fut un
beau vacarme. Les briques s'agitérent,
les tuiles volérent, et le reste. Sû-mao-
koung proposa à l'empereur de confier
la garde de cette porte à Wêéi-tcheng.
Depuis lors, elle fut aussi paisible que
la porte de devant. — Cependant, mal-
gré ses nuits tranquilles, l’état de l’em-
pereur empirait. Enfin l’impératrice
convoqua les hauts dignitaires, pour
recevoir ses derniers avis. 1l leur re-
commanda son fils. Puis on le lava, on
l'habilla, et on attendit la fin. — Ace
moment, Wéi-tcheng présenta à l’em-
pereur une lettre. Prenez ceci, lui dit-
il. J'ai aux enfers un ami. Il s'appelle
Ts'oëi-kué. 11 fut jadis au service de
votre père. Maintenantilest officier infer-
pal. Nous sommes restés en très bons ter-
mes. Remeltez-lui cette lettre. Je pense
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que, par amilié pour imoi, il trouvera
moyen de vous renvoyer sur la terre, —
T'âi-tsoung prit la lettre, la glissa dans
sa manche, et expira.
U lui sembla qu'il sortait du palais,
dans l'appareil des grandes chasses.
Puis, en pleine Campagne, Son train
* s'évanouil soudain, Il crrail seul, à
pied, dans les hautes herbes, et com-
mençait à s'inquiéter, quand uue voix
lui cria: Venez par ici! — T'äi-tsoung
approcha. Un homme agenouillé au
bord du chemiu, lui demauda pardon
de l'avoir fail attendre. 一 Qui 6les-
vous? demauda l’empereur. — Je suis
envoyé par le juge du premier tribunal,
dit l'inconnu, pour vous citer, à cause
du dragon auquel vous aviez bromis la
vie sauve, el qui a été exécuté. —
Comment vous appelez-vous? demanda
T'âi-tsoung. 一 Je fus sur la terre, dit
l’autre, Ts’oëi-kue, servileur de votre
père. Maintenant je suis altaché aux
tribunaux inferuaux. 一 J'ai une lettre
pour vous, dit T’âi-tsoung tout rassuré ;
une lettre de votre ami Wéi-tcheng.…
et il tira la lettre de sa manche. 一
Ts'oëi-kue l'ouvrit et la lut. Après les
formules et les compliments convena-
bles, Wéi-tcheng priait Ts'oëi-kue, au
non de leur ancienne amilié, de vou-
loir bien faire son possible en faveur
de son maîlre l’empereur T'âi-tsoung,
et de le renvoyer sur la terre, après
explications données. — Soyez tran-
quille, dit Ts'oëi-kue, très sympathi-
que. Je sais que c'est Wéi-tcheng qui
a occis ce dragon, et pour cause. Je
crois pouvoir vous promellre dès main-
tenant, que vous relourncrez sur la
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terre. — 人 ce moment, parut une
troupé'de jeunes gens, vêlus de noir,
avec des bannières. Ils dirent à T'âi-
tsoung: Venez voir Yén-wang, qui vous
invite. — On arriva à une grande ville,
ville des morts, d'après-les sept lettres
dorées écrites en travers au haut de la
porte. T'âi-tsoung fut introduit, ban-
‘nières déployées. Dans la rue, il fut
arrêté par son père Li-yuan (délrôné
par lui), et ses deux frères Kién-tch'eng
et Yuân-ki ( assassinés par lui). Il fallut
que Ts'oëi-kue appelât à l'aide un Koëi
noir aux longues dents, pour leur faire
lâcher prise. — Enfin on arriva à un
grand palais, composé de dix prétoires.
Les dix juges infernaux sorlirent à sa ren-
contre, et lui cédérent le pas à l'entrée
de la grande salle. T'âi-tsoung s'excusa.
J'ai élé cité pour rendre compte ; com-
ment prendrais-je Île pas sur mes ju-
ges? dit-il... Mais les juges firent tant
d'instances, qu'il dut passer devant, et
s'asseoir à la place d'honneur. Puis le
juge du premier tribunal s'étant levé,
le salua et lui dit: C’est le dragon de
la rivière King, qui a porté plainte con-
tre vous. [1 prétend que vous l'avez fait
tuer, contre la parole donnée. — Voici
ce qui en est, répondit T'âi-tsoung.
Quand je lui ai promis la vie sauve,
j'ignorais que le Ciel l'avait condamné.
De plus, mon ministre Wèi-tcheng l'a
décapité, sans que j'en susse rien. Je
ne puis donc pas, en justice, êlre tenu
pour responsable de sa mort. — Nous
nous en doutions bien, dirent les dix
juges; aussi avons-nous déjà fourré le
dragon. dans la roue de la métempsy-
cose. Cependant, à cause du bruit qu'il
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929. — 405
a fait ici, nous avons dû vous citer,
pour en avoir le cœur net. Veuillez
nous excuser de vous avoir causé ce
dérangement. Nous allons voir mainte-
nant ce qui est écrit de vous. Ts'oëi-
kue, apportez le grand livre. 一 Ts'oëi-
kue alla chercher le livre, et l’ouvrit à-
la page. Quelle ne fut pas sa surprise,
quand il constata que 13 années de
Tegne seulement, étaient données à T'âi-
tsoung. Îl saisit vile un pinceau, chan-
geale 一 un en — trois (33), puis porta
le livre aux juges. — Depuis combien
d'années régnez-vous? demandérent
ceux-ci à T'âi-tsoung. — Depuis treize
ans. — Alors, dirent les juges, vous
avez encore vingt années à vivre sur la
terre; nous allons vous y renvoyer. —
T'âi-tsoung remercia. — Les juges
Chargèrent le Ts'oëi, et un certain
Tchôu, de le reconduire. Avant de
prendre congé, T'âi-tsoung demanda
si le deslin voulait aussi du bien aux
membres de sa famille. Oui, dirent les
juges, à tous, excepté à votre sœur
cadetle. — Que pourrais-je bien vous
offrir, pour vous prouver ma reconnais-
sance? demanda T'ai-tsoung. — Nous :
manquons de mélons, dirent les ju-
ges. — Je vous en enverrai, dit l’em-
pereur. — Puis on se salua, et T'äi-
tsoung sortit, le Tchôüu guidant sa
marche avec le pelit drapeau qui sert
à guider les âmes, et le Ts’oëi marchant
derrière pour le préserver de toute
agression. — Ce n'est pas par ce che-
min que je suis venu, remarqua T'âi-
tsoung. — Sans doute, dit son guide;
aux enfers, on entre et on sort par deux
voies différentes. — Bienlôt T'âi-tsoung
406 T'âng T'ai-tsoung assailli par les prêtas.
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aperçut les fameuses montagnes yinn-
chan, clôture des enfers. En passant
près des dix-huit étages infernaux, il
entendit le bruit des supplices et les
cris des suppliciés. Puis une escorte
de satelliles koëi, munis de bannières,
se présenta, pour le conduire au pont.
I! vit le pont d'or, le pont d'argent, et
le pont de misère, entrées des voies di-
verses de ce monde. Après avoir franchi
le pont d'or, l'empereur passa devant
la porte de la ville des prêlas, suicidés
ou tués. Là il faillit lui arriver un mal-
heur. Soudain des voix criérent: Li-
cheuminn! Voici Li-cheuminn! (petit
nom de l’empereur). Et une foule de
prêtas, horriblement mutilés, lui bar-
rérent le passage; âmes des soldats tués
dans ses guerres; âmes des suppliciés
mis à mort par son ordre. Tous cri-
aient: Rends-moi ma vie! et cher-
chuient à le saisir. 一 Secourez-moi!
dit T'ai-tsoung à ses deux guides. 一
Pas moyen, dirent ceux-ci; il faut par-
lementer, et acheter le passage. — Je
n'ai rien apporté, gémit l'empereur. —
Qu'à cela ne tienne, dit Ts'oëi-kue.
Vous pouvez tirer d'ici une traite, sur
le banquier infernal Siäng-leang de
K'âi-fong-fou (Heûe-nan). — Bien vo-
lontiers, dit l’empereur; et il signa la
traite. — Alors Ts'oëi-kue harangua les
prêlas. Si vous laissez passer, leur dit-
il, il y aura des sapèques pour vous.
L'heure de la vengeance n'est pas en-
core venue. T'âi-tsoung. doit retourner
sur la terre. Il vous fera de plus faire
un grand service, pour hâter votre dé-
livrance. — Les pretas salisfaits livré-
rent passage. 一 T'âi-tsoung bata le
一 229. 一
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pas, cela se comprend. Enfin il arriva,
avec ses deux compagnons, à la roue
de la métempsycose. Adieu, lui dit
Ts'oëi-kue; n'oubliez pas votre dette.
et il l’engagea dans le secteur des no-
bles personnages. — 1! parut à l’empe-
reur, que son autre guide, le Tchôu,
le faisait monter à cheval. D'une traite,
le cheval le porta au bord de la rivière
Wéi ( prés de la capitale). Comme l’em-
pereur s'arrélait à contempler la ri-
vière : C'est l'heure, vite! dit le Tchôu,.
et il le jeta à l’eau. — A ce moment, à
la capitale Tch'âng-nan, tous les hauts
dignitaires ‘civils et mililaires réunis,
s’apprétaient à introniser le prince im-
périal. — Attendez encore, leur dit
Wéi-tcheng; l'âme de notre maitre re-
viendra certainement. — A quoi hon,
dirent les autres; le proverbe ne dit-il
pas, que l'eau répandue ne se ramasse
pas, et que l’âme dissipée ne revient
pas. — La discussion s'échauffait,
quand des cris sortirent du cercueil
impérial. dJ'étouffe! j'étouffe! criait
T'âi-tsoung. — Au premier moment,
l'épouvante des officiers et des femmes
fut grande. Beaucoup s'enfuirent. Le
hun Utch'eu-kingtei, plus brave que
les autres, cogna le cércueil en disant:
Restez tranquille! N'effrayez pas les
gens ! Dites ce qui vous manque, et on
vous le donnera. 一 J'élouffe! criait
T'âi-tsoung. 一 Vous voyez bien qu'il
est ressuscité, dit Wéi-tcheng.. et sai-
sissant un instrument, il fit sauter le
couvercle du cercueil. — Je respire!
dit T'âi-tsoung, en se mettant sur son
séant. Qui m'a sauvé? — Nous tous.
s'empressérent de dire les courlisans,
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revenus de leur frayeur. — Quelle
aventure! gémit T'âi-tsoung. J'ai failli
être mis en pièces par les prêtas. J'ai
failli me noyer dans la Wéi. 一 W6i-
tcheng fit appeler les médecins, qui lui
administrerent des calmants. Puis’'on
lui fit prendre de la nourriture. Enfin
on le mil au lit. C'était le soir du troi-
sième jour, depuis le départ de son
âme. La cour s'empressa de déposer le
deuil. — Le lendemain de grand matin,
tous les fonctionnaires se présentèérent
à l'audience impériale. Assis sur son
trône, l’empereur leur raconta en dé-
tail tout ce qui lui était arrivé durant
les trois jours de son absence. Puis il
donna la liberté à de nombreuses fem-
mes du harem, gracia beaucoup de
condamnés, exhorta par un édit solen-
nel tout son peuple à bien faire, or-
donna que Utch'eu-kingtei irait à K’äi-
fong-fou traiter avec le banquier Siäng-
leang, et qu'on cherchât quelqu'un
pour porter des melons aux juges
infernaux.
Quelques jours plus tard, un cer-
tain Liôu-ts'uan se presenla pour faire
celle dernière commission. C'était uu
brave homme, très à l’aise. Pour quel-
ques mots de blâme dits à sa femme
Li-ts’oeilion, qui avait donné ses bijoux
à un bonze quéleur, celle-ci s'était
pendue. Ses deux petits enfants ne fai-
sant plus que pleurer, Liôu-ts'uan
désolé résolut d'en finir avec la vie.
Ayant appris que l'empereur cherchait
un messager pour les enfers, il s’offrit,
fut agréé, prit le panier de melons sur
sa tête, mit son ordre et son viatique
dans sa manche, et s'empoisonna. Peu
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d'instants après, son âme arriva, les
melons sur la tête, à la Porte des
morts. — Qui va là? crièrent Îles gar-
tsoung pour les dix juges, répondit
Liôu-ts'uan, qui fut aussitôt introduit
avec honneur. — Il présenta ses meloss
et son ordre. — Les juges fort contents,
louèrent T'âi-tsoung à pleine bouche.
Puis ils demandérent à Liôu-ts'uan,
qui il était, et le reste. Celui-ci leur
raconta que sa femme s'était pendue,
que ses enfants pleuraient, etc. — Nous
te devons une récompense, dirent les
juges, et ils donnèrent ordre de cber-
cher aussilôt le koëi de sa femme. Len-
trevue des deux époux fut tendre. —
Cependant les juges ayant consulté le
grand livre, découvrirent que le destin
leur accordait, à tous les deux, une vi
très longüe. Ils confiérent donc les deux
âmes à un satellite infernal, avec ordre
de les reconduire sur la terre. Que
l'âme de Liôu-ts'uan rentre dans son
cadavre encore frais, dit Yén-wang au
satellite; et que l'âme de sa femme,
dont le cadavre est décomposé, entre
daus le corps de la sœur cadette de
T'äi-tsoung, dont l'heure a sonné. 一
Bien, dit le satellite ; et il sortit, emme-
nant les deux âmes. — Un tourbillon
de vent glacial, transporta les trois à la
capitale Tch'âng-nan. Le satellite
poussa l'âme de Liôu-ts'uan dans |
préloire où son corps gisait encore,
puis il pénétra, avec l'âme de Li-ts'oei-
lien, dans le gynécée impérial. Là,
soudain, la sœur de l’émpereur, Li-u-
ying, s'affaissa sur elle-même. Le s-
tellite lui avait arraché l'âme, et mis
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celle de Li-ts'oeilien à la place. — Tout
le harem fut en grand 'émoi, cela s'en-
tend de soi. On s'empressa autour de
la princesse, on courut à l’impératrice,
on avertit l’empereur. Celui-ci mur-
mura: On m'a dit, aux enfers, que le
destin ne lui veut pas de bien. — Mais
voilà que soudain la princesse recom-
mença à respirer. Ne pleurez plus, dit
l’empereur aux femmes; elle revient à
la vie; ne l'effrayez pas. — Et s'appro-
chant de la princesse, il lui prit la
main, et cria: Reviens, sœur, reviens! 一
Liôu-ts'uan, cria la princesse, ne cours
pas si vite, je ne puis pas te suivre. —
Elle délire, dit l'empereur; sœur, re-
garde donc, c'est nous. — La princesse
ouvrit les yeux: Qui êtes-vous ? dit-elle
tout effarée. Lâchez-moi, s'il vous
plait! — Je suis votre frère l'empereur,
dit T'âi-tsoung; calmez-vous! — Elle
est bonne, dit la princesse. Je m'ap-
pelle Li-ts'oeilien. Mon mari s'appelle
Liôu-ts'uan. J'ai deux pelits enfants. fl
y a trois mois, je me suis pendue,
après une dispute avec mon mari. Dé-
sespéré par les pleurs des deux petits
orphelins, mon mari a porté aux enfers
les melons de l’empereur. Yén-wang
nous a renvoyés sur la terre. Mon
mari marchait devant. Je n'ai pas
pu le suivre. En courant après lui, je
suis tombée. Voulez-vous bien lâcher
ma main, malotru! — Est-elle devenue
folle? se demanda T'äi-tsoung; et il
fit appeler les médecins du harem. —
À ce moment, on vint lui annoncer que
Liôu-ts'uan qu'il avait envoyé aux
enfers avec des melons, élait revenu,
et demandait à rendre compte de sa
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Ce
415
commission. 一 Stupéfait, T'âi-tsoung
lui donna audience sur le champ. 一
J'ai porté les melons, dit Liôu-ts'uan.
Les juges ont dit beaucoup de bien de
vous, et m'ont chargé de vous remer-
Cier. Pour ma peine, ils m'ont rendu
ma femme suicidée. Je l’ai perdue en
route. Faut-il que j'aie du guignon! —.
Quand il eut entendu ce récit, l’empe-
reur commença à entrevoir la vérité.
Yên-wang ne l’a-t-il rien dit, au sujet
du corps de ta femme, et de celui de
ma sœur ? dentanda-t-il à Liôu-ts’uan. —
Il a dit au satellite infernal quelque
chose de ce genre, répondit celui-ci. —
Viens, dit l’empereur; et il conduisit .
Lidu-ts'uan au harem. — De loin, ils
entendirent les cris de la princesse,
aux prises avec les médecins. Laissez-
moi tranquille avec vos drogues! J'en
ai assez de tout ce brouhaha! J'aurai la
jaunisse dans cet appartement où tout
est jaune (couleur impériale }! Laissez-
moi retourner chez moi, où j'aurai la
paix! Lâchez-mof! Lâchez-moi] — Le
harem était sens dessus dessous. T'âi-.
tsoung appela d'abord la princesse en
sa présence. Reconnaîtras-tu ton mari,
lui demanda-t-il? — Si je le recon-
_ naîtrai? clama la princesse, après des
années de mariage, après que je lui ai
donné deux enfants? 一 T'äi-tsoung
appela Lidu-ts'uan. Dès qu'elle l'eut vu,
la princesse se jeta sur lui. Pourquoi
as-tu marché si vite? Pourquoi m'as-tu
laissée en arrière? Je suis tombée. Ces
malotrus m'ont ramassée. Ils me cas-
sent la tête. Je n’y comprends rien.
Enmène-moi bien vite! — Cette fois ce
fut Liôu-ts'uan qui fut ahuri. C'était
一 229. 一
416
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sa femme Li-ts'oeilien, qui lui parlait
en la personne de la priméesse Li-u-
ying. — L'empereur qui avait compris,
lui ft la théorie du cas, lui donna sa
sœur 0u lui rendit sa femme, comme
vous voudrez, avec toutes les nippes de
la princesse pour elle, et diverses fa-
veurs pour lui. — Ainsi finit, très heu-
reusement, l’histoire de Liôu-ts'uan
et de ses melons. — Il nous reste à
raconter ce qui arriva à Utch'eu-kingtei
à K'äi-fong-fou. 一 Aprés qu'il eut
longtemps cherché le banquier Siäng-
leang, il apprit qu'il n'y avait dans la
grande ville, qu'un homme portant ce
nom. Il tenait un thé. Sa femme ven-
dait des faïences. Leur profit, à tous
les deux, était employé tout entier à
payer aux bonzes des prières et à brüler
du papier-monnaie pour les morts.
Pauvres en ce monde, ils étaient très
riches aux enfers, où ils avaient placé
tout leur avoir. Quand l'envoyé de
l'empereur se présenta chez eux, suivi
de toutes les notabilités du lieu, avec
une charretée d'or et d'argent, le mari
et la femme atterrés, ne surent d'abord
que battre de la tête. 一 Relevez-vous, .
leur dit Utch'eu-kingtei avec bonté.
L'empereur, votre obligé, vous renvoie
ce que vous lui avez prêté. — Comment
aurions-nous prêté à l’empereur, nous
qui n'avons rien? dit Siäng-leang.
Comment acceplerions-nous votre or
et votre argent, que nous n'avons pas
gagné? — On s'expliqua, et tous com-
prirent qu'aux enfers on avait prélevé
Ja rançon de l’empereur, sur les méri-
tes déposés par Siäng-leang et sa fem-
me, en cujoignant à T'ai-tsoung de
09
999. —
全
ue
Go
leur restituer sur la terre. Mais il} 包
impossible à Utch'eu-kingtei, de leur
faire accepter même une sapèque, du
trésor envoyé par l'empereur. Force
fut au légat d'envoyer un courrier à la
. capitale, pour demander à T'äi-tsoung
ce qu'il fallait faire. 一 Grandement
édifié, l'empereur ordonna de donner
l'argent aux bonzes de la xille qui pos
sédait ce rare couple, à Charge, pour
eux, de convertir toute la somme
bonnes œuvres, pour le rachat des
morts. À cette occasion fut construite
à K'äi-fong-fou la pagode Siärig-kouo-
seu, avec Sa chapelle commémorative
dédiée aux époux Siäng, et ses eiaquar-
te acres de dépendances. La stèle de
fondation porte le nom de Utch'eu-
kingtei. — Quand l'empereur T'äi-
tsoung vit toutes ces affaires si bien
terminées, il fut on ne peut plus cor-
tent.
Voyez TH page 1548 seq.
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Le Lecteur aura remarqué, qm,
pour variés que soient les détails de
ces histoires, leurs thèmes sont peu
nombreux. La somme de ces thèmes,
est le système esquissé dans l'Intro-
duction. Les centaines de.textes dont
je dispose encore, n’ajouteraient à ©
système aucun trait nouveau. Je m'ar-
réterai donc ici.
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419
Table
des principales matières.
Les chiffres renvoient au numéro,. non à la page.
Alchimie, 498.
Ame. Informée des choses de ce mon-
de, et s'intéressant aux siens, 99,
400, 209. — Extériorisée, 1,.93,
24, 27, 28, 78, 110, 128, 1929,
4134, 148, 171. 一 Evoquée, 30,
31,392, 51. 一 Extraite, asservie,
70, 95,. 158, 160, 161. 一 Dis-
sipée, 5, 168. 一 Adhérente aux
ossements, 153, 172. 一 Ame
vengeresse, 6, 20, 21, 22, 47, 49,
54, 87, 92, 112, 120, 1922, 162,
204, 207, 208. 一 Voyez aussi
les articles: Char de l'âme. Deux
âmes. Double. Faméliques. Morts.
Possession. Résurrection. Suici-
dés. Vampires.
Ame de l'âme. Tsién. 163.
Ames des viscères, 33.
Animaux. 一 Le faon, 59. 一 Tortue
chénn, 196.
Animaux méi. — Le mouton, 85. Le
bouc, 149.
Arbres méi. 一 Cerisier, 192, 一 Sau-
le, 193. — Sophora, 198.
Char de l'âme, 142, 143.
Ciel. — Sa justice, etc. 2, 7, 35, 44,
51, 90, 188, 213, 216, 217,
218, 222. — Visite au ciel, 206.
Constellations dupées. Le garçon-
_ fille, 17.
Crâne. Voyez Squelettes.
Béesse du halo, 1914. 一 La Tisseuse,
485.
Destin, S4, 170, 191, 210, 218, 214,
217, 218, 219, 222.
Dette payée. 一 Par réincarnation,
le poulain blanc 61, le veau noir
175. 一 Par la ruine, 72, 101,
176, 198.
Deux âmes. — 182, 183. — Les deux
étudiants, 9. — Le grillon, 171.
Divination, présages, 30, 38, 171,
196, 218.
Double, 25, 26, 27, 29, 82, 95.
Enfers. Descente aux enfers. — Les
500 rebelles, 8. — Le sous-préfet
de Fông-tou, 14. 一 Le kinnara,
83. 一 Koän-yinn, 95. — Les
sept décapités, 162. — Les verges,
220. — T'âi-tsoung, 222.
Envoûtement. 一 Vengeance du de-
vin, 50. 一 Conjuré par les Muta-
tions, 128. — Chambre nuptiale,
457. — Les bobines de cheveux,
158. — Les sept poupées, 159.
. Faméliques âmes, prêtas. — 179,144,
145, 178, 203, 222.
Pigures méi. La tortue-fille,
404 — Tortue portant stèle,
436. — Cheval de pierre, 136. 一
Eafaats de pierre, 136. 一 Pou-
pées funèbres, 140. 一 Fäng-
st
420
siang-cheu, 141. — Poupées
d’or et d'argent, 165.
Figurines magiques, voyez Envoüûte-
ment.
Fông-choei, voyez Géomancie.
Foudre. 一 Le soldat, 2. 一 Le novi-
ce, 7. — Le secrétaire malappris,
44. — Proteslation entendue,
14. 一 Le remplaçant, 1403. 一
Carreau dérobé, 105. — La sage-
femme, 152. 一 L'adultère assas-
sin, 188.
Génie du lieu, 44, 88, 94, 115, 1 47,
181, 203, 204.
Génie de la ville, 16, 18, 52, 72, 88,
101, 108, 163, 172, 173, 181,
186, 203.
Génie du mont T'äi-chan, 94, 219.
Génie protecteur privé, vrai 82, faux
149. |
Génies de la porte, 122, 222.
Géomancie, 147.
Hantement, voyez koèi et yäo-koai.
Inconscience après la mort, 4, 212.
Incubes, succubes, 79, 82, 104, 121,
463.
Juges infernaux, 8, 83, 101, 170,
220.
Koän-ti, 14, 35, 79, 89, 90, 108,
1119, 144, 180, 220.
Koän-yinn, 95, 197.
Koëi. IIS ne projettent pas d'ombre,
435. — Effet que produisent sur
eux, le souffle 45; le vent 186,
9240; les pétards 77 ; les sonneries
455; le chant du coq 425; la
hardiesse 199. 一 Koëi mariés 91,
lascifs 106, s'amusant 111, gour-
mands 76, jouant 55, buvant et
se vengeant 127. — Le fils du.
koëi, 135. 一 Grand exorcisme,
koei embouteillés, 2921. 一 Koëi
faméliques, 203, 222. Bien nour-
ris, ils se tiennent tranquilles,
205. — Football 194. Lutins
195. 一 Histoires diverses, 137,
144, 145, 150, 178. 一 Voyez les
articles: Ame. Faméliques. Morts.
Possession, Suicidés. Vampires.
Loups. Le vieillard, 65. — Le garçon,
66. 一 La virago tongouse, 67. —
La louve épousée, 68. — La vieil-
le louve, 75.
Magie, maléfices, 4, 35, 64, 69, 81,
93, 96, 97, 102, 128, 129, 134,
147, 148, 154, 158, 159, 221. —
Voyez Envoûtement, et Yäo-koai.
Maladies méi. — La peste, 193. —
La malaria, 124. — La pilule des
huit venins, 164.
Mandarins infernaux, 18, 108, 10,
486, 209. 一 Voyez Juges.
Méi. Voyez Ohjets. Animaux. Arbres.
Figures. Maladies.
Métempsycose, 6, 8, 19, 53, 61,
408, 119, 162, 166, 175, 18%,
483, 184, 185, 210, 222.
Monde inférieur, voyez Enfers.
Morts guerroyant, 3, 167; adminis-
trant, 207, 212; enseignant, %6,
470; lascifs, 106 ; s'amusant, 111,
195; se promenant, 125; deman-
dant des services, 168, 169; se
vengeant, 127, 176, 209. — Voya
Ame et Koëi.
Objets méi. 一 Le câble, 36. 一 0h-
jets incendiaires, 37. — Le tra-
versin, 38. — Le balai, 43. 一
Bois pourri, 46. — Le plumeau,
193. — Poupée de filasse, 177.
Œuvres méritoires, 214, 215, 216,
947, 218, 219.
Pétards et bronze, 77, 155.
Possession, 172, 204, 207.
Pygmées, 130.
Réincarnation, voyez Résurrection,
et Métempsycose.
Renards et renardes, 56, 57, 79, 80,
81, 86, 114, 151, 174.
Résurrection, 10, 19, 35, 53, 58, 60,
409, 119, 173, 2922.
Sang de chien, 50, 79.
Satellites infernaux, 10, 70, 71, 93,
109, 126, 161, 163, 173, 209,
919.
Secret de la conscience, 54, 82.
Spiritisme, 51, 72, 90, 116, 147,
418, 203, 911.
Squelettes et crânes malfaisants. 一
42, 132. — 13, 39, 40, 41.
421
Sublime Souverain, voyez Ciel.
Suicidés.— Noyés, 42,44,100,169.—
Pendus, 45, 46,99,187, 204,215,
222. — Voyez Ame, Koëi, Faméli-
ques.
Suttie, 166.
T'âi-chan, 94, 219.
Tch'éng-hoang, voyez Mandarins in-
fernaux, et Génie de la ville.
Tchoùng-k'oei le protecteur, 98.
Tigres, 62, 63.
Tsién, âme de l'âme, 163.
Vampires, 41, 15, 73, 107,113,120,
431, 133, 138, 139, 146, 155,
456, 166, 189, 200, 2092, 211.
Viscères changés, 64, 170, 217.
Wèi-t'ouo le protecteur, 51, 156.
Yäo-koai, 34, 48, 77, 82, 93, 98,
491, 127, 180, 190, 194, 199,
291.
Errata et Addenda.,
Page 6, douzième siècle K %Æ 广 记 ,ftransposez au dixième siècle. L'ou-
vrage a été refondu au seizième siècle.
J'ai utilisé un très petit nombre de pièces antérieures au huitième siècle,
pour mieux illustrer le système. — A ceux que ce genre de littérature. inté-
resse, je conseille l'étude des trois collections 4% #f $E par qua-
trième siècle, K Æ &E par Æ M dixième siècle, #7 FF EF par
dix-huitième siècle, qui en résument la substance.
La photographie qui fait face à la page 301, a été prise dans le temple du
_ Génie de la ville de F5 5 Sienhsien, galerie de gauche. Les autres images
_ sont tirées de divers tracts populaires.
4
| L.W.
422
SINOLOGIE.
IMPRIMERIE DE LA MISSION CATHOLIQUE À SIENHSIEN-
S. Couvreur S.J.
Œuvres.
Grand dictionnaire classique, par clefs,
1080 pages in-4°, 1904.
Petit dictionnaire, par clefs, 136 pages in-8°,.
4903.
Dictionnatre français-chinots, seconde édi-
tion,, livrable en 1909.
Les Annales, double traduction et notes, 408
pagea in-8°, 1891.
Les Odes, double tradnction et. notes, 590 pages
in-8°, 1896.
Les Rits, double traduction et notes, 4654 pages
in-8°, 1899.
Les Quatre Livres, double traduction et notes,
156 pages in-8°, 1895.
Choix de documents, double traduction,
4° édition, 568 pages in-8°, 1906.
‘Guide de la conversation, français-an-
giaîs-chinois. Huitième édition, 456 pages
in-32° oblong, 190".
L. Wieger SJ.
Collection des Rudiments.
Langage parlé, Ÿ 应 du Nord.
Granimaire. Phraséologie. Tours et locatioos.
Dialogues. Deuxième édition, 4513 pages in-16°.
Narrations populaires. Complément de volume
précédent. Langage courant. Troisième. édition,
185 pages.
Morale.et Usages. Complément des deux volumes
précédents. Langage des sectes. Deuxième éà-
tion, 548 pages.
Langue écrite, À #£ ortgtual.
Mécanisme. Phraséviogie. 102 pages.
Etude des Caractères. Leçons étymologiqees 区
triple Lexique. Deuxième édition corrigée 《
refondue, 854 pages.
Textes historiques. Sommaire de l’histoire chi-
noise, depuis l’origine jusqu'en 1905, avec texte:
2173 pages, 25 cartes, tables; en trois volumes.
Textes philosophiques. Sommaire des notions
chinoises, depuis l'origine jusqu'à nos jours, arc
texte : 550 pages, en deux fascicules.
S’adresser
à Tientsin, procure de la Mission du Tehéu-li S.E. & {5
v
à Shanghai, procure de la Mission du Kiäng-nan. TE LE be,
à Paris, librairie E. Guilmoto, 6 rue de Mézières.
à Leipzig, libraîirie 0. Harrasowitz, 14 Querstrasse.
En
à:
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要
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UNIVERSITY OF CALIFORNIA, BERKELEY
FORM NO. DD6 BERKELEY, CA 94720
TE 2 te -. CN
GENERAL LIBRARY - UC. !